J 1870 ET 18TI
l'inilrumenL iln finioiilnn ijui iniirquora li nous taliiSKunB unti duiiiiilcnce- Lus oacilUlions de cet iiisliumonl ne nous sont pus déravunitilf^B; partout fioslt^tlie» et nos arts marchent a'ile I) ciMn de aequ'il y a de plus relevé en tCurops dans ce moment.
fU les sciences? Pour elles uussi, je niabïtienilrtii d'entrer dana \o détail dos chobes et dos liomnieii, ne voulant ni élever iiî abaisser. Certes, je nm gurdi-rai bien d'imiter oea Allemands qui viennent de traîner Lavoisier dans U buue (qui croirait que la pullophobie puisse se dégrader jusque-là?), et je rends W|UilAbleniitnlju»lii:Ë nus illUHtrulioiisde l'Allemagne cuntamporaine. Mais, usant du tnéma raisonnnmsnt, jetamina »i rioa voisins, nos rivuun nous tiennent en quelque eRlinie- Or, il est un corps (jui, sans oonrentrer, il s'en faut, toute la neienco rran^aise, en u*t erpendanl le onii»idnrable rupriiseiitJint, je parle de rinstilul du France. Que ce corps soit Tort honoré en Europe, cela ne Toil doute pour personne; d'illustre» âlrangers iiccepleul iiveu satîsraction d'y ^Ire aK^égns- Ceci duni encore, même après nos désaftres, et prouve qu'on tw noua croit pas assuE en decwlencD pour dédaigner les modestes honneurs que des savants accordent à dus savaiila.
Je au vui pas prolonger celte revue; aussi, je lerminci-ai par un mot très bref sur la philosophie. Ily ■ en ee moment en Europe trois philosophies principales : la philosophie allemiinde, qui n pour chef Hegel ; U pliiln^nphin anglaise, dont les représentants lo» plus «iniinunls suni tiluiirl Mill, Uaiu el Herbert bpencâr; elune pfiilosopliie française, dont AU!{Utle Comte eti le fondateur. Bi je me prononçais, je »nrai« iuge et partie; car, depuis beaucoup d'années, je tuii un de» disciples d'Augustu Comte. Aussi,
id2 ÉTUDE SUR U CRISE DE GUERRE
•me garderai-je d^iniervenir dans la question, et je m^adresserai, ici encore, aux témoignages extérieurs. Quel est le rapport de ces trois philosophies Tune avec Tautre? La philosophie anglaise repousse, de la façon la plus décidée, la philosophie allemande, et a beaucoup de contacts avec la philosophie française. Dans Tarène philosophique, nous soutenons la lutte, et, si nous en croyons le témoignage de la philosophie anglaise, par rapport à la compétition allemande, nous la soutenons avec avantage.
Quoi donc ! ai-je le dessein d'égarer mes compatriotes et de leur procurer une flatteuse illusion au sujet de la situation ? Non, certes ; mais, par les faits positifs que je viens de rappeler, il me paratt que la France a succombé au moment où elle était pleine de force et d'activité. Est-ce que je veux les encourager à s'endormir dans une plate satisfaction d*euxmêmes, et à ne pas faire les efiTorts puissants et continus que réclame la réparation des désastres? Non, certes; il n*y a ni temps ni force à perdre; et, dans le cercle restreint où j ai quelque influence, j*excite les jeunes gens à se mettre énergiquement à la besogne. Mais je tiens à montrer qu'avant notre chute, nous ne portions en nous aucune lésion considérable de la vitalité.
Et pourtant notre chute a été profonde. Nous avons été vaincus, et vaincus en un tour de main : la guerre entre armées a duré moins d*un mois. Commencée dans les premiers jours d'août, elle était finie le i*' septembre. Le reste a été tenté sans officiers, sans fusils, sans canons, sans soldats autres que des hommes appelés à la hâte. Mais il le fallut ; que dirions-nous aujourd'hui à nos compatnotes
d'Alsace et de Lorraine, si nous n'avions pas livré k» derniers, les inégaux combats?
Vin expi'r» coimlii mole fuit sua, a dit le pointe. Le conseil a manqué à celui qui était à notre t^te ; il n'a su ni préparer la guerre ni la faire ; et pourtant c'est lui qui l'a déclarée! Je ne sais quel aflidé du boiiaparlisine écrivit peu de jours avant le coup d'État de 1851, et eu l'aununçanl, que l'assemblée se précipitait sur l'épée nue qui lui était tendue. Eh bien 1 la Némésis de l'histoire a voulu qu'à son tour cet inratué se soit précipité et nous ait précipités sur t'épée nue que la Prusse tendait.
