‹ De l'est a l'ouest voyages et littératureChapitre 13 sur 21 · Chimaera jugo mediis in partibus ignem · texte numérisé non relu

Chimaera jugo mediis in partibus ignem

Pectus et ora lea?, caudam serpentis habebat.

a décrites, d'autres jets de feu apparaissent dans les crevasses d'une espèce de cratère de cinq à six pieds de profondeur. »

La solution scientifique de ce phénomène enlèvera malheureusement encore à ceux qui aiment les fables de l'antiquité une de leurs illusions:

« Le yanar n'est qu'un courant de gaz inflammable sortant d'une crevasse; il en existe plusieurs dans les ApenDins. Le serpentin qui entoure la flamme s'allume, se calcine ; mais l'action de ce feu ne s'étend qu'à quelques pieds , et le yanar présente encore le même aspect qu'au temps de Sénèque,.qui écrivait : « Lxta itaque regio est et herbida, nil flammis adurenlibus*. » Voilà donc la chimère, l'effrayante chimère armée de flammes, y flammisque armata Chirnsera, • dépouillée de ses terribles attributs, et les Grecs et les Turcs se servent aujourd'hui de ses feux pour faire cuire leur dîner. »

De la crête du Cragus les voyageurs voulurent jeter un dernier regard sur le théâtre de leurs explorations. Sur % un plateau situé à quatre mille pieds au-dessus du niveau de la mer, ils avaient trouvé plusieurs familles d'Urouks qui, selon leur coutume annuelle, conduisaient leurs troupeaux sur cette sommité et y passaient l'été pour échapper aux chaleurs et au mauvais air de la plaine.

« Nous laissâmes, disent MM. Spratt et Forbes , nos gens et nos chevaux parmi ces pâtres nomades, et nous commençâmes à gravir le dernier pic du Cragus, qui s'élève encore à plus de deux mille cinq cents pieds audessus de ce plateau alpestre. Nous traversâmes d'abord une zone d'épaisses forêts, puis.nous marchâmes sur le roc nu, entre des précipices dont les crevasses pleines de neige nous offraient, dans l'ardente chaleur que nous avions à supporter, un agréable rafraîchissement. Du haut de la cime escarpée, nos regards planèrent sur la Lycie.

1. Terre riante, couverte d'herbes que le feu ne ravage point.

A nos pieds se déroulaient , dans toute son étendue , la plaine de Xanthe , plus loin les gorges de Massicy te , qui nous étaient devenues aussi familières que les collines et les vallées de notre terre natale. A vol d'oiseau, les lieux éloignés que nous avions parcourus ne nous apparaissaient plus que comme d'étroits espaces, et les coteaux et les rochers que nous avions gravis avec peine ressemblaient à de légères ondulations. Telle est la structure du Gragus, que Ae ses cimes de neige il descend en ligne perpendiculaire dans la mer, et du haut du faîte où nous étions montés, nous pouvions voir les vagues se briser à sa base. C'était une admirable situation pour dire adieu à cette belle contrée, et nous n'en descendîmes pas sans regret. »

Nous quittons avec peine cette curieuse œuvre d'exploration. Nous n'avons pas même parlé de la.géologw et de l'histoire naturelle de la Lycie, qui remplissent le second volume du livre de MM. Spratt et Forbes. Mais nous espérons que ce que nous avons dit de ce livre engagera nos lecteurs à l'étudier eux-mêmes. Des vues nombreuses, des plans de diverses localités et une carte générale de la contrée complètent cette publication, Tune des plus importantes qui, dans ce genre, aient paru depuis longtemps.

Dernièrement, le gouverneur d'une- des possessions lointaines de la couronne britanniaue adressa au ministère un mémoire pour l'engager à rechercher le meilleur mode de recueillir et de publier une histoire et un tableau complet des colonies anglaises. Ce mémoire fut envoyé à l'examen de la Société royale, et il est encore entre les mains des savants de Burlington-House. Pendant ce temps , sir Emerson Tennent devançait leur décision et nous faisait voir, par son admirable travail, cruel intérêt peuvent éveiller de telles publications et quelle en doit être l'utilité.

Pas une île dans le monde ,- pas même la puissante Angleterre, n'a attiré, comme Geylan, l'attention des observateurs à des âges si lointains, et dans des contrées si différentes. Il n'y a pas, dans les temps auciens et dans les temps modernes , nne nation quelque peu littéraire , dont les écrivains n'aient été plus ou moins occupés de

cette région superbe. Son aspect, ses dogmes, ses antiquités, ses produits ont été décrits par les auteurs de la Grèce classique et par ceux du Bas-Empire , par les Romains et les Chinois, par les Birmans et les Indiens, par les géographes de l'Arabie et de la Perse , par les voyageurs français et italiens du moyen âge, par les chroniqueurs d'Espagne et de Portugal, par les aventureux marins de la Hollande , par les touristes et les topographes de la Grande-Bretagne.

Le livre de M. Emerson Tennent nous offre, à tous les points de vue , le tableau le plus complet de l'antique Taprobane; l'éclatant succès de çes deux volumes glorifie à la fois le laborieux écrivain qui y a consacré tant d'années d'études et la nation anglaise, à laquelle ils s'adressent spécialement.

Deux volumes de 70 francs épuisés en deux semaines 1 î A Paris , on n'épuise pas plus vite une édition des petits volumes à 3 francs de M. Michelet. Mais si, comme M. Michelet se plaît à le constater lui-même, ses volumes se glissent et se cachent sous les oreillers, le livre de sir Émerson n'exige pas les mêmes précautions.

On aime à le montrer au grand jour, on s'honore de le lire, on est heureux de le posséder. Dès les premières pages de ce livre , sir Emerson nous attire par des scènes de la nature qui ne donneront à l'esprit que de douces , nobles et salutaires émotions. Son premier chapitre, intitulé Géographie physique de Ceylan, est une peinture à la fois scientifique et poétique si nette et si sûre, qu'elle pourrait servir de modèle à tous ceux qui entreprennent un travail du même genre.

Geylan, de quelque côté qu'on y aborde, présente aux regards une image dune grâce et d'une grandeur sans pareilles dans le monde. Le voyageur qui vient du Bengale, laissant derrière lui le delta mélancolique du Gange et la

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