‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 81 sur 102 · DE LA PHILOSOPHIE POSITIVE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE POSITIVE

savoir positif. Bien des points sont contestés en la philosophie que M. Comte a fondée ; mais ce qui ne Test plus, c'est qu'il existe une sociologie, autrement dit une science des sociétés considérées comme un phénomène naturel, et soumises à des lois régulières dans leur existence et leur évolution. n est curieux de voir la sociologie, qui est une partie du tout philosophique, prendre les devants sur ce tout; ainsi le veut sans doute une moindre complexité relative. Quoi qu'il en soit, il n'est pas indifférent que la notion de bornes à l'arbitraire, aux passions politiques, aux conceptions rationnelles, à l'utopie pénètre en un certain nombre d'esprits avancés, et qu'au contraire la notion inverse, celle des opportunités, devienne une conseillère habituelle. On s'étudie à être ménager des transitions, quand oa sait que, sociologiquement, il est à la fois impossible de ramener une société trop en arrière, et de la porter trop en avant. Les réacteurs échouent dans le premier cas, témoin Napoléon I*'; les progressistes échouent dans le second, témoin Joseph II.

Il s'est trouvé que les principales conditions qui ont donné à la république son caractère de ménagement et de prudence, tout en gardant les ouvertures nécessaires vers la liberté et le développement, ont été d'accord avec les conseils dictés par la sociologie. H ne faut pas violenter le présent, si l'on veut qu'il se prête à rétablissement d'un ordre progressif; et le présent n'a pas été violenté.

Dans le cours des pénibles années que nous venons de traverser, je n'ai pas manqué de prendre souvent la plume et de retracer les nécessités sociologiques de notre situation. Notre passé pèse de

4iO LA PAIX PROBABLE.

tout son poids sur notre présent. Notre monarchisme est, à la vérité, usé par les révolutions ; mais il n'en demeure pas moins un en-cas menaçant pour toutes les fausses manœuvres de la république. Notre républicanisme est de trop fraîche date et a été trop interrompu par les retours offensifs de la monarchie pour n'avoir pas besoin, avant tout, de faire preuve de stabilité. Maintenir en république une nation anciennement monarchique, voilà le problème. On le résout dès à présent et on continuera à le résoudre en laissant aux intérêts leur sécurité, aux opinions leur liberté.

Ma plume a donc agi dans le même sens que les événements eux-mêmes. Mon Age, nion républicanisme d'ancienne date, mon crédit scientifique et moral l'ont appuyée. C'est ainsi que la philosophie positive est intervenue dans là situation, apportant son modeste appoint à Tespril général qui anime la république actuelle.

[La paix prububic, c'est rarrangcmerit provisoire qui prolonge rexisteucc de l'empire turc. Ce sera plus qu'une prolongation, si cet enipire est capable de renouveler 5on vieux mode d'existence; mais ce ne sera qu une prolongation, si l'esprit de reforme n'entre pas de façon ou d'autre en ses veines.]

Les angoisses ont été grandes en Europe. A un rtain moment tout paraissait fini; le Turc était

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(1) Bévue de h philosophie positive^ numéro de juillet-août

LA TAIX PROHAIIi.E.

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: l'iii-tnée russe catupsiil iiux porlr'sdp Ooiiv pU', et des préliminiiires de paix se signiiie^nt 4!nlrc les bclligéninls. Mais tout à coup, secounnt sa langue apalliie, le gouvernement anglais déclara qu'il n'acceptait pas le traité, envoya sa flotte dans la mer de Marmara, mit ses troupes d'Europe sur te pied df- guerre, appela des divisions de l'armée indienne, et se montra prtU n soutenir sa polilique par la force des armes. Qu'alluil-il advenir? I^s deux formidable!» puissances se heurteraient-ellea ? Le conflit demeurerait-il continé entre elles? ou bien, ilépassani les limites de l'empire lurc, amènerait-il des complicalions sur le conlinenl ? tjui alors pourrait se llatter d'i^tre à l'abri des dangers el des contre-coups? Et, sans parler de ees évenlualités. quelle inalfuisance un ebots pareil n'auratl-il pus in£me pour les jdua neutres ! (Juelle perturbation dans le commerce et l'imiuslrie! Ces sombres prévisions s'éclaircissent, et on a lieu d'espérer que la paix sera rélahlie. Je me rappelle quelle joie j'éprouvai en juillet IS70, quand j'appris que le rni de Prusse avait obtenu le désistement du prince de Hnhenzollern, ce quiétail la pHÎx. el quelle fui l'anfToisse de mon chagrin le soir de ce même jour, alors que celte paix si nécessaire fui foulée aux pieds par une camurilla téméraire el un empereur incapable. Le congri>s de Berlin sera plus sage, el nous épargnera, on l'espère en Europe, une aussi cruelle surprise.

