DE LÀ FORME REPUBLICAINE EN FRANCE
tiquenieni. Chez nous il n'y a plus aucune hiérarchie de par la naissance, et c^est ce fait qui ajoute considérablement à rinstabilité de nos monarchies; car la république est l'expression naturelle de la démocratie.
Ces raisons, si elles se discutaient dans la France heureuse, auraient une autorité considérable; mais, dans la France malheureuse, il en est de particulières et bien autrement pressantes. La république existe ; elle a fait la paix avec les Allemands ; elle a payé deux milliards et obtenu la libération d'une grande partie du sol ; elle s'est engagée à payer trois autres milliards, et, en retour, l'étranger évacuera les six départements qu'il occupe encore. Que la république procède dans les années qui vont suivre, comme elle a procédé dans la douloureuse année de 1871, qu'elle entretienne la paix, la tranquillité, la liberté, les affaires, et il n'est pas douteux qu'elle accomplira ses engagements et qu'elle mènera à fin les pénibles négociations dont elle a pris le fardeau. Mais, au lieu de cela, ébranlez cette république, troublez-la, renversez-la, aussitôt naissent à l'intérieur l'inquiétude, les entreprises ou anarchiques ou monarchiques, le ralentissement du travail. Et encore, est-ce là le moindre mal, quelque grand qu'il soiL Le mal suprême, c'est que le cabinet de Berlin, inquiet réellement ou feignant d'être inquiet sur le payement de l'indemnité, réclamera des gages dont nul ne peut prévoir l'étendue. L'anarchie ou la monarchie, en renversant la république, nous mettent à la merci de dangereuses prétentions.
Les partis extrêmes ne reconnaissent pas cette nécessité, quelque évidente et impérieuse qu'elle soit Ils se flattent que, s'ils renversaient ce qui est,
UK \.\ FORME (;lîr'rftl,[r.\l.\H en IRAmE. m ils réussiraieiil à se Taire une place. C'est une erreur, en tout semblable à celle de la Gomitiune de Paris. Eiil-elie triomphé de Versailles, la Commune lombuil inimaaquablemenl dans les mains des Prussiens. Un traité solennel nous (;aranlit, mais c'est à la condition que nous en exécuterons les clauses. A la prenii6re incertitude du paycmeni (et est-il quelqu'un qui puisse calculer, quand il s'a{;il d'une aussi colossalerançon, la portée d'agitations parmi nous?), i la première incertitude, dis-jc, notre garantie devient précaire.
Notre posil ion est celle de vaincus. Késoluinent acceptée, elle n'est pas sans dignilé. Vainqueurs, jp. ne sais comment nous aurions supporli; la prospérité; mais, vraiment, je commence à espérer que nous saurons supporter le malliJ.'ur. Noire sort est dans nos mains; la république l'y a mis. En mon enfance, j'ai été témoin des Fêles de ta victoire et de la pompe des triomphes militaires; maintenant, en ma vieillesse, je suis lémoin de l'autre exlréniilé des choses humaines, de la proroiide déraile et des derniers revers. Si les prospérités sont souvent enviées, la lutle contre le malheur n'éveille aucun sentiment défavorable; et l'opinion publique européenne ne verra pas sans quelque respect lu vieille France demeurer fidèle k elk'-nn?me, souffrir sou sort, ne témoigner ni bassesse ni défailiiince, et demander il tous ses enfants patience, sagesse et fermeté.
En définitive, loule la politique de noire pays se ré»unte en ceci : maintenir la république, vouloir tpnnement la paix au dehors. F;iire régner l'ordre nu dedans cl travailler.
in POLITIQUE DU JOUR.
triche, et enfin guerre de rAUemagne contre la France. Nous avons été cruellement victimes ; mais un peuple qui, après les expériences de 1814 et de 1815, et sur la seule renommée des coups de main de Strasbourg et de Boulogne, revient aux Bonapartes, méritait d*étre châtié. Il Ta été.
Cependant il y a deux pays, TAllemagne et Tltalie, où Ton affecte de croire que nous sommes disposés à recommencer la guerre, là pour une revanche, ici pour le rétablissement du pape k Rome. Nous ne sommes pas plus disposés à recommencer la guerre après Sedan, que les Prussiens ne Tétaient de la recommencer après léna. Même ils poussaient alors l'obéissance aux nécessités pacifiques si loin, qu'ils fournissaient à Napoléon 1" un corps d'armée contre la Russie. Nous n'irons pas jusque-là, quelle que soit la profondeur de notre désastre. Si l'Angleterre, après la grande victoire de Waterloo, avait pris la Normandie, sous prétexte que cette province était un ancien apanage, on peut affirmer qu'aucune réconciliation ne se serait faite entre les deux pays. L'Allemagne, en nous enlevant l'Alsace et la Lorraine réunies à nous depuis tant d'années, a créé une irréconciliabilité qui durera ; mais l'irréconciliabilité n'est pas la guerre. Cette annexion serait une faute, si l'on avait en vue, comme après 1814, une véritable stabilité de rapports. Mais ce n'en est plus une, du moment que l'on veut conquérir, et que la visée de TAUemagne est de prendre tous les pays allemands. Dans la pensée du peuple allemand, la conquête de TAlsace et de la Lorraine est un acheminement nécessaire, comme un premier pas l'est dans une marche vers un but déterminé.
