A LA RÉPUBLIQUE DÉFINITIVE
nant à l'ensemble européen n*empéche pas, tout en la troublant, révolution scientifique et sociale de s'accomplir; et c'est ce qu'exprimait en une lettre publiée par les journaux au plus profond de nos malheurs un Allemand qui prévoyait philosophiquement la disparition de la France. Mais nous, Français, nous ne pouvons accepter cette indifférence historique ; et, tant que nos destinées nous laisseront le souffle de la vie nationale, lutter pour conserver la France est notre suprême devoir envers la patrie et notre volonté déterminée. J'ajoute que tous ceux qui, enËurope, ne sont pas persuadés qu'une extrême concentration de territoire et de force soit bienfaisante à la communauté européenne , doivent nous accorder leurs sympathies.
Ces sympathies, nous ne les obtenons, nous ne les obtiendrons que par l'extrême prudence avec laquelle nous nous garderons de rien provoquer. Songeons que nous avons toujours à notre charge rinqualifiable, la criminelle extravagance de l'empire prenant sur lui de gaieté de cœur la responsabilité de la déclaration de guerre. D'ici à longtemps nous ne pouvons être que spectateurs de la politique européenne. Une seule chose nous occupe, à savoir notre réorganisation politique, financière et militaire. L'Europe ne peut ni ne veut y voir une provocation. Notre patience ne donnera aucun prétexte; et, si l'on veut avoir la guerre avec nous, il faudra nous la déclarer.
L'Allemagne a entrepris contre le catholicisme une lutte où elle obtient tout ce que la force peut obtenir, mais jusqu'à présent rien de plus. Et elle souhaite que cette lutte ne reste pas purement allemande. D'un côté, elle adresse des représentations
3i6 PASSAGE DE LA RÉPUBLIQUE PROVISOIRE
à la Belgique» ; de Tautre, elle invile l'Italie à changer la loi de garantie qui protège la liberté spirituelle du pape. Qui peut dire ce qui adviendra de ce double avertissement ? En attendant, le pape nomme un cardinal américain, et peut-être, en songeant à 1 enorme puissance et à la violence de son adversaire, tourne-t-il parfois les regards vers la république des États-Unis, où aucune entrave D*est mise aux puissances spirituelles.
Le besoin de la paix est grand en Europe; mais, nulle part, il n'est aussi grand qu'en France pour des raisons qui sautent aux yeux et qu'il serait puéril d'énuméror; car ceux qui les nient les connaissent parfaitement. Sans doute la lutte violente de l'Allemagne contre lo catholicisme peut exciter les appréhensions de tous les esprits attachés à la paix et à la liberté du monde. Mais, tant que rien d'irréparable n'est survenu, une légitime confiance permet de penser que la pression des intérêts généraux et des puissances neutres sera assez forte pour maintenir une situation troublée sans doute, mais qui vaut mieux qu'une explosion militaire et qui est toujours susceptible de recevoir une solution amiable.
Tandis que le gouvernement allemand travaille à enlever aux catholiques allemands toute autre liberté (jue celle du bien, un congrès catholique tenu en pays neutre déclare que l'autorité spirituelle, quand elle sera maîtresse, ne laissera que la liberté du bien aux esprits séduits par les opinions modernes. Les deux doctrines sont équivalentes, l'une au nom de l'Ktat, l'autre au nom de l'Eglise: liitirox intra muras prcaftur ot extra. Fermement résolus à ce que l'Ktat n'opprime ni l'Eglise catholique, ni l'Eglise protestante, ni aucune doctrine reconnue
ou non-reconnue, nous le sommes également à ce que TÉglise n'opprime pas la liberté de penser et la liberté d*écrire. Le dix-huitième siècle, par la plus bienfaisante des luttes, parvint à conquérir la tolérance pour les deux. Ce mot de tolérance, fort juste alors, ne Test plus aujourd'hui. Le libre examen est devenu non un objet de tolérance, mais un droit exercé, comme tous les droits, sous la sanction sociale. La république lui est la plus favorable ; et il est le plus favorable à la république ; car il se range parmi les conditions principales qui font la force et la sécurité des sociétés modernes.
[La tâche préfente de la France est de montrer qu'elle est capable de se mettre, en politiqite, au niveau de ce qu'elle est en industrie, en richesses, en sciences, en arts et en lettres.]
