‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 28 sur 102 · KO POLITIQUE DO JOUK · texte numérisé non relu

KO POLITIQUE DO JOUK

par ceux qui voulaient qu*on fit la monarchie, mais décrété parla majorité qui comprit, quels que fussent ses désirs, qu'à ce moment la république seule était possible. Tout ce qui est en dehors de ce fait officiel est sans valeur. L'assemblée se réserva (et ce droit n'est pas contestable à une assemblée souveraine) de changer, si les circonstances changeaient, sa résolution républicaine en une résolution monarchique.

Les circonstances n'ont pas changé ; et le provisoire est moins que jamais du provisoire. Les élections partielles, l'esprit qui anime les conseils généraux élus d'après la nouvelle loi, le succès des deux emprunts, la reprise énergique du travail, la réorganisation des services, le calme profond qui règne dans le pays, tout cela a donné son véritable caractère à ce que des esprits ou superficiels, ou prévenus, regardent comme fortuit et passager. On se rappelle peut-être l'apologue original où Saint-Simon, le célèbre régénérateur, supposant la France privée de ses chefs officiels, pourvu qu'elle gardât ses meilleurs industriels, ses meilleurs agriculteurs, ses meilleurs savants, assurait qu'elle n'en ressentirait aucun dommage. L'apologue se réalise aujourd'hui, et la France, privée de ses monarques, non seulement n'éprouve aucune difficulté d'être, mais encore fait face résolument et non sans habileté aux plus cff*royables désastres qu'elle ait jamais subis.

Dès février 1871, à Bordeaux, j'ai pensé et même écrit que la république devait être gardée et, en même temps, remise aux mains des conservateurs, non pour y demeurer, mais par une transition nécessaire. Cette transition passée, et en quelques mains que le gouvernement échoie, il importe, avant tout, que la république soit conservatrice. Que faut-

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il entendre par ce mol? car, ici, les détinilîons sont capitales. Il faut entendre par ce mol le maintien de l'ordre, maintien consLanI, rigoureux, infatiKable. Avec une grande profondeur, M. Comte a répété Souvent que, dans nos sociétés aciuelles, ce n'est pas !e progrès, désormais incompressible cl se faisant jour de tous les côtés, c'est l'ordre qui est menacé. L'ordre esl la garantie de notre paix intérieure, de notre travail, de notre richesse, de notre réorganisation, de la consolidation de notre république. C'est il ce titre qu'elle doit è.lvc prorundément conservatrice.

Klle doit l'être aussi k un autre titre qui n'est pas moins important : je veux parler de l'extérieur. Si nous renouvelions les différentes commotions qui font une st grande part de notre récente histoire, si les fiictions, se heurtant, désorganisaient le gouver- Dcmcnt.nous nous exposerions à subir le sort que nibissaieni Turin et Naples lors de leurs vaines lenttlives libérales ; on viendrait mettre l'ordre chea Dnus ; noire indépendance aérait perdue, et nous courrions le risque d'un dernier et dt^fînilirdémembrement. El qu'on ne dise pas que nous saurons combattre et résister. D'abord, soyons bien convaincus de ce fait : notre prestige militaire est disparu; jamais on n'a montré autant d'incapacité rt d'imprévoyance que nous, en 1870. Puis, et cela est encore plus digne de considération, les derniers événements ont prouvé qu'aujourd'hui une organïaalion de guerre ne s'improvise pas, que les armées tumulluuires sont impuissantes, et que, pour résister efficacement, il Taut avoir 7 à 800000 hommes bien pourvus, bien armés et mobilisables en quelques jours. Or, un pareil état militaire veut de la suite,

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de la stabilité, et ne peut ôtre à la merci de commotions et de déchirements. Les Allemands, à la vue des trois empereurs réunis à Berlin, ont dit qu'une république ne convenait pas en Europe. La menace contenue dans ce dire se réaliserait si la république ne maintenait pas Tordre; mais, tant qu'elle le maintiendra, les trois empereurs ont des intérêts trop divergents pour s'entendre contre nous, à supposer même que Tun ou l'autre ne souhaite pas se* crëtement que nous gardions une puissance qui peut servir.

