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DE L'£ST A L'OUEST

et les lions de Saint-Marc sur ses portes, on la prendrait pour une fille de Venise, et l'ambitieuse Venise a bien vite aspiré à la maîtriser.

Zara alongtemps merveilleusement résisté à cette ambi tieuse. Au treizième siècle Zara luttait avec un courage intrépide contre une armée de Vénitiens unie à des légions de croisés. Vaincue par le nombre de ses adversaires , sept fois elle essaya de recouvrer son indépendance, sept fois Tin flexible Venise la reconquit, et enfin la garda jusqu'au jour, où elle-même succombait dans sa cauteleuse décrépitude sous l'épée de Napoléon,

A la réunion de la Dalmatie à l'empire d'Autriche, Zara est devenue le chef-lieu politique et civil de la province. C'est une jolie ville ouverte de plusieurs côtés sur de beaux points de vues, sur la mer, sur des chaînes de collines, au versant desquelles s'élèvent comme des têtes de géant les cimes du Velebitsch. Ses rues sont étroites, mais régulièrement tracées et bordées d'élégantes maisons. Son commerce est peu considérable, mais elle a son marasquin. Étrange chose que le caprice de la fortune dans la distribution des gloires humaines. Voilà une ville dont les annales renferment des pages superbes, les récits de combats les plus courageux, les scènes le? plus dramatiques, et ce n'est point par ces nobles épopées que son nom s'est propagé dans le monde ; c'est par de petites fioles d'une liqueur doucereuse qu'on extrait d'une cerise sauvage. Combien de gens qui jamais ne sauront les vaillantes luttes que Zara a soutenues pour défendre et pour reprendre sa liberté, et n'ignorent pas que de cette cité vient le marasquin le plus délicat! De tous les Méphistophélès inventés par les poètes, de tous les diaboliques personnages qui se jouent des espérances des hommes et de l'orgueil du peuple, cet invisible, cet indéfinissable démon qu'on appelle le Destin, n'est-il pas au moins le plus caustique?

Au delà de Zara est Sebenico, où naquit, dit -on, le jeune peintre André Schiavone et le célèbre voya-

geur Marco Polo ; puis Spalato , dont le nom vient de Pallatium (palais) , le palais que Diociétien construisit pour en faire sa dernière demeure après son abdication. Il employa douze années à construire cet édifice ; il en fit tailleries colonnes, les chapiteaux par les meilleurs sculpteurs de sou temps; il épuisa, pour élever ces longues façades, les carrières d'une pierre qui a la dureté du marbre ; et ces colonnes servent aujourd'hui d'appui à de misérables échoppes, et sous les arceaux de ce magnifique péristyle, les oisifs de la ville se réunissent pour lire la Gazette de la Dalmalie, en prenant une mauvaise tasse de café. Sur la. fin de son règne, le farouche empereur ordonna une nouvelle persécution contre les chrétiens, et sa dernière retraite a servi de refuge aux chrétiens. Sous ses murailles épaisses, ils se sont abrités comme en un temps d'orage on s'abrite sous un manteau, et les temples qu'ils fermaient à ses idoles sont devenus des temples chrétiens, et sa tombe même n'est point restée sous la voûte où il pensait qu'il reposerait éternellement.

Plus loin, est Raguse, cette intelligente, cette religieuse, cette vaillante cité de Raguse, qui prospéra par son industrie, se distingua par ses institutions scientifiques, et, pendant plusieurs siècles, défendit victorieusement son indépendance contre l'ambition des Vénitiens etla rapacité des Turcs.

Au delà de Raguse, au delà du Gap désigné par le nom de Punto del Ostro, on arrive aux Bouches de Cattaro. A cette limite de la Dalmatie, se déroule tout à coup un tableau si imposant, que pour le connaître, ce n'est pas trop d'entreprendre un long trajet, dût-on ne rien voir d'autre en route. Ce qu'on appelle les Bouches de Cattaro n'est point, comme on pourrait se le figurer par cette désignation, l'embouchure d'un fleuve. C'est une trouve de la mer dans l'intérieur des terre- , c'est un de ces fiords, • beauté maritime de la belle Norvège. En d'autres termes, c'est un canal qui, par plusieurs circuits, contourne la

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