Vincapabte Ibrahim, qui traînait dans les Tuileries sa vide majesté, n'avait eu une certaine prévoyance que pour la comédie de Sarrebruck, que pour les préparatifs de son entrée k Berlin. Mais la Traie politique, mais la vraie guerre, à cela il n'avait point songé, Incapable au début des hostilités et dès l'engagement des premières affaires, quelle ne de- TÎril pas son incapacité quand il eût fallu tant de décision et d'activité pour ménager les deux armées qui nous reslaient et pour les conserver h la défense de Paris et au ralliement de ce qui fut plus lard l'armée de la Loire ! L'ennemi, rapide et nombreux, ne laissait passer aucune faute sans en proftter. Toutes les fautes furent commises, et bientôt il ne resta plus un seul homme des 2r)O(tO0 qui éliiierit entrés en campagne. M. de Ségur, dans son Histoire sur {'expédition de Russie (XI, i), rapporte c]ue Napoléon, poussé de désastre en désastrejusqu'il la Rérésina, s'écria : <> Voilà donc ce qui arrive quand on entasÀC fautes sur fautes I u Entasser fautes sur fautes et nous précipiter dans l'abîme est le privilège dos Bonapartes.
Violateur du serinent et de la probité, le prince Louis Bonaparte sut habilement disposer le guetapens par lequel il dispersa rassemblée et 8*empara du pouvoir. Mais toute cette habileté nocturne lui a fait défaut dans la guerre au grand jour et sur les vastes champs de bataille : un parjure pour début, Sedan pour terme, voilà la carrière du neveu de Na* poléon !•'.
Après les premières défaites et après Sedan, on demanda au Corps législatif de prononcer la déchéance et de s'emparer de la direction des affaires. Ce qui serait advenu de ce coup d^autorité pour la guerre, pour la paix, pour la monarchie impériale, je ne sais; mais, ce moment très court une fois passé, tout devint fatal. L'empereur ne s*étant pas fait tuer à Sedan, Tempire est maudit; les grandes villes, Paris et, avant Paris, Lyon, Toulouse Texécutent; la république y est proclamée spontanément. Pendant cet intermède, la royauté ne bouge nulle part; aucun roi n'est à la télé de nos derniers bataillons; aucun roi ne va négocier la plus douloureuse des paix, ni entreprendre la réparation de nos désastres. Je ne rappelle tout cela qu*afin de résumer les multiples impuissances qui paralysent la monar* chie parmi nous.
Si les chefs des nations sont responsables dei fautes qu*ils commettent, les nations sont responsables des chefs qu'elles se donnent. Il n'y a rien à imputer à la France pour avoir eu un Louis XY à sa tète ; Tordre antique de la monarchie le voulait ainsi ; mais il y a tout à lui imputer pour avoir fait empereur un deuxième Bonaparte, après avoir essayé du premier. J'ai dit ci-dessus que la France n'avait point subi de décadence, et qu'elle était riche, labo-
DE 1870 ET IRT;.
ripus(> et intelligente comme par If pnsséi muis il faut faire une exception cnnaiilérahle pour la polilrqu«. Ui, tout est fin désarroi et en décadence. La monarchie restaurée tombe par des ordonnances i\at) lui inspire l'esprit rctrn({rade et cli^ricnl. La moiiiirchie de ISîJO provoque, pour ludjonction dos caparilés h U liste éleclorule. une très iiiulilc! bataille <{u'elle perd. Les deux républiques de !lâ et de 48 succombenl. parce qu'elles inspirent des craintes d'anarchie. Ces commotions intérieures, qui n'em- [ifclienl pas la France de prospérer dans les voies (lu développa ment, se compliquent des deux Bonupartes, qui la précipitent dans les extravagances militaires et dans les extrêmes désastres. C'est au lendemain d'un Itonaparte el d'un désastre que nous sommes aujoui-d'hui.
Le mouvement qui produisit les événements de 1830 et de 1848, el auquel l'Europe entière participa plus ou moins, avait pour cause essentielle un intérêt (général de rénovation, non un intérêt particulier d'afirandissement. Le flot a retourné: c'est l'inti^rAtparlicu]ierd'a(;randi3ssemenl(la guerre de 1870 l'a prouvé) qui prévaut sur l'intérêt général de rénovation. Quelque fAcheux que ce soit, il faut y accommoder noire politique. Dans ce déchirement qui ajourne les aspirations sociales el qui ouvre la porte aux ambitions conquérantes, une république française peut avoir un râle salulaire à la France, utile it l'Europe.