Avec un bon sens et une résolution qu'il faut louer, on est suffisamment d'accord dans rassemblée, sauf du plus ou du moins, sur le budget, sur la réorganisation de l'armée, sur la décentralisation. Les scissions profondes sont ailleurs, d abord sur la république, puis sur l'éducation. La majorité est encore plus cléricale qu'elle n'est monarchique. Elle pense peut* ôtre que la somme d'instruction à distribuer au peuple doit être rigoureusement limitée ; mais oertainement elle veut que cette instruction soit placée sous le centrale de la théologie ; et le développement laïque de 1 éducation lui est odieux.

Avant d'aller plus loin, je veux dire quelques mots de notre situation par rapport aux autres pays quant à l'instruction. Elle n'est pas brillante: des statistiques indubitables ont montré qu'on sait moins* lire et écrire en France que dans plusieurs contrées de l'Europe. J'ai déjà soutenu, à mes risques et péribi que notre décadence n'avait rien de réel, que nom avions conservé le travail, la production, la richesse, la science, les lettres, les arts, et qu'aucune de 09t forces vives n'avait été atteinte par nos stupides dé* faites (car, je le maintiens toujours, il a été stupide

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ée (hitc prmdre â^OOO hommes bravos i>t suffîsam-

' ment arintis). Rliliien.ùmf^gi-isquesel périlg encore,

\ Je prétends que, dans l'éducalion populairn, noire in-

rériorîléest plus apparente que rtîelie. Mon argument

L repose, ici aussi, sur notre Iriivail, notre production,

\ noire richesse. 11 faut un haut degré d'éducation da

[ nétier pour que le labeur populaire produise tant et

[ H bien al supporte, h cet égard, de redoutables can-

earr^nces. Au lieu de nos laborieux paysans, pro-

I phétuires d'une si grande partie du sol de la France,

I lu lieu de nos habiles ouvriers, substituez, parla

pensée, des populations moins laborieuses el moins

lubiles, et dites si les nouveaux venus sont en me-

uins de payer cinq milliards et de supporter un

lourd budget. J'ajoule que, dans cette guerre, en

aucune circuusiance le soldat français n'a été infé-

riour au soldat allemand ; ce qui n'eQl pas manqué,

si nos paysans et not^ ouvriers eussent été des gens

moins capables qiie les paysans et les ouvriers aile-

tniiids. Ce qui a fxiL défaut, c'est le nombre et

lurloul le commandement. Le maitre d'école vient

sn troisième lieu seulement dans l'œuvre de notre

diU'aile. Lire et écrire n'est qu'un instrument. Est-ce

rioiu) que je voudrais amoindrir le mouvement d'opî-

. nion qui porte à développer chei nous l'éducation

populaire? Bien loin delà, je voudrais raccrotlre.

U philosophie positive a de hautes prétentions pour

luducalion du peuple : elle entend qu'il aacha

b<>sucoup plus que lire «t écrire, et autre chose que

kcatécbisme.

La religion est, en ce moment, l'objet de nombreuses déclarations où l'on se phiint qu'elle ne Miit pas en croissance, où l'on demande qu'elle reprenne son plein empira sur les ftmos. Que tout

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culte obtienne un libre et paisible exercice et soit respecté de chacun, et que les citoyens qui appartiennent à des croyances différentes vivent sous les mêmes lois civiles, non seulement sans se persécuter, mais aussi en se rendant les bons offices que la commune patrie exige, cela ne soulève aucun doute et doit être impérieusement recommandé. Au reste, Tespritde tolérance,'qui animait si énergiquement le dix-huitième siècle, a fait de grands progrès parmi nous; on se tolère les uns les autres, dans le monde du moins, avec bonne grâce et courtoisie ; et il n'y a que le fanatisme qui s'écarte, en proie à je ne sais quelle horreur, d'un homme pour ses opinions sur Torigine et la fin des choses. Même la tolérance se donne gratuitement à qui la refuse à autrui ; et Thomme moderne s'élève moralement si fort au-dessus de Tancien homme théologique, qu'il veut tout égal entre lui et celui qui, si le pouvoir revenait entre ses mains, l'emploierait à persécuter et à contraindre les dissidents. Ajoutons que la philosophie positive, se séparant en cela de la métaphysique révolutionnaire, qui ne voit dans le moyen âge que ténèbres et barbarie, reconnaît amplement les grands services sociaux que le catholicisme rendit à la civilisation en cette époque mémorable.

