‹ De l'est a l'ouest voyages et littératureChapitre 12 sur 21 · DE L'£ST A L'OUEST · texte numérisé non relu

DE L'£ST A L'OUEST

temps dans l'ardeur de ses recherches à travers les terrains marécageux de la côte de Pamphylie. Ses derniers jours s'écoulèrent dans la maison de son ami M. Purdie, qui lui prodigua les soins les plus dévoués. Il fut enseveli au pied d'une ancienne colonne de granit, dans la cour d'une église grecque, au centre de la ville d'Adalie. Ceux qui l'avaient connu et qui l'avaient aimé ont fait placer sur sa tombe un signe de leur affectueux souvenir. C'était un homme doué d'un cœur tendre et loyal, d'une nette et forte intelligence, d'un goût parfaitement cultivé, et d'une imagination délicate. Nous le chérissions et nous l'avons vivement regretté. »

Tous ceux qui ont eu l'avantage de connaître M.Daniell, apprécieront la justice de l'hommage reudu à la mémoire de ce savant si distingué.

Un des traits que nous aimons à signaler dans l'ouvrage de MM. Spratt et Forbes, c'est la fidélité scrupuleuse avec laquelle ils relatent les travaux et les découvertes des voyageurs, qui, avant eux, avaient pénétré dans la Lycie. Ils nous disent franchement tout ce que nous devons aux investigations du capitaine Beaufort, du docteur Clarke, du colonel Leake, de sir Charles FeUows, et d'autres archéologues ; et après avoir modestement énuméré ce qu'ils ont fait eux-mêmes sur différents points, ils ajoutent qu'il reste encore là un vaste champ d'études à ceux qui les suivront. Cela doit être.

Avec les monuments nombreux de sa primitive grandeur, la Lycie négligée si longtemps doit éveiller le zèle et l'enthousiasme des explorateurs. Lorsque nous voyons combien nous sommes loin encore de connaître tous ses antiques trésors, nous ne pouvons douter que ceux qui l'observeront de nouveau n'y irouvent mainte occasion de corriger l'œuvre de leurs prédécesseurs, et d'y ajouter de larges développements.

Nous ne pourrions, sans outre-passer les bornes que nous nous sommes prescrites, entrer dans le détail de la

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route que MM. Spratt et Forbes ont suivie, ni môme faire une rapide description de tout ce qu'ils ont vu, en se rendant d'un point à un autre. Des restes lyciens, grecs, romains ; des constructions chrétiennes attiraient à chaque pas leur attention. En plusieurs endroits, des inscriptions leur révélaient l'ancien nom d'une ville ensevelie dans les pages de l'histoire ; ailleurs, cette indication leur manquait; mais presque tous les sites étaient de fructueux sujets d'observations.

Avant que le Beacon partît de Makrj, les voyageurs entreprirent autour des monts Crayens et dans la vallée du Xanthe quelques excursions, dont l'intéressant récit précède celui du long voyage qu'ils firent dans l'intérieur. Le capitaine Graves , commandant du bâtiment , les accompagna sur l'emplacement de l'ancienne Pinare, la plus grande des cités en ruine de la Lycie.

« Nous nous étions fait, disent les deux auteurs du livre qui nous occupe, une grande idée de cette merveilleuse ville, d'après le récit de M. Hoskyn, qui nous la signalait comme une des plus charmantes cités de la vallée du Xanthe , et d'après l'esquisse de celui qui l'avait découverte ; mais ce que nous vîmes surpasse tout ce que nous avions imaginé. A environ un quart de lieue du village, nous découvrîmes tout à coup le magnifique aspect de cette ancienne cité , située dans l'enceinte du mont Gragus. Du milieu d'un profond ravin parsemé de ruines, de sarcophages et d'édifices pius considérables, s'élevait une étonnante tour de roc, en face d'un précipice taillé à pic, criblé d'un millier de tombes et couronné par rie vieilles fortifications. Des montagnes gigantesques dominaient tout ce tableau. Après avoir contemplé avec surprise cette scène admirable, nous nous élançâmes précipitamment dans ce dédale de ruines, impatients d'abord de les parcourir, et résolus à y revenir pour les examiner en détail. Nous trouvâmes en premier lieu un joli théâtre creusé sur le revers d'une colline boisée et faisant face à

la ville. Les théâtres ljxiens ont toujours une large perspective, et ceux qui se trouvent près des côtee dominent au loin la mer. Celui de Pinare présente, par sa situation au milieu des rochers, une magnificence incomparable. Devant le théâtre sont les restes d'un édifice plus récent, avec des colonnes ioniques. Près de là s'élèvent d'élégantes tombes à arceaux, avec des inscriptions lyciennes. Plus haut, est l'acropolis inférieur, longue ligne de constructions, dont quelques-unes sont d'une architecture cyclopéenne. On y voit un petit théâtre, un odéon et un portrait colossal, renversé en partie, vraisemblablement par un tremblement de terre. Nous montâmes au pied du roc du plus grand acropolis, à travers un groupe remarquable de sarcophages disposés en forme de square. Au centre de cette place quadrangulaire, apparaît un énorme tombeau, dont la sommité ressemble à un piédestal : c'est le plus large monument de ce genre que nous ayons vu en Lycie; son intérieur est curieux à voir, et ses côtés sont surmontés de tablettes saillantes. Les autres tombes ne portent point d'inscriptions, mais le ciment qui les revêt est disposé et taillé de façon à leur donner l'apparence d'une construction régulière, qui rappelle les façades de nos maisons. La pierre de Pinare, quoique ferme et durable, est d'une nature telle qu'on n'y grave pas aisément une inscription. Les anciens habitants du pays avaient coutume de la revêtir d'un mortier sur lequel ils traçaient leurs caractères commémoratifs. Nous arrivâmes par un sentier étroit et escarpé au-dessus de l'acropolis ; à sa cime, nous trouvâmes les restes de quelques fortifications et de quelques citernes qui ne nous ont point paru trèsanciennes. Tous les côtés accessibles du rocher étaient défendus par de solides remparts. Au plus haut point de cette cime, est une forteresse isolée, et encore entourée d'un fossé. De là, on jouit d'un superbe point de vue ; d'un côté, sont les sombres gorges de l'Anticragus ; de l'autre, les fertiles plaines de Xanthe, ou les lignes blan-

