MALFAISANCE FINALE
éventualités que nos commotions feraient nattre inévitablement.
Si Ton établit le compte de nos ruines, on reconnaît aussitôt que les Bonapartes ont été bien plus dommageables que les Bourbons. Ce sont les Bonapartes qui ont brisé Tépée de la France, réduit ses frontières, amené le démembrement, et mis notre pays à la merci en 1815 de la coalition, en 1870 de l'Allemagne. Les Bourbons sont les auteurs de nos commotions intérieures, soit qu'ils n'aient pas su les prévoir ou les diriger, comme Louis XVI et Louis-Philippe, soit qu'ils les aient directement provoquées, comme Charles X. Mais ces commotions, dont je ne veux aucunement atténuer le dommage, avaient laissé la France puissante et respectée en Europe.
L'amour de la monarchie abstraite (j'appelle monarchie abstraite le principe sur lequel s'accordent nos conservateurs de la chambre, tandis qu'ils sont prêts à se couper la gorge pour la monarchie concrète, c'est-à-dire l'occupation effective du trône) ; Tamour de la monarchie abstraite a produit de bien singuliers effets : il a associé ensemble les bonapartistes et MM. les princes d'Orléans. Il est bien certain que, si l'empire se rétablit, un certain nombre d'orléanistes et de légitimistes retrouveront leur place comme préfets, magistrats, conseillers d'État, sénateurs, députés, ministres; mais il est bien certain que MM. les princes d'Orléans ne garderont pas la leur; seule, une fuite, une prompte fuite, pourra es sauver, et ils reverront les champs verdoyants de l'opulente Angleterre. Et nous, républicains, qui n'aurions rien à attendre du troisième empire que ce que nous reçûmes du second et de sort coup
HAI.FAISANCE Ft.NALE.
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dOat, qu'il soi( bien enli^ndu que jamais, fi aucun prix, sous aucun prétexlp, nous iii> donnerons l'excoipleilonncpMrles orléiinîslesetleslé{icitiraist«s, jamais nous ne ferons uiiu coalition avec les bonapartistes. Le i décembre. Sedan, Moliet le dtunenibrvMieiil nous înlerdisenl Je iiiKlIre notre main dan» leur main.
Ëa commenvi^nl, j'ai dit que, k côté d'avantagées prépondérants, le septennat a de.s inconvénients; j'y arrive.
Le premier ei<l qu'il n'établit qu'une base insuTli lanle it la coniiunce etâ Ih reprise des affaires. Certainement, une confiance niéuie limitée ne sera pa» «ns intluence salutaire et réunira fructueusement contre la stagnation que la tentative de restaurer la monarchie légitime h infligée au travail national. Mais, seul, un régime définitif peut rendre aux intérêts ta sécurité et l'aisance de mouvement qui la suit : et le septennat n'est point un régime délïnitif. Laissez-nous donc faire la monaiThie, disent les monarcliistes. Laquelle? demandons-nous; et, comme personne ne répond, la république, au milieu de ces compétitions perlurhatrices, chemine dans le pays, et attend avec fermeté la fin légale du sepleniial.
Le second inconvénient est que le septennat, pendant tout le régne de la présente miijorité de la chambre, va être le tbéAtre d'une réaction à outraiictk C«al la reproduction lidèle de l'esprit qui dirigea ta restauration sous le minist<Nre de M. de Villéle, avec l'appui de ses tidéles Trois-Cents. Nos ultras d'aujourd'hui (il faut bien leur donner le nom de leurs prédécesseurs d'il y a cinquante ans) projettent M qu'alors un projet» : domination dea êlec-
3i2 MALFAISANCE FINALE.
lions, restriction de la presse, guerre à toutes les libertés, appui général et blanc-seing accordés à toutes les influences cléricales. Certes, la deuxième génération d'ultras ne fera pas campagne pour Tordre moral avec plus de passion que ne fit la première génération ; mais je ne doute pas que Tissue ne soit la même, et qu'au bout de la période de compression, la nation ne manifeste un profond dégoût de ces tentatives rétrogrades, et ne les rejette comme elle les rejeta.
M. Comte a toujours soutenu que, depuis la chute de la monarchie en 1792, les relèvements du trône n'avaient été, au point de vue dynastique, que des apparences, et qu'il fallait considérer les différents monarques comme des souverains à temps qui portaient le faux titre de souverains héréditaires. La catastrophe, qu'il ne vit pas, du second empire, confirma, une fois de plus, sa théorie historique de nos révolutions. Au mépris de la fictive hérédité, c'est la première fois qu'une assemblée monarchique se décide à reconnaître la réalité des choses et à instituer un pouvoir exécutif temporaire. M. Comte pensait que des pouvoirs temporaires seuls convenaient à une situation devenue essentiellement républicaine.
Depuis les manifestations successives et réitérées du suffrage universel en faveur de la république, les journaux ministériels prétendent imperturbablement que ce suffrage ne représente pas l'opinion du pays. Cela n'est point vrai; ce qui estvrai, c'est qu'il semble y avoir une contradiction entre le suffirage universel d'hier envoyant une majorité monarchique et le suffrage universel d'aujourd'hui envoyant incessamment des républicains. Il n'existe aucune con-