‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 24 sur 102 · DE LA FORME BÉPURI.IIIAINI-: EN FRANCE · texte numérisé non relu

DE LA FORME BÉPURI.IIIAINI-: EN FRANCE

nitlre dvs nnsncM en remplacement Je M, BufTet, qui avait refuEii un auiii lourd fardeau, emporU dans son cbapuu tout le Uéior public. Vraie au Tuiisse, l'aneedole représente Dilélemeiil la déiresie du momenl. En cet état Je choses, j'en voulais à M. Ttiiers de ne pM rester ferme à ton poste, et ton acte me Bcmbl.-Jt une déseï^ lion. Sans doute, il comprit lui-mBmc qu'il s'était trop efTarouchë. cl, rdinnl la dèmisiion, U reprit le pouvoir. Dès lors lei grandei mesuret qui atsurfrent le lalul du psys enlrèrenl en exécution, empiuats colossaux, établissement du crédit financier de la France et libcralion du leriïloire. Tout cela tournait au prolll de la ripitbliqne, qui, seule, avait oié sr charger d'une pareille liquidation, M qui #tail reçue par l'Europe sans crainte, san» défiance, avec indilÛrence uni doute, nuit avec une indil^é^l^nce oii ne se nitlait aucune hoititilt!.

Si l'empire, n'entreprenant ptis la guei're d'Allemagne et se bornant k lutter contre les tlifficullés ititérieures qui commenvaienl à devenir considéralilos, avait fini par y succomber, et si la république s'était élublle en victorieuse du régime inauguré le 3 décembre, celle commotion eùl élé un grave événement en Europe, non moins grave peut-élro que les révolutions de 181)0 et de 1848; mais il n'en a pas été ainsi. L'empire a péri dans la plus misérable des défaites; el, au milieu de ce! effondremenl, la république reparut comme celle qui, seule, pouvait, voulait prendre une succession grevée d'aussi îmbéeiles désastres et de périls si pressants.

Une pareille situation a eu ses conséquences. L'attention de l'Europe s'est lournée sur la défuite de la France el la vicloire de l'Allemagne. L'établissement de ta république est devenu, de la sorte, un Événement tout li Tait secondaire qui n'a excité en dehors de nos frontières ni craintes ni sympathies. Pour exciter des craintes ou des sympathies, il faut être puissant: et noire puissance est trop brisée, pour que, au dehors, on attache un grand

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intérêt à nos transformations sociales. Nul en Europe ne peut être tenté d*imiter un peuple aussi malhabile et aussi malheureux que nous.

Malheureux et malhabile. Un peuple, je ne crains pas de le dire, qui, après les catastrophes de 1814 et de 1815y amenées par le premier Bonaparte, remet ses destinées à un second Bonaparte, était essentiellement malhabile et devait s*attirer quelque étrange malheur ; car, inévitablement, le second empire ne pouvait se dégager des conditions et des destinées du premier : c*était le pouvoir absolu au dedans et la guerre au dehors. L'un et l'autre n'ont pas manqué. De ce mélange de pouvoir absolu et de guerre sont sorties, sous le second empire, comme sous le premier, les plus dures calamités qui aient jamais accablé la France.

Le vide s'est produit autour de nous, et chacun, dans sa mesure, s'est écarté. L'Angleterre croirait se faire injure à elle-même, si elle ne se montrait pas courtoise envers des gens vaincus et renversés; et elle Test parfaitement. La Russie et l'Espagne, qui ont tant souffert de Napoléon I*', ne sont pas sans pitié pour nos souffrances. L'Autriche se lie avec l'Allemagne; et ritalie, qui, dans ses malheurs, trouva tant de sympathies et pendant tant d'années parmi nous, a témoigné de la froideur pour les nôtres ; je ne parle pas des batailles livrées pour elle, ceci est de l'histoire, non du sentiment. Les petits Etals, dont le sort est devenu précaire, éprouvent instinctivement de la bienveillance pour nous, malgré notre ruine. Mais, en définitive, tout prestige est détruit ; et l'établissement de notre république n'a rien qui inquiète les rois, rien qui émeuve les peuples.

DE LA FOHME RÉPUBLICAINE EH FRANCE. 155 Cet (iliililissi^nienl fbl (lonr. non plus un événement européen, comme il eiH été dans un autre lenip», mais un événement beaucoup plus modeste, tout local et parliculieF h la France. C'est ù ce point do vu« qu'il faut s'en préoccuper et l'étudier.