On dit qu*un peuple a toujours le gouvernement qu'il mérite. Ce dicton politique contient certainement une part de vrai; mais il contient une part de faux. Ce qui m*en a fait révoquer en doute la généralité, c'est l'exemple delà France. La nation y vaut beaucoup, mais les gouvernements, par moment, y valent bien peu. Cet exemple est le meilleur éclaircissement que je puisse donner au dicton qui vient d*étre rapporté.
Il est certain que, en puissance politique et exté-
(1) Revue de In Philosophie positive^ numéro de septembreoctobre 1875.
rieure, la France a fait, depuis 1790, des pertes très considérables. Ce n*a point été une décroissance lente et progressive qui obéit à une cause interne et est difficilement remédiable. Non, cette ruine a été Tœuvre de trois grandes catastrophes, Tinvasion de 1814, celle de 1815 et celle dont nous venons d*étre les victimes.
Pendant ce temps, les autres puissances, sauf TAutriche et TEspagne, ont grandi par des succès qu aucun mauvais retour de fortune n*est venu ou entraver ou anéantir.
Pour la Russie, il suffit de nommer Tacquisition de la Finlande, la conquête d*une grande partie de la Pologne et sa rapide et immense extension dans le Caucase et le centre de TAsie. Alors que Ton tenait compte (c*est un temps loin de nous) de la volonté des populations, on lui reprochait la violente incorporation du peuple polonais à son vaste empire ; mais chacun la louait et la loue encore de ses empiétements progressifs sur la barbarie asiatique.
Tout récemment, un journaliste anglais, avec un légitime orgueil, énonçait combien TAngleterre d'aujourd'hui est plus puissante que TAngleterre de la fin du dernier siècle; et il énumérait les immenses territoires qui sont devenus siens ou par la coh)nisation ou par la force des armes. Comme présentement, grâce à une paix qui dure depuis soixante ans, toute haine nationale est éteinte en France à regard de l'Angleterre, nous n'avons qu'à féliciter nos voisins de leur prospérité, leur enviant les hommes d'État qui l'ont acquise, conservée, étendue.
L'Allemagne, n'eùt-elle que réalisé son unification, aurait considérablement augmenté sa puissance.
Elle y a joint la conquête de grands territoires sur le Danemark et sur la France. Elle s'est rendue aussi menaçante pour ses voisins que Tétait Napoléon !•' pour les siens ; cela n'est pas enviable.
L'Italie est devenue maîtresse d'elle-même. L'étranger a quitté son territoire ; les petits princes qui la morcelaient ont disparu ; Rome est sa capitale, et il n'y a plus, des Alpes à la mer, qu'un grand royaume. Ses destinées futures s'annoncent sous d'heureux auspices; et il nous complaît de dire aux Italiens les vers du poète :
Vivile felices, quibut est fortuna peracta Jam sua; nos alia ex aliis in fata vocamur.
Destins inconnus, en effet, et pleins de périls, si Ton juge de l'avenir par le passé ! Pourtant la France n'a déchu en rien de ce qui fait d'ordinaire la vitalité et la force des nations. Même aujourd'hui, après de prodigieux désastres, elle est parmi les premiers dans toutes les œuvres de la civilisation. Soit que l'on regarde les sciences, les lettres, les beaux-arts, soit que l'on considère l'industrie et la production, elle occupe le rang le plus honorable.
Les auteurs de nos trois grands reculs ne sont ni loin à chercher ni difficiles à trouver ; ce sont les Bonapartes. Et je ne parle pas ici d'un débat plus ou moins contestable sur le génie de Napoléon I*% la gloire de l'empire, les vues de Napoléon III, les mérites de la constitution de l'an YIII et de celle de 1852; je parle uniquement de faits tangibles, de ceux que l'on mesure géométriquement sur la carte.
Bonaparte I*' avait reçu des mains de la république la France grande, puissante, victorieuse ; il la rendit vaincue, humiliée, mutilée.
honorable ; mais, vraiment, il est bien dur pour un malheui^ux peuple de remonter trois fois ce rocher de Sisyphe que les Bonaparles ont fait rouler trois fois au fond de Tabime. Je dirai tout à Theure dans quel esprit la république doit être prise par la France pour produire tout le bien nécessaire à notre réparation.
