‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 45 sur 102 · MALFAISANCE FINALE · texte numérisé non relu

MALFAISANCE FINALE

des Bourbons aînés, par une commotion formidable qui rouvre le funeste encbaînement de nos révoln* lions; la troisième, celle des Bourbons cadets, par un ébranlement intérieur encore plus grave ; enfin la quatrième, celle des Bonapartes cadets, par cinq milliards payés à l'Allemagne, un démembrement et la réduction de la France aux frontières du seizième siècle.

Qu'on le remarque bien, dans tout ce qui vient d'être rappelé je n'ai employé ni raisonnement ni induction, ni déduction ; tout y est fait et expérience. Le fait est que la monarchie ou impériale ou royale s'est écroulée après de vaines apparences d'un établissement durable; l'expérience est que les moyens de maintien qu'elle possède sont fragiles et ne résistent pas aux chocs soit du dedans soit du dehors. Et cela pendant une série d'années, une suite d'événements assez longue pour éliminer l'accidentel et le fortuit. Ainsi l'insolidilé monarchique est un phénomène dont la constance se confirme en France incessamment ; et toutes les probabilités émanées du fait et de l'expérience nous enseignent que k monarchie impériale ou royale, légitime, parlementai re ou césarienne, sauf le cas d'un chef exceptionnel, nous livrera, restaurée, soit aux déchirements par l'intérieur, soit aux démembrements par l'extérieur, et peut-être à tous les deux, maintenant que notre prestige militaire a péri à Sedan et à Metz.

Depuis que Bonaparte a eu rétabli la monarchie, les monarques gouvernent par les conservateurs, et les conservateurs par les monarques. Ce sont les mêmes, bonapartistes, légitimistes, orléanistes, qui, par une tradition ininterrompue, forment encore aujourd'hui la roaiorité dans ta chambre. Durant ce

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long rnlfrvaHc i\e loinps. il ac- s'est Ir-ouvi- ni un iDDiinrque. ni un ministre, ni iint- miijoi'ilé, qui IravMl pour la France un ptun géniJral d'orcire el de liberté, âe. paix et de gnrrre. Chaque dynaslie a eu M visée pnrIicnUëre; chxqit» cnurhe de conservaleurs BlTéreiilo à In dynitslie correspundnnle 8 eu sa manière d'enlendre l'ordre. Un Iriple inlériM dynastique, un triple parti conservateur ont rendu la confusion innxtrienble ; ni la houasole s'est atfolée. Sans doiile on ne peut jamais innocenter les grandes nations des malheurs qui les accablent , et tes désas- Irr-» de la France restent k la charrie de la France. Miiiii, vraiment, noire chanco a été bien malheureuse de ne trouver, durant tant d'années, ni un homme ni une classe d'lion>mes qui sAt tirer parti de nos capacités.

Elles sont {grandes. Kn aucune des voles de la Hvilisation, nous n'avons reçu d'érbec, ni soulTerl lie riérhéance. Dans les sciences, dans les lettres, dans les aris, nous sommes parmi les prenners; noire ioduslrie et notre agriculture f1oris!ient, U riehe«9<> nationale est eroissante; et la puissance reelk repose sur ces éléments. D'autre part, notre population laborieuse et épar^'nante constitue un Imid^ment solide pour l'ordre. Kt pourtant, périodi- (foement. toute cette puissance périt entre les mains <tes Bonaparte», tout cet ordre péril entre les mains de^ Bourbons.

Je ne sais quel ancien a dit qu'il redouterait plus une armée de cerfs conduite par un lion qu'une armée de lions conduite par un cerf. Gela veut dire, trtnsporié de la guerre à la politique, qu'une nnlion aurii beau posséder en elle-même et produire inces- Mramenl de puissantes ressources, elle n'échappeia.

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si elle n'a que des chefs incapables de la conduire, ni aux déchirements intestins, ni aux démembrements par la main de vainqueurs.

Grâce à nos monarques et aux classes dirigeantes qui les conseillent, la France, depuis la révolution, n'a ni une politique extérieure ni une politique intérieure. Qui, de la politique extérieure des Bonapartes, des Bourbons aînés et des Bourbons cadets, pourrait faire une conduite cohérente, un plan général, une vue à longue portée ? Qui, de la politique intérieure des Bonapartes et des Bourbons, pourrait constituer un système aboutissant à autre chose qu'aux déchirements et au chaos?

Gomment, objectera-t-on , en serait-il autrement, puisque la politique extérieure des Bonapartes a été deux fois coupée par la défaite, et la politique intérieure des Bourbons interrompue deux fois parla chute? Oui, sans doute; mais qui donc obligea Napoléon P*^ à perdre six cent mille hommes en Russie, et Napoléon III à perdre deux cent cinquante mille hommes à Sedan et à Metz? Qui donc poussa. Gharles X à combattre le courant libéral de son époque par un coup d'État, et Louis-Philippe à engager pour la plus mince des réformes un conflit où la garde nationale, son appui habituel et nécessaire depuis que la tentative de la royauté légitime nous avait remis sur la pente des révolutions, ne le soutenait pas? On pourra dire, à la décharge de Louis-Philippe, qu'il n'a été qu'imprévoyant et malhabile ; mais Napoléon I*", Gharles X et Napoléon III ont délibérément renversé l'édifice sur leurs têtes et sur les nôtres. Nierai-je les avantages passagers que ces monarchies ont procurés à la France ?Pas le moins du monde. Mais qu'importe que Napoléon P^ ait gagné

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