Quant à l'Italie, il est vrai que nous avons fait,
por.iTiQiiE nu JorR, ns
ifiiai-jp, la fiilie de verser noirp sang pour elle, et (\ue, r.iiiiiiiiil eoinnie on aiiiiail la Grèce, on Tul coiiti>iit clien nous de contribuer ii ruITranchir. Mnis ucliuettre, sur la foi de clameurs cléricales qui, d'ailleurs, ne sont pas moindres en -Ilalie qu'en Francp, que nous allons prendre les armes pour rendre Home au pape, et cela sous les yeux de l'Allemagne qui nousobserve, malgré la paix européenne qui nous entoure, et en dépit des cinq milliards que nous j)ayons; admettre, dis-je, ces énormités, c'est montrer une ci-édutilc que je serais disposé à quali- Her d'odieuse. Je ne me cliarfe pas d'expliquer pourquoi ces bruits de prochaines hostilités de notre part renaissent incessamment en Italie, et sunl diaqu« fois accueillis avidement; je laisse ce soin aux Italiens,
J'ai dit plus d'une fols que nous n'étions plus au nombre lies grandes puissances, et que rien ne le montrait mieux que l'Ahace et la Lorraine, que nous lie pouvons proléger contre l'oppression. Cela est ir;ii et II! restera longtemps. Le premier Bonaparte détruisit en bref délai toul ce qu'avait fait la révolution pour la grandeur de la France ; le second a iléiruil ce qu'avait fait l'antique monarchie. On ne sp reltïve ni facilemeut ni rapidement de pareils i>mppreurs.
Un récent article du Time», à propos de l'accueil oiithousiasle fiiil aux tireurs anglais dans une fête de tir en Belgiqut!^ avertissait les Belges de ne pas se laisser tromper par les démonstrations réciproques des visiteurs, el déclarait que, si l'Allemagne écornait leur royaume, ils n'avaient rien à attendre de l'Ajigk'terre. Ia\s tireurs franvuis n'ont pas paru ii cette fête ; &ans doute eux aussi eussent été bien
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accueilli? ; ittaî^ leur absence vaut mieux que n'eût vatu leurpi*é?énce ; car, si les Anglais, le cas échéant, ne voudraient^ pa? aider la Belgique, nous, nous le pourrions pas. Certâitt^ Vaincus ont autant d'orgueil que leurs vainqueurs ; et leur orgueil consiste à n'atténuer en rien leur défkite.
Notre influence expire aujourd'hui à la frontière d*A4sace et de Lorraine. Autrefois nos sentiments nous intéressaletit à un peuplé ehcore plus malheui^ux que nous ; il est bien certain que la PraiiCe eût alorsr contribué de grand coeur à la réparation du méfait dont la Pologne a été la victime. Ces sympathies sont désormais ensevelies dans le désastre que nous veiions de subir. Ne pouvant plus rien potir nousitiômes, nous ne pouvons plus rien pour les Polonais. Ils doivent le comprendre. Je n'ai point de conseils k leur donne^ ; mais leur ennemi le plus acharné et le plus impitoyable est l'Allemagne; ils sont Slaves; c'est avec les Slaves leurs parents qu'ils trouveront, dans les changements qu'amènera le nou^-el état de l'Europe, une situation tolérable.
Tout doit se concentrer sur nous-mêmes. Paire une aimée, fortifier notre frontière, mettre Paris dans l'état de défense que comportent les nouvelles armes, et établir le rigoureux équilibre de nos finances; voilà notre tâche. Et elles accomplira sfirement et rapidemertt, maintenatit que nous n'avons plus de Bonapartes. Il est sans exemple dans l'histoire qu'un chef de g«ertH* ait pei^u en une seule campagne une armée de -KXXKWl hommes, sans qu'il en soit rien réchappé : il est sans exemple dans l'histoire qu'un chef de gtierre ait fait prendre une armée de ilK>060 homims jusqu'au dernier homme et au dertiier canon. Gela, qui était sMis exemple, s'est vn
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en Rusdie sou» ki cdndtiite de Napoléon V'y et à> Sedan sous la eondutie de Napoléon 111. Ges deux prodiges^. adveaiiB- aux dépens^ de la Fpance/ sont œuvre de deux Bonaparte.
Napoléon III a fait la grandeur de la maison de Savoie et de l'Italie par la guerne de i850 ; il a préparé la gnmdeup de la maison de Hohenzollern et de la PruMe en lui abandonnant rAutrlohe en< 1866; en revanche, il a^ précipité la France dans Tabimc, perdu noa armées et démembré no» provinces. Les Boiiapart«v oncle et neveu, ont été les* fléaux de la France.
Notre première besogne ayant pour objet, à Textérieur, de nous couvrir par la paix> noti^ seconde a pour objet, à Tintérieur, de nous couvrir par la république. Les circonstances font que, d'une part, la monarchie, livrée à trois compétitions, ^t en désaiToi; eique,d-*autrepart, la république, qui n'est pas un nom nouveau parmi nous, offre aux conservaleurs* raisonnables uti terrain assez solide pour maintenir Tordre,, et à Topinion assez d'amplitude pour que le» partia avancés ytrouvent une suffisante carrière. Jamais,. danrnotre pays, les hommes désireux d*4igir et de faire n onteU'Un chanip plus vaste ouveri'à^leur activité.
On eatend souvent les républicains xlemander que TAssemblée nationale proclame la république, et se plaindre que Ton ne sorte pas du provisoire. Mais il n*y a jamais eu de provisoire, et rassemblée n'a point à^ renouveler une déclaration énoncée avec réflexion, après délibération et vote. La république légale a été établie à Bordeaux par la décision qui conféra à M. Thiers le titre de Chef du Pouvoir exécutif de la République française, titre contesté