‹ De l'état actuel de la Grèce et des moyens d'arriver à sa restauration (volume 2)Chapitre 12 sur 16 · Acte de démission du comte Augustin Çapodistria adressé au Sénat · texte numérisé non relu

Acte de démission du comte Augustin Çapodistria adressé au Sénat

Le Président de la Grèce au Sénat.

Vous connaissez tout ce qui s'est passé, et tout ce qtii se passe au dedans et au dehors de Nanplie.

A ces événemens viennent se joindre un protocole signé le 7 mars par la conférence de Londres, et la communication faite au gouvernement par MM. les résidens. J'ai l'honneur de vous envoyer ci-incluse la communication en question, ainsi que ma réponse à cet écrit collectif.

Il est aussi de mon devoir de vous annoncer que MM. les résidens, en vertu du protocole susmentionné, des instructions qu'ils ont reçues de la conférence, et en considération de l'état actuel des choses, m'ont déclaré aujourd'hui collectivement et de vive voix, que le seul moyen de rétablir la, tranquillité, et de rendre à la Grèce l'ordre et la paix, était de nommer une commission administrative , composée de MM. J. Coletti, Th. Colocotroni, André Zaimi, Basile Boudouri et André Métaxa.

Moi-même, trouvant cette opinion très-adaptée aux circonstances, et la considérant comme un moyen d'atteindre peut-être le grand but de la pacification de ce pays, j'y accède de bon gré, et, par conséquent, je remets entre les mains du Sénat, comme du seul corps constitué de la nation, le pouvoir exécutif que le congrès national m'a confié. En même tems je vous engage, Messieurs, à répondre dans ces graves circonstances aux voeux de la nation , comme vous l'avez fait jusqu'ici.

A Nauplie, ce 28 mars 1832.

Le président A, A. Capodistria.

Décret du Sénat relatif à Vélablisseinent du Gouvernement de cinq membres.

Le Sénat de la Grèce

Ayant sous les yeux: 1'' l'acte daté d'aujoiu-d'huî, 28 mars 1832, par lequel le président A. A. Capodistria dépose entre les mains du Sénat les rênes da gouvernement; 2° la communication y jointe de MM. les résidens des trois cours alliées en date d'hier, et 3° la réponse que S. E. le Président a faite aujourd'hui à cette communication-,

Prenant en considération le danger où se trouve la patrie, et croyant qu'il est de son devoir de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la tranquillité et la sûreté publique y qui est la première de toutes les lois ;

DÉCRÈTE

1° Une commission de cinq membres, composée de IVEM. Th. Colocotroni, A. Zaïmi, J. Coletti, A, Métaxa et B. Boudouri, sera revêtue du pouvoir exécutif, sous le nom de Commission administrative de la Grèce, et gouvernera ce pays juqu'à l'arrivée du souverain de la Grèce ou de son représentant.

2° Cette commission administrera d'après les instructions, sous le n° 227, que le Sénat avait données à l'ancienne commission de trois membres, et qu'il modifiera par un décret spécial.

3° En l'absence de MM. Colocotroni, A. Zaïmi et B. Boudouji, M. D. Campani remplira provisoirement les fonctions de membre de la commission administrative, jusqu'à l'arrivée dans la capitale de l'un des membres absens.

Le présent décret sera imprimé et immédiatement publié.

A Nauplle, ce 28 mars 1832.

Le président D. Tzamados.

ii «

Proclamation du Sénat relative à l'étalliasement du Gouvernement de cinq membres.

Le Sénat de la Grèce.

Hellènes !

Le Sénat ayant en vue, dans cette grande circonstance, le salut de la patrie qui est la première de toutes les lois, a institné par son de'cret n° 320, sous le nom de Commission administrative de la Grèce, un gouvernement provisoire, composé de MM. Th. Colocotroni, A. Zaïmi, J. Coletti, A. Métaxa et B. Boudouri, qu'il a investi du pouvoir suprême jusqu'à l'arrivée du souverain de la Grèce ou de son représentant.

Le Sénat se flatte que ces hommes sages et patriotes, soutenus d'une manière efficace par les Puissances alliées, rétabliront dans toute l'étendue de l'état la tranquillité et la paix selon les voeux de la nation.

Hellènes , au nom de la patrie et pour votre propre sûreté, vous êtes invité» à faire preuve de dévouement, d'obéissance et de soumission au nouveau gouvernement, persuadés qu'il vous régira pendant ce court espace de tems conformément aux lois établies,

A Nauplie, ce 28 mars 1832.

Le président D. Tzamados.

Décret du Sénat relatif à l'établissement du Gouvernement de sept membres.

Le Sénat de la Grèce,

Prenant en considération les communications de MM. les résidens des cours alliées, en date du 27 mars et du let avril, qui sont basées sur le protocole du 7 mars, ainsi que les demandes des différentes députations envoyées par les habitans de Nauplie, à cause de l'imminence du danger;

Voulant contribuer à la pacification des troubles et au rétablissement de la paix et de la tranquillité publique;

Après avoir lu la démission de M. Th. Colocotroni , en date du 31 mars, et ayant sous les yeux le procès-verbal de la 224^ séance, dans laquelle il a été décidé qu'on ajouterait encore deux membres à la corainission administrative nommée par le décret n" 321;

dÉcrkte:

1° La commission administrative, instituée par l'article le du décret n° 320, sera composée de sept membres, savoir: de MM. Condouriotti, D. Ypsilanti, A. Zaimi, Métaxa, J. Coletti, D. Plapouta et S. Tricoupis, Revêtue du pouvoir exécutif, elle gouvernera le pays sous le nom de commission administrative de la Grèce, jusqu'à l'arrivée du Prince ou de son représentant, d'après les instructions sous le n" 277, que le Sénat avait données à la commission des trois et qu'il modifiera par un décret spécial.

2" En cas de démission d'un des membres de la commission, le Sénat le remplacera par un autre, et, en cas d'absence , le même corps nommera quelqu'un qui remplira provisoirement les fonctions de l'absent.

Le présent décret sera imprimé et publié immédiatement.

Le président D. Tzamados, Le secrétaire P. Barboglou.

Décret du Sénat relatif au remplacement de M. Tricoupis par M. Lidoriki comme membre du Gouvernement.

Le Sknat de la Grèce

DÉCRÈTE

Vu que M. S. Tricoupis, membre de la commission administrative instituée par le décret sous [le n*^ 330, a déjà donné sa démission;

11 est remplacé par M. A. Lidoriki, en vertu de l'article 2e du décret ci-dessus mentionné.

Au surplus, comme parmi les sept membres choisis il n'y en a pas même quatre de présens, M. D. Campanis rem-

l>iira les fonctions de quatre membres de Iri commission administrative.

A Nanplie, ce 2 avril 1832.

Le président D. Tzamados, Le secrétaire P. Barboglou.

Quatrième décret du Sénat relatif au remplacement de

M. Lidorild par M. C. Botzaris comme membre du

Gouvernement.

Le Sénat i5c la Grèce

DÉCRÈTE

Vu que dans la réunion extraordinaire des deux corps de l'état, qui a eu lieu aujourd'hui, la commission administrative a représenté qu'afin de rétablir la tranquillité et la sûreté du pays et d'obtenir l'obéissance des militaires, il était de toute nécessité de nommer le général C. Botzaris membre du gouvernement en remplacement de M. A. Lidoriki, absent; le Sénat approuve cette proposition et remplace le sieur A. Lidoriki par le général Botzaris dans la qualité de membre de la commission administrative.

A Nauplie, ce 13 avril 1832.

Le président D. Tzamados, Le secrétaire P. Barboglou.

Lettre des trois Résidens sur la reconnaissance du Gouvernement de sept membres adressée au Sénat,

Au Président du Sénat.

A Nauplie, ce 13 avril 1832.

Monsieur le Président!

A la suite de la démission de M. le comte Augustin Capodistria, le Sénat nous ayant communiqué son décret du

28 mars (9 avril), sous n" 320, nous avons crn que la commission qu'il avait formée pour gouverner la Grèce jusqu'à l'arrive'e du Prince souverain ou de son repre'sentant, offrait les conditions requises par le protocole du 7 mars.

Le lendemain, M. Coletti, nommé membre de cette commission, s'est présenté devant les portes de la capitale à la tète des Roméliotes, en refusant d'abord de reconnaître toute autre autorité que celle instituée à Mégare, et par conséquent, de prendre possession de la place que le Sénat lui a désignée. Des pourparlers ont eu lieu dans la vue de concilier les exigeances de la force avec les droits du seul corps constitué en Grèce, et pour garantir l'existence et l'intégrité de ce corps. La communication dont le Sénat nous a honorés hier, étant le résultat de cet état des choses, nous nous empressons de lui annonéer notre adhésion à l'établissement de la nouvelle commission.

Quant à la demande que le Sénat nous adresse relativement à la garantie de la tranquillité publique et des sûretés per sonnelles, nousavons fait, d'une part, tout ce qui pouvait dépendre de nous, pour assurer l'ordre et nous le ferons encore à l'avenir, et de l'autre, nous sommes trop pénétrés des intentions qui ont dicté les résolutions prises en dernier lieu par l'Alliance en faveur de la Grèce, pour restei indifférens aux réactions que l'on paraît redouter.

Aussitôt que le décret dont parle la communication di Sénat, sera émané, nous nous empresserons de satisfaire éga lement aux voeux de ce corps en ce qui concerne la déclara tion qu'il nous demande.

Veuillez agréer, etc., etc.

E. Dawkixs,

Baron A. Rouen,

Baron de Ruckmann.

Lettre de M. le Prince D. Ypsilatiti à M. Constantin Schinas , dans laquelle il refuse de faire partie du Gouvernement de sept membres *).

A Argos, ce 31 mars (12 avril) 1832.

Mon cher Frkre!

Ce n'est qu'aujourd'hui à midi que j'ai reçu votre lettre d'hier; la faiblesse de ma santé et l'humidité de la température m'ont empêché de me rendre aux voeux de MM. Coietti et Thiersch. Cependant, avec les précautions nécessaires, j'aurais pu peut-être entreprendre ce petit voyage (d'Argos à ^aupHe)•, mais, malgré la confiance sans bornes que je mets dans ces amis sincères, j'ai l'habitude bonne ou mauvaise, de ne rien commencer sans en savoir les raisons, et me sentir convaincu de la nécessité de le faire. Cela ne provient certainement pas d'un amour propre mal entendu; au contraire, c'e5t le résultat d'une longue expérience. On me dit que ma [)ré>ence à Nauplie est nécessaire; mais on n'ajoute pas en ijiioi elle peut être utile. L'époque est critique, et je ne ven\ point passer dans ces derniers raomens pour un ambitieuv qui brigue une place.