Dans la politique, comme dans la vie des individus, il n'est qu'lieur el mnllieur. Si M. (iladslone était resté premier minisire d'Angleterre jusqu'en IH78. le trailé russe de San-Stefano passiiil sans difllculté aucQDC ; et aujourd'hui les clauses qui son) les plus

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Ht LA PAIX PROBABLE.

favorables à la Russie et les plus funestes à Tempire turc seraient en voie d'exécution. L'Angleterre, qui, cela se voit maintenant, était capable, à elle seule, de le mettre en échec, n aurait élevé aucune objection, s'isolant de tout intérêt européen ou asiatique, laissant la Russie régler à son gré le sort de la Turquie, le régime des détroits, et abandonnant à leur sort les traités qu'elle avait signés. L'Allemagne, dont le veto eût été aussi efficace que celui de TAngleterre, avait des liens trop étroits avec la cour de Saint-Pétersbourg pour le prononcer. Sans doute, TAutriche aurait ressenti profondément les dangers qu'elle courait par la prépondérance russe; mais qu'eùt-elle pu faire sinon se résigner, quand l'Angleterre et l'Allemagne l'abandonnaient ? L'Italie suit l'Allemagne, et la France n'a rien à dire quand ce n'est pas de paix evropéenne qu'il s'agit. C'est ainsi que le revirement d'opinion qui 6ta le pouvoir au ministère Gladstone a changé le cours des événements en Orient et l'issue apparente de la guerre turco-russe.

Il y a maintenant un peu plus de vingt ans que la guerre est rentrée dans les habitudes européennes. C'est un grand malheur. De la chute du premier empire à Tavènement du second on avait eu un intervalle de trente-cinq ans de paix. Mais à peine Louis Bonaparte eut-il conquis un trône par un parjure et de sanglantes violences que Tère pacifique disparuL Nous eûmes la guerre de Crimée. Puis le gouvernement français déclara la guerre à l'Autriche, de concert avec le Piémont, qui est devenu ritalie. La Prusse suivit l'exemple cfui lui élail donné, et par la victoire de Sadowa se débarrassa de l'Aulriche en Allemagne. Quatre ans après, le

gouvernement français, cherchant la revanche de ses sottises diplomatiques, ne trouva que sa propre ruine et celle de la France. Avec ces précédenls, la Russie n'a pas hésité, Tannée dernière, à entrer en campagne contre la Turquie ; et, aujourd'hui mt^me, TAngleterre est prt^te à tirer Fépée si on ne lui donne pas satisfaction sur les dangers qui menacent ses intérêts. Cinq grandes guerres en moins de vingt-cinq ans; cela fait une guerre par cinq années. Si la mauvaise destinée de l'Europe voulait que les intervalles se rapprochassent encore davantage, nous tomberions dans une période aussi détestable que fut celle de Napoléon V\

Pourtant, ne médisons point de noire époque outre mesure. Comparons en effet. Après les prodigieux succès de 1870, qui dépassent ceux d'Iéna, M. de Bismarck, s'il eût eu le génie (je souligne) de Napoléon I'% aurait, en 1872, attaqué l'empire d'Autriche, lui enlevant ses provinces allemandes, qu'il aurait incorporées à TAIlemagne. l£n 187 i, il se serait tourné vers la Hollande et en aurait fait un royaume avec un de ses frères pour roi, non sans se réserver de chasser ce frère un jour ou l'autre, et de faire de ce petit, mais noble pays, une annexe de l'Allemagne. Un peu plus tard, le Porlugid étant trop loin, il aurait envoyé un Junot quelconque avec une armée en Danemaick, et mis dans le Moniteur que la dynastie danoise avait cessé de régner. Ne s'arrétant pas pour si peu et considérant d'un œil de convoitise le débat entre le pai)e et le roi d'Italie, il aurait, sous prétexte de les concilier, attiré l'un et l'autre à Lfiybach, saisi \o pape et le roi, envoyé l'un captif à Spandau, l'autre en un Valençay d'Allemagne, et mis la main sur le royaume