La monarchie a gardé parmi nous de nombreux partisans; cela est naturel, vu noire passé. Mais, dans son propre intérêt, elle en a gardé trop; car, toutes les fois qu'ils en mettent en avant le rétattlissemenl, la première et inévitable question est : laquelle? En eftel, nous avons en présence et en compétition trois dynasties et (rois systèmes monarchiques ; la royauté de droit divin dfs Bourbons ; la royauté constitutionnelle des d'Orléans, et la royauté dictatoriale des Bonaparlea. A la vérité, si H. le comte de Chambord venait à mourir, la complication uionarcliique se simplifierait un peu; la royauté de droit divin et la royauté constitutionnelle i0 confondraient; mais M- le comte de Cbambord n'est pointasses vieux pour que cette simpHticalion relative paraisse prochaine; et au moment actuel c'est bien trois monarchies entre lesquelles il faudrait cboisir.

Choisir? et comment? ce qui presse, ce n'est pas de biire un roi ou un empereur, c'est de payer les trois premiers milliards, c'est de procurer l'évacuî!lion de notre territoire, c'est de réorganiser nos linaoces, notre année, notre éducation publique. ?oilà ce qui est urgent comme la nécessité elieluéme; voilà ce qui, de gré ou de force, va nous occuper plusieurs années. (Juand (^^tt^ besogne, qui nous est impérieusement imposée, aura été uccomplîe, du temps se sera écoulé!,.. Du temps écoulé! je ne puis écrire ces mots sans m'arrôter,

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me jugeant moi-mi^me bien oplimisle, ou, et qui est il peu près synonyme, bien nuïf. Les parlis menaçants comptent n'accorder à la république ni un si long répit ni le bénéfice de la libération de noire terriloire. Mais cette libération est une si grande et si urgente affaire, qu'elle dominera, du moins c'est l'espérance des bons citoyens, les complots, les intrigues, les circonstances.

En France, lu monarchie est vieille, et In république est jeune. Cela ne peut Atre nié. Pourtant, d'un cAté, cette vieille monarchie, depuis l'ébranlenienl qui l'a renversée, n'a pu retrouver son assiette; et les royautés interlopes des Bonaparte et des d'Orléans ne sont qu'un aocident qui trouble k la fois la tradition monarchique et la tradition républicaine; car la république commence, elle aussi, ii avoir sa tradition. Produite en 1792 parles aspirations illimitées des foules d'alors et par les fautes de la cour, elle ne put être assez étouft'ée par le premier et le plus funeste des funestes Bonapartes pour ne pas reparaître. Le nom en fut prononcé en 1812 dans la conspiration de Mallet ; il le fut aussi on 1830. Mai'', écartée par la rapide décision qui donna le trône au duc d'Orléans, elle reprit son tour en 1848. Sous le règne de Napoléon III, beaucoup présageaient qu'elle serait son héritière ; la criminelle guen-e de 1870 ouvrit cette succession plus tât qu'on ne s'y attendait. Il est donc vrai de dire que, depuis quatrevingts ans, la république, visible ou cachée, est parmi les mobiles qui déterminent les mouvements de notre nation, La république a été un accident dans la vie anglaise, elle ne l'est plus dans la vie française.

Bien qu'il me paraisse qu'en résultat des agita-

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lions qui Tont remuée profondément et des opinions qui la travaillent, le gouvernement républicain est celui qui convient le mieux à la France, cependant je n'entends en aucune façon nier qu'avec la monarchie les peuples qui s'en accommodent ne puissent trouver la liberté et le développement. Si je le prétendais, l'exemple de l'Angleterre, delà Hollande, de la Belgique me démentirait aussitôt ; et à qui conseillerait à ces peuples de changer leur existence monarchique en existence républicaine, ils répondraient immanquablement que leur condition politique satisfait aux exigences d'une société civilisée et progressive, qu'ils ne veulent point s'exposer aux graves incertitudes d'une expérience, et que le vouloir des peuples est la dernière raison des institutions.

Ce sont là des faits manifestes et incontestables. Pourtant il y a une diflérence entre monarchie et république. De cette différence, sans roi n'est que la partie négative; la partie positive en est plus essentielle et mérite d'être considérée.