ches de Massicyte. Les tombes creusées dans les flancs c 7 e ce roc gigantesque sont des espèces de grottes oblonguef , disposées pour la plupart irrégulièrement , et quelquefois en rangs perpendiculaires. On ne découvre à leur entrée aucun vestige de porte et de panneau; les ouvriers qui les ont taillées ont dû se suspendre au sommet du roc : maintenant, elles sont innaccessibles, et les aigles y font en paix leur nid.

En descendant de cet acropolis, après avoir traversé de nouveau le carré de sépulcres dont nous avons parlé, nous avons trouvé les ruines d'une église chrétienne, à l'entrée d'un sombre et profond ravin protégé par les rochers de l'acropolis inférieur, et rempli d'oliviers. Là encore, des tombes d'une parfaite beauté portent sur leurs rebords des inscriptions lyciennes^ peintes ou ciselées ; puis dans les flancs du roc, en face de la vallée, d'autres tombes plus larges, que des familles habitent en hiver. Plusieurs ont des frontons sculptés, et il en est une sur laquelle on voit l'esquisse des remparts et des édifices d'une ancienne cité. *

Le moulage de ces sculptures est maintenant au Musée britannique. Il faisait partie de la collection rapportée de la Lycie en 1843-1844. Ge qui reste de la ville du roi Pandare peut donner une idée du caractère général des autres villes anciennes de la contrée. Elles diffèrent l'une de l'autre par leur étendue,mais leurs ruines indiquent la même structure ; partout un théâtre, partout des tombeaux creusés dans Je roc; des restes de temples, de remparts et d'autres édifices. Mais souvent on y cherche en vain une inscription.

Nous croyons que le passage suivant sur Xanthe, dont les marbres ont été apportés au Musée britannique, sera lu avec intérêt :

'« Le site de Xanthe est beau, mais non pas imposant. Le coteau sur lequel est située la ville s'élève au sein «d'une plaine humide et en quelques endroits marécageux. Une

rivière impétueuse coule au pied des précipices escarpés d'une acropole, derrière laquelle on découvre un théâtre et quelques monuments remarquables, entre autres une colonne tumulaire carrée, où étaient les bas-reliefs renfermés aujourd'hui au Musée britannique, représentant l'histoire des filles de Pandare, et une autre construction qui portait la plus longue inscription lycienne que Ton connaisse. Au-dessus de ces monuments, s'élève une autre masse de rocs > un autre acropolis, dont la cime est en grande partie couverte des ruines d'un ancien monastère chrétien. Sur la pente sud-ouest de la ville, apparaissent encore quelques tombes, parmi lesquelles on distingue celle de Payre, dessinée dans le frontispice du premier voyage de Fellows. Sur les premiers plateaux de rochers, était un groupe de temples, dont les frises et les statues, transportées au Musée britannique, formaient le principal ornement. »

La plus grande partie des marbres de Xanthe,qui enrichissent aujourd'hui la collection anglaise, furent exhumés des entrailles du sol, aux mois de février et de mars 1812, par sir Charles Fellows.

«r Tandis que nous étions sur les lieux, disent les écrivains que nous nous plaisons à citer, on arrachait chaque jour à la terre, on dévoilait à nos regards ces sculptures. Ce travail excitait en nous un profond intérêt, et peut-être éprouvions-nous alors une admiration un peu exagérée. Chaque bloc de marbre que Ton dégageait de la poussière nous présentait la forme de quelque belle amazone, de quelque guerrier, ou d'un vieux roi de l'Orient, et donnait lieu entre nous à de vives discussions sur l'art du sculpteur, sur les v divers épisodes historiques représentés dans ces ciselures. Chacun de nous comptera ces heures d'entretien au nombre des plus doux moments de sa vie. Après le travail du jour, quand la nuit nous enveloppait de son ombre, quand nous nous étions assis en cercle autour du foyer de la cabane turque qui nous ser-

vait d'asile, souvent il nous est arrivé de sortir, une torche a la main, et de nous en aller sur les pas de Fellows codtempler encore avec enthousiasme quelque scène de combat ou quelque Vénus mutilée, qui était une de nos conquêtes du matin. »

Sur un roc conique de la vallée de Demire, il existe de nombreux vestiges des différents peuples qui ont occupé ce lieu :

