UE 1870 ET
d<-ins la note de M. J..., quel sern l'avenir de noire espèce? Doit-elle toujours guerroyer entre elle? Ou bien de ^ntnds groupes de peuples finiront-ils par se pacifier? Lk-dessus on n'a, bien entendu, que des inductions: mais je crois que les inductions essentielles indiquent une pacification progressive. Ces inductions essentielles sont au nombre de deux, la raison publique et les intérêts internalionuux. L>eur croissance est continue et toujours dans te même sens, et de plus en plus crée des difficulté» à la guerre. La raison sans les intérêts, les intérêts sans la raison seraient Impuissants; réunis, ils agissent lentement, mais sûrement vers un même résultat. Les grandes perspectives sociales, quand elles ont pour ori^ne la contemplation de la marcbe du savoir positif et de l'histoire humaine, inspirent aux philosophes des espérances qui dépassent ht durée de bien des générations, cl qui pourlant ne sont pas des vanités.
Notre présent est loin de cet avenir. Après cinquante-cinq ans d'interruption, apr^s, ce semblait, une véritable prescription, reparaît sur la scène de l'Kurope l'affreux droit de conquête, le plus grand méfait que des peuples de même civilisation puissent aujourd'hui cominellre les uns contre les autres. M. J..., dans son livre {p. 31). rapporte que, lors de l'armistice, les Jeunes tilles d'une école, en Allemagne, ont chanté un chœur commençant par ces mots : n 0 que tu dois être contente, Strasbourg, d'être enfin redevenue allemande! » On peut aller vérifier sur les lieux combien, en eftet, et Strasbourg et l'Alsace entière, et la Lorraine, sa voisine, sont contentes d'avoir été annexées par la force, contreleurvolonlédéterminée, à l'empire allemand!
lOt ÉTUDE SUR LA CRISE DE GUERRE
Bn Franee, d, après la yicfoire, an pareil méful avait été cominis, et il eût été difficile à commettre, d^innombrables et hautes protestations se seraient élevées parmi tous ceux qui ont souci de l'honneur de la civilisation. La moralité politique intematio* nale compte pour beaucoup dans l'évaluation de la moralité d'un peuple. Elle est au plus bas niveau ches le peuple allemand.
La France, ayant touché le fond de l'abîme, commence à s'en relever. Le premier signe visible en est le concours déterminé qu'elle a donné au gouvernement occupé de solder la contribution imposée par les Allemands et nos dettes de guerre. Là il n'y a point eu d'hésitation ; et, quelle que fût l'incertitude des circonstances présentes, l'argent est venu abondant et courageux. C'est une preuve incontestable de vitalité; et avec la vitalité tout peut se refaire.
Après une défaite complète et la chute de rem-> pire, la France a-t-«lle vainement et sans rien apprendre roulé dans le vide des révolutions? Pen* dant quatre-vingts ans elle a eu l'initiative des luttes politiques et sociales, et il n'est en Europe aucun Etat qui ne s'en soit ressenti. Aujourd*buî, malgré les circonstances les plus défavorables et en vertu de sa constitution intime, elle tenta pour la troisième fois l'expérience d'une grande république au milieu de l'Europe. C'est le résultat de cette expé* Tience qui dira ce qu'elle vaut et si elle entend continuer son histoire.
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DE LA SITUÀTIOJf QVfi mS PeBNISItS ÉYÉNEMKNTS ONT FAITE A 1*BU1U)»IS, AV SOGIAUSMi: KT A LA FIUNCB (i).
Europe.
L*équiUlire européen, cette garantie iniufDsante mais pourtant réelle du repos de« grandes puiisaneea et de la sûreté des petites, n'existe plus ; il n*en reste rien, et rien ne Ta remplacé. Les traités de 1815 avaient organisé un système qui, encore que défectueux, eut pourtant l'avantage de tout système sur la désordre et Tanarchie : il procura à l'Europe cinquante ans de paii» qui lui assurèrent une prospérité considérable et qui semblaient avoir créé des sentiments de concorde et de fraternité internationales. Malheureusement, oe n'était là qu'une apparanoe. Ces traités sont maintenant lettre morte, et la sécurité des Blats grands et petits est livrée k la décision d'événements où la force prime tout.
Apràa la victoire de Sadowa, la Prusse, ayant expulsé TAutricbe de la Confédération germanique, et «'étant adjoint par des traités les forces de la Baviàroi du Wurtemberg et de Bade, avait formé onii puissance militaire énorme, contre laquelle rien en Europe ne pouvait se mesurer; car seule elle avait fait ^e tout homme un soldat, tandis que
(1) fiel aftide a para dam la Pkihêùphie pot^tva, tepCembra^ octobre 1871 et noYembre-décembre, v^^m SQn^^«
les autres Etats n*avaient à leur service que des conscriptions, toujours restreintes. Cependant ce colosse avait à côté de lui un Etat qui autrefois avait été une puissance militaire de premier ordre et qui semblait Vétre encore. Je dis semblait, car, à Fépreuve, cette puissance ne mit en ligne qu'environ 250000 hommes, sans un seul soldat de réserve. Toutefois, en se ménageant et en vivant sur un vieux renom, le gouvernement français pouvait contenir l'ambition allemande ; mais un César en délire d'ineptiCy du même coup prit l'initiative de la guerre, donna la victoire à l'Allemagne, et procura la formation de l'empire allemand et le démembrement de la France.