Dans nos sociétés civilisées, le gouvernement a trois formes : monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république. Quel que soit celui de ces trois gouvernements qui ait la direction, il s'y crée nécessairement, et par cela seul qu'il est le gouvernement, quelque chose de général que j'appellerai l'intérêt politique et social. Dans la monarchie absolue, cet intérêt politique et social se concentre en la personne du monarque : l'unité est complète, et VÊtat &est moi! de Louis XIV l'exprime rigoureusement. Dans la monarchie constitutionnelle, l'unité se dédouble ; deux intérêts sont en présence, celui de la dynastie qui veut, quoi qu'il

iM 0B LA VOflllB nePUBLlGAlNB EN VRAPIGB.

arrive, se maintdnii* sur le trône, et celui de la nation. Dans la république, Tunité apparaît de nou^ veau ; et c'est l*intérétseulde la nation qui la forine« Je ne veux pas dire pour cela que, sous la monarchie absolue et surtout sous la monarchie tempérée, il y ait un sacrifice perpétuel de Tintérôt collectif. Non sans doute ; presque toujours les hommes sont grandis par la responsabilité. Le monarque absolu, dans tout ce qui ne touche pas à son pouvoir, veut le bien de ses sujets, et cherche autant que ses lumières le lui permettent à reffectuer« Le monarque constitutionnel a d'autant moins lieu de faire sentir la dualité des intérêts, qu'il appartient à une dynastie plus vieille et n'ayant à craindre aucune compétition. Au contraire, celte dualité apparaît flagrante et dangereuse, quand un tel monarque occupe un trôné contesté; alors ce qui le préoccupe surtout, c'est de consolider sa dynastie ; et l'intérêt général passe au second plan.

Ceci est la représentation exacte de ce qui arrive chez nous, depuis que, visiblement, les trônes ont beaucoup d'instabilité et réclament de ceux qui s'y assoient plus de soins dynastiques que de soins nationaux. Cette prépondérance des soucis de transmission héréditaire va croissant, à mesure qti'il détient plus apparent que de sérieux dangers menacent la dynastie. Napoléon III y a été plus assujetti que Louis-Philippe, Louis«Philippe plus que la restauration, et la restauration plus que le premier empire ; car, à chacune de ces frfiasea et de ces chutes, le souverain a dav^tage redouté que le pouvoir qui lui était remis de fût que viager. Yu œtte histoire si concordante, on est en droit d'affir* iftùr qUune cinquième monardiié, si elle pouvait

DE I.A FORME RÉPUm.iaMNE RN FHANCE. 160 s'installer, sérail pucore plus que ses devancières .Houcieuie de la dynastie et, par conséquent, It la fois plus faible et moins utile.

De celte condition inhérente à la nature de nos circonstances, il résulte que c'est chez nous que la inonarcliie constitutionnelle, manifeslanL le plus la diLililê qui lut est propre, produit le moins de bien» cl cuuse le plus de dommages. Peut-élre un de ees itionarques aurait-il conjuré la fatalité, s'il efil été asspi clairvoyant et nsse/ magnanime pour sentir et proclamer qu'il n'était que viager; mais alors il liiissail tomber le principe dynnslique, et les choses i'approcliaient beaucoup de lu république.

Elles y sont arrivées d'elles-mâmes. Une dynastie n>sl jamais, par sa nature, qu'une eupressiou ini:onip)t?le de l'intérél collectif. La république en est l'expression complète; et, m^me dès aujourd'hui, quelque désastreuse que soil notre siluation, el quelque opinion qu'on se fasse des mesures prises par l'Assemblée nulionale el le gouvernement, il est sensible que tout y est tnipersoiniel. L'unité dans l'inlérél collectif el le principe républicain, ce sont clioses identiques.

Lm sociologie est une science trop récente et trop cumplexe pour qu'on puisse y pratiquer les déduclions à longue portée. Je ne chercherai donc pas à entrevoir ce qu'il adviendra, dans l'avenir, de la république et de la nionuichie parmi les peuples euro- |iéens. Je Veux uniquement considérer le régime l'ùpublicain en France. Il y a pris domicile. L^n cliasser n'est ni facile ni désirable.

Non que je me dissiimule les périls qui asaiètjenl l'^Ubliseement républicain, tels que les circonstances l'ont fait. Je suis el tout le monde sait que

160 D£ LA KOKME lili:PUHLI<:AlNË EN FUANCE.

quatre partis travaillent à le renverser. Peut-être, en somme, quatre partis sont-ils moins dangereux qu'un seul; toujours est-il que le gouvernement républicain actuel a pour ennemis les rouges, les bonapartistes, les partisans de la maison d*Orléans et ceux du comte de Ghambord. Les rouges veulent, il est vrai, la république, mais non pas celle qui est présentement. Les bonapartistes, trébuches de si haut et en si peu de temps, songent à reprendre ce qu'ils ont perdu, prêts, si Toccasion s'en présente, à recommencer Strasbourg, Boulogne et le deux décembre. Ce n est pas sur des coups de main que les partisans de la maison de Bourbon mettent leur confiance, mais c'est sur des situations qui permettraient à une majorité monarchique de se concerter dans l'assemblée et de disposer du gouvernement; ils nous offrent les uns la royauté constitutionnelle, les autres la royauté légitime. En de pareilles circonstances, si la présidence de la république était remise à un prince, rien ne serait plus facile que d'organiser d'en haut un coup d'État qui aurait toutes les chances de réussir, témoin la folle élection du 10 décembre 1848 et la présidence du prince Louis-Bonaparte. Mais, tant que cette même présidence est entre les mains d'un simple citoyen, fidèle à la lovauté et ambitieux surtout de servir son pays, il est difficile aux partis d'escalader le pomFoir par intrigue ou par violence.