ILe projet de nommer une commission composée de sept nefnbres, m'a paru bien étrange; je crois que celui qui représente le gouvernement national (M. Coletti) n'aurait jamais idû céder ni souflfrir la transformation de la commission de |trois membres en une de sept. L'expérience et l'exemple des dissensions, lors de l'administration de ce qu'on appelait le corps exécutif, et qui était composé de trois membres, suffit pour nous prouver tous les inconvéniens d'un corps si nombreux; et qui sont ceux qui prescrivent la formation de cette commission? les Résidens? — Mais de quel droit prétendent-ils s'immiscer dans les affaires intérieures? Jusqu'à présent nous nous sommes trouvés fort bien de ne pas avoir suivi leurs conseils; et qu'est-ce qui nous force à présent à

*) Si, malgré les répugnances exprimées dans cette lettre, le Prince s'est décidé plus tard à accepter, il n'a cédé à nos instances réitérées que par égard pour la paix publique qui aurait été gravement compromise, si, par la suite de son refus, l'organisation définitive de la nouvelle autorité avait été retardée plus long-teras.

accepter Ictus propositions aussi absurdes que pernicieuses? ' Je prévois, mon cher, que celte nombreuse commission deviendra, dans peu de jours, l'objet des railleries des cafés, et la source de nouvelles dissensions à la prochi\ine ouverture de l'assemblée nationale; je crois que l'on ne doit pcis faire la moindre attention aux actes de ce Sénat radoteur; car il n'a ni le droit de former un gouvernement, ni la force de le soutenir. Ainsi d'où peut donc provenir la faiblesse que les roycilisti s constitutionnels ont montrée. Je connais la sagesse, la capacité et le patriotisme de mon ami M. Coletti, par conséquent, je ne puis attribuer cette concession fatale qu'à des raisons que j'ignore, ou même, ce qu'à Dieu ne plaise, à des échecs éprouvés en Romélie, etc.

Lettre de l'auteur écrite à M. le Baron de Rouen, sur In

situation des puttis avant lu composition définitive du

Gouvernement de sept membres.

A NaupUe , ce 20 avril 1832.

IMoNSIEUR LE BaKOn!

J'ai l'honneur de répondre aujourd'hui par écrit auv questions que vous avez bien voulu m'adresser hier soir sur la situation du gouvernement nouvellement institué à Nauplie. Ce gouvernement, composé de sept membres de diflFérentes couleurs, est le résultat d'ime fausse combinaison politique, et en souffre les conséquences. Les principes constitutionnels avaient remporté une victoire en présence de laquelle le gouvernement de la famille Capodistria s'écroula. Comme ces principes étaient bien ceux de la nation, il aurait été tout-à-fait naturel d'en finir à jamais avec un parti réprouvé par elle, et de reconnaître la force inévitable de la volonté générale. Mais vous savez les raisons qui ont arrêté les vainqueurs devant les portes de Nauplie, et vous avez su les apprécier. Le chef de l'ancien gouvernement avait abdiqué: il s'agissait alors d'obtenir une composition du nouveau, compatible avec les sentimens nationaux , sans rompre avec l'Alliance. C'est pourquoi on s'est contenté d'une espèce de paiement à compte, pour ne pas perdre le tout. Vous savez. Monsieur le Baron, avec quelles difficultés on a dii lutter poiu- îurriver à cette espèce de demi - résultat. Il fallut

ensuite obtenir un décret du Sénat sur les droits et les devoirs de la commission gouvernementale. Après quatre jours de débats, la discussion s'est concentrée sur trois points: 1*^ le Sénat voulait garder les armes du gouvernement déchu; 2° il n'accordait pas au nouveau le droit de convoquer l'assemblée nationale, et 3*^ il se réservait le privilège de choisir lui-même ses membres. C'était tout-à-fait le système de Capodistria, concentré et fortifié dans la personne du Sénat: avec cet ordre de choses aucun gouvernement n'aurait été possible, et il fallut jusqu'à un mouvement du peuple, pour faire fléchir sur ce point capital des hommes de mauvaise foi, de mauvaise conscience et à desseins sinistres. Mata mens f malus animas, mala conscientia.

La commission du gouvernement, composée de sept personnes dont six sont présentes, compte trois membres, Condouriotti, Coletti et Ypsilanti, qui marchent sur la même ligne contre la famille Capodistria, en suivant les principes de l'opposition, devenus ceux de la nation même. Ils demandent la convocation immédiate de l'assemblée nationale dissipée par le canon d'Argos, des recherches exactes sur l'emploi des fonds publics sous le gouvernement déchu, le changement complet des autorités Capodistria, et l'établissement des droits nationaux sur des bases inébranlables. On croit que cette opinion, représentée par les trois personnes que nous venons de nommer, est contrebalancée par les trois autres membres présens du gouvernement, Coliopoulo, Métaxa et Zaïmi: on trouve même dans cette division égale des voix la cause pour laquelle les afi'aires ne marchent pas encore, et des esprits eflFrayés commencent déjà à désespérer même du salut public. On ne peut nier que des contradictions graves sur des points importans n'existent au sein de la commission; c'est la première faute de sa conception, puisqu'on ne change pas les hommes en les plaçant l'un à côté de l'autre. Mais il y a loin du dissentiment au schisme; et heureusement ce dernier n'existe pas encore. M. Métaxa est bien un des hommes les plus compromis du vieux système; mais il s'en était séparé dans les derniers teras: M. Coliopoulo s'est toujours tenu dans un éloignement convenable dés erreurs et des crimes de son parti : M. A. Zaïmi a été un des premiers et des plus influens adversaires de Capodistria, depuis que son système arbitraire s'est développé; il est vrai qu'à la fin il s'est séparé de ses amis d'Hydra pour se soumettre au comte Augustin ; mais jcimais il n'a participé à aucune de ses actions. On se flatte donc que les trois raem-

lires ne peuvent pas avoir la volonté de défendre les priii cipes et les ruines du système déchu; et s'il y a des dissen tiinens dans la commission gouvernementale, il faut en cher cher la cause ailleurs , et tâcher de les l'aire cesser.

M. J. Zaïmi, quoique membre du gouvernement de Pérachora , a voulu empêcher le mouvement Roméliote sur l'Isthme: il est lui-même un des primats les plus puissaus du Péloponèse, et voyait son autorité et l'inûuence de son pays compromises par la catastrophe dont il était menacé ; déjà une fois il avait senti les conséquences fâcheuses d'un semblable événement, et en avait même été la victime. Cependant le mouvement s'exécuta, et, par une combinaison bizarre, les succès de ses adversaires le portèrent au milieu du pouvoir. Que fera-t-il? Il tâchera, non pas de conserver les débris de Capodistria, mais bien de contrebalancer l'influence RoraéHote dans les affaires de son pays; sa dernière pensée paraît être de créer un nouveau parti péloponésien, et de s'en faire le chef; mais pour cela il n'a ni le tems, ni les moyens; et il y a une telle force dans les événemens qui se pressent, qu'il devra se ranger du côté de ses anciens amis, pour ne pas perdre sa réputation, le gouvernement et peut-être même la Grèce. C'est justement cette réconciliation entre lui et Condouriotti, à laquelle il faut travailler: la chose est difficile, mais elle n'est pas impossible, et d'après ce qui se passe aujourd'hui, j'ai quelqu'espoir d'y réussir en peu de jours. Il s'agit avant tout de le faire partager l'opinion cpii demande la convocation immédiate de l'assemblée nationale. Il serait sans doute prudent de chercher à la retarder; mais il y a là-dedans, comme dans le mouvement sur Argos, une nécessité irrésistible devant laquelle les autres réflexions doivent céder. Il faut se mettre à la tête du mouvement pour le diriger vers un but salutaire. C'est sur ce point que j'ai travaillé hier avec M. Tricoupi; M. Zaïmi paraissait répondre à nos argumens, et son assentiment pour la convocation immédiate de l'assemblée une fois gagné, il serait facile de le ramener entièrement, ou bien de l'éloigner, puisqu'il ne lui restera qu'à se soumettre aux conséquences de cette mesure grande et décisive. M. Coliopoulo suivra les mouvemens de M. Zaïmi, son ami et compatriote, et M. Métaxa, abandonné à ses propres moyens, n'en trouvera presque plus aucun, hors la petite intrigue qu'il sait pratiquer avec bien du succès. Mais ce ne sont pas autant ces dissensions intestines qui gênent le nouveau gouvernement, que la pénurie entière de moyens pour payer les employés et les troupes. Les sol-

dats manquent de tout, même d'habits, et le gouvernement Capodistria a mangé, pour ainsi dire, le présent et l'avenir. Les soldats se sont soumis volontiers à toutes les privations, même à la discipline la plus rigoureuse, dans le seul espoir de rentrer dans le Péloponèse, d'y faire triompher leur cause, et d'en trouver la récompense de leur dévouement: actuellement ils demandent à être payés; on n'a pas même le moyen de leur acheter des agneaux et du vin, objets essentiels pour célébrer la Pàque en Grèce. Non seulement les caisses publiques sont tout-à-fait vides; mais il y a encore une telle méfiance dans le public qu'avant-hier on n'a pu obtenir un emprunt de 2000 écus de la ville de NaupHe, quoiqu'on lui offrît la douane de ce port pour se faire rembourser: on n'a reçu que 1500 écus. J'en ai moi-même prêté quelques milliers. Avec ces chétifs moyens et quelques autres, on est parvenu à payer la solde de quinze jours à la garnison, pour l'engager à prendre un peu de patience. C'est de cet état de détresse qu'il faut faire sortir le gouvernement pour garantir son existence. Sans cela il ne pourra rien faire; il restera stationnaire; son autorité sera méconnue; bientôt il sera discrédité, perdu peut-être, et la nation avec lui.

Mais toutes ces réflexions, quoiqu'importantes, sont secondaires vis-à-vis de l'arrangement définitif du sort de la Grèce. Dans cette atfaire affligeante et presque compromise, il y a une chaîne de complications qui, en dernier lieu, se rattachent aux négociations de Constantinople. Aussitôt que les frontières de la Grèce seront consenties, l'emprunt sera possible; et ces deux avantages obtenus, le lieutenant du Prince ne tardera pas à arriver ici : sa venue seule terminera à jamais cette révolution désa^euse , et alors seulement la Grèce sera renfermée dans la sphère de la paix générale de l'Europe.