Voilà le bilan du gouvernement avec Bonapartes et du gouvernement sans Bonapartes. La différence entre ces deux parts de notre histoire saute aux yeux. Dans la première, après une prospérité malsaine et qui, d'ailleurs, s'explique parce qu*elle se hâte de dévorer tous les éléments de force accumulés pendant la période antécédente, des catastrophes effroyables surviennent qui mettent la France sous le talon de ses ennemis. Dans la seconde, on a ou des guerres et des paix victorieuses, ou rhonorable maintien, sans aucune déchéance, du râle historique de la France. Et qu'on ne dise pas que les catastrophes bonapartistes sont de ces accidents auxquels les choses humaines sont sujettes, de ces méchancetés de la fortune qui détruisent les meilleurs plans et les situations les plus assurées. Non, tout hasard est exclu par la triple répétition d*un dénouement identique. Un vice radical et toujours le même a produit trois fois le même résultat : vouloir faire la guerre et ne pas savoir la faire. Quoi I ne pas savoir la faire, lui, le grand Napoléon! Oui, sans doute. Savoir la faire ne comporte pas seulement de combiner une campagne et de disposer une journée de bataille ; mais, à un point de vue supérieur et de chef d'État, cela comporte de mesurer exactement les forces aux entreprises, et, par exemple, quand on a sur les bras la guerre d'Espagne dont on ne
Dti ce coté, la monarchie de Louis-Philippe n'a pus été moins honorable que la restauratk)n. Des difticultés différentes, mais fort grandes la gêyi^^tiuieni. Pourtant elle soutint son rang en Europe ft défendit courageusement la paix, inestimable bienfait; ceux-là le savent qui viennent de voir comment les Bonapartes commencent et conduisent les guerres. Déchue, elle remit au gouverneuieni qui la remplaçait, la France sans aucun dommage extérieur; et un de ses partisans les plus dévoués a pu s écrier aux applaudissements de la plus grande partie de l'assemblée en face du représentant du bonapartisme: <( Je répète que la monarchie dont parle M. llouher, lorsqu'elle a été renverlée» a laissé la France prospère, puissante et libre, laiidîs que Tempire, lorsqu'il s'est abimé sous le IKIÎds de ses fautes, a laissé la Franco vaincue, " nioëe et démembrée. »
^Xa deuxième république a été fort courte, mais tuiemoe de tout mal extérieur intligé à la France. Jlénie» au milieu des troubles convulsifs que les , Ifénements de 1B48 suscitèrent dans presque toute l*Kiurope, et du désarroi général qui en fut la suite temporaire, il lui aurait été possible, il lui aurait été JbcUe d'étendre une main conquérante sur ce qui 4tlât à sa convenance ; M. de Bismark et la Prusse a*jf auraient manqué. Elle ne le voulut pas. C'est un JMtf de probité internationale dont il est juste de •tmir grand compte.
JBnfin, la troisième république, au sein de laquelle WMMimmes et qui a déjà duré plus que la seconde, 9ft oecupée à la môme besogne que le fut la resiMration, c'est-à^ire à réparer les ruines immenses Ciuiéei per Tempire. iâ tâche est laborieuse et
de l'Angleterre, la mauvaise chance de la France. La mauvaise conduite est non pas tant d'avoir accepté les deux Bonapartes (avant l'essai, on ne savait combien ils seraient détestables), mais de s'être dessaisi, entre leurs mains, de toute liberté et de tout contrôle. Quand il fut bien manifeste sous le premier empire qu'on acceptait la guerre d'Espagne, la guerre de Russie et la coupe réglée des conscriptions, quand, sous le second empire, on vota pour un homme qui, violant avec improbité son serment , en demanda un le lendemain, insulte gratuite dont on ne trouve guère d'équivalent qu'en remontant aux Césars romains et à leur cheval fait consul, alors il faut bien dire que la France eut le gouvernement qu'elle méritait. Et aucune distinction n'est admissible dans la population. Sans doute, en tous les rangs, une minorité clairvoyante et courageuse protesta contre de pareils maîtres et de pareils procédés ; mais, dans tous les rangs aussi, une majorité aveugle et sans ressort sanctionna les pires décisions : guerre d'Espagne, guerre de Russie, guerre du iMexique, et guerre de 1870. Dans cet abandon, les classes populaires ne furent pas moins coupables que les classes riches et bourgeoises ; le développement social obéit, ainsi l'enseigne la philosophie positive, à des lois naturelles contre les* quelles les masses peuvent aussi bien pécher que les classes ou les individus. Aujourd'hui le désastre attaché à la malfaisance des Bonapartes est accompli. La seule compensation qu'il comporte serait bien grande, s'il nous apprenait à considérer sérieuse* ment par quel chemin nous avons marché à la troi* sième invasion, au démembrement, aux périU futurs, et à nous efforcer de n'y pas repasser.
