‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 97 sur 102 · D*UNE INFIRMITÉ SOCIOLOGIQUE, ETC · texte numérisé non relu

D*UNE INFIRMITÉ SOCIOLOGIQUE, ETC

établi; et, pour le renverser, il n'est pas de désordres qu'ils n'affrontassent. A Taidc d'accointances qui se graduent et qu'on ne veut pas répudier, ils agissent de proche en proche ; et l'esprit de dissolution pénètre en des groupes qui pensent faire tout autre chose que lui prêter la main. Si bien que M. le Président du conseil des ministres a pu dire, non sans quelque amertume, contre de telles défaillances : « Il y a une singulière contradiction entre la démarche actuelle (motion pour l'amnistie plénière) et la ligne politique de ceux qui la font. Ils nous demandent une initiative qui exige une force morale incontestable, une majorité formidable, et, à côté de cela, ils nous refusent constamment leurs suffrages, en sorte qu'ils sont les premiers à nous retirer cette force sans laquelle rien de grand, rien de hardi ne peut être tenté. »

Que la majorité prenne en gré ces paroles d'un ministre qu'elle aime. Atteignons sans plus d'en* combre 1881 et ses élections, et renouvelons-y notre bail républicain. C'est de renouvellements que se fera, par prescription de temps et par désuétude de monarchies et de dynasties, la possession plénière et incontestée.

LA COMPOSITION DE U SOCIÉTÉ, ETC. 565 LA COMPOSITION DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

KT LA UÉPUBLIQUE (1)

[En France, un long puié monarchique Me. Iri rèvolulionnairn moins Ion); lie Ici antres ; lepriiser io neilleur Icmin de concilulion et, parUnl, ite itatiiliti.j

Deux grandes révolutions, suscitées par le beKuin moderne dos liliertés nécessaires, besoin auquel des monarchies devenu(>s rélrogrades rerusaient satis- Taction, ont pu pour issue une république : la révolution anglaise du dix-septième siËcle et la révolution fran^mise du dix-huitième. L'Angleterre ne larda pas ù en sortir, et, iiprës une oscillnlioii vers lu royauté absolue, sous les derniers Stuiirts, elle entra dans la royauti* parlemen luire, ofi elle est restée. Comme l'Angleterre, la France ne fit qu'une courte station dans le régime républicain ; mais elle ne le quitta pas pour se ranger ù un gouvernement définitif; elle eut deux Gromwells, Napoléon I" et et Napoléon III, contre-pietls du vrai Gromwell, de celui qui laissa l'Angleteire si forte et si puissante ; elle eut ses Bourbons aînés, qui, Sluarts mal instruits par l'exemple, suscitèrent une révolution et se firent chasser; elle eut ses Bourbons cadets, sorte de maison de Hanovre qui valait bien mieux que les premiers Georges, mais qui, provoquant graluitemcnl une inutile tempête (i), succomba sous

(4) La Nouvelli! Htvue, nnmËra du 1" T^vrier 1B8D.

(2) Au tujet de radianolion.aiix liitei tlecloralea, ilnt rapaeilés, c'eit-ii-ilire des iiiideciiii, atocals et lulrei prurei«ioua lib£r*lei, adjonclioD obslÎDétneni lefuttt par 11. Cuiiot.

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les impatiences révolutionnaires et socialistes. Par un dernier effort, elle vient de se remettre au giron * de la république parlementaire et libérale, après d'affreux désastres où cette république n'a eu aucune responsabilité, puiscjue, alors qu'ils advinrent, elle n'était pas née.

Dans la transition et après la transition, l'Angle-^ terre garda presque toute son organisation sociale : une dynastie, une noblesse puissante, une chambre aristocratique, des bourgs inféodés et des communes indépendantes. Aussi, depuis deux cents ans, tout son parlementarisme se donne pour tâche d'accommoder graduellement et sans la briser par violence, cette organisation traditionnelle aux revendications modernes de la liberté et de la démocratie. Dans la transition analogue, la France perdit ses rois, ses nobles, ses parlements, ses bourgeois chefs de corporations ouvrières, ses états généraux, tombés en désuétude, et ses états provinciaux, conservés çà et là. Depuis lors tout son travail est de refaire des institutions qui s'enracinent et qui ne soient pas à la merci d'une conspiration militaire ou d'un tumulte de grande ville.