En conséquence, tout dépend dans ce moment de la réussite des négociations avec le Sultan. C'est le point autour duquel tourne tout, même le salut de la Grèce. Mais il paraît qu'il y a peu de probabilité de voir terminée bientôt l'affaire de Constantinople , et malheureusement l'état de la Grèce ne saurait souffrir qu'on prolongeât sa détresse inouïe. Elle doit ou périr ou voir sou sort fixé sous peu. Je n'entre pas dans les détails de ce triste chapitre. Vous-même, Monsieur le Baron , vous êtes témoin de ce qu'on souffre et de ce qu'on craint, et votre âme généreuse en est affectée. Je m'arrête seulement au problème politique qui s'y présente: c'est de trouver des moyens pour engager la Porte à finir

sans autre délai cette affaire traînante. On me parie des dispositions moins bienveillantes de la Russie envers la Grèce, depuis que le gouvernement du comte Capodistria a été vigoureusement attaqué et détruit. On craint que cela n'influe désavantageusement sur sa coopération à Constantinople, et l'on suppose que de cette coopération dépend la réussite de la négociation. 11 me paraît cependant que la Russie a voulu protéger le gouvernement établi en Grèce, sans vouloir en défendre les fautes et même les horreurs; et c'est par suite de ses fautes et même de ses horreurs qu'il a succombé. Mais quelles que soient les intentions actuelles de la Russie, qui sûrement ne seront jamais hostiles à la Grèce elle-même, il me paraît que l'affaire est de nature à être décidée par les deux Puissances qui l'ont portée au divan. Personne ne doute de la bonne volonté que la France y mettra. La même persuasion existe sur le compte du gouvernement anglciis parmi tous ceux qui pénètrent l'esprit du cabinet présidé par lord Grey. Et si les deux Puissances maritimes, comme personne n'en doute, veulent conserver la Grèce, en mettant un terme immédiat à ses souffrances peut-être sans exemple, elles ont entre leurs mains un moyen bien simple, et en même tems bien décisif, pour arriver à ce but. Je n'hésite pas à vous le nommer, Monsieur le Baron: l'urgence extrême de la situation du pays me force de passer par-dessus les réflexions de convenance, qui devraient peut-être m'empêcher d'en parler. Le Sultan étant en guerre avec Méhémet-Ali d'Egypte, a plus que jamais besoin de la libre communication de la mer pour ses vaisseaux de guerre et de transport. 11 me paraît donc qu'on pourrait lui accorder un court et dernier dé'^l , en lur*^déclarant que, ce délai déchu, aucun de ses bàtimens ne pourrait sortir des Dardanelles avant que la ratification du traité ne fût arrivée. Cette déclaration une fois secondée par une escadre réunie des deux Puissances, on peut être parfaitement sûr que l'accession du Sultan au protocole ne se fera pas attendre long-tems. En vous priant, Monsieur le Baron, de faire de mes remarques l'usage que vous jugerez vous-même lo j)]us utile H lu cause grecque, à laquelle vous vous êtes voué avec autant de zèle que d'intelligence, je vous prie, etc.

mémoire de l'auteur sur la situation des affaires jmbliques de la Grèce ajtres la composition définitive du Gouvernement de sept membres^ adressé à S. E. Sir Stratfoî'd-Canning , ambassadeur extraordinaire de S. M. B, à Constantinople,

A Nauplle, ce 1er mai 1832.

Monsieur l'Ambassadeur !

Je viens de lire les observations que V. E. a adresse'es u MM. les résidens des trois Puissances à Nauplie (voy. n" 1) sur l'état de la Grèce au mois de décembre de l'année dernière, et sur les moyens à employer pour rendre la paix initérieure à ce malheureux pays. Les sentimens d'un homme Ide bien, réunis à la connaissance exacte des affaires grecques, Ique j'ai retrouvés dans cet exposé, m'engagent à vous adres- !ser quelques remarques détaillées sur ce qui vient de se passer autour de moi. Ma position vis-à-vis de la Grèce et de son souverain futur m'impose le devoir de ne rien omettre de ce qui pourrait contribuer à éclairer le jugement et la conscience de ceux qui ont de l'influence sur la décision de son sort définitif, et qui désirent que ce sort soit conforme aux vues bienveillantes des Puissances protectrices de !a Grèce, et à l'état actuel de l'Europe. La démarche que je viens de faire, me paraît d'autant plus nécessaire que le protocole du 7 mars, qui réclama la formation d'un nouveau gouvernement, semble reposer sur les renseigneraens de V. E., et que le premier essai qu'on a fait pour marcher dans cette nouvelle route, a subi des changemens essentiels qui, si on les regardait d'un seul côté, pourraient faire douter même de la possibilité d'établir quelque chose de durable jusqu'à l'arrivée du Prince , opinion également erronée et préjudiciable à l'avenir du pnys. Permettez -moi de commencer par un aperçu raisonné des événemens qui ont amené l'état actuel.

Les Roméliotes étaient entrés à Argos, lorsque le protocole du 7 meus arriva de Constantinople; cela nous sauvera, disait-on de toutes parts, et comme on s'aperrut que le comte Augustin Capodistrii: ne pouvait plus compter sur dix soldats, on l'engagea à donner sa démission. Cette démarche leva le grand obstacle de la réconciliation , et comme il fallait procéder par l'organe du Sénat, on était fondé à

croire qu'une commission de ce corps se rencontrerait avec une autre des opposans, pour s'entendre sur la composition du nouveau gouvernement, qui ensuite aurait dû être adopté par le Sénat et reconnu par les résidens. Au lieu de suivre cette route naturelle et commandée par l'esprit même du protocole du 7 mars , on procéda suivant la fausse supposition qu'après l'éloignement de la famille Capodistria, toute composition d'un nouveau gouvernement serait acceptée par le parti dissident, et que, si l'on rencontrait encore quelques difficultés de ce coté, on pourrait les vaincre par des menaces. D'après cette manière de voir, le gouvernement consistant en cinq membres (Colocotroni , Zaïmi, Boudouri, Métaxa et Coletti) fut proclamé et reconnu à l'instant même par les résidens. Cette composition aurait peut-être été tenable au mois de janvier, lorsque le parti des Roméliotes fut rejeté à Pérachora et à Mégère; elle ne l'était plus aujourd'hui,puisqu'elle n'était conforme ni à l'esprit du protocole, ni à la position des partis amenée par le renversement de la famille Capodistria. Le protocole réclama la formation d'un gouvernement sur une base plus large , capable de donner des garanties aux partis opposés; or, quel était le nombre et l'état de ces partis ? Le Péloponèse en contient trois : le parti militaire de Colocotroni et de Coliopoulo; celui des primats représenté par les familles influentes de Londos , Notaras, Délijanis, Mélétopoulos, Bénizélos, Roufos et autrefois Zaïmis, lié avec les autres par des intérêts communs et par ceux de la parenté; puis enfin le parti de Maina, qui est en-dehors du cercle des deux premiers , opposés entre eux d'esprit et d'intérêts. Colocotroni était bien le représentant du sien; mais Zaïmi, après s'être séparé de ses anciens amis, était regardé comme déserteur de leur cause, et avait perdu jusqu'à la confiance de ses parens. Placé dans le gouvernement, il n'y représenta que sa propre personne, et pour ne pas rester seul, il était forcé de chercher une place dans la confiance de son vieil ennemi qui, de son propre aveu, l'a volé aussi bien que les autres. On doit dire la même chose de Métaxa : comme homme politique, il n'a jamais été qu^ l'associé et le confident de ce chef redouté des armes clephtiques du Péloponèse. Voilà donc l'intérêt de Colocotroni représenté par trois membres dans une commission de cinq, et le puissant parti des primats, ainsi que les fougueuses peuplades de Maina, laissées en dehors de la combinaison de cet essai en fait de gouvernement. Hors du Péloponèse, il y avait d'un côté le parti d'Hydra, et de l'autre, les Roméliotes,

Boudouri n'avait jamais pris une position franche et décidéeil s'est toujours promené entre ses inclinations pour ses compatriotes et les faveurs de Capodistria. Il paraît même que le premier mobile de ses actions fut son aversion contre la famille Condourioti, centre du parti dominant d'Hydra. Loin de donner des garanties comme membre d'un gouvernement, il était plutôt fait pour repousser la confiance du parti qu'il devait représenter. La Romélie était divisée, pour ne pas dire déchirée, par les deux partis qui s'étaient rencontrés dans les rues d'Argos, et qui depuis s'étaient livrés des combats acharnés à Mégare, à Eleusis, à Livadie, à Arachova, à Salona et à Naupacte. ' De ces partis, il n'y avait que celui de Pérachora qui, dans ce nouveau gouvernement, eût son garant dans la personne de Coletti; l'autre, qui défendait les intérêts du gouvernement Capodistria, fut entièrement oublié. Outre cela, si l'on considère les relations militaires de la Grèce, il était bien étrange que le Péloponèse, qui n'a jamais été beUiqueux, comptât un général dans la commission, pendant que les provinces de la Romélie, essentiellement guerrières tant à cause du caractère de leurs habitans que par leur position, ne voyaient aucun de leurs chefs à côté du héros de Carytène.