d'Ilalie pour un autre de ses frères , toujours disponibles. Puis, si les Italiens mécontents de ce procédé sommaire s'étaient soulevés contre Tenvahisseur, il aurait livré leur pays pendant six ans au pillage et à Tincendie. Mais quoi ! rien ne remplit, dit La Fontaine, les vasies appétits d'un faiseur de conquêtes. Pendant qu'il aurait guerroyé sans succès contre les Italiens, soutenus par les Anglais (car notons que tout cela n'est qu'épisodes de la guerre continue contre l'Angleterre), il serait allé avec des centaines de mille hommes s'enfoncer dans les profondeurs de la Russie. Et finalement finalement

on l'aurait misa l'Ile d'Elbe d'abord, à Sainte-Hélène ensuite.

M. de Bismark, bien que peut-être en 1875 quelque vision de ce genre ait passé devant son esprit en nous causant de bien vives inquiétudes, n'a fait aucune de ces belles choses. L'Europe n'a pas été troublée par les éclats d'une odieuse et frénétique ambition, et c'est d'un autre côté qu'est venue la prise d'armes.

Le congrès de Berlin est réuni et s'occupe sérieusement d'un arrangement. Comme il prend pour base des négociations à intervenir le traité de Paris, il est certain que l'empire turc sera maintenu en Europe. A quelles conditions, avec quelles restrictions, là est le litige, dans lequel je n'ai aucune qualité pour entrer; des sympathies ne suffisent pas pour indiquer des solutions acceptables. Mais je me tourne vers un terrain qui m'est davantage accessible, celui de la sociologie. Elle est à consulter sur les combinaisons qui vont sortir du présent congrès, combinaisons nécessairement provisoires; car tout dépendra de la manière dont useront du

I,A PAIX PnOISAIiLE.

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riîpil piwuré aussi bien l'empire lurc que les divers christianismes ilont il esL mélangé.

C'éLtit nu quinzième siècle qu'il fallnit empêcher I iiiiptiànlalion de» Otiomans dans les pays silués du côté européen du Bosphore. On ne le III pas. Jamais croisade n'aurai! élé plus légîlime et plus salutaire que celle qui aurait eu pour buL de sauver Conslantinople. Malheurcusenienl, les Grecs étaient schisrnaliqucs; à la vérité, dans leur dêlresse, les infortunés essayèrent de s'ntl'ubler du manteau de l'orthodoxie; mais, si les princes foui quelquefois de pareilles concessions, les peuples n'en font pas, et la politique ne prévaut pas sur leur foi. Le populaire grec demeura schismatique ; et l'Occident catholique laissa périr des schisHiatiques invétérés. Toutefois, la marche des événements subséquents ne permit pas que \e catholicisme orthodoxe gapnât rien au malheur de son rival. La chrétienté, considérée en bloc, fol dépouillée d'une grande cité renommée dans l'hisloirc et de terriloires importants; mais le schisme n'en éprouva aucun dommage essentiel, et ses perles sur le Rosphore furent compensées, et au deU, quand Moscou, Sainl-Pétershourg et l'empire des tzars, aussi schismaliques que les Grecs, parurent sur la scène européenne.

Conduits par leur impulsion victorieuse, les Ollonians pénélrèrent fort avant dans l'Europe orientale. Us épouvantèrent la chrétienic, et mirent deux fois le siège devant Vienne. Ce fut le terme de leurs progrès. Depuis, tout a été revers, diminution et décadence. Non seulement ils n'ont plus fuit de nouvelles conquêtes, mais encore plusieurs des provinces qu'ils avaient acquises par les armes et où ils s'étaient établis en plus ou moins grand nombre.

un LA PAIX PROBABLE.

leur furent enlevées, tantôt pour aller se fondre avec les empires voisins, tantôt pour se constituer en principautés indépendantes ou vassales. Ce démembrement successif en est venu au point que Stamboul n'est pas en sûreté contre une résurrection de Constantinople, et que des politiques décisifs ont agité la question de 1 expulsion totale des Turcs hors des terres européennes.