La religion est donc assurée contre tout méfait, contre toute violence, aussi bien de la part des gouvernements, que de la part des hommes libéraux et tolérants. Mais on demande plus pour elle ; on demande que ces sentiments d'indifférence ou de séparation qui animent aujourd'hui un grand nombre d'esprits, soient combattus. Ceci est une tout autre affaire et mérite d'être considéré. Si la néga-

POl-ITIQl'E DU JOUIl.

lion tliéologique él-iit le particularisme de quelques inltflligences qui s'émanciperaieni, comme au temps de Lucrèce et de César, on pourrait penser qu'elle demeurera superficielle et sans uction sur la geslion des affaires humaines. Mais il n'en est rien ; cette Dvgalion Ihéologique a pénétré dans des couches très prorondes de la société, non-seulcinent en France, mais Ailleurs uussi; non seulement dans les piijs catholiques, mais encore dans les p:iys proleslants. Le degré peut être divers, mais le IravaJI de séparation es) partout le même. Voilà le fait ; quelles en sont les causes ? La philosophie positive n'hésile pas à dire qu'elles résident dans le caractère fiénérai de la science, qui ne reconnaît que l'expérience et le relatif, et qui se refuse, en chaque domaine parlieulier, il toute spéculation sur l'origine ou la fin des choses; de là, la tendance progressive à éliminer successivement de partout les croyances théologiques. Ces causes sont-clles passagères, de manière à laisser la théologie reprendre son empire, ou bien permanentes, de manière à consolider, dans l'ensemble et dans le détail, la conception expérîracntale et relative du monde? Encore ici la philosophie positive n'hésite pas à dire que ces causes sont permanentes, agissent constamment dans le même Mn» et s'accumulent sans cesse, si bien que la théologie perd toujours et ne regagne jamais. Chaque progrès scientifique l'écarté un peu davantage de son antique assise intellectuelle, et la société se modifie incessamment dans le sens de chaque iiouvesu progrès du savoir positif. C'est là ce qui fait que remonter le courant est impossible.

Appuyés sur le savoir positif, les pouvoirs noufetux, réels, sinon reconnus, demandent à l'éduca-

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lion d'enseigner que le monde est régi par des lois constantes, nécessaires à étudier et à connaître pour s'y soumettre avec une courageuse résignation en ce qu'elles ont d'immuable, pour les tourner à notre profit matériel, intellectuel et moral, en ce qu'elles ont de favorable aux destinées de l'humanité. Soit que l'on se rende compte de l'anarchie qui trouble les intelligences, soit que l'on considère en particulier le grand débat qui soulève les classes, soit que l'on étende la vue sur l'avenir de nos sociétés, on se persuade que désormais le seul terrain effectif d*ordre, de conciliation et de développement, est le régime où prévaudra la notion du monde* régime aussi éloigné de lathéisme qu'il Test du théologisme.

Les conservateurs, ceux du moins qui ne se font pas un dogme de la monarchie, demandent une république qui leur offre des garanties contre les troubles et la subversion. S'il en est ainsi, pourquoi ne se rallient-ils pas autour du gouvernement de la république? Mais, disent-ils, nous nous y refusons, parce qu'il ne nous satisfait pas de tout point. Ni nous non plus, gens de la gauche, il ne nous satisfait pas en tout, et pourtant nous nous réunissons fermement autour de lui. 11 maintient la république, il fait régner Toidre, il libère le territoire ; ce sont aujourd'hui les choses essentielles, et nous mettons de cùté« sans hésiter, nos dissentiments secon* daires.

I>epuis que nous sommes sortis des premitees douleurs de nos désastres, la république suit un progrès régulier dans l'opinion. Elle se bit comme jamais encore elle ne se fit chea nous. C'était un mouvement réTolutioMftùre* le triomphe d un parti,

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