Voilà le coté faible de la composition vis-à-vis du protocole et des garanties qu'il voulait accorder aux partis opposés de la Grèce; mais cette composition défectueuse en elle-même se montra comme impossibilité politique aussitôt qu'on la regarda vis-à-vis des événemens. Le système Capodistria s'écroula devant les succès des Roméliotes, et ce système reparut dans la commission avec ses deux noms les plus tranchans , et les plus odieux aux opposans. Outre cela, il fut soutenu par le Sénat qui, sur quatre membres modérés, en comptait neuf regardés comme les soutiens les plus fermes du pouvoir dé' chu. Quelle fut alors la position de Coletti? Par une combinaison bien étrange il se trouva seul au milieu de ses ennemis les plus prononcés, pris par derrière par le Sénat et ne pouvant pas même compter sur Zaïmi et Boudouris. 11 n'y a peut-être pas d'exemple dans l'histoire de ce qui se présente ici, où, par luie convenance politique, on donna à ce corps, reste d'un système détruit, le droit d'organiser le pouvoir en faveur de ses adversaires, et de faire subir aux vainqueurs le sort des vaincus. Et comment auraient-ils pu éviter ce sort, n'ayant dans la commission de cinq membres qu'un seul dont ils fussent sûrs? Quand même Coletti aurait voulu entrer dans ce gouvernement, il ne l'aurait pas pu: comme homme,

il aurait été perdu; comme chef politique, U n'aurait été obéi d'aucun membre influent de son parti, et la guerre civile, au lieu de s'éteindre sur les décombres du système détruit, se serait rallumée avec plus d'acharnement que jamais. 11 fallait donc ou subir les chances de cette guerre et perdre ainsi la Grèce, ou tâcher d'amener promptement une telle modification dans le gouvernement qu'il s'approchât plus des conditions du protocole et des besoins nouveaux et réels du pays; voilà la cause du mouvement des Roméliotes sur le faubourg de Nauplie le 10 avril. Le mouvement effectué sans qu'aucun acte d'hostilité ait été commis, et suivi de l'entrée de Coletti à Nauplie sous la sauvegarde des Puissances, obtint le résultat désiré. Dès le lendemain une commission de sept membres fut décrétée sous la garantie des trois résidens. Les quatre noms de Condourioti, d'Ypsilanti, de Coletti et de Zographos donnèrent la majorité d'une voix au parti vEiinqueur; mais par des intrigues que je n'ose pas décrire ici, la commission sortit du Sénat avec le nom de Tricoupi. Ce dernier, pour les mêmes raisons que Zaïmi, avait perdu la confiance de ses anciens amis, et quelque respectable qu'il fût d'ailleurs, son apparition seule dérangea toute la combinaison destinée à tranquilliser les esprits, et à mettre fin aux longues souffrances de la Grèce. Après trois jours de travaux pénibles, on obtint enfin, au lieu de Zographos et de Tricoupi, le nom Roraéliote d'Athanasios Lidoriki, homme sans caractère et sans considération, jeté au milieu de plusieurs autres par les Roméliotes du parti Capodistria, et accepté comme demi-résultat par une espèce d'abattement de la part des autres. Mais Lidoriki était absent, et bientôt on s'aperçut que les six autres membres du gouvernement, divisés en trois voix de chaque côté , réduiraient son action à rien , et cela dans le tems d'effervescence et de manque complet de moyens, vis-à-vis d'une armée qu'on ne pouvait pas payer, et à laquelle ce gouvernement stationnaire ne pouvait fournir les moyens de vivre même pour les fêtes de Pâques. Ainsi il fallait absolument ou risquer les conséquences d'une dissolution générale, ou sortir de cette position fâcheuse. Ce fut alors que les députés des chefs Roméliotes d'Argos proposèrent le nom respectable de Cost;-i Botzaris, au lieu de Lidoriki, dans une séance qu'avaient combiné le gouvernement et le Sénat. Ce n'est qu'après imt lutte de quatorze jours, où trois fois on a été poussé presqu'au désespoir, qu'on est parvenu à remédier aux inconvénieus des premières compositions du gnuvememeiit, et que

les afifaires ont commencé ù marcher. Voîlà l'état des choses, sur lequel je désire adresser quelques observations à Votre Excellence,

En entrant dans la matière même, je me servirai du canevas des conversations que j'ai eues ces jours-ci avec un diplomate distingué de votre connaissance. Nous nous trouvons unis dans le but de sauver la Grèce, quoique jugeant quelquefois difieremment la nature des événemens, et les moyens qu'il faut employer pour atteindre ce but. „0n aurait dii , me dit-il , agir d'un commun accord , et de manière à ne pas blesser la Eussie; c'est d'elle que dépend le sort des négociations à Constantinople , et par conséquent le sort de la Grèce; c'est pourquoi on aurait dû se contenter de la première commission, malgré la répugnance de quelques capitaines contre deux de ses membres. Coletti l'a renversé, et les conséquences de ce dérangement se sont développées tout de suite. On est paisse de Tricoupi à Lidoriki; de Lidoriki on vient d'arriver à Costa Botzaris, puisque telle avait été la volonté des capitaines; cela n'est plus un gouvernement, c'est la débâcle de l'ordre social amenée par la force, et il serait tout naturel de voir venir demain Pétro-Bey demander un membre de son choix, et le jour suivant, d'autres capitaines protester contre Métaxa et Zaïmi. Il ne doit pas paraître trop étrange que, dans un tel état de décomposition et de violence, un de mes collègues me déclare que l'affaire devient parfois trop rebutante, et qu'il est disposé à s'éloigner de son poste, au moins pour quelque tems. A Londres, la question grecque est devenue stationnaire , puisqu'on ne peut pas la finir, avant que la décision sur les frontières ne soit arrivée. Toute espèce de traité, de garantie d'emprunt, l'acceptation du Prince même, est basée sur cette transaction fondamentale, et d'après ce qui se passe ici, et vu la manière dont les événemens seront envisagés par la diplomatie russe, au lieu d'approcher de la fin, on s'en éloignera chaque jour davantage. La conséquence en sera qu'on se dégoûtera d'une affaire qui n'a plus d'issue, que l'ambassadeur anglais partira de Constantinople, que la Grèce sera livrée à son sort qui , d'après ce qui se prépare , ne pourra pas même être douteux. En vain on se flatte d'un secours réel de la part de la Bavière ; comme le traité n'est pas encore signé, le roi ne pourra pas envoyer son régent , sans risquer d'être abandonné à ses propres moyens, si l'Alliance venait à se dissoudre, soit par suite de nouvelles complications en Eu-

rope, soit par le changement des dispositions de l'un des trois cabinets."

A ces observations qui se pre'sentèrent successivement dans le cours de nos conversations, je répondis à peu près de cette manière : „Si la Grèce est destinée à périr par suite des cvénemens qui viennent de se passer, la faute n'en sera ni aux Grecs , ni aux trois Puissances , mais bien à ces hommes qui avaient voulu lui imposer un gouvernement convenable peut-être à une époque déjà éloignée, mais aujourd'hui propre à rallumer la guerre civile, au lieu de la finir, ainsi qu'à ceux qui aveuent renversé la combinaison reposant sur les noms d'Ypsilanti et de Zographos; tout le reste, loin d'être amené par la force armée, est plutôt le résultat de la force intérieure des choses, et, si vous voulez, du droit d'exister et d'agir, qu'on ne pourra pas refuser de reconnaître à un parti vainqueur et à une cause palpitante de vie et de mouvement. Pour lui, les deux conditions d'existence et d'action étaient la majorité dans la commission du gouvernement, et la convocation de l'assemblée dispersée par le canon d'Argos; c'est ce qu'on a réclamé et obtenu, rien de moins et rien de plus. Au lieu de se méprendre sur la nature de ce changement nécessaire par rapport à un gouvernement mal improvisé, i' serait bon de regarder d'un peu plus près pour y découvrir quelque chose de plus que des fusils et des yatagans Roméliotes, On ne parle que des capitaines armés là où il y a peut-être la nation même. Les chefs militaires avec leur clientèle forment sa partie active, à laquelle la Grèce est redevable en premier lieu de son indépendance. C'est en conséquence de ses mérites et de sa position sociale que l'armée prend part à l'assemblée nationale; elle y est représentée par dix chefs choisis par leurs frères d'armes. Et qu'ont-ils fait ces capitaines-députés? Us ont gagné par leur conduite la considération du pays et des étrangers: et vous-même. Monsieur, vous avouez que les Grivas et les Zervas paraissent vouloir montrer qu'ils savent se conduire en guerriers appartenant à une nation civilisée. La discipline qu'ils ont fait observer, est sans exemple parmi des troupes irrégulières, et leurs sentimens, manifestés par les actions, ne démentent pas l'opinion favorable que vous avez conçue d'eux; au champ de bataille ils ont défendu la vie des personnes les plus odieuses du parti opposé , jusqu'à celle du capitaine Poulos Diamantidis , sur lequel repose la malédiction de Poros, qui a été sauvé par Chatzi-Christo qu'il s'était plu à persécuter long-tems eu ennemi acharné. Ainsi Spilio-

topoulo, au risque de sa propre vie, a protégé le neveu de son ennemi Spiliades , tombé entre les mains des Roméliotes. Après la victoire, ils ont pris le même soin de la propriété de leurs ennemis; ils n'ont touché à Argos ni à la maison du comte Augustin, ni à Pronia (faubourg de Nauplie) à celle de Calergi. Je fus moi-même présent, lorsque ce dernier fit prier par son aide-de-camp de ménager l'ameublement de son hùtel. „ „Nous ne sommes pas de voleurs, répondit Nicolas Zervas , et nous ne faisons pas la guerre aux chaises de M. Calergi-, s'il veut, il peut venir lui-même s'asseoir sur elles au milieu de nous."" — Même dans les événemens qui concernent la politique intérieure, au lieu de les accuser de violence, on pourra bien leur reconnaître quelque modération en ce qu'ils se soumettent à un noju aussi odieux que celui de Métaxa, se contentant de la majorité d'ime seule voix dans un gouvernement qui doit son existence à leur victoire, et proposant pour l'obtenir un nom d'une probité et d'une modération reconnues , bien qu'il ne soit pas proprement un des leurs, ayant en outre contre lui, comme Souliote, les préventions Kjui n'ont pas cessé d'exister, même à présent, parmi les Roméliotes contre ce peuple d'Albanais. Ce ne serait qu'aujourd'hui qu'on aurait le droit d'accuser les capitaines d'usurpation, et le gouvernement d'impuissance, si, non contens d'avoir la majorité dans la commission, les premiers réclamaient des changemens ultérieurs, et que le gouvernement constitué comme il est, se rendit à leurs demandes. Jusque là ces accusations paraissent déplacées, et soyez bien sûr, Monsieur, que de telles demandes n'arriveront pas, et que, dans le cas contraire, le gouvernement et le Sénat les repousseraient. Certes ces deux autorités ne se seraient pas rendues aux dernières réclamations, si elles n'avaient été convaincues qu'elles renfermaient les conditions essentielles pour faire marcher les affaires, et sortir enfin d'une crise qui durait déjà trop long-tems pour le bien du pajs."

