CHAPITRE XI
De l'esprit public dans ses rapports avec le système diplomatique.
X ouR reposer notre esprit de ces idées de ravage et de destruction sur lesquelles il a fallu nous appesantir dans le chapitre précédent, arrêtons-nous un moment sur ces relations bienfaisantes qui rétablissent l'harmonie entre les peuples d'un même univers, sur ces négociations réparatrices qui rappellent un jour serein après de longs orages, et toutes les consolations d'une paix toujours, hélas! momentanée, après les horreurs d'une guerre dévorante , le plus souvent sans objet, comme sans résultat. C'est une de ces heureuses compensations devant lesquelles doit se prosterner avec reconnaissance la triste humanité, que les peuples, épuisés par les combats où les entraînent la fureur et l'ambition de leurs chefs, finissent toujours par trouver quelque relâche dans la
lassitude des uns et l'oppression de tous les autres. C'est alors qu'il faut bien que des conventions plus ou moins religieusement observées règlent, pour un temps, les points conteste's, et placent une barrière au moins provisoire entre les vainqueurs et les vaincus également épuisés. Ces nouveaux liens ne tarderont pas à être brisés à leur tour , ils ne résisteront pas longtemps aux prétentions de l'orgueil , à l'enivrement de la puissance, à l'insatiabilité de l'ambition, à toutes les passions malfaisantes qui se jouent des engagemens les plus solennels; mais enfin, ils enchaîneront pour un temps le génie des combats ; et , puisque nous sommes condamnés à reléguer la possibilité d'une paix perpétuelle dans les rêves philanthropiques de l'homme de bien et du bon citojen, bénissons du moins ces courtes périodes de bonheur , o^ la société répare , en quelques années d'harmonie, d'autres années de carnage et de dévastation. Mais, quelque soit que puissent avoir les peuples de pareils dédommagemens, ils jçie les voient pas arriver jusqu'à eux avec la même facilité que les fléaux qui les ont 'rendus nécesjsaires. 11 n'a • fallu qu'un instant pour allumer les torches de la guerre, le rétablissement d'une coiicordc
iB6
passagère sera le résultat de longs efforts, de discussions prolongées, et de lenteurs interminables. 11 faudra compulser toutes les annales de la férocité, feuilleter en détail cette foule de traités consentis par la faiblesse et violés par la mauvaise foi , concerter par des calculs habiles tous les pièges à dresser, toutes les embûches à éviter ; il faudra mettre en avant des prétentions exagérées pour obtenir des concessions ordinaires , arracher à la lassitude par des délais calculés , ce qu'on risquerait de manquer par la précipitation , faire naître des obstacles au moment de la conclusion pour profiter d'événemens survenus pendant l'intervalle , feindre le besoin d'instructions qu'on a déjà reçues dans le détail le plus minutieux; enfin, faire jouer tous les ressorts , employer tous les artifices pour fatiguer la patience de ses adversaires , et se donner le temps de prendre à loisir tous ses avantages. Cependant on n'a pas interrompu pour cela le cours des hostilités; le sang des peuples paie l'habileté de leurs négociateurs , et quelques pouces de terrain sont le prix d'un nouveau carnage.
Ne concluons pas de cette marche scandaleusement embarrassée dans des discussions qui ont pour objet de si grands intérêts , que la science
diplomatique n'ait pas aussi sa profondeur et son importance. Puisque l'état actuel des sociétés politiques oppose un art délicat au négociateur chargé de défendre les droits de son pays, il faut bien qu'il ait à son tour la même habileté pour lutter sans désavantage; et, puisque sans ces négociations, maigre les difficultés dont elles sont entravées, les peuples seraient condamnés à voir s'éterniser pour eux le fléau de la destruction , il est bien indispensable d'approfondir les principes qui peuvent donner à ces sortes de relations, les chances les plus probables et les plus utiles résultats. Notre plan nous dispense de détailler ici toutes les règles d'un art aussi compliqué; nous n'avons à l'envisager que dans ses rapports avec le sentiment qui nous occupe, que dans le degré d'influence qu'exerce sur lui l'esprit public.
