‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 35 sur 102 · AVEC LE SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

AVEC LE SUFFRAGE UNIVERSEL

ni.iU.»vec rijllpxinn nussi, jf^ dis qu'il est lollc oiitre- [tme contre la république diins laquelle je n'imiigine pas cominonl une majorité lelle quelle Iriompherail d'une résistance légale et acharnée conduite par M. Thiers, chef d'opposition (i).

Dans l'effondrenienl de notre puissance mitilaire, il y a à sauver lu France; dans l'effondrement de toute monarchie, il y a îi fonder la république. L'assemblée el M. Tbiers, qui sont énergiquement secondés par le pays, s'ils font ces deux choses, auronl fait deux grandefi choses.

Maintenant que l'Assemblée nationale est le théAtre de débats animes qui, on a beau s'en défendre, sont le débat entre république et monarchie, l'attention de l'Europe entière est singulièrement éveillée. Nos affaires occupent nos voisins ; la presse étrangère est remplie de nos péripéties ; et le puissant parlement de Berlin est loin d'exciter un aussi vif inléiét que russcniblée résignée d'un peuple vaincu. Qu'on ne in'arrt^le pas, comme sî je voulais tirer quelque vanité de cela, et faire briller le clinquant d'une vaine gloriole. Je l'ai dit déjà plus d'une fois: nous soninies déchus du rang de grande puissance ; notre prestige est uuénnti ; tandis que tous les Etals, Angleterre, Italie, Allemagne, Russie, grandissent, tout au rebours, nous seuls nous diminuons, et, bien que nous n'ayons rien perdu en industrie, en com-

(Ij Depuis que CBci est icril, M. le PrAsidtul de la république « mil en à*tat une Mlulion des diillcuUës où nous naui délwKans : c'eit t> créalian d'une lecunde chsmbra avec ilroil de iliitolulioD. ■ la erédioii li'une scciimlc clmmbre, luon eu prînn Tiiil, Jiieeanl qu'une chambre des pair) uu un ■Attat, n'ayant pai île rucïnea propres chci nous, tlait sana puitunep vi aan* clllcacii£. Huis une seconde chniiibre, bvfc le druil de diitaudre, c«ue d'Ctrc une iaulile répétition du la première, cl <l«(iBiil un rouage offeclif.

19i DES RAPPORTS DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.

merce, en production, en science, en lellres el en beaux-arts, nous voilà, grâce aux Bonapartes, réduits à la frontière d*Henri II. Tout cela est certain. Pourquoi donc tourne-t-on les yeux vers nos assemblées et nos débats ? C'est que, en définitive, nous sommes le peuple où la dissolution des vieilles choses a été poussée le plus loin ; et il est en effet instructif pour tout le monde de considérer comment un tel peuple travaille à s'organiser dans des conditions qui n'ont pas de précédents. Les nations européennes sentent instinctivement que, sous une forme ou sous une autre, république ou monarchie, ils passeront par des phases analogues ; et ils regardent attentivement des expériences sociales dont nous avons depuis 1789 la périlleuse initiative (1).

Ce que je uommc le moment actuel (2) est rapprentissaçe de la ré^liqae en France, Tétabliafeaient épliénère de la répiaiiUfue en £fl|Migne, et le conflit où le catholicjame est préaeaiooieat «tt^agé en Europe. Depuis, les choseë ont marché : l'apprentissage de la république se fait en France avec un plein succès; le régime lépihiiraie a dis^am 4e TËspagne; et rien se s'eat ameadé dane le cooAit «Tu catboliciane avec r£tat laïque.

APPRETÏTISSAGE DE LA RÉPtrSLlQt5fS

C*est, en effet, pour la France, un apprentissage à faire. Nous sortons d'une monarchie qui a duré fort

(ij Je ne fais ici que répéter le mot si grave de M. Comte. (2) Revue de la Philosophie positive, eumérode mai-juia 1873.

luiigleiiips.Bl ijui, il li'avei'sdes succès el des i-evuis, ilcâ liahileli>â et des fautes, nous avait conduils i),<l''s iIcaUiu'ms non suns foicf! el san^i gloire. Lo seul ro- ])l'»clifi capjlal que l'iiisluire doive lui faire, s'aLluclie au dernier siècle desonet^isienco: peuduntoeni ani>, celle niOHiircbie se mil peu ù peu et de plgs en plus eii désai^ord avec I esprîl d'une inévitable réuovslio» des opinions et des raa'urs; fil, n'ayant ni le pouvoir de le compiimer, ni la sagesse de le diriger. L'Ile nous plat^ sur le liord de la grande révolution, oii toul^ roula d'une cliulc sans exemple, je crois, iaiiê les annales humaines.