« De là, le regard plane sur un magnifique paysage, sur des gorges profondes et sur la vallée de Kassabar. Les murailles qui entourent le faîte de ce roc datent en grande partie du moyen âge ; elles sont surmontées de tours octogones et construites en petites pierres si fortement cimentées qu'elles sont très-bien conservées. En voyant du pied de la montagne leur surface unie, sir Fellows s'y est trompé et les a considérées comme une œuvre grecque. Dans la forteresse, on remarque plusieurs larges citernes et quelques portions de rempart d'une structure hellénique etcyclopéenne, qui fut jadis établie très-solidement. La principale partie de la ville dont ces murs semblent avoir été l'acropole est située plus bas entre deux rivières. Du haut du sommet que nous avions gravi, nous vîmes plusieurs ruines qui devaient fixer notre attention, et nous allâmes les visiter. Elles sont de deux époques distinctes : ici, des tombes et des fragments de marbres appartenant à l'âge grec; là, des restes plus nombreux du moyen âge, des fondations de remparts, et une spacieuse cathédrale du premier style byzantin, l'une des ruines les plus intéressantes et les plus pittoresques que nous ayons vues dans le pays. Ce superbe édifice a échappé aux observations de sir Ch. Fellows, qui en passa à quelques centaines de toises de distance. Il n'est encombré que d'une petite quantité de débris et de broussailles, de telle sorte que nous pûmes sans difficulté pénétrer dans son enceinte et voir dans son ensemble cette ruine imposante, dont le silence solennel n'était troublé que par les cris d'une cor-

neille qui, à notre approche, s'enfuit par une des crevasses de la voûte. Du côté de l'est, cette cathédrale est terminée par un hémicycle traversé par de longues fenêtres, par des piliers disjoints et des arceaux brisés. La plus grande partie de l'édifice est du reste très-bien conservée. La pierre, la brique, le mortier ont résisté au ravage tïes siècles, et nous étions heureux de penser qu'on pourra voir encore longtemps debout ce vénérable monument de l'époque lointaine où le christianisme florissait dans la coDtrée. Nous étions arrivés en Lycie avec un ardent désir de rechercher les traces de son histoire primitive, de voir les tombes lyciennes. Mais ici, nous fûmes surpris par un spectacle inattendu, et bien qu'elle tût d'une époque plus récente et d'une architecture barbare, cette vieille et solitaire basilique chrétienne s'élevant dans sa majestueuse grandeur au-dessus des temples païens et des mosquées musulmanes, éveilla en nous une vive et profonde admiration. »

En se rendant à Rome, saint Paul débarqua à Myre. On ne sait pas positivement en quel temps le christianisme fut implanté là; mais il est probable que l'apôtre utilisa son séjour dans ce lieu. Quoi qu'il en soit, Myre fut pendant plusieurs siècles la capitale du diocèse de Lycie. Gomme il n'y a point de restes de cathédrales à Myre même, MM. Spratt et Forbes pensent que celle dont nous venons de parler était l'église métropolitaine du diocèse, qu'on aurait édifiée en ce lieu par un sentiment de réclusion ou une raison de sûreté. Toutes les tombes qui l'entourent ont été examinées avec soin, mais on n'y a point trouvé d'inscription.

« A Myre, les sépulcres sont d'une forme très-élégante particulière à la Lycie ; leurs frontons sont ornés de rebords saillants, ciselés comme les solives d'un plafond. Aucun autre groupe de monuments de ce genre ne présente en Lycie un ensemblo si pittoresque, pas même ceux de Petra, dit un voyageur qui en a fait la compa-

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raison. Nous nous séparâmes, selon notre coutume, pour étudier les inscriptions; après avoir recueilli celles qui avaient été copiées par sir Ch. Fellows, nous eûmes le bonheur d'en découvrir plusieurs autres en caractères grecs et lyciens qui étaient encore ignorées. Au milieu d'une centaine de textes funéraires, nous en trouvâmes un tout nouveau, à l'entrée d'an sépulcre de roc. C'était le galant aveu d'un amant grec qui proclamait ainsi sa passion : « Moschus aime Philiste, fille de Démélrius. » De ces rangées de tombes, on arrive, sans transition, au théâtre ; singulier rapprochement : la maison de joie unie au cercueil, le jeu des acteurs au silence de la sépulture, le plaisir de la vie à la demeure des morts. »

Ce théâtre n'a pas moins de 360 pieds de diamètre; les sièges sont pour la plupart bien conservés. Quant à l'arène, c'est à présent un champ de blé. Une partie de la scène est encore debout, ses ailes étaient ornées de colonnes de granit poli , surmontées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc.

De Myre, les voyageurs se rendirent à Phasele, dont les ruines ont été explicitement décrites par le capitaine Beaufort. Un théâtre, deux ports artificiels et des ruines d'édifices considérables attestent l'ancienne importance de cette cité. Il semble pourtant qu'elle ait eu une autre origine que celle dont nous avons déjà parlé, car on n'y voit aucune trace de tombes et d'inscriptions lyciennes.

Mais si sous ce rapport la contrée où s'avançaient MM. Forbes et Spratt offrait moins d'intérêt que celles qu'ils venaient de parcourir, au point de vue historique ' elle n'était pas moins digne d'intérêt, pâr les mémorables événements, par les souvenirs d'Alexandre et de son armée, qui se rattachent à l'existence de Phasele.