Cette question, le congrès de Berlin ne l'agitera pas, et les Turcs ont encore quelque temps devant eux. C'est de remploi de ce délai que dépendra leur sort futur, à savoir : s'ils se maintiendront en possession, ou si les petites nationalités chrétiennes qui vivent avec eux les supplanteront. Quelle est en effet la cause de celte série obstinée de revers? On doit certainement njettre en ligne de compte la malechance d'avoir pour voisine la puissante Russie, qui a continuellement tendu à s'agrandir de leur côté et à leurs dépens. Pourtant la cause essentielle, permanonlo, est dans leur infériorité croissante à rêfrani de l'Europe, qui perfectionne tous les jours son savoir théorique, et, à l'aide de ce savoir, son industrie, sa richesse, son administration et son état social. C'est la reproduction, sous une autre forme et à un échelon plus élevé, de la lutte inégale des peuplades sauvages contre les Européens en .Amérique et en Polynésie. Le plus civilisé, même sans le vouloir, exerce une intluence destructive sur le moins ri\ilisé; notez cela (|ui est une notion capitale en sociologie. (iC qui ajoutt* au danger, pour la Turquie, de cette infériorité relative, c'est que les populations chréliennes (]ui sont soumises à son sceptre ou qui vi(»nnent de s'en affranchir puisent à pleines mains dans le trésor du savoir européen. Grecs, Bulgares,

Roumains, Serbes, tous s'efforcent de s'approprier les enseignements de la grande école ouverte à tout le monde. Ils persisteront dans la voie où ils sont engagés, nul ne peut en douter; et, si les Turcs leur laissent prendre de l'avance, la domination ottomane se dissipera sans remède et sans retour.

J'en reviens à mon dire : les Turcs ont un délai. Le gaspiller, comme tous les délais précédents, serait dangereux pour la puissance ottomane. Elle continuerait à languir, à s'amoindrir, à se détériorer k côté d'ennemis intimes qui ne languissent, ni ne s'amoindrissent, ni ne se détériorent. Les hommes d'État ottomans doivent se persuader désormais qu'il n'est de salut pour leur pays que dans la détermination d'abandonner les anciens moyens de gouvernement t|ui ne valent plus rien, pas plus que ne vaudrait Tarquebuse à mèche contre le fusil à tir rapide, de chercher dans le savoir européen ce qui est immédiatement applicable à la Turquie, et d'assurer fermement cette politique à longue portée contre les retours offensifs du despotisme, du fanatisme et de la routine. Gela fait, rien ne pourra empêcher les Turcs de subsister; cela négligé, rien ne pourra empêcher qu^ils ne soient évincés.

Mais, di'^-t-on, et cette objeclion a été, do notre temps, articulée plus d'une fois, ils sont, de race, incapables de recevoir la civilisation européenne; là est un obstacle anthropologique que personne ne surmontera. La sociologie n'admet pas cette fin de non-recevoir. Les Turcs se sont approprié la civilisation des Arabes, qui jeta un vif éclat durant le moyen âge. Pourquoi ne seraient-ils pas capables d'une éducation plus haute et d'une civilisation plus avancée? L'épreuve répondra. Toutes les populations

arriérées qui apparliennenl à des races très diverses, Turcs, Arabes, Persans, Indiens, Tarlares, Chinois, JaponaiSySonl présentement soumisesàuneinfluence déterminée qui ne s'était encore jamais présentée avec celte universalité. Le savoir européen les aborde par bien des ciMés, s'infiltre peu à peu, et y sollicite des modifications graduelles, mais considérables. C'est une immense expérience qui commence sous nos yeux. Une première impression est déjà faite; d'antres suivront immanquablement. La sociologie n'hésite pas à déclarer que le savoir européen demeurera vainqueur, et qu'il finira, quelles que soient les races et les nationalités, par introduire chez elles les éléments qui lui sont propres, c'est-à-dire qu'il pourra, ce que n'ont pu les religions les plus universalistes, établir des modes de penser universels, qui auront d'importantes conséquences pour l'harmonie future des peuples entre eux.