U FRANCE ET SA TACIIE. :iM
Le gouvorneitient de tout graod pays exige impérieuiienieDl un ccrtaiii conirâle, c'est-îi-dire une certaine aoiiinie de libellé ; nuLiviiieiit, ouest livré HUX iiifaluations roytileâ ou impériales, d'aulanl plus diingei-euses qm' , dans ces vasltia coijis, les contrecoups ne sont pas calculables. Or, contrâle, liberté, de quelque iiuiii qu'on ae serve, a toujours manqué sous les Bonapnrtes. Aussi leur part dans notre liisloii'e esl-elle un lugubre encbalneinenl d'humiliations et de désastres, tandis que la part qui ne leur y appartient pas est honorable el aatisriiisanle.
La lutte pour l'existence, si bien dûcrili! par Darnin, ne se poursuit pas seulement entre espèces ou individus, elle existe aussi enire nalions. Nous sointues toujours dans le péi'il; et nous n'en sommes pus encore assez sorlis, bien que notre position su soit améliorée, pour alarmer que nous n'aurons pas Ih sort de lu l'ologne; demandez aux Allemands. D'ailleurs il ne faut pas se faire d'illusion sur notre importance. Aujourd'hui aucun peuple n'est indiapeutable è r<euvi'e de la civilisation; cl, AUi la Franvf^ succomber par l'elTet des blessures que les Bonaparte» lui ont inlligées, cette œuvre, poursuivant sou développement, n'en serait pas arrêt»!*', bien qu'elle perdit par celle catastrophe un membre ' utile cl qui a été glorieux.
A l'issue de U première république, h l'issue de U seconde, la France était puissante et sfire d'elleméoiB. he6 Bonaparles s'en saisirent : apprenez de 1814, de 1813, de 1S70 ce qu ils en lirenl. Essayerons-nous une quatrième fois du bouapartisme? Songeons-y ; c'est un jeu sérieux qui se joue. Ce que M. Tbiers disait du Iroisième empire est vrai de la France eile-méme : il n'y a plus de faulos à commet-
tre, du moins de celles que les Bonapartes commettent. On peut se rallier autour de M. de Chambord, autour d*un prince d'Orléans, autour de la république ; jamais autour de Tempire, trois fois meurtrier de la France.
Devant ce compte en partie double de la gestion de nos affaires depuis quatre-vingts ans, il est urgent que notre peuple apprenne assez de politique pour ne plus remettre ses destinées à des ambitions sans frein et sans raison , incapables de connaître même leur propre intérêt; assez de politique, dis-je, pour garder sur les affaires publiques un contrôle qui, créant une moyenne entre les tendances diverses, empêchera toujours les fautes extrêmes. Ge contrôle ainsi défini, la république seule, au milieu des partis, peut rassurer à la France. J'ai rappelé plus haut que nos classes, les supérieures aussi bien que les inférieures, avaient leur part de culpabilité. Aujourd'hui il importe que ce qu'il y a de meilleur dans les unes et les autres, se résignant, quels que soient les regrets ou les espérances, à voir les choses en face, se pénètre des nécessités politiques et sociales du moment et s'y conforme. Tout est tombé, deux républiques, trois empires, deux monarchies. En présence de ces ruines précipitées, disons, pour parler le langage de l'Ecriture, erudimini qui judicatis terram, instruisez-vous, classes dirigeantes qui ne dirigez rien, mais qui êtes si fortes pour entraver ; instruisez-vous, classes ouvrières qui avez tant de prépondérance dans les grandes villes; instruisez-vous, classes rurales qui possédez la majeure partie du fonds territorial.