Arrien rapporte qu'après avoir fait la oonquête de Xanthe et d'une trentaine de villes de la Lycie, il s'avança, en plein hiver, vers la Myliade, qui avait appartenu à la grande Phrygie, mais que Darius avait rendue tributaire

de la Lycie. « Il rencontra des envoyés de Phasele qui venaient lui demander sa protection et lui offraient une couronne d'or. Les villes de la basse Lycie lui envoyèrent des ambassadeurs et firent alliance avec lui. Il leur ordonna de remettre leurs cités entre les mains de ceux de ses officiers qu'il désigna, ce qui fut fait. Il entra ensuite dans la province de Phasele et la soumit a son autorité, ainsi qu'une forteresse construite par les Pisidiens, qui de là faisaient dans la contrée de fréquentes incursions. »

Le caractère topographique du pays peut nous aider à tracer la route que les troupes d'Alexandre suivirent depuis Xanthe. Nous croyons qu'elles passèrent par la plaine montagneuse d'Almale, par la vallée d'Arycande, au-dessous de la plaine de Limyre, car, au milieu de l'hiver, bulle autre voie n'était ouverte ou praticable. De plus, comme les Termesses, qui lui étaient opposés, occupaient les passages de la Myliade et la plaine de Pamphylie, il devait nécessairement adopter ce circuit par les montagnes, et il aurait eu encore beaucoup de peine à suivre ce chemin, si les habitants de la contrée, au lieu de le recevoir a bras ouverts, comme un ami et un sauveur, avaient voulu entraver sa marche. Nous ne pouvons former aucune conjecture sur la situation du fort pisidien dont il s'empara, car nous n'avons rien trouvé aux environs de Phasele qui nous éclaire sur cette question. Le roi conduisait lui-même une partie de ses troupes par mer, et traversa ainsi, dit Plutarque, le détroit de l'Echelle, le passage fermé par le mont Glimax 1 , que le carpitaine

1. Climax signifie également éch'ell?. Quelques lignes de Strabon sont plus nettes et plus explicites que ce récit de l'écrivain anglais : « Près de Phasele, dit le célèbre géographe, ville de Lycie, est une montagne nommée Climax. Elle s'avance sur la mer do. Pamphylie, de manière qu'elle resserre extrêmement la côte et ne laisse aux voyageurs qu'un passage très-étroit. Dans le calme il est à sec, mais dès que la, mer s'enlle, elle le couvre de ses flots. Alexandre y étant arrivé, l'hiver, par un gros temps, aima mieux se fier à la fortune que d'attendre des circonstances plus favorables, et il mit en mouve-

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Beaufort représente comme une succession He rocs élevés qu'on ne pouvait gravir sans peine, mais que l'on tourne aisément en marchant dansl'eau. La seconde cohorte, pour éviter les dangers et difficultés du détroit, fît un large circuit par les montagnes. Selon Arrien, des Thraces lui servaient de guides. Cette assertion de l'historien d'Alexandre a beaucoup occupé les commentateurs. 11 semble étrange que les Thraces aient été choisis pour guider l'armée du jeune conquérant, dans une contrée si éloignée de la leur. Notre principal but en visitant Phasele était de noter, à partir de cette ville, la marche de la seconde division d'Alexandre, de trouver une route qui, en évi- • tant le défilé de Gliraax, nous conduisit par les montagnes dans la plaine de Pamphylie. Nous prîmes à cet égard des informations à Tekerove, et nous apprîmes qu'il y avait, en effet, dans les montagnes un chemin qui passait près de Sarahagik; un Turc qui, par hasard, devait le suivre, s'offrit à nous servir de guide. »

En continuant leur roule, les voyageurs entrèrent dans une gorge d'une nature grandiose, bordée de chaque côté par des rocs de deux mille pieds de hauteur, et traversée par un torrent impétueux. Puis de là, ils atteignirent le sommet d'un défilé qui s'élève à environ quatre mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer. De là se détachent trois vallées dans trois directions différentes : Tune, qui s'appelle la vallée de Tchanden, sépare Glimax de Baraketdagh, aboutit à la plaine d'Adalie. MM. Spratt et Porbes pensent que ce fut par là que l'armée d'Alexandre passa pour arriver dans la Pamphylie. On y trouve les ruines d'une cité sur laquelle nous citerons les renseigne- * ments suivants :

« Cette journée a été employée à un examen attentif des ruines de Sarahagik, qui se trouvaient à environ une heure de marche de l'endroit où nous avions établi notre

ment ses soldats* qui marchèrent tout un jour, ayant de l'eau jusqu'au nombril. »

campement. Nous cherchâmss en vain parmi les inscriptions des sépulcres quelque indice sur le nom de cette ville dévastée. Il nous paraît que ce site se rapporterait à celui de Marmora ou d'Apollonie. La première était une forteresse construite sur un roc élevé, et dont Alexandre s'empara en passant la frontière lycienne : Diodore et Arrien en font mention. La seconde fut fondée par une colonie de Thraces. M. Arundel signale une muraille qui porte cette légende : AIIOÀ : KOA : AYK ; l'une des inscriptions que nous avons copiées portait ces lettres Ail (Ap.); c'est peut-être une abréviation du nom de la ville.