Ceci, qui est déjà besogne entamée, sera aussi beso^iit' lointaine. Pour le moment, il s'agit de pacifier l'Orient \o moins mal qu'il est possible. La France, signataire du traité de Paris, avait le droit et If devoir d'assister au congrès de Berlin. Elle sera du coté (le la ]>aix, du respect des traités, de l'inteivl (uiropéen. L(*s déclarations de notre ministre dr^ atfaires étrangères ne laissent sur notre politique aucun nuage; et cette politique, qui a eu la ralitication de la chambre, est ratifiée aussi par le pays tout entier, (jui ne veut (rexi)ansion au dehors que celle (|ui lui offerte dans les conjonctures actuelles.

Sa lâche est essentiellement intérieure. Trois grands objets (|ue je ne cesse de signaler dans cette Hevue l'occupent à celle heure et l'occupenHil encon» longtemps : rétablir ses financeh (saiis argent

on ne fait rien), réorganiser son armée (sans une nombreuse et bonne armée point de sécurité aujourd'hui), et promouvoir Féducalion (sans éducation une démocratie est à la merci tantôt des ambitieux, tantôt des instincts aveugles). Pour ces trois choses il faut la paix et une longue paix. La paix ne dépend pas uniquement de nous ; mais, en tout ce qui dépend de nous, aucune atteinte n'y sera portée. On nous a dit assez rudement qu'il ne fallait pas nous laisser prendre à quelques paroles aimables de princes, ni, là-dessus, nous mettre en quête d'alliances. Nous pourrions, sans difficulté, retourner le compliment, et dire que peut-être ces paroles aimables étaient des avances en vue d'éventualités plus ou moins possibles. Mais non, laissons aux choses leur caractère; ces paroles ont été aimables el désintéressées; et c'est avec un désintéressement complet que cette marque de courtoisie et d'amitié nous a sensiblement touchés.

J'ai dit dans le cours de cet article que la décadence continue qui affectait les Ottomans tenait à leur infériorité dans toutes les branches du savoir et de la civilisation. Eh bien ! nous aussi nous sommes en amoindrissement continu et victimes de démembrements successifs; pourtant aucune infériorité du genre de celles qui frappent les Turcs, ne nous atteint. Nous sommes en un rang excellent pour la science, pour les lettres, pour les arts, pour l'industrie, pour la richesse ; ce qui n'empêche pas que, dans la lutte pour l'existence entre les nations, nous ne perdions depuis soixante ans de considérables éléments de force et de défense. D'où vient cette anomalie désastreuse, d'où vient cette malédiction

qui pèse sur nous? Il n'y a point là de mystère, et

Histoire s** charge de la réponse. Cet amoindrissement continu est marqué par trois dates néfastes, I8t4, Iî<tô et I8T0: et à chacane.de ces dates le Bonaparte qui menait nos affaires attache son nom. Les Bonapartes sont pour nous l'équivalent de Tinfériorité turque en fait de cifilisation.

Nos hiboux politiques ont eu les yeux blessés par le succès de l'Exposition universelle et par la présence de nos représentants au congrès de Berlin, présence bien accueillie. De ce mal qu'ils ressentaient, ils ont songé à se dédommager en essayant de mettre à la charge de la république française les deux assassinats tentés sur Tempereur d'Allemagne ; ingénieuse mais inutile invention. Évidemment le socialisme allemand est en proie au même fanatisme sanguinaire que celui qui animait le catholicisme quand il assassinait Henri III, Henri IV, la reine Elisabeth et le prince d'Orange. C'est prononcer un juste jugement contre les assassins socialistes que de les met Ire sur le même rang que Jacques Clément, Ravailiar et Balthasar Gérard. En tout cas, la république française n'est pas plus responsable des uns que des autres.

Sa responsabilité à elle est d'être pacifique au dehors et au dedans : au dehors, quand elle concourt sans arrière -pensée et avec un entier désintéres^ement au maintien de la paix européenne ; au dedans, quand elle fait respecter la loi par tous les partis, laissant au bienfait de la tranquillité publique le soin de consolider nos institutions, et au bienfait de la liberté lo soin de les améliorer progressivement.

L\ CHAMBRE DE 1871 ET LA CHAMBRE DE 1877 >i51

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