DE LA FORME RÉPUBLICAINE EN FRANGE
rielles avaient été fort petites ; rien, pour ainsi dire, n'avait péri de la richessepublique ; et la richesse publique semblait engloutie dans quelque gouffre sans fond. Aujourd'hui, sous la république de 1871, les pertes sont énormes; une contribution de cinq milliards est en partie payée, en partie à payer ; la guerre a ravagé plusieurs de nos provinces; partout des iHines et des destructions. En présence dé tant dé maux, Tesprit de la France, loin de se détourner de la république, lui apporte son concours pour les réparer. Le crédit, le travail, les affaires, tout a repris son cours, en tant du moins que le permettent lios malheurs et nos périls. De quelque manière qu'on explique cette différence entre la situation morale des deux républiques, il valait la peine de la noter.
La France a perdu Finîtiative qu*elle avait depuis M révolution de 1789; c'est Teffet de la défaite. La propagande est demeurée muette; et Ton pas revu ces temps où le souffle des agitations politiques promenait partout, suivant le dire du poète.
Ces airs proscrits qui, les Trappant de crainte. Oui en sursaut réveillé tous les rois.
Gela est manifeste; mais j*ajoute qu'elle n'est' pas jusqu'à présent remplacée dans ce rôle.
Je veux dire : remplacée par aucune autre nation; car, aiijourd'hui, c'est une classe, non une nation, la classe des ouvriers", qui suscite une propagande internationale et'soulève ces sentiments de frayeur et (f espérances attachés à toute propagande. J'ai pensé depuis longtemps que, le principe de l'association étant éminemment' utile aux ouvriers, l'idée de
iU DE. LA FORME RÉPUBLICAINE EN FRANCE.
rétendre au delà des frontières de chacun se présente facilement à Tesprit, et que cette idée est grande et bonne. Je le pense encore, même après Timmixtion de rinternationale dans Tinsurrection de 1871, et même au milieu des menaces farouches que quelques-unes de ses sections lancent contre la société. Mais, quelle que soit Topinion qu'on se fasse de cette association, elle passe, elle aussi, au second plan dans les circonstances qui commencent. Si la paix eût duré en Europe, si les questions sociales fussent restées la grande préoccupation, il n'est pas douteux que rinternationale eût tenu une place considérable dans le cours des événements, à Taide d'une action générale et combinée au sein de tous les États européens. Mais il n'en est plus ainsi ; et, de même que, pendant le règne de Napoléon P% aucune ouverture ne fut laissée à la révolution et n'eût été laissée à rinternationale, si elle eût existé dès lors, de même aujourd'hui ni la révolution ni rinternationale n'occupent le premier rang dans le souci des gouvernements et des peuples, alors que chacun pousse les armements à des limites sans exemple dans le passé. Le principe de Tinternalionalité s'efface au milieu des craintes que ces armements révèlent; la masse ouvrière, quelque nombreuse qu'elle soit, disparaît dans le sein de l'immense totalité; et leurs aspirations sociales cèdent le pas aux craintes que suggèrent partout les plus extrêmes précautions militaires. L'ère de Napoléon I*' a cessé, à la grande satisfaction et au grand profit de l'Europe entière; l'ère actuelle cessera certainement aussi à son tour. Mais de quelle façon et au bout de quel temps? là est l'inconnu. En 1830, la révolution dont la France prit l'ini-
liF LA FOnMK ItËPlIlMCAINE E.\ FltANCE. 1^ tislive excila de vives appréhensions parmi les gouvcnicDicnls européens, quivirenl. à regret, la vieille «Jyniislie renversée de son Irflne; iniiis l'émotion que causa col événement parmi les peuples, fut telle que les gouvernements ne voulurent pas liasarder une intervention. En 1818, l'ébranlement fut formidable; et ils ne purent y songer, assez occupés chez eux pour ne pas s'occuper de ce qui se passait ici. Mais, dans les circonstances présentes, un déchirement qui mettrait soit les rouges à la tête dune république, soil un roi h la tête d'une monarchie, serait regardé par les peuples européens , non comme une révolution, mais comme une convulsion ; r'en serait une en effet, qui nous liwerait aux interventions étrangères; et. de convulsions en convulsions, nous aboutirions au sort de la Pologne, qui, elle aussi, se déchira de ses propres mains devant l'étranger.
Avec une dette de 20 milliards et un voisin qui, en quinze jours, peut mobiliser six à sept cent mille liommes, la vigilance sur nous-mêmes nous est romtnandée ; il nous coulerait bien cher d'avoir des emportements irréfléchis. Nous ne pouvons, sans en périr, supporter de nouvelles dislocations. L'étranger a la main toute prête pour en profiler. Dans une situation si périlleuse, si c'eilt été la monarchie qui eût repris la direction de nos affaires, je conseillerais aux républicains de respecter la monarchie. Mais, puisque c'est à la république que le gouvernement est échu, je conseille aux monarchistes de respecter la république.
Ce que doit être la politique de la France est évident de soi et manifestement tracé. Avant tout, il faut satisfaire il nos engagements, et procurer l'éva-