Cette conjecture est fondée sur le passage d' Arrien qui rapporte que la seconde division de l'armée d'Alexandre fut conduite en Pamphylie, à travers cette route de montagnes, par des Thraces. Nous avons déjà dit la difficulté que les traducteurs et commentateurs éprouvaient à expliquer ce passage. Si l'on admet que Sarahagik soit l'Apollonie fondée par les Thraces, cette difficulté disparaît. On comprend très- bien que les gens de cette peuplade aient pu servir de guides dans ces défilés au milieu desquels ils vivaient. De plus, ce fait expliquerait comment les légions d'Alexandre ont pu s'avancer sans obstacles dans ces gorges "dangereuses, si faciles à défendre, chose qui ne serait point arrivée si elles avaient été dominées par une cité hostile, telle que fêtait Marmora, qui fut assiégée et subjuguée par le jeune conquérant. Ce curieux Aperçu historique nous a été indiqué sur l'emplacement même de Sarahagik, par M. Daniell. »

Plus loin, les voyageurs visitent, à un mille environ de Tchandeer, les ruines d'un château. D'après la description qu'on leur en avait faite, ils supposaient que c'étaient les ruines d'Olbie; mais cette large et irrégulière forteresse, conservée en grande partie, n'est pas d'une structure ancienne; sa situation seulement est magnifique. De là on découvre une vaste étendue de la plaine de Pamphylie et les montagnes Pisidiennes. « Si nous avions eu, disent

MM. Forbes et Spratt, quelques doutes encore sur l'identité de notre route avec cello de l'armée macédonienne, r aspect de ce défilé les aurait dissipés. »

De l'autre côté de la vallée, M. Daniell observa plus tard d'autres ruines très-importantes. Il suppose que là était le véritable emplacement de Marmora.

Les voyageurs s'arrêtent ensuite à Adalie, l'une des villes les plus considérables de la côte méridionale de l'Asie Mineure. Elle renferme environ treize mille habitants dout trois mille Grecs. Le capitaine Beaufort et le docteur Cramer, sans doute, par suite d'une étude insuffisante, ont supposé que là était le site d'Olbie. En voyant la quantité de vestiges antiques qu'on y trouve, MM. Forbes et Spratt sont, comme le colonel Leake, disposés à croire que le nom de cette ville d' Adalie est une altération de l'ancienne Attaleia, fondée par A t taie Philadelphe. Ce qui donne plus de poids à cette opinion, c'est que Attaleia était autrefois, comme Adalie l'est aujourd'hui, le principal port de mer de la Méditerranée, et que l'évêché d'Attaltiia se retrouve à Adalie. Quant à l'altération des noms, elle est un peu difficile à admettre. D'après ces considérations, ils pensèrent qu'ils trouveraient sur le côté lycien de cette ville le site d'Olbie, et ils se mirent à l'œuvre pour résoudre cette question.

« En passant, disent-ils, le long du rivage, lorsque nous arrivions à Adalie, nous avions aperçu quelques ruines près de la rivière d'Arab-Soo. Nous nous dirigeâmes de ce côté; mais au lieu de descendre vers la mer, nous nous avançâmes à l'ouest, sur la plaine rocheuse. A environ trois mille et demi d'Adalie, nos chevaux marchèrent sur les fondations d'une épaisse muraille; nous la suivîmes dans sa direction septentrionale , et nous en trouvâmes l'extrémité à la pointe d'un roc qui domine un étroit ravin de soixante- dix à quatre-vingts pieds de profondeur, sillonné par l'Arab-Soo. Du côté du sud, ce rempart aboutit également au bord d'un précipice qui termine la plaine.

Le tout forme une espèce de promontoire escarpé de trois côtés, dont'i] est aisé de faire une forte position. La grande muraille n'a pas plus de deux cents toises de longueur; ses fondations ont quatorze pieds de largeur; elles sont construites avec de gros blocs carrés non cimentés. L'entrée de cette forteresse était évidemment à la pointe méridionale du rempart, à quelques toises de distance de chaque côté; on distingue encore là de profondes ornières creusées dans le roc par les roues des voitures. »

Il n'existe cependant, dans cette enceirfte, que très-peu de vestiges d'antiquité; mais tout a été employé pour fortifier cette situation, et dans le voisinage on trouve des tombes d'une ancienneté incontestable. Ces remarques correspondent avec ce que l'on sait d'Olbie, qui était un puissant rempart, et dont Strabon, Pline et Ptoléméc fixent l'emplacement devant Attaleia, à l'entrée de la Paraphylie. Ce qui pourrait jeter quelques doutes sur cette opinion c'est que les anciens écrivains rapportent des cataractes qui, du haut d'un roc, se précipitaient avec fracas, entre Olbie et Attaleia, car on ne voit plus là maintenant que quelques petits ruisseaux. Mais, dans le passage suivant, le capitaiue Beaufort, tout en supposant que la ville actuelle d'Adalie est l'ancienne Olbie, offre un moyen de résoudre cette difficulté.

a L'eau de ces ruisseaux, dit-il, est tellement imprégnée de matières calcaires que les hommes et les animaux ne peuvent en faire usage, et près de quelques moulins, elle a formé de larges masses de stalactites et de pétrifications. La grande plaine qui s'étend à l'est de la ville se termine par des rocs escarpés de cent pieds de hauteur environ, qui s'avancent sur la mer, non point par la structure de leur base évidée,mais par leur cime, qui consiste en lames saillantes superposées sur les couches inférieures, comme si le cours continuel des eaux avait formé là de nouveaux accroissements. Il est possible que cette accumulation des matières ait peu à peu entravé la chute de cette masse

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d'eau qui autrefois formait uue magnifique cascade, et l'ait divisé en plusieurs filets. »

Cette observation géologique est confirmée par celles de MM. Spratt et Forbes.