Si nous sortons d'un passé monarchique qui iiouâ lient eaUcés, nous sortons aussi d'un passé révolu- UonJliiire qui, poui- avoir été nioins long, n'en H paa moins laissé sur nous une très forte eujpreinlâ. t)r, les habitudes révolulionnaiics, je le dis sans liésiler, lie soitl pas moins l'uœstes à la rêpubliijue que les babiludes monarchiques. Voilà le doubbj bi3rilage dont il faut apprendre à nous dét'aiie, avec une vigi> lance sur nous-niéines qui ne se démente jamais.

Le parti révolulionnaiie, malheureusement le parti radical s'y confond, ne voulant pas s'en séparer, n BUi-bHlt dea passions; il est iiu:apable de les subor> donner Ji la prudence qui combine et prévoit, à l'éifuilé qui raconfiail les services, au mépris des rtjigwttliiuns criardes el bouilloiinanles. Violent et san§ lumières, ignorant, à n'y pas croire, même des rJloses qui M passent devant lui, iliflipose U; mandat iwpéralif à ses cjiefs plus écbdrés, qui ne seraient fHH suivi», s'ils n'obéissaient pas ; et souvent il délient ou inutile ou dangereux a la cause ré[iubliniui«.

A iFolifi, uu u'a pas uioins de violence ni plus de

lumières. A Theure même, M. de Falloux est frappé de réprobation par son parti, pour lui avoir soumis la seule combinaison qui eût chance de donner de la consistance à la monarchie en la déterminant d'une manière précise. Autrement, qu'est-ce proposer aux hommes sensés, aux masses paisibles, au pays désireux de tranquillité, que lui offrir une monarchie en blanc, sauX à remplir ce blanc au prix de nouveaux déchirements avec le nom du comte de Ghambord ou celui du comle de Paris?

La majorité de la gauche est aussi ennemie que peut Vèive la majorité de la droite, des actes révolutionnaires et des coups de violence dont l'habitude est le déshonneur de la France, et cependant il a toujours été impossible à Tune et à Fautre de s'entendre sur ce terrain d'une commune réprobation. C'est que la gauche se tient à ce qui est, c'està-dire la république, ayant horreur de rien risquer dans rétat périlleux où est la France, et que la droite demande encore une révolution, jurant que ce sera la dernière. Le pays, qui voit, qui s'instruit et qui juge, nVst pas sûr que ce fût la dernière, et exige qu'on respecte son repos et son travail.

Depuis 1781) la monarchie est tombée sept fois, et la république deux. Nous sommes au troisième essai de république. Si, à Bordeaux, la majorité de la chambre eût proclamé la royauté, nous serions au huitième essai de monarchie.

11 ne faut pas imputera une seuledynastie l'ère des l)ouleversements monarchiques. Cette ère se partage entre deux familles, les Bourbons et les Bonapartes. Leur action a été funeste à la France mais d'une façon toute ditlérente. Trois fois les Bourbons ont, par manque d'habileté, livré la France aux chances

(I.'si<'volutions, 89, IHIH) el 1848. Trois fois, ISU, I8ir> e\ 1870, les BonupaHes ont livré ta France à l'ennemi extérieur, et rétréci progressivement ses fronU^res, lui inlligeanl des désastres que ni ses rois, ni ses républiques n'avaient jamuis connus.

Les deux destructions de la république sont dues aux Bonaparles : la première, par un coup de main militaire et une ui^urpation violente ; la seconde, par un guet Bpens nocturne et une violation de serment dnni la honte aurait arrêté tout honnête bonime, et dont le succi^s relâcha universellement les liens de la moralité française.

