‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 83 sur 102 · ET DE LA CHAMHRE DE · texte numérisé non relu

ET DE LA CHAMHRE DE

inspiré par rexpérience politique et confirmé, on le verra tout à l'heure, par la science sociologique : « La république sera conservatrice ou ne sera pas. » Les radicaux répondent : «« La république conservatrice et libérâtre ne sera pas, car elle est incompatible avec la république radicale, la seule que nous voulions, la seule qui soit conforme aux principes.» El là-dessus ils vont résolument à l'assaut de ces institutions fausses et misérables que les derniers compromis entre la gauche et le centre gauche, en présence des menaces toujours dangereuses d'une restauration royale ou impériale, ont imposées à la France. A Tassant légal et régulier, j'en conviens, et c'est le seul que les circonstances comportent; mais, en dépit de toute cette légalité, le jour, si ce jour doit arriver, où la république conservatrice aurait fait place à sa rivale, sera un jour de périlleuses aventures pour la France.

Qui jugera ce grand et menaçant débat entre M. Thiers et les radicaux? Le juge sera la nature même, la nature intime de l'une et de l'autre république. Celle de M. Thiers a pour principe vivificateur Tordre, et c'est sur Tordre qu'elle se fonde pour produire tous les développements, plus ou moins lents, plus ou moins graduels, mais assurés. Celle des radicaux a pour principe vivificateur la révolution, et la révolution commence par remuer et déplacer toutes choses, au risque de les disloquer; puis elle court après Tordre et le rattrappe comme elle peut. Or, cela, les nations ne le supportent jamais; et, sans aller bien loin, nous en trouvons chez nous un déplorable exemple. En 1818, nous eûmes une rechute dans le bonapartisme, une rétrogradation vers le despotisme césarien. Ce fut

une honte pour le populaire, qui se jeta en masse du côté de rimpérialismc. Pourtant il faut dire à sa décharge, en partie du moins, qu il ne fut pas seul dans ce méfait, et que le désordre, déchaîné par les journées de février 1848, avait excité un désir universel d'un pouvoir fort. A peine cette révolution était accomplie que les socialistes avaient sauté à la gorge des républicains. Qu'attendre de pareilles prémisses, sinon un Bonaparte qui impose silence aux uns et aux autres?

Tout à l'heure j'ai annoncé que rapophthegme d'expérience politique exprimé par M. Thiers au sujet de la république conservatrice rencontrait un appui dans la sociologie. La sociologie, qu'est cela? dira le radicalisme. Il est vrai qu'elle n'est pas bien vieille, émanant de l'œuvre philosophique de M. Comte ; mais elle est en voie de faire une grande fortune. Accueillie de tous côtés, même par des hommes qui n'appartiennent pas à l'école positiviste, elle est cultivée avec ardeur et prend rang parmi les hautes connaissances en attendant qu'elle prenne rang dans le haut enseignement. Or, étant essentiellement historique et expérimentale, elle se trouve l'adversaire née du radicalisme, qui n'est rien de tout cela. Ses principes, à lui, ne sont pas pris, comme le sont aujourd'hui tous sans exception les principes scientifiques, à l'expérience et, dans le cas particulier de la sociologie, à l'histoire, qui représente une autre forme de l'expérience; ils le sont à la raison subjective et révolutionnaire. Aussi est-il toujours prêt à compromettre le présent et Tordre en vue de l'avenir, très variable d'ailleurs et très indéterminé, qui miroite devant ses yeux. Si la fortune du radicalisme est liée à

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telle de la politique métaphysique et absolue, celle de la sociologie est liée nu progi't:s de la méthode expérimenlale dans les choses sociales. Les deux plateaux de la balance ne sont pas chargés de poids égaux; ehiique jour le plateau de la sociologie deviendra prépondérant, ainsi le veut le développement scientifique général. Malheur aux peuples chez qui, momeulanéinenl, le radicalisme prévaudra !

Je n'écris point ceci pour les radicaux, pas plus que je n'écrivais pour les monarchistes, quand je dérendais contre eux la cause de la république. Je suis sAr que je n'ai pas modifié l'opinion d'un seul de8inr>narchistes;et je suis sûr que je ne niodttierai pas fopinion d'un seul des radicaux. J'écris pour ce qui forme la majorité présente du suffrage universel, afin qu'elle ne se laisse pas disloquer par des attaques contre la république conservatrice. Là, je parle ii qui peut m'écouter.

Quelque purement particulier et national que semble le débat entre les deux républiques, l'extérieur ne doit pas y être négligé. La république radicale travaille, et c'est son droit, à s'emparer de toutes les positions politiques et h pousser ses hommes même les plus notoires par leur implacable hostilité contre tout ordre établi (1). SI elle réussit, il n'est pas douteux que des oscillations dangereuses se

(1) Timoin 1'il«clion de H. Blanqui ù Dordeiui. Si lu Cliimbtp il«i AéfiMt% ratilluit crUe élection, rien n'empAcheniil un de* cul- Ufe* éleclnraux ilnnt lea banspartidei diposcnt de nommer H le marMul Bainine. L ini^gibilitA de l'un n'est pu plui grande qup e*Uè da l'auire. H. Blanqui et H. le naréclial Buiine deveuus membre* de la Chambre dei ilépulé* «u mtpHi de la loi, quelle Hgoaniuie mito en tnin de l'anarchie lanl [irùdile el lanl loubailia t la république par le parli monanhique !

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prodeiroai a» "^dM da pays. Q b e^t pas d«>ateax non plos ija'aa gré de qaelqoesHinti de nos T»>bîn$, nous Bioui sommes rétablis de nos désastres bien \ite. trop ¥ite même. Peat-ètre ne deplairait-il pas à ces observatears attentifs ë'aToir occasion d'essaver de Donrean ce que noos pooroos payer de milliards et perdre de provinces.

Je reiriens à mon dire da commencement : prenons garde aux cinronstances, et songeons que la république conservatrice les a pour elle.

Elle les a^ parce qu'elle met an premier rang de ses deroirs la défense et le maintien de l'ordre, convaincue que rien n'est plus pernicieux aux plus cbers intérêts moraux et matériels que les perturbations politiques.

Elle les a^ parce qu'elle est libérale : car, de notre temps, sans la liberté, sans la discussion, sans les transactions opportunes. Tordre est exposé à des périls renaissants.

Die les a. parce quelle est soucieuse de ménager les consciences des hommes très di%'ers d'éducation et de traditions qui lui sont confiés, et de garantir les intérêts spirituels, sans s'associer ni aux préjugés, ni à l'intolérance, ni à Fesprit de domination qui souvent animent ces intérêts, et en sau\'ant toujours l'équité de la civilisation et la nature laïque de l'État moderne.

Elle les a, parce qu'elle fait pénétrer de plus en plus dans l'éducation la science et son esprit, pour que l'évolution sociale ne subisse ni opposition ni arrêt.

Enfin, elle les a, parce qu*elle s'applique résolument le mot d'un des empereurs les plus actifs que Rome ait eus, mot qui est conforme à tous les be-

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soins, à toutes les aspirations dusnifrége universel : laboremus.

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