U2 RÉPUBLIQUE OU MONARCHIE
de tout cela n'a duré, et la sécurité promise s'est toujours évanouie.
Sans doute, la république, elle aussi, s'est deux fois écroulée. Mais, et c'est ici qu'Intervient la seconde raison, les événements ne nous proposent pai une monarcbia détarminée, il» nous en proposent trois et nous rendent tout choix impossible.
La monarchie est ce qui nous divise le plus, non seulement de monarchistes à républieaini, mais aussi de monarchistes à monarchistes. Gon^me nos trois monarchies, qui se font la guerre, ont leurs
plus considérables adhérents parmi les eles»es supérieure», elles entretiennent, par leur discorde même, une discorde irréconciliable dans le parti qui de^ vrait être le parti de l'ordre. C'est sous Timpression de ce pénible spectacle que M. Dupont'Wbitei qui saitfaire vives et pressantes lesobjurgalions, s'adresse aux classes supérieures, à celles qui craignent pour ^ propriété, en ces termes : a Le trône est au concours ; c'est là que nous en sommes. Or, voilà une proie qui va être bien courue, voilà une propriété qui aura bien de la peine à se défendre elle-même.'- Je me demande où elle prendra le temps et le soin de défendre la vôtre? Au fond, c'est uniquement là ce que vous attendez d'un roi sous le nom de sécurité. DéfendeK-la vous-mêmes, propriétaires que vous êtes! et, pour appliquer toutes vos forces à cette œuvre, laissez là une forme de pouvoir ej^eutif qui vous divise autour d'un Irùne à garder ou à prendre (p. 44). »
M. Dupont-White ne dissimule pas les dangers de la république, a La république, dit^il, porte en elle ridée naturelle et historique d'une domination po*pulaire, dun règne des masses par elies^piémes et
RËPURLIQUIi: 00 MOKAUCHie.
pour ellos-nit^iiies. NoUtz cos deux {lointG^:! : le locialisnic oïl tout fiiilier diiiiB le sflcoiul (|>. I8j. •■ Kt aill^un ; « Ce nom de ri^publique sonnein toujuursiiux oreilles du peupl<^ coniiiip une exallaLîun lie »e« espérnnccs, comme une RUHspt^ralion do aeti grieh, comme un déchalnemenl de bea prélenlions- Suus ce régime, les inusses n'auronl pà» In palienci? qu'elles auraient siius un autre ; elles lui demunderoiil plus que les inslilulions ne peuvent donner, plus qo'ellei n'auraient demaniiê à un autre... Voilà par où la république luenaee lu socîétti (p. 31), »
Ces danger» Ûa la république, M. Duponl-White le:i accepte sani Iiéitilaiion, el il le* accepte parce qu'il compta les conjurer grAce à l'union des clatses supérieures. C'est 1^, comme je l'ai dit, U seconde partie.
En conséquence do l'antagonisme des monarcliie«. il est manifeste que, dans la république, seule forme neutre et impersonnelle, l'union des classes supérieures est possible. HWe seule aussi leur permet de prendre, si elles ont lu résolution et l'activilé néces- Duireii, un râle prépondérant dans la Kfisiion des affaires publiques; ciir, dissipant le fantûme de sécurité monarchique qui prélenduit tout dél'endre et ne défemlait rien, elle remet le maintien de l'ordre à |j vigiUace et k l'habileté des citoyens les plus autorisés.
Si a. Uupont-While professe que le remède aux dangers de la république el le contre-poids au suffrage universel sont dans l'union des classes supérieures, l'ela signifie non qu'il a une prédileclion irréfléi'liie pour ces classes, niais qu'il les croit éminemment propres au gouvernement. •< C'est, ditil, h loi du monde d'étie gouverné paf les classes
m RÉPUBLKIUE 01 MOiXAllCHlB.
supérieures ; ce qui les fait supérieures les fait gou- Temanies. Par la même force qu elles ont acquis le capital, le loisir, la pensée, elles conquièrent le {^ouremement. Et rien n*est plus légitime de leur part : il n*est quelles au monde pour faire cette besogne difficile entre toutes, attribuée, réservée par cela même aux plus cultivés et aux plus riches d'esprit. »
Je suis convaincu, avec M. Dupont-White, que le gouvernement, chose si compliquée et si difficile, doit appartenir aux plus éclairés. Pourtant, sur cela même, j*ai une obser\'ation à présenter. Nous vivons, non dans un temps régulier, mais dans un temps révolutionnaire; et il est certain que les ouvriers des grandes villes ont la prétention de s'emparer du gouvernement de la France; témoin juin 1848 et mars 1871. Je laisse de côté les ruines dont ils ont, malheureusement pour eux et pour la France, compliqué leur dernier mouvement social ; mais je constate que deux fois ils ont échoué, parce qu'ils se sont montrés incapables de donner Tordre, ou, en d'autres lermes, de gouverner, et même, cette fois-ci, incapables d'aucune clairvoyance politique, entreprenant une révolution sociale en un moment où les armées allemandes occupaient encore la France avec 500000 hommes et n*avaient qu'un pas à faire, de Saint-Denis et de Charenton,pour recommencer l'investissement et le siège de Paris. L'apprendront-ils? peut-être, si les classes supérieures croient pouvoir dormir toujours sur l'oreiller monarchique.
Des deux parties du programme que trace M. Dupont-White, la première, c'est-à-dire un sérieux essai de la république, va se tenter. La seconde, c'est-à-
KËI-UBl.lQllt: OU MONAilClllt:. Ii5
àin} l'union des dusses supérieures dans le sysième républicuiD, n'est eneore qu'une espérance el un projet; mais, si jamais une grave situation a pu réunir des hommes en des efforls communs, c'est celle oii la France se trouve en ce moment, après immense défaite, un dénienibrementtorrilorial, sous le poids d'une prodigieuse augmenlution de ses charges, avec un intérieur ti-oublé dans ses profondeurs el un extérieur oii la menace de la guerre et de la conquête est maintenant suspendue sur tous les Élals européens.
Je viens de dire ce qu'expose un homme apparlenanl aux classes supérieures, ami rie l'ordre et de la liberté. En contre-partie je voudrais enlendre un homme des classes ouvrières, non moins clairvojîuit que M. Dupont-White, exposer comment il comprend la compétition présente delà monarchie elde la république, et le rapport de la république avec un gouvernement d'ordre et de progriis. Le fail est là; il nous presse. Nous arrivons à un régime sans rni: et, ce qui est plus difficile et plus périlleux, nous y arrivons sans doctrines, je veux dire sans uu- Ires doctrines que les anciennes dont l'office a cessé d'élre suffisant, et les nouvelles dont l'office ne l'csl pas encore. Toutefois, comme, vîsiblemeni, un régime sans roi est le plus favorable à notre réorganisation adminislralive et militaire, il l'est aussi h notre réorganisation intellectuelle el morale.