Le gouvernement le plus apte à nous procurer «ette indispensable éducation est la république telle
qu'elle s'établit en ce moment au milieu de nous, à l'aide de toutes sortes de transactions. Je n'entends pus dire que, en générât, la monarchie soit incapable tl'enlrelenir, au sein d'un peuple, un mouvement politique qui garantisse le contrôle et le progrès de l'opinion. L'exemple de l'Angleterre me démentirait aussitôt. Hais, cliez nous, nos trois monarchies sont tellement suspectes, que le bien qu'elles comporteraient en un autre milieu ne peut s'elTectuer dans le niMre, Pour intéresser les hommes influents des diverses classes à l'œuvre dont je parle, il faut quelque chose de plus large qu'un de nos trois trônes héréditaires, entouré de sa clientèle obligée. M. de Chambord avec le cléricalisme, les Bonapartes avec le césarisme tournent le dos à une pareille tâche; et la monarchie parlementaire des d'Orléans, qui y serait la moins impropre, mais qui a risqué une révolution contre l'adjonction électorale des capacités, s'est trop enfermée jadis dans l'esprit et l'intérêt restreint des gens possédant le i^ens légal pourqu'on la croie suffisamment ouverte cl libre aujourd'hui.
Facile est la critique de la nouvelle république, qui, comme on a dit, est loin d'fMre parfaite. D'abord, qu'est-ce qu'une république parfaite? Si l'on entrait dans celte voie, nn verrait apparaître bien (les plans, bien des types différents, qui ne s'accorderaient guère entre eux, et dont le choix susciterait de singuliers tiraillements. Pour la sociologie, comme une république, de sa nature, est ouverte et perfectible, la bonne est celle qui s'accommode aux conditions politiques et sociales de notre pays, tel qu'il est au sortir de ses révolution^ et de ses désastres.
La présente constitution républicaine est le résultat d'une transaction. A cela elle doit beaucoup de ses imperfections ; mais à cela aussi elle doit un avantage considérable qui est d'étendre le cercle possible des adhésions bien au delà de ce que comportait le pur républicanisme, tel qu'il était alors que, se considérant comme le maître de droit, il tenait moins de compte des circonstances, des dissidences, des difficultés.
Sur le terrain ainsi préparé , deux conditions se présentent très favorables au développement du sens politique parmi notre nation. L'une est que la constitution offre visiblement un champ d'études, de corrections, d'extensions; mais, comme en même temps, elle n'est bordée d'aucun de ces intérêts dynastiques qui sont inhérents à nos monarchies, il n'y aura jamais lieu de renoncer à une activité tou* jours excitée ; chaque renouvellement de législature proposera quelque importante question au pays ; et partout se formeront des directions qui sont nécessaires et dont la résultante assurera le développement de la chose publique. L'autre condition est que de grands périls extérieurs n'ont pas cessé de nous menacer. Ces périls n'ont pas fini avec nos désastres ; ils dureront encore longtemps. Ils exigent, d'un côté, que nous ne les provoquions pas par une politique insensée, comme est^ par exemple, celle de nos cléricaux qui veulent assaillir Fltalie pour rendre le pouvoir temporel au pape, et, d'un autre côté, que nous nous préparions activement à y faire face, si le malheur veut qu'ils fondent sur nous prématurément et sans notre faute (i).
(i) Nos périls dépendent de deux causes : d*abord vient l'insufR-
U FRANCE Bl' SA TACHE.
Un bul posilir, défini, évident, pst donné pf?rpétiicllempflt k l'activité politique du pays, il n'es! ni Dipo^ilif. ni si délîni, ni si évident avec une quolconqufl de nos trois monarchies. C'en est la clarté et ri>sc«>llence qui ont décidé bon nombre de monarchistes éclaii'i^s ft sp prononcer pour la solution républicaintt, doni ils ont procuré la victoire jusquelè douteuse. Dans le groupement de monarchistes ralliés à la république et do républicains ralliés aux transactions est In noyau d'une classe vraiment dirigpanle qui n toujours manqué. Je nomme ainsi une niasse politique qui, acceptant les tendances réelles, modernes de la nation, no les contrecarrera pas comme mauvaises, mais les guidera comme- insuffisamment liahiles et éclairées.
La troisi^mp république aura pour ennemis icharnés les bonapartistes, les cléricaux et les légitimistes. Ils se coaliseront, que dis-je? leur coalition est déjà loute faitf. Les trois tendances repré- ■i^ntées par ces (rois partis serviront, par leur hostilité même, à maintenir la république dans le droit chemin. Ni césarinme, ni cléricalisme, ni \é^itimisrae, c'est un programme qui, tout né|;!atir qu'il est. vient 1res bien en aide ali programme positif (les améliorations et qui sert à caractériser, comme par autant de gnrde-fous, les voies de la nation.