„Mais il y a encore d'autres observations à faire sur les arrangemens politiques: on ne veut pas voir derrière les capitaines avec lesquels ils sont unis de sentimens et d'intérêts, les députés émigrc's d'Argos, renforcés d'un nombre considérable de plénipotentiaires choisis par les provinces. Le mouvement sur l'Isthme fut exécuté pour recommencer l'assemblée d'Argos ; l'armée ne devait être considérée que comme la sauvegarde des députés pour les défendre contre de nouvelles tentatives de violence de la part de leurs adversaires: c'est pour cela qu'elle s'est avancée avec des rameaux d'oii-

vier, et qu'elle a été accueillie avec enthousiasme jusques aux j)ortes de Nauplie. Ces députés sont en grande partie ceux d'Arf^os, et attendent la proclamation du gouvernement, non pour continuer l'assemblée de Pérachora, comme on le répète, mais pour donner suite à la convocation de l'assemblée nationale faite par feu le président Jean Capodistria, et répétée par la commission gouvernementale après sa mort. Pour se soumettre au gouvernement institué par le Sénat, ils avaient demandé, d un commun accord avec les capitaines, que l'opinion du pays y eût la majorité contre les hommes du système déchu, et que l'assemblée d'Argos fût renouvelée sans délaii. Cette opinion était si générale qu'il n'y avait pas un seul opposant, et tellement arrêtée qu'aucun gouvernement, fùt-il le plus fortement constitué, n'aurait pu lui résister, puisqu'elle renfermait le but même pour lequel on avait pris les armes, et subi toutes les chance3 d'une guerre désastreuse. L'armée avait servi à renverser le système de Capodistria , l'assemblée concourait au rétablissement des droits nationaux, foulés aux pieds par sa famille. Qu'on cesse donc de n'entendre dans tout cela que la voix de quelques capitaines mécontens et ambitieux; il y a quelque chose de plus grand que de telles clameurs , c'est le consentement des députés de l'armée et des provinces; c'est l'opinion publique, réunie sur ces deux points, et il y a bien là tout le sort de la nation , autant qu'il dépend d'elle."

„ 11 faut avouer que même à présent le gouvernement n'est point composé de manière à satisfaire entièrement aux besoins du peuple et aux vues de l'Alliance; mais au moins il peut agir et finir par arriver à l'assemblée nationale: c'est elle qui aura seule le droit de constituer définitivement la commission gouvernementale qui n'existe à présent que par un simulacre de droit attribué au Sénat, et de lui donner la direction dans laquelle il doit marcher jusqu'à la venue du Prince."

„Mais, dira-t-on, quels sont les résultats profitables au bien public qu'on a gagnés par ce changement brusque d'un système établi? Malgré toutes les apparences de désordre et toutes les difficultés réelles, suscitées en partie par la nouvelle position , ces résultats me paraissent dès à présent même très-importans. Je ne parlerai pas du désir général de se voir délivre d'un pouvoir qui devenait de jour en jour plus odieux. Je veux seulement signaler les deux avantages les plus essentiels du nouvel ordre de choses, savoir: le rétablissement de la paix intérieure et la réunion de

tous les hommes supérieurs et respectables de la nation autour du nouveau gouvernement. Aussi long-tems que le pouvoir déchu pesait sur le pays, aucune réconciliation n'était possible; les haines étaient trop profondes, les craintes trop réelles, pour qu'on put s'entendre et se croire: tout cela se trouva changé en peu de tems. Devant les portes mêmes de Nauplie la reconciliation des partis Roméliotes s'est opérée, et sur tous les points où l'on se battait encore avec acharnement, les hostilités ont cessé à l'instant. Les 3Iainotes, prêts à fondre sur le midi du Péloponèse, sont restés dans leur pays, et Colocotroni a renoncé aux armemens. De l'aveu même des adversaires, il n'y a plus de probabilité d'une guerre civile, aussi long-tems que le gouvernement établi subsistera, j)uisque toutes les forces réelles du pays se trouvent de ce côté. Pour ce qui regarde les hommes distingués de la Grèce, il était bien étrange que peu à peu ils eussent tous déserté feu le Président. On ne pouvait pas attribuer cette retraite à une cause passagère, puisqu'elle se changea en un abandon général qui s'opéra dans la même proportion que son système politique se développa, de sorte qu'à la fin de sa carrière il ne se vit entouré que d'hommes médiocres et de mauvais sujets, bons seulement à le perdre lui-même dans l'opinion de son pays. Ce système était à peine renversé et le gouvernement national établi à sa place, que ces mêmes hommes, oubliant leurs dissensions antérieures, arrivèrent de tous côtés pour l'aider de leurs conseils, ou le soutenir par leurs talens. Pas un seul des personnages remarquables du pays ne manqua à ce ralliement, et s'il y a probabihté de sauver la Grèce par le concours des lumières et des vertus qu'elle renferme dans son sein, cette oeuvre de salut va s'opérer actuellement où, au heu d'un ou de deux partis divisés de haine et d'intérêts, c'est la nation même qui se retrouve et se reconnaît dans l'élite de ses citoyens."

„ll est bien vrai que les premiers pas de ce gouvernement sont hérissés de difficultés réelles, aggravées d'une manière alarmante par le manque complet de moyens pécuniaires , puisque l'ancien gouvernement, pour ainsi dire, a mangé le présent et l'avenir; mais voilà justement le point où il faut venir au secours du nouvel ordre de choses: il s'agit de mettre le pouvoir à même de payer, au moins en partie, l'armée et la marine, et de s'assurer par là de leur discipline et de leur obéissance. Telle est la nécessité des circonstances que cette question des subsides est presque devenue la question de vie et de mort pour le gouvernement et la Grèce

entière; mais aussi cette difficulté levée, les autres s'applaui ront et on n'aura point à craindre soit des prétentions exorbitantes de la part des capitaines, soit des exigences politiques de l'assemblée qui va se réunir bientôt. La Grèce rendue à elle-même sera capable d'attendre, dans un état de paix et d'ordre renaissant, la décision de son sort."

Mais tandis qu'en écrivant je mets un peu d'ordre dans les remarques au moyen desquelles j'ai tâché de m'entendre avec le diplomate qui m'avait fait l'honneur de m'écouter, je trouve que mon exposé passe les bornes d'une conversation et devient à peu près un mémoire sur la situation actuelle de la Grèce. 11 sera donc plus convenable que j'abandonne la forme adoptée, et que je m'adresse directement à V. E. sur les objets mis en question, et que je n'ai pas encore entamés.

J'arrive aux négociations de Constantinople dont il est facile de reconnaître l'importance vitale. 11 faut que la Grèce soit assurée sur ses frontières pour obtenir tous les secours qu'on lui destine, et voir débarquer le Prince ou son lieutenant. Leur arrivée seule terminera pour toujours cette révo' lution désastreuse, et c'est alors seulement que la Grèce, mise à l'abri de nouvelles secousses, entrera dans la sphère de la paix générale de l'Europe. Mais pendant que les difli cultes que les transactions ont rencontrées dès leur commea cernent à Constantinople, paraissent s'aggraver, grâce à des complications et peut-être à des ressentimens , suite inévitable de toute catastrophe politique, l'état de la Grèce ne saurait supporter plus long-tems sa détresse inouïe, et le relâchement de tous ses ressorts sociaux, qui en est la conséquence. S'il y a actuellement une cause générale qui apaise la haine, dispose les hommes emportés à prendre patience, et les raisonnables à se comporter le mieux possible, c'est l'id.'e du Prince et de l'avenir qui s'y rattache ; c'est la conviction que le sort de la Grèce est définitivement arrangé, que les souffrances des individus seront bientôt terminées, et que leurs besoins et leurs justes demandes seront satisfaits. Mais cette confiance s'affaiblira, en attendant, sous un poids de maux presqu'insupportable, et l'espoir d'en être bientôt débarrassé une fois évanoui, il est facile de prévoir quelles en seront les suites. Dans cette situation pénible, mêlée d'espérance' et de crainte, on se demande de toute part quelles peuvent être les intentions de la Russie après les derniers événemens, et sous quel point de vue il fallgiit placer et traiter la ques tion grecque, poiu- la montrer digne de l'intérêt de cette

grande puissance ? La Russie a soutenu le comte Jean Capodistria jusqu'à la fin de sa carrière, puisqu'elle n'a pas changé d'opiuion à son égard, restant toujours persuadée, comme toute l'Europe l'était auparavant, que cet homme d'état expérimenté était le mieux fait pour donner la paix à ce pays déchiré par les factions, et y établir un ordre de choses durable. J'ai partagé moi-même cette conviction; j'étais un de ses partisans et un de ses défenseurs publics contre ses ennemis et ses accusateurs en Europe. Ce n'est qu'au milieu de la Grèce que l'évidence des choses m'a forcé de rectifier mon opinion, en reconnaissant que ce fut par des fautes graves , commises dans le domaine de la législation, de l'administration et de la politique intérieure, que le gouvernement du comte Capodistria commença à chanceler; puis ayant trouvé que tout ce que la Gr(Nce compte d'hommes ijudicieux et de forces réelles, s'était mis en dehors du cer- Icle de son action, ou en opposition hostile contre son pouivoir, je devais le regarder comme un homme perdu. Il m'a iavoué lui-même, peu de jours avant sa mort, qu'il se trou- Ivait à la fin de ses moyens et de ses mesures. Si le cabinet de Saint-Pétersbourg ne s'est pas aperçu de cet état de I choses, qui devait renverser tôt ou tard le système qu'il avait idéfendu, c'est que ses agens politiques qui se trouvent sur les lieux, ont jugé différemment les questions qui s'y rattachent. Assurément la Russie elle-même, tout en protégeant le gouvernement établi dans ce pays , n'a pas voulu défendre ses fautes, ni partager ses égaremens, aggravés dans les derniers tems par des horreurs ; et c'est par suite de ces fautes et de ces horreurs qu'il a succombé. Dans l'exécution des mesures requises par feu le Président, il y a eu de part et d'autre des froissemens violens d'intérêts qui ont produit des irritations assez graves; mais ces événemens sont accidentels, et ces haines passagères. Une fois que les passions soulevées par des catastrophes sanglantes seront apaisées, les Grecs ne tarderont pas à reconnaître de nouveau leurs bienfaiteurs, et à voir dans la Russie uu des soutiens les plus piiissans de leur indépendance. Il est impossible que la Russie soit hostile à la Grèce, et la seule chose qu'elle demandera, et qu'elle est en droit d'exiger, c'est que l'état nouveau du pays et de son gouvernement offre des garanties nécessaires pour le maintien de la paix et du bon ordre jusqu'à l'arrivée du Prince. Même si d'après l'opinion de quelques personnes, ce gouvernement ne remplissait pas encore ces conditions, il faudrait avoir égard à sa situation et à son I. 25

incontestable bonne volonté, et l'aider à sortir d'nne position qu'il n'a pas créée lui-même. C'est le sens du protocole, et c'est bien la marche qu'il paraît imposer aux organes politiques de l'alliance.

