‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 31 sur 102 · DES RAPPORTS DE L'ASSEMBLÉE NATHMALE · texte numérisé non relu

DES RAPPORTS DE L'ASSEMBLÉE NATHMALE

philosophie positive s'est p^is d*tttie fois attiré de pressants anathèmes. Mais ni les anathèmeiitii Même, si Ton veut, un gouvernement de combat ti*effraie ni ne détruit les doctrines ; c'est sur un attire terrain que leur sort se décide.

A nous touS) libres penseurs^ on aime à imputer une solidarité avec les meurtriers des otages et les incendiaires de Paris. Certes, si Ton est en droit de faire remonter la responsabililé d*actes pareils fc nos doctrines, nous sommes également en droit de faire remonter aux doctrines catholiques la responsabilité de rinquisition, de la Saint-Barthélémy, des dragOD'* nades, des assassinats de 1815; et, s*il faut compter les victimes, les feux et les bûchers, le compte théologique sera lourdement chargé. Mais parlons en philosophes : toutes les doctrines peuvent être perverties par le fanatisme, et tous les ftenatismes, qu*ib soient sacrés ou profanes, sont dangereut et féroces.

Quant aux définitions qui ravalent notre espèce, j'avoue ne pas comprendre comment une question zoologique pourrait être discutée et résolue à la tribune. J'ai un profond respect pour l'assemblée, et, quand je me trouve dans la minorité, je me soumets complètement à ses décisions. Mais, si, de la légalité où elle règne en souveraine, elle passait sur le terrain scientifique, où le principe d^autorité est tout différent, on se rirait de son incompétence. Nous occupons dans la science, M. le professeur Hobin et moi, une position suffisante pour soutenir nos définitions là où elles peuvent être utilement discutées*

Faut-il se rire aussi de la décision qui vient de rayer M. Robin de la liste du jury, à cause des opinions philosophiques qu'il professe? Voyez les contradic-

AVEC LE SUFFRAGE tlMVEBSEI,,

li*in>* que le sort cbusp: pendHnt que.dnnsunarroniliRSPinf^iil de Paris, on le layait, moi (M. Robin et moi, c'est tout un i^uantàla doctrine), je concourain, en qualilt^ àe conseiller général, â In rédaction d'une liste de jurés dnnsSaint-Denis. Ajoutez que M. Hobin, tout rayé qu'il est, n'en re«te ptis moins professeur à la Faculté de médecine el ini>mbrn de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences. A la vérité, Je comprends Tort bien que, si l'on pouvait, on le chasserait et de la faculté et des deux académies. Ah ! si l'on pouvait '. Le passé nous est garant île ce qu'on ferai!. Depuis que notre immortel dix-liuilième siècle (t conquis le dogme moderne ilc la tolérance, la société se partage en deux couches ; les civillst^s qui sont tolérants, et les barbares qui sonlintolérautt.

Remontons plus haut dans la raison de ces explolions. Il est, en certains esprits qui demandent le ^uvernemenl de combat, une frayeur profonde je M dirai pas de la science, mais de la science libre. Jugeant de l'avenir par le passé, ils redoutent ce qu'elle va découvrir, atlendu que ce qu'elle a découvert les a incessamment contredits,

Je l'ai dit el je le répète, parce que la chose est de suprême importance : do nos jours, ce n'est pas le progrès qui est menacé, c'est l'ordre. Lo premier devoir du gouvernement est de le maintenir avec une détermination inflexible, Son second devoir est de lAÎsaer aux doctrines multiples et contradictoires, anciennes el nouvelles, sacrées et profanes, qui se partagent la société, leur lilierlé tant qu'elles ne sortent pas de la discussion, el de n'employer contre elles ni la compression, ni la persécution. Quand les gouvernants ne sont pas convaincus de la nécessité

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de maintenir ces deux conditions corrélatives, alors la sécurité commune est terriblement menacée ; témoin la restauration, qui un beau jour descendit dans la rue pour combattre des doctrines, et qui compromit si gravement Tordre dans le moment et dans lavenir. Du reste, au sujet de cette lutte contre les doctrines par la compression, deux choses ra'étonnent toujours: d'abord, c'est que Texpérience n'ait pas appris que ce procédé finissait immanquablement par échouer, même quand il avait un succès temporaire; en second lieu, que des hommes pourvus de Tinstruction générale, riches, jouissant d'une grande influence par leur position sociale, aiment mieux organiser contre ces doctrines un gouvernement de combat, que d'employer contre elles la seule arme qui vaille dans ce champ clos, c'est-àdire la discussion, l'effort continu et le savoir.

Cette perspective de guerre aux doctrines et de compression a eu pour effet immédiat de produire la coalition des trois monarchies qui se disputent le renversement de la république. Quand un député s'adressa nt à la droite a dit que l'alliance était faite entre les légitimistes, les orléanistes et les bonapartistes (il les a nommés dans cet ordre), aucune réclamation ne s'est élevée. Avec les bonapartistes ! non equidem inrideo ; miror magis. Étrange en effet ; je ne me donne pas la puérile satisfaction de blftmer ce que mes adversaires jugent convenable de faire dans leur intérêt ; cela les regarde ; mais, écartant les représentants pour arriver aux représentés, je n'imagine pas comment M. le comte de Ghambord, M. le comte de Paris et l'empereur Napoléon ni, si, coalisés, ils triomphent de la république, se partageront le bénéfice de la commune victoire.

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