A tout ce qui, dans le parti républicain, a charge
UQM de nm priparatih, nueiia reproche n'c«l è «drcMer ni I la (hnnbn ni au gouvernement; on se bile, tint qu'on peut, da retaira uotmaée. un perwnnel, un malérinl, dea forlitical-onë, rniii tant cela veut du tempi. En second lieu tu l'iniuffîiance iet clwfg que nom » léguAs l'enipiro; In campagne de 1870 a montri ■pi'il* ns comprenaient pai la guerre moderne, dont lei Pruagiem ont établi la Ihtoric el la pratique ; riea ne prouve qu'ils la comprennent mieux aujourd'hui.
d*àmes, ii faut demander intelligence et mesure. J*ai entendu dire que les assertions réitérées de la philosophie positive concernant le caractère relatif de tous les moments politiques n'avaient pas été sans influence sur les décisions de la gauche, quand elle accepta résolument et consciemment des transactions qui ne lui assuraient que Tinstitution (point essentiel et base solide, je le remarque), laissant le reste à la sagesse des républicains, à la force des choses et à la clairvoyance du pays. Mettons de côté la philosophie positive; ce qui a influé, c'est la manifeste signification d'une situation indiquant la voie des sages compromis. Le mérite de la philosophie positive a été de déclarer que les hommes politiques qui auraient la sagesse de se conformer au caractère relatif des choses, sans esprit de réaction ni de révolution, procureraient à ce pays d'utiles moyens de mieux comprendre et de mieux agir.
Il est à souhaiter, il est à espérer que la France, si habile en tant de genres de travaux, mettra son application au travail politique. La république est la meilleure école pour des efforts de réparation. Il est vraiment bien triste pour notre pays de savoir tout, hormis se gouverner.
Les membres du côté droit de l'assemblée font ce qu'ils peuvent pour retarder l'établissement des nouvelles institutions. Qu'espèrent-ils? Gomme le cours des choses leur est devenu contraire, ce qu'ils espèrent, c'est quelque événement imprévu, disons le mot, quelque miracle rétablissant leurs affaires qu'eux-mêmes n'ont pu rétablir, alors qu'ils tenaient le pouvoir entre leurs mains. Oui, il y a un miracle possible, et celui-là n'est pas difficile à si-
gnaler, c'est le triomphe du bonapartisme. Tant qu'on parvient, ulermoyanl les instilulions en voie de préparation, à jeter sur elles une cerlaine incertitude, on ajoute un poids dans la lialance en faveur des Bonapurtes. Les solutions indéfîninient retardées profitent à quelqu'un, et ce n'est certes ni au lé^timisme, ni k l'orléanisme. M, de Broglie, en nommant tant de bonapartistes maires et préfets, a donné beaucoup de force à ce parti, si bien que les éventualités, s'il en survient, seront en sa faveur. Ce sont les républicains qui l'arrêtent et lui opposent un invincible obstacle. S'ils se retiraient de la lutte na montraient la moindre faiblesse pour lui, les orléanistes seraient enlevés en un tour de main dans les élections.
Aussi suis-je toujours surpris quand il arrive que 1m ortéanialesappuient les bonapartistes, les mettent cil place et ont du laisser-aller pour eux. Je sais bien qu'on prétend atlriander Gésar et les siens en prenant le doux nom de conservateurs. Mais, si le bonapartisme a un cAté droit, il a un cAté gauche; et nous aussi nous pourrions, par moments, prêter l'oreille aux paroles de révolution et de socialisme dont il n'est pas avare en un certain milieu, si une prudence plus haute ne nous interdisait tout pacte avec les gens de l'homme qui, parti de décembre. est arrivé h Sedan.
Les militaires ont, dans des situations de péril, le cri : sentinelles, prenez garde à vous. Moi aussi je dis : sentinelles, prenez garde b vous, et h rencontre du bonapartisme cherchant sa proie, et il rencontre de l'Allemagne toujours menaçante. Que la France, s'arrélant dans la voie des désastres et dans celle des commotions intérieures, tire pro-
gressivement parti de tous les avantages que la présente république comporte; et ie dicton : un peuple a toujours le gouvernement qu'il mérite, se retournant, sera répété pour la féliciter et la louer.