‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 72 sur 102 · S0 LES DEUX ISSUES DE LA CRISE DU 16 MAI · texte numérisé non relu

S0 LES DEUX ISSUES DE LA CRISE DU 16 MAI

de retard, en conflit le roi Henri Y et l'empereur Napoléon IV. Comme elle ne comporte pour son service que des légitimistes ou des bonapartistes (on le voit par toutes les nominations et par toutes les destitutions), ces princes se disputeront par leurs dévoués partisans la couronne de France, et, selon les péripéties d'une lutte à outrance, s'approcheront ou s'éloigneront du but de leurs efforts, jusqu'à ce que, par force ou par adresse, le roi l'emporte sur Tempereur, ou l'empereur sur le roi.

Un déchirement chronique ou aigu, voilà le résultat prochain du triomphe de la politique de M. le maréchal de Mac-Mahon ! Voilà ce qu'on nous propose comme garantie d'ordre, de paix et de concorde ! Ce n'est pas tout. A mon jugement et à mon regret, toutes les chances seraient pour que ce déchirement se terminât parle succès des bonapartistes et le rétablissement de l'empire. J'ai été témoin de

1814, de rinvasion, de l'occupation de Paris et du démembrement de la France. J'ai été témoin de

1815, de rinvasion, de l'occupation de Paris et du démembrement de la France. J'ai été témoin de 1870-1871, de l'invasion, de l'occupation de Paris et du démembrement de la France. C'est assez dans la vie d'un homme. Je ne veux pas être témoin d'une quatrième catastrophe bonapartiste ; et, pour finir une vieillesse si avancée, j'irai demander à la terre étrangère un asile qui ne me serait pas refusé.

J'ai omis, ou, pour parler plus exactement, je n'ai mentionné qu*en passant, parmi les plus chauds amis de la politique de M. le maréchal de Mac- Mahon et les plus chauds ennemis de la politique républicaine, le parti clérical, agent principal de la crise du 46 mai. Satisfait de ce qu'il a obtenu immé-

diiitenieat, et encore plus de ce qu'il enirevoil pour un prochain avenir, il a mis la sourdine à Sii bi'uyante polémique. Il s'est eunlenté de quelques broutilles, comme fermetures de loges maçonniques et interdictions de livres dans les gares de chemins de fer, bien sur que la récompense de sa retenue, si ceci dure grflce it l'élection d'une chambre fi majorité mac-mahonienne, viendra nécessairement ù point. Aussi la connexité entre le gouvernement et les cléricaux a été, sans retard et sans hésitation, pressentie, reconnue dans les campagnes, oii l'immixtion politique de ces gens d'Église est pariiculii-rement redoutée, et c'est dans un milieu rural qu'est née la dénomination de ministère des curés.

Les cléricaux travaillent ardemment, persévéruuiment k transformer la France en un engin d'hostililé permanente contre les faits accomplis en Italie. Ce travail, sous une administration dont la politique de M. de Mac-Mahon les a faits une si importante partie, suffit pour inquiéter la paix. Rendre Rome au pape n'est pas une entreprise facile; en tout cas, ce n'est pas une entreprise rassurante pour notre sécurité extérieure. Il est fAcheux que la politique de M. de Mac-Mahon compte comme sii-ni les cléricaux. Aucune dénégation officielle ou oflicieuse ne peut annuler le mauvais effet de celte intimité.

Le rappel de la liaison étroite entre le 16 mai et le parti clérical est, il soi seul, un résumé de la situation. Avec le triomphe de la politique de M. le maréchal de Mac-Mahon, insécurité au dedans, inquiétude au dehors: avec le triomphe de la politique républicaine, lutte légale qui n'implique ni

iîi L'INTÉRÊT EUROPÉEN

menace ni déchirement, et qui s*achemine invariablement aux consolidations nécessaires. La république est conservatrice de la tranquillité intérieure et extérieure. Certes, cette conservation, même avec son attache républicaine, tient au cœur à M. le maréchal de Mac-Mahon; mais, si nous ne doutons pas de ses intentions, nous ne doutons pas non plus de celles de ses amis et soutiens, légitimistes, bonapartistes et cléricaux. Là, les intentions sont au grand jour : faire disparaître la république, rétablir le roi ou l'empereur. Au prix de quels déchirements, nous ne le savons pas ; ils ne le savent pas non plus. Maintenant, que les électeurs jugent entre les deux politiques.

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