Il est inutile de s'arrêter à considérer ce qui aurait pu être ; il faut voir ce qui est. La Vt*ance a été privée de 1700000 habitants, l'Allemagne accrue de 1700000; le changement de proportion entre les deux est donc de plus de trois millions.
De la sorte s'est formée, au centre de l'Europe, une puissance militaire qui compte maintenant environ quarante millions d'habitants, où tout homme est soldat, et où tout est organisé de la façon la plus savante pour la guerre. Et qu'on ne dise pas que cette organisation où tout homme est soldat a un caractère essentiellement défensif. Cela serait une grave erreur, complètement réfutée par les deux guerres dont nous venons d'être témoins, la guerre contre l'Autriche et celle contre la France. Une offensive aussi rapide que redoutable a signalé les deux cas. Nous ne savons comment l'Allemagne soutiendrait une guerre défensive ; mais nous savons qu'elle est plus préparée qu'aucune autre nation aux guerres offensives.
(Jue l'Atlemagne soil sans ronlrepoitU, c'est ce que montre un simple coup d'œil jeté sur la carie. Je laisse de cOté l'Italie et l'Espagne, séparées, actuellement (lu moins, de tout contact avec l'Allemagne et d'ailleurs notoirement inTérieures. Quant à l'Angleterre, si l'absence d'une flotte allemande lu met provisoirement à l'abri de toute attaque, la Tuiblesse numérique de son armée met, en retour, l'Allemagne sans crainte de ce cAté ; car ce n'est pas avec 40 ou 50000 hommes qu'on peut exercer une action considérable sur les destinées de l'Europe. Restent donc uniquement l'Autriche et la Russie en face de l'Allemagne. Esl-il besoin de démontrer que, isolée. l'Autriche n'est pas de force à lutter contre le colosse? Sa population est moins nombreuse; sa cohésion est bien plus faible, car elle est formée de quatre nationalités. Allemands, Hongrois, Slaves et Roumains; enfin, son organisation militaire est inférieure à celle de l'Allemagne. Certes, au moment oii la lutte éclaterait, les populations austro-hongroises combattraient vaillamment pour se défendre de la domination étrangère ; mais, si elles n'étaient pas secourues, il est fort àcraindre que le nombre ne l'eniportflt. Bien que l'empire russe dépasse notablement en population l'empire allemand, cependant cet avantage ne suffit pas pour lui assurer le triomphe ; des finances en mauvaise condition, un état industriel moins avancé, les longues distances à parcourir lui créent une manifeste infériorité; il lui est impossible, comme vient de le faire l'Allemagne, de mettre en trois semaines 800000 hommes sur pied à la frontière, et de les entretenir au complet durant tout le temps de U guerre. La Russie, si elle est seule, succom-
bera, comme, seule aussi, succombera l'Autriche. Que la Russie n'oublie pas non plus qu'elle a beaucoup d'Allemands en son sein et dans toutes les positions. Au moment donné, ces Allemands se trouveront des ennemis acharnés, instruits de toutes les choses russes, guidant partout l'ennami, et payant par le ravage Thospitalité reçue.
L'empire allemand, on le voit, est en chemin de 8*emparer de la dictature de l'Eiurope. Gn a^t^il l'intention?
Bien que les événements de 1866 et ceux de 1870 aient montré, dans les chefs allemands et la nation allemande, un esprit d'agrandissement et de conquête dangereux pour les voisins, cependant je m'in* terdis de former aucune conjecture sur ce que veulent, pour le moment, les chefs de cette nation; mais ce que je sais et ce que je n'ai garde de taira, c'est qu'une situation est toujours plus forte que les hommes. L'Allemagne pense avoir à faire autour d'elle ce qu'elle nomme des revendications, et ce que je nomme des usurpations. Mais ne nous occu« pons pas des mots ; car il s'agit de force et de con« quôte.
Ce n'est pas d'hier que le pangermanisme a jeté son dévolu (et ce c'est pas demain qu'il y renoncera) sur trois territoires pour lesquels le sort de l'Alsace et de la Lorraine n'est pas rassurant. Ce sont, dans la monarchie austro-hongroise, l'Autriche proprement dite et le Tyrol; dans la Confédération helvétique, la partie où l'on parle allemand ; et, sur les côtes de la mer, la Hollande. D'une façon ou d'une autre, dans un temps plus ou moins éloigné, parla faute de ceux-ci ou de ceux-là, ces territoires, incessamment convoités comme l'ont été l'Alsace et