Ce n'est pas sur un examen superficiel que se reconnaîtra d'abord l'effet plus ou moins salutaire de l'opinion sur les opérations diplomatiques. Il semble , au premier aperçu , que leur destination immédiate doive les mettre hors de la portée de cet agent universel dont on ne soupçonne pas tout de suite l'intervention et l'utilité. Dans une espèce d'intrigue où il ne s'agit, le plus souvent, que
de tendre des pièges à l'inexpérience de ses adversaires , ou de se mettre en garde contre les ruses de leur habileté, quel sera le rôle de cet esprit public dont l'exaltation purement nationale semble n'avoir en effet , quand il s'agit d'étrangers ou de rivaux , qu'une bien chimérique importance ? mais c'est précisément parce que vous avez à agir sur des étrangers indifférens ou jaloux , qu'il est essentiel de faire usage de toutes vos ressources ; et nous allons nous convaincre que là , comme dans toutes les autres parties de l'économie politique , l'opinion jette encore dans la balance le poids le plus imposant et quelquefois le plus décisif. Quels sont , dans les négociations , les adversaires naturels du diplomate chargé de défendre les intérêts de son pays? ou il a devant lui les représentans d'une nation victorieuse , enivrée du souvenir récent de ses succès ; ou il se présente lui-même avec une semblable supériorité aux négociateurs d'un pays qui vient de subir des revers j ou enfin les événemens balancés d'une guerre insignifiante ne mettent entre les deux parties chargées de la terminer aucune sensible différence. Sous ces trois points de vue, l'es-
prit public ne peut être , pour l'homme d e'tat dont nous parlons, qu'un pre'cieux auxiliaire. Figurons-nous-le d'abord dans le premier cas, cherchant à affaiblir l'impression des victoires d'un ennemi dont la fierté en voudrait abuser pour lui dicter des lois trop sévères ; s'efforçant d'opposer à cette ivresse exigeante la peinture des ressources encore formidables d'un pays que ses revers sont loin d'avoir épuisé sans retour ; combattant enfin des propositions rigoureuses par des offres plus modérées , et frustré de la gloire ou du salut de son pays , s'il n'amène un négociateur impérieux à les consentir. Comment parviendra-t-il à sortir honorablement de cette position délicate? par quel charme irrésistible forcera-t-il à des ménagemens un rival intéressé personnellement à son humiliation ? Blanchi dans la poussière diplomatique , cet étranger porte un cœur d'airain inaccessible à toute atteinte de la sensibilité; il est gonflé du sentiment national, le plus obstiné des amours-propres ; il attache à garder toute son inflexibilité l'intérêt que vous attachez vous-même à en triompher; il réfutera tous vos argumens , il sera sourd à tous vos conseils , il repoussera toutes vos prières ; mais
si à l'appui de vos sollicitations vous pouvez mettre sous ses yeux un tableau énergique de l'esprit public; si vous parvenez à le convaincre des cfTets infaillibles du désespoir de tout un peuple , et des prodiges qu'il ne manquera pas d'enfanter pour le recouvrement de son indépendance ; si , par des informations authentiques, il est forcé de reconnaître que cet esprit national dont vous lui avez annoncé l'enthousiasme est en effet capable de tout pour faire payer bientôt peut-être au vainqueur son orgueilleuse opiniâtreté , croyez-vous qu'une inquiétude aussi juste ne contre-balancera pas en lui les conseils dangereux de l'ivresse et de l'amour-propre ; croyez-vous qu'il ne fera pas prudemment quelques concessions à la crainte justement fondée d'être réduit bientôt lui-même à en réclamer ? et , si , pour déterminer Teffet de pareilles insinuations, un gouvernement , sûr de cette opinion que fait valoir son négociateur, lui fait un appel vigoureux auquel elle réponde par un élan général d'enthousiasme et d'exaltation , par quels résultats une pareille circonstance ne justifiera- t-elle pas l'audace patriotique de l'homme d'état qui n'aura pas craint de l'appeler au secours de
son habileté. Mais , pour invoquer avec succès cette force toute-puissante de l'esprit public , il faut être sans incertitude sur le degré de son dévouement ; il faut être assure qu'il ne désavouera pas les promesses ou les menaces faites en son nom. Du moment que vous aurez fait entrer l'opinion dans les moyens à faire valoir en faveur de votre négociation , il ne dépendra plus de vous de régler la nature et les suites de son entremise. 11 faut , si cette considération ne produit pas l'effet favorable que nous venons d'indiquer, qu'elle fasse tourner contre vous les chances mêmes que vous en avez attendues. Autant la véracité de votre rapport, si l'esprit public est réellement disposé à se prononcer avec chaleur, facilitera les concessions que vous désirez , autant l'obstination de votre adversaire deviendra inflexible , s'il reste convaincu que vous avez voulu lui en imposer par un tableau fantastique ou exagéré ; il attribuera à une crainte grossièrement déguisée, des menaces qui , reconnues chimériques, ne peuvent plus être que ridicules; son amour-propre blessé s'indignera du piège dans lequel vous l'avez cru assez malhabile pour se laisser entraîner;
et cet esprit public enfin , qui vous aurait sauvé si vous aviez pu invoquer en lui une re'alitë, faussement mis en jeu contribuera au contraire à vous accabler. Connaissez donc avec certitude l'étendue des ressources qu'il peut vous offrir, avant de vous hasarder à en esquisser un tableau menaçant; et , s'il est tel en effet que vous ne puissiez être convaincu d'artifice ou d'exagération , soyez assuré qu'il ne sera pas votre moins solide argument, votre arme la moins irrésistible.
