MALHEUREUX ROI, MALHEUREUSE FRANGE
le parti clérical ; il n*est pas d'insultes qu*il ne prodigue à ses adversaires. Il provoque les coups de force ; il appelle la violation des lois ; il frémit d'impatience devant les scrupules ; il s'indigne que la France ne soit pas déjà livrée aux tentatives périlleuses ; il pousse, il presse, il excite, et ce n'est pas sa faute si la tragédie n'a pas encore commencé. Voilà le spectacle de morale, de douceur, de patience, de charité que des prêtres donnent aux laïques ! Maintenant, prenons un groupe de laïques occupant dans leur milieu la même fonction que les ecclésiastiques occupent dans le leur, c'est-à-dire ayant charge d'âmes et distribuant la nourriture morale et intellectuelle, soit par une action directe d'enseignement, soit par la seule vertu de leur parole et de leur conduite. En est-il un seul qui voulût prendre ce rôle de boute-feux et d*incendiaires ? Ah ! leur main tremblerait, leurcœur se révolterait, leur responsabilité les écraserait, en lançant leurs compatriotes avec fureur dans des aventures dont la gravité et l'issue sont inconnues.
C'est du côté de cette moralité laïque que s'est placé M. le maréchal de Mac-Mahon quand, à Bourges, il a répudié toute intolérance religieuse. En revanche, lui et son gouvernement poussent aux dernières limites l'intolérance politique. Aucun quartier n'est fait à ceux qui ne pensent pas comme le IG mai. Les services, la modération, l'honorabilité, la haute position, les titres les plus recommandablés, rien ne met à l'abri. Frapper une éHte n'a coûté ni une hésitation, ni un regret. Heureux hommes d'État ! Ils se sont donné la satisfaction de fouler aux pieds leurs adversaires; mais ils ont singulièrement indigné tous ceux qui s'étaient fait un
HAMlEUREltX 1101. MALHEUREUSE FRANCEf i09 honneur d'aimer et de respecter les gens respecUtbles. Dans nos difricullés poliliques, depuis 1871, j'ai été constamment partisan des Iransuctîons, estimant qu'en un pays aussi divisé que le nfllie Ips transactions sont un procédé toujours ulile et souvent nécessaire. Maisj'avouequ'aujourdliui mon système de conduite n'a pus de place. On nous a déclaré une guerre d'exlemiinalion ; et il faut bien que, nous aussi, nous allions Jusqu'au bout.
Pendant que le gouvernement présidentiel déelaie une t;uerre acharnée aux hommes considérables du pays, son acharnement n'est pas moindre contre tes petits et les humbles. C'est un abalis universel, par toute la France, de vendeurs de journaux, de lenKUses de kiosques, de colporteurs, de cabaretier», de caretiers. tin n'enlève pas avec plus d'entrain à M.Feray, le puissant fabricant, la mairie d'Essonne, qu'il un pauvre diable ou k une pauvre diablesse son chétif gagne-pain. Dans une note haineuse à propos de la réunion qui se tint ii alors et où M. Thiers, M. Senard et beaucoup d'électeurs vinrent s'asseoir, an journal a remarqué que ces gens si riches n'avaient point invité à partager le luxe de leur lable les modestes assistants qui appuyaient de leur présence la candidature républicaine, et il rappelait aux paysans et aux ouvriers que ces richards républicains étaient toujours des richards qui insultaient à la pauvreté. L'intention est d'une politique habile; car quel succès, si l'on pouvait dans le parti républicain mettre aux prises les riches et les pauvres! Toutefois en ceci l'intention ne suffît pas. Aujourd'hui, le parti républicain se compose d'ouvriers qui sont dégoûtés des rois et que leur instinct démocratique attache à la république, de paysans éminemment conservateurs
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qui comprennent que \a tranquillitéf terriblement menacée par la compétition deë trois monArchies, tient au maintien dô la république^ et d*und foule riche, active et puidsante, gens de 1a clAsie moyenne, propriétaires^ commerçants, Industriels, qui se sont adonnée à la solution républicaine en voyant rineA« pacité, rimpossibilité monarchiquei. La raison, le patriotisme, 1 instinct, là clairvoyanee, forment de tout cela un faisceau que né rompra pAS l'argument tiré du luxe dé Stors. Nôtre but est commun, Taftermissèment de la république; voilà pourquoi notre union est assurée. Le but dés co&liiés est divergent entre trois monarchies; voilà pourquoi leurdiseorde est éôlatànte. Quand la république aurft triomphé de ses ennemis, alors il sera temps de noui diviier en torys et en whigs; il n*y â aucun mAl ft êe diviser en whigi et en torys ; loin de là, il y a grand evAn-* tage.