Mais supposons une chose qui ne paraît pas vraisemblable, savoir que quelque agens de la Russie auraient mis, comme condition de leur coopération, le maintien du système Capodistria. Pourrait-on croire la Russie elle-même disposée à la retirer et à la changer en opposition, après ce qui \ient de se passer ici ? Il me semble que non. Quel que soit le point de vue sous lequel on regarde la question grecque, et quels que soient les intérêts qu'on y rattache, pour l'alliance elle présente toujours la même alternative: il lui faut ou sauver la Grèce, ou la perdre en l'abandonnant à son sort. C'est ! le malheureux à qui on a tendu la main au milieu du naufrage, et qu'on ne peut relâcher sans le voir s'engloutir dans ) les Ilots. Sauver la Grèce? voilà ce que réclament les sacri- . fices qu'on a déjà faits à sa cause, le pays même, son immense 1 gloire, ses immenses malheurs, la sûreté des mers, le commerce et la paix de l'Europe, L'abandonner? on ne le peut pas, puisque jamais la Grèce ne sera délaissée de toutes les Puissances qui se sont intéressées à son sort. Pourquoi l'Angleterre et la France sont-elles entrées dans la triple-alliance? pour empêcher la Russie de traiter seule la question grecque, Pourquoi l'Angleterre et la Russie y doivent - elles rester? pour empêcher la France de s'emparer seule de son arrangement. Là-dedans il y a bien un cercle étroit de nécessités politiques, ou, si l'on veut, un labyrinthe de thèses et de conclusions très-serrées, où l'on est entré. Pour en sortir, il faut bien garder le fil, et revenir par ce moyen au point où l'entrée et la sortie sont placées l'une à côté de l'autre,

Je ne crois pas convenable d'entrer dans les questions qui regardent S. M. le roi de Bavière, puisque, de sa part, il y a des seutimens élevés et un intérêt profond mêlés aus questions de haute politique; ni de finir par un appel à l'intérêt que Votre Excellence a toujours porté à la Grèce, autrefois si illustre et à présent si malheureuse. Je ne désire que d'avoir à l'avenir l'avantage d'être présenté à Votre Ex' cellence, pour lui témoigner personnellement la haute et sincère estime dont Ses vertus et Son caractère politique m'ont pénétré depuis long-tems.

En vous priant, etc., etc.

Pièces relatives à l'insurrection contre le Gouvernement mixte.

Page 154. „Le même jour ou il (Colocotroni) /ut averti que Grivas devait se rapjjrocher de Carytène, il lança son manifeste contre le gouvernement et le congres.''^

r ouR faire voir de quelle manière les mouvemens insurrectionnels du parti vaincu furent représentés et jugés, nous joignons quelques lettres de Zavellas sur ses démarches, les proclamations de Colocotroni et la réponse des députés du Péoponèse.

Lettre du général K. Zavellas à fauteur.

(Traduction du grec.)

Monsieur!

Je m'étonne de ce que vous avez été pénétré de douleur en apprenant que les soldats qui sont placés sous mes brdres, se trouvent eu opposition ouverte contre le gouvernement, vu qu'ils ne souffriront jamais de voir les forteresses de leur patrie au pouvoir d'une garnison étrangère. Quant à moi, j'espérais plutôt que votre âme philhellénique aurait au contraire senti une véritable satisfaction à l'aspect de ces preuves palpables de patriotisme et d'amour de la liberté que les Grecs viennent de donner. Cette opposition, Monsieur, de la part de la garnison de Patras, de Rhion et d'Antirhion, prouve clairement que les soldats grecs savent respecter la dignité nationale, comme tout peuple jaloux de son indépendance. J'aurais désiré que vous fussiez ici dans cette

circonstance, car je suis convaincu que votre coeur sensible aurait palpité de joie.

Mais il est probable que le mouvement de la garnison de celte ville vous a été présenté dans un faux jour, et peint avec des couleurs défavorables. N'en doutez pas, Monsieur, ce mouvement n'est point isolé, malgré les faux renseignemens qu'on s'empresse peut-être de vous donner sur les dispositions des esprits en Grèce, par rapport à la commission gouvernementale.

Je crois de mon devoir de vous observer que ce gouvernement n'a pas répondu, ni aux voeux des puissances alliées et du nouveau souverain, ni à l'attente du peuple grec. C'est là ce qui explique comment ce même gouvernement, bien que reconnu par MM. les résideus, ne l'a point été par les Grecs. Vous l'avouez vous-même, Monsieur le conseiller, que les cours alliées, ainsi que notre monarque, désirent, dans leur sagesse et dans leur sollicitude , qu'il soit établi dans ce pays un gouvernement capable de réunir tous les partis. Vous avez acquis sans doute, par un long séjour parmi nous, une assez grande connaissance des affaires grecques, et vous avez été témoin de tous les malheurs auxquels la Grèce est en butte depuis plusieurs mois; vous connaissez de près tous ceux qui, non par patriotisme, ou par amour de la liberté, ou enfin par quelques principes constitutionnels dont ils font parade à dessein, mais bien par ambition et par intérêt in dividuel , ont cruellement déchiré leur malheureuse patrie. Avec une telle connaissance des hommes et des choses, pourriez-vous jamais porter un jugement favorable sur cette heptarchie gouvernementale? Qui a brûlé la flotte nationale? qui a morcelé la Grèce en tant de fractions? qui a insulté la patrie et foulé aux pieds ses droits inaliénables ? qui a dévasté et pillé des provinces entières? qui a inspiré la terreur aux paisibles citoyens par des actes d'un affreux brigandage? Je vous le demande , si la tranquillité de la nation dépend de la réunion des différens partis, le gouvernement provisoire est-il fait pour consommer cette oeuvre, ou n'est-il pas plutôt composé lui-même de personnes qui appartiennent à une seule faction?

Mu par votre zèle pour le bien de la Grèce, vous me donnez des conseils dont je suis loin de méconnaître la sincérité. Plût à Dieu, Monsieur, que l'état des choses fût tel qu'on vous le représente. Vous croyez que ce n'est point l'esprit de vengeance qui anime la commisson gouvernementale; mais bien l'esprit de réconciliation et de paii. Au lieu de vous

en référer aux rapports intéressés de quelques personnes, portez plutôt vos yeux autour de vous-même , et vous serez convaincu du contraire. Composé d'individus dont les actes et les passions peu louables sont connues à la nation entière, le gouvernement en question n'est point fait pour s'attirer l'obéissance des peuples , loin de pouvoir réunir les factions

Vous ignorez peut-être, faute de renseignemens, ce qui se passe dans les provinces , ainsi que les dispositions des esprits dans l'intérieur du pays. Toute la Grèce continentale craignant les effets fâcheux du système actuel adopté par le gouvernement, a pris le parti de s'administrer par province, en cherchant toutefois nn ordre parfait. Spezzia, Egine, Tino et plusieurs autres îles de la mer Egée, ainsi que diverses provinces du Péloponèse, telles que l'Arcadie, l'Elide, la Carytène , etc. , ont adopté cette mesure salutaire , et une seule voix retentit de tous côtés: ,,Nous maintiendrons, chacun chez nous, la tranquillité et l'ordre public jusqu'à l'arrivée de notre souverain!"

Les Grecs, comme vous devez l'avoir remarqué vousmême, sont un peuple obéissant et tranquille. Ce n'est que pour éviter les malheurs que la conduite hautaine de la faction du gouvernement peut attirer sur la Grèce, qu'ils se sont constitués en état de défense, et les yeux fixés sur leur souverain, ils jurent sur son nom et sur celui de la patrie que la tranquillité ne sera point troublée, pourvu que le régime antinational de la commission cesse d'exister.

Avant de finir ma lettre, je dois vous déclarer, Monsieur, que mes sentimens ne diffèrent point de ceux des autres vrais patriotes. Plaçant toutes mes espérances dans la justice de ma cause, j'agirai aussi dans cette circonstance d'une manière digne des devoirs sacrés que je me suis imposés.

J'espère qtie la commission gouvernementale, sentant sa position et sa faiblesse, ne voudra pas, en commençant la guerre civile, s'engager dans une lutte que les droits de la nation et les intérêts de la Grèce bien entendus rendront aussi inégale qu'inutile pour le gouvernement.

Veuillez contribuer par vos rapports à accélérer l'arrivée du Prince et de son lieutenant. Par ce nouveau bienfait vous mettrez le sceau à tous vos nobles efforts pour le bonheur de la Grèce. La nation entière vous en sera reconnaissante à jamais.

P. S. Afin de vous donner une idée claire de ce qui s'est passé ici , je vous envoie ci-inclus une copie de la communication que j'ai adressée à MM. les résidens.

Lettre du même à MM. les Résidens d'Angleterre^ de France et de Russie.

Messieurs!

Je m'empresse de vous communiquer ce qui vient de se passer ici, comme à ceux vers lesquels la nation grecque tourne les yeux pour placer sous leur sauvegarde ses droits inaliénables.

La Grèce, pressée tour à tour par ses ennemis du dehors et par l'anarchie, a trouvé son salut dans la protection de la triple-alliance.

Un gouvernement établi sous l'égide tutélaire du cette alliance, remplissait les voeux de la nation et répondait aux intentions bienveillantes des trois cours, quand tout d'un coup une déplorable dissension est venu troubler l'ordre renaissant, et la Grèce aurait perdu jusqu'à l'espoir de l'indépendance, si la divine Providence et les Puissances alliées n'étaient venues cette fois-ci encore à son secours.

La cinquième assemblée nationale a décrété un nouveau gouvernement, et jeté les fondemens de l'édifice social dans ce pays, pendant que le congrès de Londres s'occupait à délivrer la Grèce pour toujours d'un provisoire désastreux, et à la placer, par le choix d'un prince, parmi les nations civilisées de l'Europe.

11 est difficile de décrire la joie qu'en a ressenti la nation tout entière, lorsqu'en apprenant la nomination du prince Othon et son acceptation, elle espérait enfin recueillir les fruits de ses travaux.

Mais malheureusement l'horizon politique de notre patrie s'est couvert de nouveaux nuages.

L'alliance a prévu dans sa sagesse l'urgence de la réconciliation des différens partis, avant que le Prince souverain pût se décider à se rendre au milieu des Grecs.

