M. THIERS CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF
DE LA RÉPUBUQUE FRANÇAISE ET ÉTABLISSANT DÉLIBÉRÉMEICT LE RÉGIME RÉPUBLICAIN
L'Assemblée nationale est réunie à Bordeaux, dans le courant de février 1871, cette assemblée élue pendant que la moitié de la France est occupée par les Allemands et que Tautre moitié s'agite sous les impulsions contradictoires d'une défense désespérée ou d'une paix qui mette fin à tant de maux. Elle est. chargée des vœux, de l'autorité, des destinées de la France. Jamais peut -être n'échut à un corps politique tâche plus douloureuse à la fois et plus dangereuse. La douleur? quoi de pire que de consentir un démembrement de la patrie? Les périls? comment ressaisir les rênes d'un gouvernement régulier, quand les grandes villes menaçaient de secouer le joug de la légalité, et que le ferme maintien de la légalité était l'unique condition qui assurât le crédit nécessaire pour faire face aux dix milliards de la contribution allemande et des frais de guerre?
Rien, à en juger par sa composition, ne pronostiquait le rôle de grande réparation qui allait lui être dévolu. La majorité, à beaucoup près, en appartenait aux monarchistes, soit partisans de
iiO M. THIERS CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF.
M. le comle de Chambord, soit attachés à la royauté parlementaire des d'Orléans. Les républicains y étaient, au début, en trop petite minorité pour déterminer sa politique. Ce qui semblait faire sa faiblesse fit sa force. Incapable de remettre le souverain pouvoir soit à M. le comte de Ghambord, soit à M. le comte de Paris, elle se tourna, par un trait de patriotisme qui se trouva être un trait de génie, vers un homme politique à vues nettes et à volonté énergique, éminemment populaire en ce moment à cause du voyage qu'il venait d'entreprendre auprès de toutes les cours de l'Europe pour y susciter quelque intérêt en faveur de la malheureuse France. Elle nomma M. Thiers chef du pouvoir exécutif, et, après débat contradictoire, chef du pouvoir exécutif de la République française.
Mis par ce vote solennel en possession du gouvernement, M. Thiers arrêta fermement en son esprit les linéaments principaux de sa politique: faire prévaloir le régime républicain contre les partis monarchiques (1), assurer par son administration la paix publique et le travail, et restaurer le budget et la fortune de la France. Tel fut le programme dont il^ne se départit pas un seul moment, tant qu'il gouverna l'État.
(1) Voyes dans mon livre intitoié: Coruervatiun, Révolution et Positivisme (2* éditioo), p. 77, la lettre qu'il m'écrifit le lA férrier
RÉPUBLIQUE OU MONARCiriE
Zn fB71, bien que H. Tliieri eût tlé déclara rhef du pouvoir f iJculif <lir ta République française, et qu'il sVITtrfàT de fonder le r^ime ri'puhliciîu, La tolulion de la criie éliil ilouteute. et lu cliscuiiioD élail ouverle eiilre ce régime qu'on euajail, «I le régime monarchique que IrnJi compèlileurg au Irène propotaîenl. M. Dupnnl-Wliite. publici*te énunent, avec qui j'èlaii Tort lié et qun l.i niort rient d*ealever, conteilla réiolumenl de garder la république. Cne parole auiii tulorisée que la lienne oiérile d'élre recueillie.
République ou monarchie, par M. Duponl-Wliilp. Paris, 1871. Guillauiiiin, rue Hichelieu, n° 14. — Le titre ne ilit qu'une moitié de l'objet que l'i^minenl publiriste a en vue. L'aulre moilié est d'indiquer la condition qui, réiitisable seulement sous la forme républicaine, permettra h la France d'échapper k ses houleversements périodiques.
M. Dupont-While n'a point d'idée préconçue sur lu prééminfîni-e de la république; tnais il constate que les événements nous y portent irrésistiblement msli^ré les volontés divergentes, et ne nous laissent que celle issue. En homme sage et elaîrvoyanl, il l'Accepte résolunncnt.
D'où vi#nt donc que notre pays, après la plus désastreuse des guerres étrangères et la plus atroce des guerres civiles, n'ose derechef chercher son refuge dans la monarchie? Il y a à cela deux raisons. La première, c'est que les monarchies ne sont chex nous un refuge qu'eu apparence; elles lonibent les unes après les autres avec un fracas effroyable et de grandes ruines. La monarchie traditionnelle de liOnis XVI. le premier empire, la restauration, la royauté de Louis-Philippe, le second empire, rien