« Les rivières de cette partie de la Pamphylie, disentils, déposent perpétuellement un tuf calcaire et changent de lit; celui oîi elles coulent à présent, n'est pas le même que celui qu'elles occupaient autrefois, et ne sera pas Jo même dans deux ou trois siècles. La disposition des ruisseaux, dont parle M. de Beaufort, diffère déjà de la description qu'il en fait. Probablement elle aura subi une modification depuis qu'il l'a observée. Le principal argument que l'on aimait à faire valoir pour nier l'identité ti'Adalie et d'Attaleia ne peut donc être accepté comme une raison décisive dans cette question. »

Outre l'intérêt qu'elle présente par elle-même, Adalie, par sa situation, doit être Fun des principaux points de départ des voyageurs qui entreprennent d'explorer la partie méridionale de l'Asie Mineure.

« On y arrive aisément de Rhodes, où les bateaux à vapeur, qui font la traversée de Smyrne en Syrie, s'arrêtent deux fois par mois. Là, entre la Lycie d'un côté, la Cilicie et la Pamphylie de l'autre, le voyageur se trouve au milieu d'une quantité de ruines d'une importance extraordinaire, et dont un grand nombre, notamment celles de Cilicie, ne sont que très-peu connues, i

Le désir de MM. Spratt et Forbes étant surtout de voir le district élevé et les limites de la Lycie, où les sites de Termesse, de Cibyre et de plusieurs autres villefi remarquables n'avaient probablement jamais été visités, ils résolurent d'abandonner le district d'Adalie et de retourner vers les montagnes solymiennes, où ils espéraient trouver les ruines de Termesse, une des plus mémorables cités antiques de la contrée. Nous laissons de côté les détails qu'ils ont publiés sur leur itinéraire pour en venir immédiatement au récit de la découverte de cette ville, qui est

peut-être la plus curieuse partie de leur relation. En 1800, le général Koehler, en faisant une excursion d'Adalie à Shugat, passa par un lieu où Ton voyait les restes considérables d'une ville fortifiée. Les écrivains modernes ont cru que ces ruines étaient celles de Termesse; mais elles se trouvent au pied d'un défilé, et Arrien dans sa minutieuse description des anciens habitants de Termesse, dit qu'ils occupent une ville située sur une montagne élevée, escarpée, à laquelle on ne parvient que difficilement. Il fallait donc chercher pour Termesse un autre site dont l'aspect s'accordât avec le récit de l'historien d'Alexandre. Les voyageurs se dirigèrent au nord-ouest, vers le passage de Guleelook, où ils avaient appris qu'ils trouveraient des ruines. A trois milles environ du passage, ils s'établirent dans un large bâtiment quadrangulaire, construit en blocs carrés, tous marqués d'un monogramme. Ce bâlirnentque le guide appelait un khan, était entouré de ruines parmi lesquelles on remarque, avant tout, les aqueducs, qui sont de solides murs de huit à dix pieds de hauteur et qui traversent la ville dans toutes les directions. Sur un piédestal, à l'extrémité d'une citerne, on lit cette inscription:

DOTANOS AArONÛN

Ce qui ferait supposer que ce sont là les ruines de Lagon, bien qu'on assigne généralement à cette ville une autre situation.

En quittant ce lieu pour arriver à Gulelook, leplusseptentrional des deux passages qui, des monts solymiens, touchent à la plaine d'Adalie, les voyageurs suivirent quelques instants le cours d'un torrent desséché, puis tout à coup découvrirent, à leur gauche, sur une hauteur, des constructions semblables à d'anciennes fortifications; à leur droite, au pied de la montagne, une tour grecque; mais nous les laisserons raconter eux-mêmes leur découverte :

« La vallée se rétrécissait de plus en plus. Nous en-

trions évidemment dans un passage important, et de tons côtés apparaissaient des traces de fortifications. Tout à coup, à l'endroit le plus resserré de cette gorge, nous arrivâmes à une ligne admirable de remparts grecs, défendus par plusieurs tours et barrant la vallée de telle sorte qu'on ne pouvait la franchir que par un étroit sentier. Les fortifications mentionnées par Arrien, le défilé où s'avança l'armée d'Alexandre, semblaient être devant nous, et à chaque pas, nous nous attendions à voir les remparts de Termesse. Notre guide nous montra le sommet de la montagne et nous dit qu'il devait y avoir là des ruines. Aunmille delà, nous atteignîmes un khan coraposéde trois bâliments en pierre et d'un café occupé par des soldats turcs, qui paraissaient garder ce passage. Nous nous arrêtâmes là pendant la nuit, très-heureux d'apprendre par un de ces hommes qu'il y avait, en effet, des ruines sur la montagne voisine.