Mais, dira-t-on, un négociateur ne se présente pas toujours avec un pareil désavantage ; il peut prétendre à dicter la loi , loin de se soumettre à l'humiliation de la recevoir; il se trouve aussi quelquefois dans l'heureuse position d'appuyer sur des triomphes ou les concessions qu'il exige , ou les refus qu'il notifie , et dans ce cas du moins , le succès de sa négociation sera sans doute indépendant de l'état de l'esprit public. On ne peut nier que , dans cet état de choses, l'influence de l'opinion ne soit devenue moins directe, et qu'elle n'agisse en effet d'une manière moins immédiate que dans la position plus défavorable dont nous venons de nous occuper ; mais on se tromperait étrangement si on la regardait en pareille cir-
constance comme tout -à -fait étrangère aux opérations diplomatiques. Elle est encore d'une intervention salutaire pour éviter des lenteurs quelle rend inutiles, pour ne laisser aucune espérance d'événemens critiques qui puissent changer la face des événemens, pour éteindre enfin sans délai le flambeau d'une guerre qui ne pourrait plus amener sur les vaincus que de nouveaux désastres. Supposez un homme d'état négociant au nom d'un pays victorieux en ce moment, mais dans lequel l'esprit public tiède ou malheureusement disposé réprouve les motifs d'une guerre, qui malgré quelques résultats plus brillans que solides, a épuisé ses trésors et sa population , supposez ce qui est assez ordinaire , même au milieu des triomphes dont nous parlons , que l'opinion fatiguée se montre peu empressée pour de nouveaux combats et dé nouveaux sacrifices; quelle marche croyez-vous que suivra dans ce cas une négociation commencée d'abord sous les auspices de la victoire? Le représentant du pays vaincu ne sera pas long -temps sans connaître cette disposition malveillante qui lui laisse entrevoir des chances à son avantage ; aussi consommé que son adversaire dans toutes les ruses d'une diplomatie insidieuse , il fera naître des lenteurs pendant
ï94 lesquelles puisse se développer ce germe de mécontentement qui doit entraver les opérations , et rejaillir jusque sur le sort des combats ; il donnera aux intrigues de son gouvernement le temps de fomenter de son côté quelques troubles, et de porter des esprits déjà mal disposés a Findiscipline et jusqu'à la rébellion; enfin, il appellera au secours d'une position défavorable sous le rapport des succès militaires , toutes les ressources d'une irritation peut - être assez forte bientôt pour changer toute la face des événemens ; et la fortune lui refusât-elle un succès aussi complet de ses artifices , cet état malveillant de l'esprit public sur lequel il a basé ses lenteurs et ses espérances n'aura-t-il pas toujours , en dernière analyse , prolongé la durée d'une guerre funeste même à la prospérité du vainqueur? Les peuples déjà peu disposés à tenir compte à l'autorité de ses triomphes, ne le seront-ils pas à lui imputer aveuglément les délais d'une paix toujours plus vivement désirée à mesure qu'on la voit s'éloigner davantage ? Et l'esprit public, par suite de ces mêmes préventions, ne s'obstinera-t-il pas à en blâmer les conditions quelles qu'elles soient enfin consenties? Ce n'est donc pas assez pour rendre nulle l'aç-
lion de l'esprit public dans une négociaUon , que celui qui en est chargé soit autorisé par sa position à prendre un langage de supériorité j. son rôle est moins important que dans le cas où c'est son adversaire qui a sur lui ce grand avantage ; mais il n'en est pas pour cela , comme nous venons de nous en convaincre, ni sans influence ni sans utilité.