En conséquence, après une mûre délibération, il a été signé un nouveau protocole qui nous est resté inconnu jusqu'ici.

Celui qui nous a été communiqué depuis long-tems, et! qui porte la date du 7 janvier, a imposé au gouvernement provisoire, établi dans toutes les formes légales, le devoir de londer son administration sur la douceur et l'impartialité.

Quant au protocole du 7 mars, qui n'a point été porté

à lu connaissance de la nation, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il a établi, à ce qu'on assure, que le gouvernejnent devait s'entourer de personnes appartenant aux diffe'rens partis de la Grèce, afin de remplir les intentions sages des souverains alliés qui desiraient l'union parfaite de la nation, quoiqu'en définitif elle ne fut divisée que par une poi gnée de criminels, rais sous jugement.

11 paraît que c'est en conséquence de ce protocole que le président A.-A. Capodistria donna sa démission.

Par suite de cette abdication, et vu que l'assemblée nationale était déjà dissoute, il était du devoir du Sénat seul de prendre les mesures nécessaires pour ne pas labser la nation dans l'anarchie. Mais il est évident que l'invasion dans le Péloponèse des troupes appartenant à une seule faction, n'a pas laissé au Sénat la faculté de choisir, libre de toute influence, un nouveau gouvernement qui serait mis à la place de celui qui venait de cesser.

On ignore de quelle manière la commission gouvernementale de sept membres a été nommé par le Sénat.

Mais quel que fut d'ailleurs le mode du choix de ce gouvernement, sa composition répond-elle aux voeux du peuple hellénique, ou bien est -elle conforme aux dispositions du protocole du 7 mars?

La commission est composée, en grande partie, de ces mêmes individus qui jusqu'à présent étaient réputés rebelles, déclarés tels par le gouvernement précédent, et invités par vous-mêmes à rentrer dans l'obéissance.

Au surplus, les secrétaires d'état eux-mêmes sont pris tous parmi les personnes appartenant à la même faction.

Les actes precédens de ces individus, que je ne veux pas qualifier, ne vous sont que trop bien connus. Messieurs, et

ne seront jamais effaces de la mémoire des Grecs

La douceur, l'impartialité^ et surtout l'oubli du passé doivent être les bases du nouveau gouvernement, d'après le protocole du 7 mars. Les hommes du pouvoir se sont -ils conformés à ces dispositions? Non, certainement; les faits le prouvent assez.

Dissolution des troupes régulières; mépris de ces corps irréguliers qui sont restés fidèles au serment qu'ils avaient prêté à l'ancien gouvernement; annulation i\cs décrets d'une assemblée nationale que vous avez reconnue vous-mêmes; distribution d'emplois et de récompenses aux adhérens d'un seul parti, et éloignement de tous les ancieus employés, sans exception, voilà des actes, Messieurs les Résidens, qui prou-

vent que le gouvernement actuel est loin de se conduire avec impartialité et de désirer l'oubli du passé.

Je dois encore observer que les revenus des provinces, au lieu d'être mis à l'enchère, sont devenus l'objet d'un hoateux monopole de la part des hommes au pouvoir, de manière qu'eu toute chose l'inte'rét personnel et la partialité président aux décisions de la commission gouvernementale.

C'est par les raisons que ye viens d'exposer que la nation grecque ne peut, ni reconnaître comme son gouvernement légitime la commission de Nauplie dans la formation de laquelle toutes les formes légales ont été omises , ni approuver des actes qui sont loin de favoriser l'union de la nation, seul objet de la sollicitude de la triple-alliance.

Par les mêmes raisons il ne m'est pas possible non plus de reconnaître un autre corps constituant que l'ancien Sénat et le gouvernement que ce Sénat aura établi sans être influencé par qui que ce soit.

Dans cet état des choses , la garnison de Fatras a reçu l'ordre de la part de la commission gouvernementale de remettre les forteresses aux troupes françaises : en même tems les nouvelles autorités civiles ont fait leur entrée dans la ville d'une manière si arrogante que les esprits, déjà irrités, ne pouvaient que s'aigrir davantage.

Cet ordre inattendu de remettre les forteresses aux troupes d'une puissance étrangère, arrivé dans un moment oi'i le bon ordre que la garnison a observé malgré tant de privations, lui avait mérité les éloges des commandans des trois stations, a donné lieu aux réflexions suivantes de la part des soldats de la garnison en question:

a) Un gouvernement qui a recours à de telles mesures, prouve qu'il n'a aucune force morale et physique;

b) En rendant les forteresses de la Grèce à une puissance étrangère, ce gouvernement non seulement insulte impudemment la dignité nationale, en représentant les Grecs comme incapables de maintenir la tranquillité dans leur pays, mais il prouve aussi qu'il a liutention de faire perdre à la garnison tout ce qui lui est du.

En conséquence , la garnison a décidé que les forteresses de Patras, de Rhion et d'Anlirhion me seraient confiées jusqu'à l'arrivée du Prince, et que le gouvernement de la ville resterait tel qu'il était jusqu'ici.

Cette mesure a été adoptée dans plusieurs autres provinces, afin de maintenir la tranquillité jusqu'à l'arrivée du

nouveaii souverain, qui seul peut guérir les plaies de la nation et lui rendre ses droits.

En vous envoyant ci-incluses toutes les pièces qui ont trait aux événeinens de Patras, et qui vous prouveront la ferme résolution de la garnison et les intentions louables des habitans de Patras, je crois de mon devoir d'arrêter surtout votre attention sur la protestation que j'ai adressée au général Guéhéneuc, lorsqu'en arrivant ici il exigeait de moi la reddition des forteresses.

En conséquence de mes déclarations réitérées , ce général prévoyant les maux qui pouvaient résulter pour la ville de cette intervention armée, a pris le parti sage d'ordonner aux troupes françaises de ne pas entrer ici, et lui-même a mis de suite à la voile.

En terminant je n'hésite pas, Messieurs, à vous déclarer que toute la garnison et plusieurs autres corps sont décidés à verser la dernière goutte de leur sang, afin de défendre les droits de la nation, au nom du roi Othon, contre la faction de Nauplie, et je suis convaincu que votre sagesse et votre justice ne souffriront pas que des hommes qui se sont distingues par la constance de leur caractère et par les services rendus à la patrie pendant la guerre de l'indépendance, deviennent victimes de la vengeance de quelques individus.

Veuillez agréer, Messieurs les Résidens, l'assurance de ma considération respectueuse.

A Patras, ce 10 mai 1832.

(Signé) K. Zavellas ,

Général en chef et commandant supérieur des

forteretses de Patras, de Rhion et

d'Anlirhion,

Lettre des habitans de Patras contre K. Zavellas^ adressée a MM. les Résidens des trois Puissances alliées.

Vons connaissez la révolte de K. Zavellas. Après s'être frauduleusement emparé du château de Patras, il ne s'est pas contenté d'agir contre le gouvernement national; mais il s'est mis de plus à opprimer, de toutes les manières, les paisibles et inoffensifs habitans de la ville et de la province de Patras. Les uns, il les charge de coups; il emprisonne les autres.

il pille et commet mille vexations. Aussi avons-nous été forcés d'abandonner à sa discrétion et à celle de ses satellites nos humbles foyers, à peine relevés de leurs ruines, et toutes nos propriétés, nous estimant trop heureux d'échapper à sa pernicieuse domination.

Mais les souffrances de ceux qui malheureusement sont restés dans la ville , sont difficiles à décrire ; les commandans des bàtimens alliés en station dans le i)ort de Patras, ainsi que les consuls résidans dans la même ville, en sont les témoins. Cependant nous venons d'apprendre que K. Zavellas vous a adressé dernièrement une pétition signée par quelques habitans de Patras qui prétendent être contens de sa bonne conduite. Les soussignés ont l'honneur de vous représenter que parmi les signatures de la susdite pétition, les unes ont été arrachées par la force, les 'autres appartiennent à des étrangers, et la plupart sont tout-à-fait fausses. En conséquence, nous vous prions instamment de ne point ajouter foi à des pareilles pétitions; mais de compatir aux malheurs qui nous font errer loin de nos foyers, d'obliger le rebelle Zavellas par les moyens les plus efficaces de remettre le château aux troupes de l'Alliance, et de nous laisser rentrer tranquillement dans notre chère patrie.

La sollicitude que vous avez toujours témoignée en faveur de toute la nation grecque et de nous en particulier, dans le mois de février passé, lorsqu'en déférant à notre demande, vous avez envoyé les bàtimens de l'Alliance pour protéger la sûreté de notre ville, nous fait espérer que vous ne nous abandonnerez pas aujourd'hui à la merci de l'impitoyable tyrannie d'un homme en état de révolte ouverte contre le gouvernement national.

Dans l'attente d'un prompte secours, nous avons l'honneur d'être.

Messieurs les Résidens, etc., etc.

A Patras, 1832.

Les habitans de la ville et de la prucince de Patras.

Proclamation de Colocotroni contre le (jouvernement mixte, adressée aux Grecs.

(Traduction du grec.)

Concitoyens !

Le Péloponèse fut le premier, malgré l'horrible tyrannie qui l'opprimait, à sentir quels étaient les droits que ses ancêtres lui avaient transmis, que la nature lui avait accordés. 11 se leva, les armes à la main, contre les Turcs, ses barbares oppresseurs. Il n'eut jamais d'autre but que celui de conquérir sa liberté, son indépendance, et de s'assurer que ses droits ne seraient plus indignement violés. Après une guerre sanglante de plusieurs années, après une constcmce invincible dans tous les malheurs qu'entraînent les combats, notre patrie se rendit digne de voir le ciel favoriser son entreprise. Les hautes cours alliées nous soutinrent de leur main puissante, arrêtèrent les torrens de sang et mirent un terme aux souffrances de notre trop malheureuse patrie.

La prévoyance bienveillante de nos protecteurs nous envoya cependant un chef dont la grandeur d'àrae et le patriotisme furent les bases de tous les biens dont nous avons joui pendant trois ans, durant lesquels l'honneur, la vie, les propriétés des citoyens n'eurent aucun danger à courir.

