PASSAGE DE LA RÉPUBLIQUE PROVISOIRE
dément que les deux classes de républicains s'entendent à Taide de concessions mutuelles.
La même évolution qui s*est faite d'abord pour le centre gauche, puis pour plusieurs du centre droit, se fait largement dans le pays. La république est ouverte à tous les hommes de bonne volonté ; et, par la manière dont elle vient de se constituer, elle a perdu toute signification de parti. Sans doute, notre passé est monarchique ; mais ce passé, tout monarchique qu'il est, se trouve annulé, dans son action politique et sociale, par le conflit des trois monarchies qui, après la grande secousse révolutionnaire, se sont élevées sur notre sol. En conscience, à laquelle entendre? Donc il ne faut plus compter sur le passé monarchique ; il faut préparer Tavenir républicain ; car, quelque forme qu'il doive prendre, on ne peut guère concevoir que notre avenir soit autre, et que nos chefs soient de vrais monarques.
Un auteur anglais, M. James Golter Morison, examinant dans un article fort élaboré (i) si la république est possible en France, se prononce pour la négative. Les raisons qu'il assigne à cette impossibilité sont : notre passé monarchique, la transformation d'un vieil Etat despotique en une république libre étant une entreprise dont l'histoire n'ofire encore aucun exemple heureux, et dont l'insuccès s'explique d'ailleurs par les lois qui régissent les sociétés humaines; le tempérament des Français, qui est un empéchementmoral à tout établissement d'institutions libérales, ils passent toujours de la liberté à la licence, et des révolutions aux coups
(1) Fortnightiy Review, traduit dans la Revue Britannique, novtBbie 1874.
A U RÉPURIJOUE DÉFINITIVE. ail
(l'Éliit i^t au despotisme auquel ils se soumcllenl sans difliculté; la rupture irréconciliable entre la bourgeoisie et le prolétariat, entre les patrons et les oumers; il cite des fragments de publications faites depuis la chule de la commune en pays étrangers, fragments où éclate la même haine qui incendia Paris; la méthode révolutionnaire appliquée à lu politique, méthode acceptée par la population entière et par tous les partis comme la seule qu'ils connaissent et qu'ils prisent: la passion aveugle jiour l'égalité, qui fail constamment dégénérer en licence et en anarchie le mouvement libéral; l'hoslilité qui s'est déclarée entre les principes français de lilterlé et la foi antique de l'Europe par suite des iilées profondémenl anti-chrétiennes qui animèrent le» principaux acteurs du drame de nS9, De ces prémisses sévères dont chacune est développée avec soiD et dont l'ensemble aboutit à une condamnation générale de la révolution comme inopportune (I), l'auteur infèrft que le seul gouvernement qui convienne à la France est un gouvernement dictatorial, en ces termes : <• Ma conclusion pratique est que la vraie république parlementaire a peu de chances de prendre racine en France. La situation ne comporte
(1) H. Jame* Coltor Harîton pente que la réTnluUon eit venDP lr«p lard ou trop lAt. Suiianl lui, pour êlre jalutaire, elle larait dO fclïlRr itini te dix-i^piièmp «iccle (alors en eKtt elle n'aurait pn> M le caraclére intilhèologique que le dix-hiiiliéme tiède lui a impriiuA, el c>ai élé l'équivalent du cai nnglaii), ou, celle époque panée, ne pat tenir du tout, l'impulsion qu'avait reçue la civili' Hllon «ufltsant dit lort k procurer tans secousse loulet let inodiflcklioM «ocùlea 'Ittirahlei. Cette remarque n'eal vraie qu'en partie. Let (nodifli^atisni tociales déiirablet avaient bfsoin d'or^Bnet ; et ces orgaoet ne pouvaient Sire que det élni^ gËntraui ou asaembléei parlementairet. La porte resttil lODjoura ouverte aux |>Tand9 conllilt.
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ni la liberté, ni le gouvernement par discussion. I^ nœud est trop embrouillé pour ^Ire démêlé par la parole. Écrivains et orateurs s'y perdraient. 11 no saurait guère être dénoué que par un homme d'action prompt, taciturne, opiniâtre, d'esprit net, d'une volonté résolue, qui n'ait que ce seul objet en vue. La France ne peut pas encore se passer d^une main ferme qui la gouverne (1). »
Je n'entreprendrai pas de discuter les assertions qui viennent d'être rapportées. La république csl élablie ; c'est maintenant aux faits à confirmer ou à démentir l'argumentation de l'auteur anglais. Je remarquerai seulement que le gouvernement dictatorial auquel il nous renvoie a par deux fois tenu la France, et qu'il n'a pas plus duré que les gouvernements parlementaires; de sorte qu'à ne consulter que l'expérience brute, aucune espèce de gouvernement ne conviendrait à la France, pas plus la dictature que la liberté. C'est une conclusion étrange qui se concilie mal avec l'élal de richesse et de prospérité où ce pays est parvenu, tellement qu'à cet égard il ne le crde qu'à l'opulente Angleterre elle-même. 11 faut donc qu'en définitive il renferme des éléments de slabililé et de croissance qui jusqu'à présent n'ont pas trouvé des mains capables de les utiliser; et je suis tout à fait de l'avis de Richelieu, qui écrivait dans une de ses dépêches de UVAH: u Los Français ne sont pas indisciplinables; pour leur faire garder une règle, il ne faut que le vouloir fortement; mais le mal est que jusqu'ici les chefs n'ont pas élé capables de la fenneté requise en telle occasion. »
(1) Ceci fst tiii« alhmon directe k Vemp^reur Napol^n flî, qui venait «le se précipiler du \rore par ses propres incapacité^.