Tout lé monde à remarqué Tinégal ireltemênf fait aux feuilles officieuses et aux feuiUei républi^ caines. GelléS-di sont Tobjet de poursuites inoes^ santés; on ne leur passé rien; éellés^lk peuvent insulterlaconstîtution et la république, en demander la suppression violenté, conseiller lès plus erimi' nelles illégalités; elles se permettent tout et on leur permet tout. Cette partialité satisfait des pasêionti mais, j*espère, ne ëert pas la eàuse déë Coalisée, ^iniquité plaît sans doute beàudoup à celui qui la pratique, pour son intérêt, màii déplaît béflUcOup aussi à celui qui en est le témoin désintéressé. Or^ id, de témoin désintéressé, ô*est le suffrage universel ; c'est lui à qui il faudra faire croire tout à Theure qu'il est honnête d'avoir deux poids, deux mesures, et sage de tenir pour amis ceux qui demandent fTé-*
MAUtEtlIlEDX not. nALIlEtiRRUSE FRANCE! 411 iiéliquemenl lo renveisempnt du lêgime exishml et l<> champ niivert h \a balnilto des Irois monai'chiQn. li'hontuMe homme déposotiL son bulletin de vote «■sprimera ses ropui^nancos et mn dégoût.
Tout d'aboi-d, fi la crise du 10 mai, Ws républicains ont prig pifid dan* la légalité. Us n'en soHintnl n aucun prix el par aucune provocation. La ltif;alilé est une grande force honnête et progressive. CVït il ellfl que snua Onniiie III, dont le règne Tut si menavanl pour In libeKiï angUisB, la liberté anglaise dut son triomphe détinilif. En 1871, j'onlendais dei personneii qui appartenaient aux partis nionarchlqui's déclarer qu'il fallait absolument rompre avec la dëteelahle habitude des coups de force partant d'en haut ou d'en bas, el que le salut de In France dépendait de celte rupture snlulnire avec un mauvais passé. Je suis, en effet, convaincu que le saiut de la Krauce en dépend. Depuis, ces personnes parlent moins du danger des uoiips de force. A la bonnet heure; mais nous, nous restons persuadé* que la lé(;alilé «st la sauvegarde puissante de la société française, el nous en appelons au suffrage universel, qui prononcera le verdict souverain,
Il me ri'pugne de mftnllnnnor les coups de force; mais il le faut. Plusieurs des journaux nfllcieux, de ceux qui ont parliculièrement la faveur du gouvernement présidentiel, ne se hissent pas de conBeiller la destruction de la conslllution et de la république fifr fa» ri nefai. Ils ne sont pas poursuivis, Ils ne sont pas m<^me démentis. Leur offlciosité ne permet pas qu'on les néglige; et, malgré toute répugnance et totile Incrédulité, nous «vona le devoir de déclarer ce que nOUs opposerions â leurs tentatives subversives. Ils ont parlé de létal de siègo et
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d*un coup semblable à celui du i décembre. L*état de siège, nous le combattrions légalement comme il a été combattu en 1832, alors que la Cour de cassation infirmait le décret qui Tavait établi à Paris. Au coup d'État^ nous nous opposerions par toutes les résistances légales : refus d'impôt, refus d*obéissance aux autorités illégales, recours à la loi Trêventac qui, en cas de danger, appelle les conseils généraux à prendre en main la cause de la constitution. Que dire, sinon que nous nous défendrons par la légalité, aux violents qui, sans être réprimandés et dans la pleine et imposante tranquillité du pays, nous menacent de leurs illégalités?
Mais, je le répète, je crois aux journaux officiels qui déclarent que la constitution sera respectée, et non à ceux des journaux officieux qui déclarent qu'elle sera violée. D'ailleurs un coup d'État en blanc, je veux dire dont le bénéficiaire (sera-ce le prince impérial, M. le comte de Ghambord, un des princes d'Orléans ?) est inconnu, serait un coup d'État manqué d'avance. Au deux-décembre^ le béné&ciaire était parfaitement connu.
Au point de vue sociologique, le 16 mai est un de ces efforts occasionnels que le parti rétrograde tente contre l'évolution libérale et laïque des sociétés. Le parti clérical ne manque jamais de donner sa consécration à de telles tentatives. Toutes ces tentatives échouent, parce que les rétrogrades euxmêmes sont imprégnés de principes modernes qui condamnent même leurs succès à l'incohérence. N'a-t-on pas vu le troisième empire entamer fortement le patrimoine de Saint-Pierre et préparer de ses mains l'unité de l'Italie, et, aujourd'hui même, ne voit-on pas la partie bonapartiste du ministère