Ce simple aperçu nionlre qu'il est sans doute malaisé de fonder la république en France, mais qu'il l'est encore plus d'y fonder lu monarchie. On objecte que la république ne sera vraiment fondée que quand il )' aura eu transmission du pouvoir. Oui, sans doute ; mais fiuelle est colle de no<i sept monarchies chez qui la transmission du pouvoir se soit faite? On objecte encore que la république est un essai provisoire. Oui. siins doute, mais qu'y aurait-il de plus qu'un essai provisoire en une monarchie diflicile à rétablir, plus difficile à soutenir? Donc, aujourd'hui, la sagesse politique consiste à retenir la république comme la situation la moins embarrassée et la plus iiulurelle; demain, elle cojisistera ii donner à la republique l'ample développement des forces sociales.

Combien inutile est devenue dorénavant la monarchie en France, les derniers événemenis en ont témoigné d'une manière singulièrement frappante. Kn 1HI4, la royauté restaurée (ou ne savait pas encore combien les royautés devaient être fragiles) fut réellement secourable: car, pour com-

pèfisâtiofi de Id défaite, elle apportait ft la France Une place dans ce coficert des grandes puissad^ ces appelé la Sainte-Alliaficéi et qui fie fat pas sans bienfaits pour l'Europe. Mais, en 1870 et 1871, la monarchie n'apparut nulle part, tii au dedans pour rallier les Fratiçais en un grand effort national, ni au dehors pour s'interposer au-devant du vainqueur. Impuissante, elle regarda les terribles événements s'accomplir ; et, quand la république a terminé la guerre follement entreprise par Tempire, quand elle a signé la pai)^, une triste paix, quand elle a payé cinq milliards et libéré le territoire, la monarchie se lève et demande son salaire. Salaire de quoi? et d'où vient-elle?

Au fond, quoi qu'on dise ou qu'on pense, présentement tout régime, cheis nous, est provisoire, jusqu*à preuve du contraire. Que cette preuve du contraire ne puisse pas être donnée d'ici à un inter« valle indéterminé, 1(^ raisonnement en témoigne facilement; et l'on démontre, quand on veut, que trois monarchies disparates ou contradictoires se font mutuellement obstacle, et que la république est le résultat non équivoque des circonstances. Mais, sans renoncer au raisonnement, c'est surtout par le fait que nous nions la monarchie et affirmons la république.

La république, seule, peut reconnaître ce caractère provisoire attaché momentanément à tout régime en France, et le tourner à son profit. Nulle monarchie n'oserait se dire provisoire, bien qu'elle le fût réellement, comme on vient de le voir par le récit des chutes de la royauté. Mais une république qui ne repose que sur l'assentiment perpétuel des intérêts et des opinions n'a aucun scrupule à se dé-

LE MOME.vr ACTUEI,. m

chrpr telle, jusqu'h ce que sn dmôfl et ses services lui procurent la const^cration.

A ce terme de provisoire que j'accepte sans déplaisance correspond cctuî d'apprentissage qu'il faut accepter pareillement. Gela veut dire que la riïpublique d'aujourd'hui, la troisième république, la république nécessaire, doit provenir non d'une conception théorique quelconque, mais d'une exacte accommodation aux hommes, au\ faits, aux choses.

On se souvient que certaines portions du parti républicain demandèrent k grands cris et h divers moments la dissolution^de l'assenildée. L'événement a donné raison h ceux qui maintenaient qu'il ne pouvait ni ne devait être question de dissolution tant que le traité avec l'Alicniagnc n'avait pas reçu son dernier accomplissement, et que. pendant ce temps, rien autre n'était à faire que soutenir le gouvernement qui effectuait les grandes opérations de notre libération. Hors de ce souci supérieur, tout était agitation vaine et dangereuse. N'aimant pas k faire de la politique il vide, j'ignore oii nous en serions si la pression des passions impatientes avait prévalu, et si de nouvelles élections eussent troublé la marche régulière des choses. Toujours est-il qn'avec ce frein la république a gagné, la monarchie a perdu, l'ordre s'est maintenu, cinq milliards ont élé payés, et six cents niiliions de nouveaux impAls ont pu être ajoutés au budget sans faire Héchfr le courage du peuple français. Je n'appellerai pa* prospérité une situation héritière d'un démembrement, d'une rançon inouïe, de destructions sans nombre; mais le fait est que la France travaille, et traraille fructueusement; car elle satisfait îi toutes ses charges.