Si Tavènement de la troisième république n*a point, je Tai dit plus haut, d'importance européenne, il n'en est pas moins digne de toute l'attention du sociologiste. En eflTet il s^agit de considérer comment il se fait qu'une vieille monarchie perde son empire sur les opinions et sur les senti-

DE l.,\ FOBME ftÉPDHI.ICAlîlK KN IllANCE. 161 menls. Il y a un peu plus de cent ans, le roi Louis XV loml>a malade, pi alors on vil éclater parmi le peuple français levifaiiiourdonlle peuple anglais Tien! de faire preuve ;1 l'égard du fils aine de sa souveraine. Tout cela est éteinl paimi nous. Un de nos parliâ monarchiques pleurerait le prince que la mort lui enlèverait; mais la nalion ne ressentira plus de ces douleurs générales et profondes qu'elle a ressetitiea en d'autres temps. Le senLimenL démocratique et républicain effare peu à peu le senlïmeot monarchique.

L'histoire moderne n'offre aucun exemple de la transformation d'une vieille monarchie en république. Lii république anglaise ne dura pas ; et l'on ne peut alléguer ni la Suisse, ni les Ktnfs-Unis. La Suisse est une république qui a ses raeinea dans le moyen âge; son existence n'a jamais été interrompue, elle n'a eu et n'a encore qu'à se développer dans une même continuité. Les ÉfalsUnis, réunion de eotons sans passé et sans histoire sur un sol qu'ils défrichaient, rompirent leur lien avec le roi lointain de la Grande-Bretagne, et leur république fut fondée. Hais, ici, nous avons un passé monarchique, une longue histoire, des maisons royales, di-s familles nobles, un tiers étal. Tous ces éléments sont disloqués et confondus: les maisons royales ne régnent, quand elles lèguent, qu'il titre précaire: les nobles ont cessé d'être une aristocratie dirigeante; le tiers étal s'est emparé des grandes fondions politiques et sociales, et lui-même a vu i'irtir de son sein le socialîsma, qui réclame pour les travailleurs une place égale à leur importance. Voilà l« i-as(e« changements qui oui transformé nos opinions el nos mo'urs, cl qui font que de jour en jour

im ÏÏ& LA FORME R^PyBL]£M«B EN FMMGE.

la monarchie devieoi plus difficile que la répu^ blique.

Certain» républicains reprochent k la. cépublique actuelle d'avoir le caractère monarchique. Oui^ sans doute, elle a ce caractère, et je ne Ten accuse ni ne Vert disculpa. Une révolution brise toute chose ; ainsi fit celle de 1789. Mais il n'y a point eu de révolution, au. 4 septembre ni depuis. C'est par transition que nous passons du régime monarchique au régime républicain.

Et, d'ailleurs, nous ne rompons pas tellement avec ce passé monarchique qu'il ne faille en conserver de précieuses reliques. Je me ferai immédiatement comprendre en mettant en contraste avec nous la république des États-Unis. Certes, personne n'admire plus que moi ses éminentes qualités, le jeu régulier de ses libres et démocratiques institutionsi la puissance de son travail, la vigueur de sa crois* sance. Mais, tout cela bien reconnu, il n'en reste pas moins vrai que cette république est nue, je veux dire qu!elle n'a encore Téclat héréditaire ni de la tradition, ni des lettres, ni des arts, ni des sciences. Ce n'est pas sa faute, et elle travaille de jour en jour à se le donner. Mais nous» grAce à noa aïeux,, nous l'avons;. une longue histoire nous a transmit ce précieux héritage. La république a charge de l'entretenir.

Yingt^trois ans séparent la république de 1848 de ceUe de 1871. G'est.peu, et pourtant la différence de l'action de Tune et de l'autre sur le oorps social et sur les esprits des hommes est grande. En 1848, toute confiance disparut aussitôt ; le crédit cessa de circuler comme par une sorte de syncope ; le travail et les affaires se suspendirent; et pourtant les pertes, malér

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