‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 54 sur 102 · A LA RÉPUBLIQUE DÉFINITIVE · texte numérisé non relu

A LA RÉPUBLIQUE DÉFINITIVE

[On lira atlcnlivemcnt en cet article les graves raisons qu'un auteur anglais allègue pour démontrer que la république est impraticable CD Franee. On lira mes réponses^ et surtout, depuis ces réponses^ on méditera sur la pcrsistaoce, maigre les proooslics et

les obstacles, du régime républicain qui s'implante et qui dure.]

La chambre a donné un gouvernement défini à la France. Il était temps. Le provisoire, perdant de moment en moment son utile caractère de réflexion et de préparation, était devenu un champ clos où les partis monarchiques se livraient, avec acharnement, des batailles sans issue ; car aucun des trois ne pouvait triompher p^r sa propre force et sans

(1) Revue de la Philosophie positive, numéro de mai-juin 1875.

PASSAGE DE L\ RËPUBLIQUE PROVISOIHE, ETC, 335 l'appoint des deux autres, appuînt inévitablemmil refiisé toujours. Le parti répulilicain, presque aussi nombreux ijue les trois autres réunis, i-egardalt, se dÎAciplUiail el présentiiU un groupe considérable, iippui décisif k ceux qui, parmi les monarchistes, se lasseraient des insuffisances et s'etirayeraient des poriU du provisoire, tel <jue la diverse pression des conipéUtions el des événcnients l'avait défiguré.

lies quatre années écoulées depuis la nomination (le l'Aiisemblée nationale par les électeurs forment aujourd'hui une liisloii'e close et complète. Pai'Iant il est loisi]>lc jlu critique tlcs clioses historiques et sociales de jeter un coup (l'œil rétrospectif aur ce cycle désornints achevé, et de concevoir par quel enchaînement la situation u reçu la solution dont nous sommes témoins. Ce qui, au début, t;e pouvait prévoir, c'est que les légitimistes et les orléanistes tie s'enteudraienl pas pour faire un roi, el que, s'ils s'entendaient pour otl'rir lu couronne à M. le comte de Cbambord, celui-ci refuserait d'être roi de la France tricolore, ne consentant à régner que sur la France des Heurs de lis. Toutefois voyez ht conlingi^nce des choses huniaiacs: les lé{,'iliniistes elles orléanistes ne s'unirent pas en ItiTI, qui était le vrai moment : ils ne s'unirent qu'en iSÏ3; mais M. le comte de Ghamboitl do-oteura tel que tout d'abord uo avut pensé qu'il serait, d'après les prévisions Tundées sur sa naissance, son éducation et son passé,

A Bordeaux, la majorité monarchique l'oniportail auei pour être maîtresse des destinées de la France, quant il 11 forme du gouvernement. La république du I septembre, malgré d'honïrables efiorts, n'avait pis réussi à sauver la France; l'empire était l'objet d'une horreur qui bîentiïl se manifesta par la mémo-

33fi PASSAGE DE LA RÉPtTBUQUE PROVISOIRE rallie unaiiiniilé (I) de la pnjcianiulîon de déctiéanc«. Lii conjonrlure voulait que les moDarchisles, se coiicerlanl à In liâle et résolument, appelassent au Iri^nc ou M. de Chambord ou M. le comte de Paris, (|ui se chargeraient l'un ou l'autre de traiter avec les Allemands, de réprimer la commune de Paris et d'Iles (]ui menaçaient de la suivre, et de demander, pour un pays si gravement compromis, au crédit. la snmme exorbitante de plus de cinq milliards. Tout cela était aussi urgent que difitcile et périlleux. Les pi-élcndnnts k la couronne ni leurs partisans ne liougi'i'cnt ; et, de l'aveu des monarchistes, ou remit i la république et à un petit bourgeois (i) la commission (le traiter de si terribles affaires.

Sans doule il y eut une notable part de patriotisme dans l'abandon auquel se résignèrent les partisane des prétentions monarchiques; on ne voulut rien entraver. Mais une autre part de patriotisme pouvait se persuader que donner sans retard, eu un moment si urgent, lu restauration royale, c'est-à-dire un régime définitif à la France, avait deï avantages prt^pondéranls sur le provisoire qu'une politique d'atermoiement laissait subsister.

Cette seconde part du patriotisme qui d'nbnrd s'élail tenue à l'écart el comme dans le sommeil se n'veilJa deux ans plus lard. Il est vrai qu'elle n'avait plus àcraindre de rien entraver; kcruelle paix éuil signée, la commune, vaincue, les cinq milliards, trouvés, et l'évacuation du territoire, assurée. Auss se décida-l-on fi faire ce qui n'avait pas été fait à

(1) A ce monienl El n'j *v«il k 11 chambre que quilre ou ciDf lonipnrliiles qui iculi furent oppotaiila.

[2) C'oit le liire que M. Thiers ta dunnail avec une compUi- 'iince iioQ (lénoée d'un jucte orgueil.

A \.\ RÉPUBLIQUE llfiFINITIVE. Xil

Bcinli-uuxet II iransToi mer le provisoire, qu'on atTecta plus que jamais d'appeler une simple ti'ève des partis, en une monarchie définitive. La majorité nionarcliique avait beaucoup décrili ; mais elle existait eDCore. Oii se liàlji dVn profiter pour olfrir le trône i M. àe Chambord, derrière qui MM. les princes d'Orléans s'étaient rangés. Cette combinaison auraitelle eu Ih majorité dans la cliambre? On peut soutenir le pour et le contre; care.Ile ne vint pas jusqu'à l'essai. M. de Ghambord, à qui on demandait une conversion politique, aimu mieux imiter l'exemple des Sluarts qui reTust'rent de se Taire protestants pour régner sur l'Angleterre, que celui de son tncMre Henri IV qui se fit catholique pour régner sur la France. J'assimile ici les convictions politiques aus convictions religieuses; car, chez M. de Chambord, les unes el les autres ont même caractère.

A partir de ce moment, la politique du "li mai fut désorganisée; elle n'eut plus de but ; car, après avoir voulu, ruisonnablement, faire une monarchie définilive, on se rabattit, déraisonnablement, k vouloir entretenir un provisoire qui demeurât ouvert à une éventualité indéterminée. Mais ce pisaller n'échappa foi lui-même à la dissolution intestine que portait en soi la coalition des trois monarchies. Les Bourbons ayant été mis hors de cause, les Bonapartes arrivèrent sur le premier plan, avec une organisation ftctivo et un grand fracas ; el il n'y eut plus guère de lutte devant les électeurs qu'entre les républicains et les bonapartistes

Les circonstances parurent fort critiques au public tant pour ceux des parlementaires qui n'avaient aucune envie de se réconcilier avec le césurisme, que pour messieurs les princes d'Orléans

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