‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 22 sur 102 · PROPOSITION D'UNE CHAMBRE UNIQUE · texte numérisé non relu

PROPOSITION D'UNE CHAMBRE UNIQUE

les radicaux, i assemblée à une influence renouvelée de la part de i*opinion publique, qui, en efTet, se modifie selon le cours des événements, et en même temps il entretient, comme le veulent les conservateurs, Tesprit de continuité dans la chambre, et» par isonséquent, les garanties d'ordre et de stabilité. La chambre, par ce procédé, perd le moins la ressemblance avec elle-même ; et les changements que la situation comporte sans doute s'y introduisent sans secousse, sans soubresaut et saqs péril.

Il est manifeste qu'un pareil procédé de renouvellement est favorable à la consolidation de la république, au passage da la république provisoire à la république définitive. Pourtant les choses resteqt toujours, comme je Tai dit un peu plus haut, dans les limites de la souveraineté nationale ; car, si tous les renouvellements partiels arrivaient monarchiques, il faudrait bien que la monarchie sortit d'une majorité devenue prévalante. Je laisse à chacun le soin d'arranger Favenir comme il l'entendra. Pour moi, qui cherche surtout les faits tels que les présente notre histoire de monarchies et de républiques depuis la grande Révolution, je pense que les difficultés monarchiques croîtront.

Un très court historique du temps si bref qui s'est écoulé depuis les élections générales fera coniprendre ma pensée au sujet de ces difficultés. L'Assemblée nationale, lorsqu'elle se réunit pour là première fois à Bordeaux, était, vu sa composition, le plus loin qu'elle pouvait jamais être de la répHblique. Pourtant, quand on proposa de nommer M. Thiers chef du pouvoir exécutif de la république française, et qu'un certain nombre de membres demandèrent la division, c'est-à-dire qu'on nommât

PROPOSITION D'UNE CHAMBRE UNIQUE. 151 M. Thiers cher du [Miuvoir cxécuLir sans rien autrp, ceux qui voulaient la division eurent le dessous, et la majorité sanctionna l'adjonction des mois de république française au litre dechefdu pouvoirexécutif.

Plus tard, a Versailles, une allernatïvc analogue, mais sur un terrain déjà changé, se présenta. Il 4'ngissait non pluii de savoir quel serait le litre du pouvoir exécullf, cela était jugti etpersonne ne pouvait revenir là-dessus, mais de savoir si l'on ôterait iiti provisoire quelques-uns de ses caractères d'inslahilité. Le combat Tut vif; à l'Issue, la majorité fit un président de la république Tranvâise et lui assigna la môme durée qu'à elle-mfime.

Voilà ce que j'entendii quand je dis que les difficultés monarchiques sont croissantes.

Tel qu'est le courant des choses, tout porte à croire que les renouvellements partiels apporteront l'uu après l'autre leur contingent aux dilticullés monarchiques et aux facilifés républicaines.

Je n'ai point la superslilion de lu république; les mots ne me subjuguent pas, et tout dépendra des services que la république rendra. Elle en a déj^ rendu de considérables, et je pense qu'un grand pays, éprouvé par les révolutions el désormais placé au-de>sus de beaucoup de préjugés, peut se gouverner suns roi par une assemblée librement élue et dét^guanl un pouvoir exécutif.

Le renouvellement par fractions déterminées offre un enchaînement illimité de volontés nationales. C'est un roulement qui ne s'interrompt jamais. LWrédîlé monarchique, chez nous, a élê depuis quatre-vingts ans constamment illusoire. La filiation régulière des élections vaut la peine d'être expérimentée.

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Un pareil gouvernement est menacé d*un côté par les révolutionnaires, et de l'autre par les princes, ou plus particulièrement en ce moment par les Bonapartes. Mais ni la vigilance ni la force ne lui sont interdites ; et, s'il parvient progressivement à faire comprendre et sentir que la république est ce qui lie le plus étroitement l'individu à la société, Tintérét particulier à l'intérêt général, la gestion commune au contrôle de chacun, en un mot, l'homme à la patrie, il aura conquis son droit le plus certain à la stabilité, à la durée et au développement.

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