Si nous examinons maintenant le troisième point de vue sous lequel se présente à nos considérations le diplomate chargé des pouvoirs de son gouvernement , c'est-à-dire , si nous l'envisageons traitant sans aucune nuance de désavantage ni de supériorité , combattant à armes absolument égales , et ne pouvant invoquer à son aide aucun antécédent militaire , comme il n'en a point à craindre du côté de son adversaire ; nous allons voir encore l'opinion marquer les événemens du sceau de son universelle entremise. Dans cette position en effet , qui devrait être la plus heureuse pour arriver promptement a un résultat , mais qui n'ouvre qu'un champ plus vaste à l'habileté pour les ruses , les surprises et les lenteurs interminables , quel sera le pouvoir capable de prédominer sur tou-< tes les difficultés, et de briser toutee les eu-
traves , si ce n'est celte opinion patriotique que pourra nécessairement invoquer avec le plus de confiance un des deux adversaires ? La différence des gouvernemens et la variété des principes de ceux qui les dirigent ont rendu / entre eux à peu près impossible une égalité absolue dans les chances de l'esprit public ; de deux empires conduits par les vicissitudes d'une guerre également désastreuse pour chacun , au besoin de négociations pour la terminer , la coopération nationale garantira toujours à l'un des deux les ressources les plus sûres comme les plus spontanées ; dans le cas d'un appel qu'il serait obligé de faire au patriotisme , il pourra compter sur une prompte efficacité, tandis que l'autre, en pareille circonstance , est menacé d'y voir répondre par des murmures , ou du moins par la tiédeur d'un incomplet dévouement ; supposez même dans l'esprit public de chacun de ces deux peuples , ou un noble développement , ou uoe désastreuse apathie, il y en aura toujours un dans lequel ce sentiment, plus vif, ou plus endormi que dans l'autre, lui en fera un motif d'inquiétude ou de sécurité ; il faut nécessairement qu'il existe entre eux soit en bien , soit en mal , quelque différence. Eh bien ! c'est de cet état
inégal de l'opinion que le négociateur qu'elle favorise tirera tout le succès de ses prétentions, tandis que l'autre qu'elle décourage se verra contraint de céder , sous peine d'exposer son pays à de nouveaux événemens , dont cette difTérence de position lui annonce déjà l'issue définitive. Il suffit que cette puissance morale incorporée à toute l'organisation militaire , influe par-là même sur toutes les opérations d'une campagne , et en influence les résultats ( ce que nous croyons avoir suffisamment établi dans le chapitre précédent) , pour que le plus incertain sur le degré de confiance qu'il peut avoir dans sa position , sous ce rapport , soit le plus intéressé à finir une lutte dans laquelle il serait le plus compromis ; et de cette lâcheuse situation résulte la nécessité de faire pour y parvenir de plus grands sacrifices.
Il est tel agent diplomatique , scrupuleux à contre- temps , dont l'amour-propre , sous le voil d'un, fier patriotisme , alléguant cette égalité de chances militaires qui doit établir l'égalité de leur situation réciproque , refusera de reconnaître cette puissance importune de l'esprit public , et rompra plutôt des conférences , qui lui paraîtront humiliantes , que de céder à ce pouvoir qu'il désavoue , la plug
insignifiante de ses prétentions : les esprits superficiels traiteront légèrement une rupture qui semble , après tout , laisser les choses dans l'état ou le négociateur les avait trouvées ; quelques bons citoyens plus patriotes qu'éclairés décoreront du nom de dignité nationale une obstination dont leur vue bornée n'aperçoit pas les conséquences en perspective ; mais quand la guerre aura été rallumée , et que les élans de l'esprit public auront donné au parti qu'il favorise le plus de son abandon , une inévitable supériorité ; quand la conséquence de ce changement de situation aura été de nécessiter des sacrifices beaucoup plus pénibles que ceux qu'on a refusé de consentir, c'est alors que l'on reconnaîtra trop tard le danger d'une susceptibilité mal justifiée par les événemens , on cherchera à se déguiser les torts d'une fatale opiniâtreté, on mettra en avant des raisonnemens aussi maladroits que la conduite même qu'on est réduit à vouloir excuser; mais un peuple malheureux ne prend pas le change aisément sur la cause de ses calamités ; frustré dans ses espérances , il contiendra mal des murmures que lui semblera légitimer la possibilité d'une paix dont il s'était flatté; d'une indifférence dont on n'a point assea calculé l'inertie.