« Le lendemain, dès le matin, nous allâmes à la recherche de ce monument des anciens temps. La première partie de la montagne était escarpée et rocailleuse; mais après une heure de marche, nous trouvâmes un chemin qui se dérobait entre deux pics de roc. Une heure et demie de marche encore sur cette route ensevelie sous les arbres, encombrée de taillis, et tout à coup nous découvrîmes deux anciens corps de garde presque intacts et debout, de chaque côté de la route. Nous ne voulions point nous arrêter à chercher quelque mur attenant à ces bâtiments; nous allions en avant avec une ardente impatience. A un mille plus loin, nous ne rencontrâmes d'autres ruines que quelques sarcophages cachés sous les broussailles, et sur les flancs d'un rocher, nous lûmes cette inscription gravée en grosses lettres :

nAATONIKOS *IAO£0*OZ.

o De là, après avoir traversé un mur peu élevé, nous sortons du taillis, nous entrons sur un terrain plat qui

s'étend entre deux rocs et qui est protégé par de profonds précipices. Là il y a des ruines à profusion, des tombes et des sarcophages d'une large dimension, un temple avec une porte ornée, et une majestueuse rangée de gradins, et sur le sol des fragments de colonnes cannelées. Nous nous avançons jusqu'à l'extrémité de la plate-forte; là l'espace se resserre, et une solide muraille le traverse. Dans cette enceinte, nous apercevons des restes d'édifices d'un style plus noble et mieux conservés, entre autres, un palais avec des portes et des fenêtres nombreuses, que le temps n'a presque pas détérioré; il est construit en blocs quadraogulaires, sans ciment. Devant nous, à la cime de la montagne, est un troisième rempart que nous voulons examiner, espérant que c'est l'acropole. Jusque-là, les inscriptions que nous avions lues ne nous donnaient aucun indice sur cette cité; mais en montant vers ce dernier rempart, nous trouvons un piédestal qui ne nous laisse plus aucun doule sur le lieu où nous sommes : c'est Termesse ! et dans l'élan de notre joie, nous proclamons d'une voix éclatante ce nom qui, depuis si longtemps, n'a pas été répété par les échos du lieu. Jusque-là, uous n'avions été, pour ainsi dire, encore que dans le vestibule de la ville. Termesse même est à ce troisième rempart, à la pointe de la montagne, ainsi que le rapporte Arrien, sur une plate-forme entourée d'un rempart naturel de quatre cents pieds de hauteur, excepté du côté de l'est, où elle touche à un précipice effrayant qui plonge dans une gorge profonde, ouverte sur la plaine de Pamphylie.

c Nous traversons ce troisième rempart, et notre attention se fixe sur une avenue bordée de chaque côté par une ligne serrée de piédestaux qui, d'un côté et de l'autre, aboutit à des édifices publics, probablement des temples. Sur chaque piédestal, il y a une inscription assez bien conservée. Une entre autres est pour nous très-précieuse; elle nous confirmeMans nos conjectures, car on y lit ces mots :

TEPMHXIEQNTÛN ME1SONÛN IlOAIE.

« Au-dessus de l'avenue, à l'ouest, était la partie vivante de la cité ; les bâtiments en ruines qu'on y voit devaient être des habitations. Au sud et à Test, le sol est couvert d'édifices publics, en partie conservés, en partie renversés, et tous d'une assez forte structure. Au centre est un espace ouvert, nivelé, avec une inscription qui annonce que c'était Y Agora (place publique). Du milieu de cette place s'élève un roc isolé de quinze pieds environ de hauteur, surmonté d'un sarcophage, sous lequel, au-dessus d'une ligne de gradins creusés dans le roc, est un enfoncement avec un siège. On y voit aussi plusieurs niches pour des tables votives. Sous l'Agora, sont de larges citernes dont la voûte est supportée par des piliers et des arceaux massifs. Cet espace semble avoir été environné, pendant le moyen âge, de cellules monastiques, qui sont du petit nombre de ruines chrétiennes qui existent dans cet ancien siège épiscopal. Parmi les bâtiments qui entourent l'Agora, nous remarquons un grand édifice carré dont les murs, construits avec soin, sont ornés de pilastres doriques. Près de là, s'élèvent deux édifices du même genre, mais plus petits, et deux piédestaux sur lesquels nous lisons une inscription en l'honneur de Platon, qui paraît avoir été très-admiré des habitants de Termesse, et une seconde inscription en l'honneur des Muses, dont un de ces édifices était probablement le temple. A gauche du grand bâtiment quadrangulaire, sont les restes fort dégradés d'un temple dorique, qui, à en juger par l'inscription qui la décore, devait être consacré au soleil. Nous avons trouvé là des blocs de marbre de Paros, et des fragments de frises sculptées. En faisant quelques fouilles, on découvrirait sans doute plusieurs ouvrages de ce genre. »

MM. Spratt et Forbes nous donnent une minutieuse description du théâtre. La plupart des constructions de Termesse datent de l'époque romaine. Il eft singulier qu'on n'ajt trouvé le nom de cette ville dans aucune des inscriptions funéraires; mais elles sont si nombreuses

qu'il eût fallu, pour les copier toutes, employer des jours entiers.

En suivant de Termesse la route à travers la Myliade, que l'armée romaine avait suivie, sous les ordres de Manlius, nos voyageurs s'arrêtèrent trois jours au village de Stenez, situé à trois mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer Ils employèrent toute une journée à examiner l'ancienne cité qui existait jadis près de là, sans pouvoir découvrir quelques indices de son nom; mais d'après le récit que Tite Live a fait de l'expédition de Manlius, ils supposent que c'était la ville de Mandropolis, bâtie sur une route montagneuse, entre Gibyre et Termesse. Cette supposition est appuyée par l'étymologie de Mandropolis, composé de deux mots : mandra (pâturage de brebis), et polis (ville). Cette désignation s'appliquerait encore à la situation de Stenez. Toute la plaine qui entoure ce village est employée à la pâture des irioutons et des chèvres, qui y trouvent le doux herbage des mandries, pour nous servir d'un terme employé dans toute la Grèce, et par les Grecs dans l'Asie Mineure.