Celte prudente conduite, outre qu'elle amène la dissolution sans secousse, sans dommage et à son terme naturel, est suivie, par surcroît, d'un autre résultat fort digne d'attention et sur lequel on ne commençait guère à compter que depuis le dernier message de M. Thiers. Je veux parler des lois que le gouvernement va proposer sur la transmission des pouvoirs, sur les élections et sur une seconde chambre. Pour en atténuer la portée, on a dit parmi les monarchistes que cela pouvait servir à une royauté; sans doute, mais cela peut servir aussi à une république ; et, comme c'est la république qui existe çn fait et en droit, c'est à elle que profiteront les nouveaux organes de gouvernement.

Le parti radical réclame une assemblée souveraine et unique qui fasse table rase des deux ans écoulés et d'où Ton date une nouvelle république. Je repousse de toute ma force une pareille conduite, funeste dans son principe, funeste dans ses conséquences : dans son principe, car c'est faire fi de la stabilité et mettre la révolution perpétuellement à Tordre du jour; dans ses conséquences, car c'est anéantir les précédents et diminuer la durée, deux choses qui importent aux établissements et surtout aux jeunes établissements. 11 faudrait, si Ton pouvait, les vieillir. Au contraire, le parti radical veut couper tout d'abord le peu de racines que les nôtres commencent à jeter. 11 est donc heureux que les prochaines lois proposées par le gouvernement lient nos deux ans de république à l'avenir immédiat.

Mon lecleur le sail, ce que je demande pour la France , c'est qu'elle fasse un apprentissage continu de la république, sans le recommencer à tout bout de champ; c'est que le passé soit acquis; c'est

qu'elle ail une vue nette el prér ise du provisoire où, longtemps encore, elle sera placée, el une résolution non moins précise et nette de soutenir ses intérêts, sa puissance, son renom. Elle est laborieuse, elle excelle dans tes lettres, les arts et les sciences. Avec ce fonds et quelque vigilance elle est sûre de mieux diriger ses affaires que ne pourrait faire aucune monarchie.

Dans les deux années qui viennent de [lasser, plusieurs, et j'étais du nombre, ont spéculé sur ce qu'il convenait de faire pour rendre le provisoire du pacte de Bordeaux moins provisoire ; et j'avais pensé qu'en appliquant le renouvellement partiel i) rassemblée actuelle, on serait entré en une voie de transition el de ména(;ement. Mais cette idée, qui fut violenijnent attaquée par les radicaux ennemis nés de toute tradition , est maintenant écartée ; et ce qui va se faire, c'est une seconde chambre. Contre cet établissement, lorsque j'en combattis l'idée, je n'ai point eu d'objection de principe ; Je n'en ai pas non plus à présent. Tout ce que je demande, c'est que la seconde cbambre ne soit pas une doublure inerte de la première, et qu'elle soit munie d'attributions déterminées qui en fassent un pouvoir véritable.

Ce mot d'apprentissage, si nécessaire à nos débuts, continuera longtemps h l'être en nos progrès dans le régime républicain. Nos monarchies, rétablies depuis 1789, n'ont été, malgré l'apparence, que des pouvoirs viagers, incapables d'élre transmis. Si on les étudie de près, on note que, dans leurs premiers temps, elles ont sufHsamment rempli leur offloe. Niais qu'it mesure de la durée les monarques, vieillis§ant, SB hcurlaienl aux obstacles survenus et tombaient de leur trdnc. Contre ce danger qui s'est

montré périodiquement si redoutable, la république est prémunie : elle ne peut vieillir ; elle n'ignorera jamais qu'elle est la déléguée de la volonté nationale, et, renouvelant périodiquement son apprentissage comme la monarchie renouvelait ses chutes, elle se pliera à tous les perfectionnements.

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