Topinion passera bientôt peut-être à un état
(l'irritation avant-coureur des désordres civils ; et des crises politiques qu'eût pu prévenir le sang-froid de la sagesse, vont peut-être exposer l'empire à des fléaux incalculables : tant peuf amasser de périls une fierté minutieuse désavouée par l'état inquiétant de l'espnt public.
De cette nécessité pour un homme d'état de subordonner sa conduite diplomatique à la situation respective de l'opinion dans chacun des pays intéressés à la négociation , dérive pour un gouvernement celle de ne charger de ces dissions délicates que des hommes investis, par le suffrage universel, d'une réputation non équivoque de loyauté , d'habileté et de patriotisme; car il serait absurde, au moment d'invoquer à l'appui de demandes lagoureuses , ou de refus obstinés, l'état propice de Tesprit public, d'en ralentir les élans par des choix qu'il réprouve et qu'il désavoue : il est facile de trouver au milieu d'un peuple instruit et spirituel , comme ils le deviennent tous successivenient à des intervalles plus ou moins rapprochés, un de ces hommes déliés, accoutumés à découvrir du premier coup d'œil les projets cachés sous un désintéressement affecté, ou sous d'hypocrites concessions; difficiles à deviner eux-mêmeg
SOUS le voile épais dont ils savent envelopper le secret de leurs pensées , et le dernier mot , si j'ose m'exprimer ainsi, de leurs prétentions ; aussi habiles à profiter d'une indiscrétion , que certains de n'en laisser échapper aucune qui les compromette; enfin doués de cette rectitude d'idées, de ce tact délicat, sans lesquels une instruction solide et des connaissances bien approfondies sont nulles ou insuffisantes : quand un examen scrupuleux a fait découvrir à l'autorité un de ces diplomates consommés , c'est déjà pour le succès des opérations une chance des plus heureuses, un augure des plus favorables : mais puisque dans un seul homme ont pu se trouver ainsi réunies toutes les qualités nécessaires au négociateur , il n'est pas inconséquent de supposer que la nature ait pu traiter d'autres génies avec une semblable prodigalité. Si donc à votre diplomate exercé, on oppose dans la personne d'autres hommes d'état , et la même expérience et le même coup d'oeil, et la même sagacité , si vos adversaires ont de plus cet assentiment de l'opinion qui a déterminé la préférence de l'autorité , pendant que chez vous elle a contrarié le choix de l'esprit public dont un autre eût été l'objet , à c^ui demeurera l'avantage de ce même esprit public , quand
le moment sera venu de le faire entrer dans la balance des opérations? Est-il probable qu'il réponde avec une bien vive énergie à l'appel que lui fera, au nom de son gouvernement, celui dont il n'a appris la mission qu'avec les munnures de l'improbation , ou l'apathie de l'indifférence; et son rival , certain de n'être pas désavoué dans la peinture qu'il fera des efforts auxquels l'opinion générale est chez lui disposée, n'aura-t-il pas, toutes chances d'ailleurs égales, cet important avantage?C'est un principe reconnu par les publicistes, qu'il n'est point de justes concessions au sentiment national , perdues pour l'autorité quii sait s'en donner le mérite volontaire ; nous voyons que ce n'est pas dans le choix d'un négociateur qu'une exception pourrait devenir applicable. Sans doute nous ne prétendrons pas que d'une condescendance aveugle en cette partie dépende sans retour le salut ou la perte de l'état , ce serait une oiseuse et ridicule exagération ; mais dans la peinture des divers degrés d'inftuetice de l'esprit public , nous ne pouvions négliger celle qu'il exerce sur le système diplomatique en particulier: et i intrigue ou la léeèreté dans le choix de l'homme d'état qui peut se trouver dans le cas d'invoquer les ressources de l'opinion.,
pour produire sur elle des effets peut-être moins immédiats que le mépris de ses conseils dans les autres actes d'administration , n'est pas pour cela sans une assez grande importance : c'est par ce motif que nous avons cru pouvoir lier cette considération à celles que nous avons déduites de son action bien évidente sur les opérations mêmes du négociateur.
to3