‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 3 sur 102 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

dirent, obtinrent le désistement des d'Orléans et offrirent la couronne à M. le comte de Chambord. Ce prince n'en voulut pas. Surmontée du drapeau tricolore, et entourée des institutions que la révolution avait rendues nécessaires à la France moderne, elle lui sembla indigne de lui et inassociable avec la légitimité î L'exemple de son grand aïeul le huguenot Henri IV ne cadrait pas à sa position. Faire des sacrifices de conscience protestante pour la messe, c'est, dans l'opinion catholique, rentrer dans le devoir ; là, point de difficulté ; mais c'est sortir du devoir que de rien concéder qu'elle ne sanctionne pas. De la sorte, l'habile politique des coalisés monarchiques échoua, et ce revers amoindrit notablement la somme d'abord si grande de leurs chances.

Pour cette déconvenue solennelle, ils ne rompirent pas leur alliance. Seulement, le but en fut changé. A un personnage royal eflectif qui se refusa, on substitua un personnage fictif, un être abstrait qu'on décora du nom d'ordre moral. Cette formule à deux mots se trouva grosse de difficultés. L'ordre, en tout temps le premier bien des sociétés, était, au moment, delà plus impérieuse urgence; jamais il n'avait reçu des assauts plus furieux, ni entendu des menaces plus retentissantes ; jamais il n'avait été violé avec plus de ruines et de sang; il fut résolument défendu et infligea à son ennemi le désordre une rude défaite. Mais^à quoi répondait le second mot de la formule ? A la restauration d'une des trois

l'flÉFACE. VII

manarcliies selon les iiioniircliiales, à la supiTniiilic de l'Église catholiqui* selon les cléricaux, à la réaction plus ou moins effective contre les modernes instiliitions selon tous. C'était, par une autre porte el non moins dangereuse la réintroduction du désordre. Le désordre par l'extrême droite ne valait pas mieux que le désordre par l'extrême gauche. Ainsi acculé, l'ordre moral se cantonna dans le prn- TÎsoire, sorte de haute tour d'où, comme dans le conte de Barbe-Bleue, il espérait voir venir les cavaliers libérateurs et restaurateurs.

Mais le provisoire n'était pas un bon terrain pour

, s'y tenir, Il {îlissa sous les pieds des monarchistes, et le définitif eut raison de son adversaire, non sans des débats souvent cnionvants, vu qu'ils étaient pé-

I riUêax. De la sorte, même après la mise hors de cause de M. de ChambonI, le parti républicain se trouva de nouveau soumi^t aux procédés de la prudence, de la modération et de la conciliation. Sa propre nature, car il est d'origine révolutionnaire, l'y disposait peu ; mais il réfréna sa propre nature. On est toujours digne de louange alors qu'on s'impose des limites et qu'on se donne des garde-fous. Ici la chose était d'autant plus méritoire qu'il avai toute son aile gauche formée de révolutionnaires et de socialifitcH qui ne lui épargnaient pas les plus véhémentes objurgations. Sans lui savoir aucun gré d'être républicain, ils lui envoûtaient de n'être pas comme eu dan» leur credo, autant au moins qu'aux vrais ad-

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