Cependant ces agitations suivies de calmes et ces calmes suivis d'agitations non seulement n*ont pas entamé les éléments fondamentaux de la société fran* çaise, qui sont ceux de toutes les sociétés modernes, mais encore ont laissé subsister des échantillons quelquefois fort considérables des organes ayant servi jadis au fonctionnement de ce que nous appelons l'ancien régime. Ces échantillons, ainsi demeurés fermes au lieu même qu'ils avaient autrefois empli de leur prépondérance, contemplent, non sans , regret et sans courroux, les dommages qu'ils ont

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subis el le sorL qui leur esl fait. La répuliliqiir^, à aon Inur, no. sait, trop sous quel liént^ilce d'iiivpnliùre elle doit accepter les logs qui ainsi lui (échoient. En attendant, ni elle ne peut se déraire d'eux, ni pux ne peuvpnt se défaire d'elle. Telle est la force di?s faits hisloriques al celle das situations, Le trail essentiel de la poltlique de la nïpublique il leur égard est de compler sur sa propre durée, dont elle lient les conditions. Les accommodements que sa sagf^sse rendra de plus en plus possibles ou IViciies, le temps s'en chargera, te temps, ce (irand modificateur des choses pX des hommes. Parmi ces échantillons, un des plus singuliers, un des plus étranges, — aussi esl-cfi par lui que je commonce, — est, sur le sol de la république. 1» coexistence de trois dynasties monarchiques, qui sont, cela va sans dire, so« rivales, mais qui sont aussi rivales l'une de l'autre; si bien que, tant qu'elles sont réduites à la condition privée, elles habitent la France, dont deux seraient expulsées le jour du triomphe de l'une d'entre elles. Gerles, quoi do plus antipathique à la république qu'une dynastie, deux dynasties, trois dynasties? Peut-être, si l'bistoire nous en était contée, aurions-nous de la peine Jt y ajouter foi. Mais le fait est là sous nos yeux ; et chacun de nous peut coudoyer une do ces dynasties qui n'ont abdiqué aucune de leurs prétentions, et qui ont leur cour, leurs titres cl leur monde. Continuons notre examen, il nous montrera, je pense, que, dans ce cas sans précédent, le mieux est de laisser faire et de laisser passer, pourvu que ce qui se fait et ce qui passe soi! surveillé de près et rigoureusement contenu dans les limites de la paix publique et de la légalité commune.

La première république, celle de 1792, fut cruelle î|,régard de la vieille race qui venait d'être précipitée du trône. Elle trancha la tète au roi, et, quelques mois après, elle envoya à Téchafaud la reine, iqui avait assez souiïert dans l'intervalle pour que sa chevelure en devînt blanche. Sa colère s'étendit jusque sur leur héritier, pauvre enfant qu'elle fit mourir de misère et de mauvais traitements. Je sais ce que comportent de violences la guerre et les révolutions; mais, dans les cas excessifs, la moralité humaine ne perd jamais le droit de crier : C'est trop, c'est affreux ! Tous les autres membres de la famille des Bourbons, qui s'étaient mis en sûreté par la fuite, furent bannis à jamais — et cela n'était pas excessif — du territoire de la république. Béranger a, dans son dossier politique, une chanson où, en Tan 2000, le dernier rejfilon de cette race illustre apparaît pauvre, scrofuleux et demandant l'aumône dans l'ancien royaume de ses ancêtres. Tout est possible à la poésie et aussi à la réalité, qui quelquefois est la plus terrible des poésies. En attendant, les Bourbons revinrent par deux fois sur le trône de France. Voilà ce que valent les « à jamais » des ré^ volutions, même les plus décisives.

Napoléon I" ne fut pas moins rigoureux à l'égard de la famille des anciens rois. Non seulement il maintint l'interdiction qui leur fermait l'entrée du territoire, mais encore, s'emparant par un guet-apens du duc d'Enghien, il le fit fusiller sommairement dans les fossés de Vincennes, prit à cœur de tremper ses mains, comme la Convention, en un sang royal, et mit fin par cette odieuse exécution à la ligne des Condés.

Mais bientôt le cadran révolutionnaire de la France

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