Près de là est un large lac, ou pour mieux dire un marais, qui parait être le lac Caralis, au bord duquel l'armée de Manlius campa en se rendant à Mandropolis. Cet espace d'eau, qui ne ressemble pas aux lacs supérieurs, est parsemé de joncs et de roseaux, ce qui s'accorde très-bien avec le mot Palus dont Tite Live se sert pour le désigner. Dans le même lieu, coule un ruisseau des montagnes de vingt pieds de largeur et d'un pied de profondeur, qui rappelle la description du Caulaze.

En arrivant près de Horzoom, les voyageurs regardèrent de côté et d'autre s'ils ne verraient pas quelques ruines, car ils espéraient trouver là le site de Cibyre. Deux paysans leur apprirent qu'à une courte distance de cet endroit, on trouvait les restes d'une grande ville : c'était ce qu'ils cherchaient. Ils avaient remarqué que, danslaBasse- Lycie, où le bois abonde, les constructions en pierre

imitent les ouvrages en bois; mais à Cibyre, «la Birmingham de l'Asie, » plusieurs fragments imitent les ouvrages en fer. Ce métal existe en quantité dans la plaine de ce district, et Strabon rapporte que les Cibyriens excellaient dans l'art de ciseler le fer.

Nos intrépides explorateurs visitent Ebajik, où ils espéraient trouver remplacement de l'ancienne Bubon, qui forme, avec Balbure et Cibyre, le trio des cités désignées sous le nom de Cibyriennes. Un guide les conduit à un mille environ du village, au pied d'une colline conique où plusieurs blocs de pierre taillés et des sarcophages annoncent le voisinage d'une ancienne colonie. La ville est sur un des côtés de la colline, et une inscription tracée sur un piédestal ne laisse aucun doute sur le nom que les voyageurs sont venus chercher; on y lit ces mots :

BOÏBQNEQEN II BOÏAH KAI O AH MOI

(Le sénat et le peuple de Bubon.)

Cette inscription offre encore un autre intérêt, car elle rappelle les honneurs publics que les habitants de la ville rendaient à une certaine matrone pour le mérite qu'elle s'était acquis en travaillant à l'accroissement de la population. Mais ces ruines ne sont pas très-étendues ni d'une architecture très-remarquable.

a A Balbure, il y a deux théâtres, l'un placé sur le flanc méridional de l'acropole, en faced'un beau point de vue. Son diamètre est de deux cents pieds ; on y compte seize gradins coupés au milieu par une masse de rocs qui est restée dans son état primitif. Au premier abord, il semble que cet édifice n'ait pas été achevé ; mais en l'examinant de plus près, on s'aperçoit que les gradins sont parfaitement adaptés à l'irrégulaiité du roc, et qu'au centre de ce roc on a creusé une sorte de niche, comme pour y placer un siège ou un trône. Cette disposition étrange est d'un effet très- * pittoresque. A l'avant-scène est une plate-forme de niveau avec l'arène bordée d'une haute muraille à plusieurs

angles, étayée par des arcs-boutants. C'est un travail délicat et d'une* belle conservation. L'autre théâtre, non moins remarquable, est placé dans une des anfractuosités de la montagne, au càté sud de la rivière. On n'y a construit que l'arène qui est voûtée, et qui a cent cinquante pieds de diamètre ; l'ouverture de la montagne formait le parterre, et les rebords saillants des rochers étaient taillésde façon à servir de siège aux spectateurs.

En visitant Jïlnoande, MM. Hoskyn et Forbes n'y avaient point vu le théâtre ; les voyageurs, dont nous aimons à suivre l'itinéraire, firent de nouvelles recherches, et en découvrirent un construit au sein d'une colline, mais lellement caché sous les broussailles, qu'ils avaient passé là plusieurs fois sans l'apercevoir.

Pendant qu'ils exploraient ainsi

Cragon et Limyren , Xanthique undas, .

ils ne pouvaient manquer de porter encore leur attention sur un autre objet classique, avant que de quitter les lieux où était « la Chimère avec sa poitrine et sa tête de lionne et sa queue de serpent, réunis par un lien de feu 1 .»

A Sidyme, dans le mont Cragus, ils s'enquérirent des lions de Lycie, d'après lesquels on avait dû composer une partie des formes de la Chimère ; mais leurs investigations h cet égard furent inutiles ; nulle part on ne connaissait rien de semblable, quoiqu'il y ait des léopards dans les montagnes. Mais, en ce qui concerne les flammes vomies par le monstre mythologique, ils furent plus heureux.

« Non loin de Deliktash, disent-ils, sur un des revers de la montagne, le capitaine Beaufort avait découvert le yanar ou feu perpétuel, non moins fameux que la Chimère. Nous le trouvâmes aussi brillant et même un peu plus fort qu'il ne l'avait dit ; car, outre la large flamme dont il parle, et qui jaillit dans une partie des ruines qu'il

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