La France n'est plus parmi les grandes puissances : Mtte perte de rang est le résultat manifeste des défaites qu'elle vient de subir. C'est peu de payer une contribution de guerre de cinq milliards; c'est peu de s'être vu arracher deux provinces: il lui faut
assister à Toppression de ceux qui furent siens, qai restent siens du plus profond de leur cœur, et entendre inutilement à sa frontière leurs douleurs et. leurs plaintes; rien ne montre mieux qu*elle n*eftt plus parmi les grandes puissances.
Certes ces douleurs et ces plaintes sont un honneur pour elle et pour sa manière de part:iger la vie commune et Tœuvre de civilisation. Ceux que la conquête lui arrache ont le cœur serré, ils aimeraient mieux subir avec elle la mauvaise fortune, que jouir avec le vainqueur des splendeurs de la victoire. Un jour viendra sans doute où les Slaves de la Posnanie seront disputés entre Russes et Allemands. Ce jour-là, la Posnanie n'exprimera ni douleurs ni plaintes, et, bien qu'annexée depuis cent ans, elle fêtera joyeusement Tévénement qui Tarrachera des mains allemandes.
Nous avons maintenant notre Yénétie. C'est un honneur pour Tltalie que jamais les Vénitiens n'aient consenti à être Germains. Alors nous plaignions le sort de ceux que la conquête opprimait; aujourd'hui pourquoi les Italiens ne plaignent-ils pas cette Alsace et cette Lorraine que la conquête opprime, que la violence démembre ? C'est qu'ils n'aiment pas autant la France malheureuse que la France aimait l'Italie opprimée.
Je dis donc qu'il n*y a plus que trois grandes puissances en Europe : l'Allemagne, l'Angleterre et la Russie. L'Angleterre poursuit le développement d'une industrie florissante, d'un vaste commerce et d'un immense empire. La Russie est sans limite en Asie, et s'y étend incessamment. L'Allemagne espère réunir à soi les Allemands ou les demi-Allemands ou les faux Allemands partout où il y en a.
Au milieu des violentes récriminations contre l'empereur, ses ministres et ses instruments, des voix se sont élevées pour demander qu'on ne ctiarfteitl pas de iouE le mal ces boucs émissaires, oubliant la part de responsabilité qui appartient ik la nation. Cela osl juste; quels que soient les méfails d'un (el empereur et de tels insiruments, im méconnaissons pas noire propre culpabilité. Toute expiation est double : l'une se t'ait par les suulTrances,celle-Iii est accomplie, et nos soulTrances surpassent notre faute ; l'autre se fait par l'amendemenl ; elle se prépare de tous les cOtés, et le débat entre monarchie et république en est un des symptômes.
A personne l'élat présent de l'Europo ne peut paraître doué d'une grande stabilité. Les traités de 1815, destinés à replacer sur de nouvelles bases le système européen, restèrent fidèles aux idées d'équilibre, et remirent l'héftémonie de l'Europe à cinq grandes puissances, l'Angleterre, l'Autriche, la France, la Prusse et la Russie. Ils n'existent plus. Je ne sais à quelle place l'Autriche se met depuis Sadowa; mais, depuis le traité de Versailles, ta France est déchue de son ancien rang. L'hégémonie du continent appartient à l'Allemagne et à la Russie ; mais, en se rétrécissant, les bases son! loin de prendre plus de solidité.
Redevenir une puissance militaire de premier ordre et prèle h conquérir comme est maintenant l'Allemagne, ce serait tourner dans un cercle auquel le génie progressif de la France s'efforcera sans doute d échapper. Les conflits, il est malheureusemenl permis de les augurer ; mais il n'est permis d'en entrevoir ni l'heure, ni le caractère, ni l'issue. L'indépendance des nations est menacée, on le
voit ; il faudra la défendre, on le sent. L'équilibre entre l'Allemagne, la Russie et l'Autriche a remplacé l'équilibre entre les cinq grandes puissances ; il est précaire. Durant le répit qui est donné à tout le monde, la France reprend sa tradition républicaine. La république de 1793 fut attaquée par tou^ les rois ; celle de 1848 ébranla plusieurs trônes. Celle de 1871 n'est attaquée par personne et n'ébranle personne. La préoccupation de l'Europe est ailleurs. La nôtre est de réparer nos désastres et de fonder un gouvernement républicain. Avec cette tâche, nous ne manquerons ni de but pour diriger nos efforts, ni de travail pour occuper notre activité, ni de patience pour attendre les conjonctures.
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