La perte de ce grand homme nécessita la convocation immédiate de l'assemblée nationale qui devait prendre en main le pouvoir en danger, et empêcher quelques hommes de fouler aux pieds, dans des circonstances semblables, les droits de la nation. Les députés légaux du peuple , surmontant la perversité et les cris confus, mirent en action, en mars dernier, les devoirs sacrés que la nation leur avait confiés; ils firent une constitution en harmonie avec une monarchie constitutionnelle; ils hâtèrent l'arrivée du Prince que la haute alliance a choisi; ils décrétèrent les choses les plus importantes, et formèrent un gouvernement provisoire jusqu'à l'arrivée, si désirée par tous, du Prince souverain. Lne conduite si louable de la part des plénipotentiaires, la reconnaissance officielle de leurs actes par fliM, les résidens, conformément au protocole signé à Londres le 7 janvier, tranquillisèrent les craintes de la nation, et lur donnèrent la plus grande confiance dans ce gouvernement paternel et paisible. C'est dans

cet espoir que je revins moi-même dans ma maison, sans marcher contre ceux qui, chassés d'Argos par la volonté générale de la nation , s'établirent à Mégare où ils firent usage de tous les moyens violens et destructeurs pour usurper la puissance, malgré l'amnistie qu'ils avaient obtenue pour tous leurs actes.

Profitant des circonstances, secondés par les mensonges qu'ils répandent, et par la force des armes, ils se précipitent sans frein dans l'Argolide, détruisent son bonheur, et ne rougissent pas de s'emparer pour eux - mêmes de la puissance nationale, au mépris des instructions sages et salutaires du 7 mars; l'empreinte de la plus grande fourberie marque l'établissement d'une commission administrative ; voilà pourquoi le protocole n'a pas été publié. Le Sénat se tait, en voyant ses droits ainsi foulés aux pieds , et ses délibérations violées par la force des armes.

La nation ne demandant que l'arrivée du Prince, a tout supporté pendant un tems, espérant qu'on mettrait à exécution le protocole. Mais voyant le mal augmenter de jour en jour, le pillage et l'abandon désoler Corinthe, l'Argolide et Nauplie, comme, il y a quelque tems, Salone, Thèbes et Livadie , voyant Tripolizza , d'autres provinces ruinées, l'honneur , les propriétés, la vie des citoyens toujours en danger, tous les droits violés, le brigandage et la piraterie infester la Grèce , un grand nombre de citoyens persécutés contre l'esprit des protocoles du 7 mars et du 26 avril, les plus infâmes Albanais, chassés de leur pays, soldés par le pouvoir pour porter le croissant au milieu du Péloponèse, les dîmes absorbées par quelques officiers ou chefs civils, l'armée sur le point de se débander à cause du manque de solde et de nourriture, tout le corps régulier désorganisé, les citoyens comprirent que la patrie aurait déjà eu à souffrir la plus terrible tyrannie, sans l'opposition patriotique de quelques membres de la commission.

C'est ce mépris, cette violation de tous les droits de la nation , qui a forcé les garnisons des forteresses de Patras, «le Rhio et «l'Ântirhio, à mettre ces forteresses sous le commandement de l'honorable général Zavellas , les bandes belliqueuses de la Grèce occidentale et méridionale, à défendre eux-mêmes leur patrie, Spezzia, Tinos et d'autres provinces, ? chasser leurs nouveaux préfets, comme les agens de la perfidie et de l'illégalité.

Les Péloponésiens appreu.nt dernièrement que l'infâme Théodore Grivas, le coryphée de la scélératesse, avait re«;u

ordre du gouvernement de se rendre dans les provinces de Léondari et de Phanari avec les Turcs, ses odieux satellites, et voulant conserver les droits indestructibles qu'ils ont acquis par tant de sang versé, prote'ger leur pays contre les plus grands malheurs, et sauver leurs voisins qui se sont enfuis dans les cavernes pour se soustraire au pillage, et qui, les larmes aux yeux , implorent le secours et la protection de leurs frères, déclarent au nom de S, A. R. le Prince souverain, en face de Dieu et de la haute Alliance, protectrice de la Grèce, ce qui suit:

1° Ils ne souffriront pas l'entre'e de l'infâme Grivas dans les provinces; ils sont prêts à le repousser par la force;

2'' Ils ne souffriront pas que les provinces soient opprimées par des corps de troupes , et sont résolus à chasser de leurs frontières les Turcs albanais qui passent eux-mêmes pour constitutionnels ;

3° Ils emploieront les mêmes moyens de violence que ceux ordonnés par le gouvernement de Nauplie ;

4° Us répondent que l'honneur et la vie de leurs concitoyens qui ont été outragés, seront vengés, et que l'on dédommagera ceux qui ont souffert du pillage dans les différentes provinces ;

5" Ils conservent les anciennes autorités locales jusqu'à ce que le Sénat, par un choix légal et libre, ait créé un gouvernement légitime;

6° Us se déclarent unis avec la partie saine de la population des îles et de la Grèce occidentale, et ils proclament hautement leur amitié et leur sincérité envers leurs frères de la Romélie et des îles qui voudraient combattre pour ramener la paix dans la nation, et pour faire triompher les droits nationaux, avec le zèle patriotique et le courage qui les caractérisent ;

V Ils méconnaissent officiellement les hommes rassemblés à Argos sous le faux nom de députés. La plupart ne sont point revêtus d'un mandat régulier, légal et libre, de la part des communes qui ont le droit de suffrage; le plus grand nombre des plénipotentiaires ont été nommés par des lieux qui ne jouissent pas des droits électoraux, à l'exemple du gouvernement fait par ses j)roprcs mains, qui s'empresse de les rassembler en sacrifiant tous les droits de la nation.

Quand la paix publique sera rétablie et que la violence ne dominera plus le Péloponèse, le peuple pourra se

réunir; tranquille alors, il pourra convoquer ses légitimes plénipotentiaires,

A Carjtène, ce 10 juin 1832.

Le général en chef du Péloponèse

ÏH. COLOCOTRO.M.

Proclamation de Colocotroni aux Péloponésîena.

Chers Compatriotes!

Nous vous adressons copie de notre proclamation au Panhellénium, sous la date du 10 juin. Vous j verrez exprimés les sentimens que vous avez bien voulu nous témoigner par écrit ou de vive voix, ainsi que vos plaintes contre la violation de vos droits et contre les malheurs que plusieurs d'entre vous ont déjà souffert, et dont vous risquez tous d'être frappés, victimes de la perversité de quelques individus.

Le gouvernement de Nauplie arbitrairement nommé et contre lequel vous avez, par plusieurs actes, prouvé votre juste mécontentement, a déjà le projet d'envoyer à Léondari et à Phanari le lâche et indigne T. Grivas, accompagné de ses infâmes satellites et de ses Turcs. Vous pouvez vous figurer par cela même quels sont les plans infernaux que l'injustice et l'iuunoralité prétendent mettre à exécution contre la vie, l'honneur, la propriété et la liberté des Péloponésiens. Pour venir à bout de ces desseins, le gouvernement veut les rendre esclaves, étouffer dans leurs coeurs les sentimens nobles , et anéantir leurs droits inviolables , afin de ne pas les avoir comme obstacle à sa tyrannie. L'exemple trop douloureux des malheurs dont vos confrères les Argieus, les Corinthiens et les habitans de Nauplie, ont été les victimes, ne laisse pas le moindre doute sur la vérité de nos assertions, de même que les mesures prises d'envoyer différens corps de troupes à Tripolizza , qui gémit de ses malheurs, ainsi qu'à Calavrita, Vostizza et Gastouni.

Le moment propice est arrivé ; défendons nos droits comme ceux de la nation toute entière, foulés aux pieds. Je destine à cet effet mon fds , qui est votre camarade , pour marcher contre la violence et l'illégalité, sous la bannière de la justice et au nom du Prince souverain de la Grèce.

C'est à vous de montrer à présent les sentimens de patriotisme et de bravoure qui vous ont caractérisés. Armezvous une fois pour anéantir la tyrannie et la violence. Songez-y bien, il n'y aura plus à l'avenir dans le Péloponèse que des esclaves, si les Péloponésiens ne remplissent pas dans les circonstances actuelles avec fidélité et persévérance leurs devoirs envers la patrie. Nous avons pour défenseur Dieu^ notre Seigneur, qui protège la justice. Nous avons pour aide la justice inaliénable des trois Puissances , et pour alliés toute la Grèce occidentale, les îles et beaucoup de militaires des différens corps ri'guliers, qui ont du sentir la violation de leurs droits, Yous vous êtes informés indubitablement quel est le caractère patriotique des membres de la commission , et quels sont leurs efforts contre l'illégalité et la violence!!! Péloponésiens! rappelez-vous les trophées de Vattedzi et de Lala, songez à l'extermination de Dramali et à raille autres victoires que vous avez remportées sur les ennemis de la patrie, et à votre fermeté sans exemple contre les efforts d'Ibrahim, Courez donc aux armes, sans le moindre retard, sous la conduite de vos braves soldats et de vos chefs, pour faire effacer l'opprobre dont on veut vous couvrir, et pour mettre en sûreté votre honneur, vos biens et vos droits. Tout est facile à exécuter avec l'aide de la Providence et sous l'égide de vos droits. En marchant contre l'illégalité, vous regarderez comme un devoir des plus sacrés, le maintien de l'ordre, la subordination à vos chefs et la promptitude à secourir vos voisins souffrans.

Dans cette nouvelle carrière, défenseurs de l'honneur et de la justice, vous aurez pour observateurs attentifs la nation entière et le monde éclairé. Aucune raison ne saura vous justifier de l'indifférence que les peuples indignes de la liberté peuvent seuls avoir.

Toutes les fois que vous avez voulu prêter l'oreille à mes conseils , je vous ai conduit dans le sentier de l'honneur, et vos entreprises ont eu un heureux résultat

A Carytène, ce 11 (23) juin 1833.

Le général en chef des troupes du Péloponèse Th. Colocotroni,

Protestation des Députés et des Primats du Péloponese contre les proclamations ci-dessus indiquées.

(Traduction du grec.)

11 est venu à notre connaissance deux documens, datés du 10 et 11 juin 1S32, signés et adressés par M. Th. Colocotroni , le premier à la nation grec , le second aux Péloponésiens.

Péloponésiens nous-mêmes et chargés des hauts devoirs de représenter, comme députés du Péloponese,. à la veille de l'ouverture de l'assemblée nationale, nous devons à la nation et à nous-mêmes de nous expliquer solennellement, et sur le contenu des documens en question , et sur le caractère et les vues de celui qui les a émis.

Dictés d'un bout à l'autre par un esprit manifeste de méchanceté et d'astuce, ces deux écrits, nous les eussions peut-être crus indignes d'une réponse sérieuse et catégorique, si tous les faits n'y étaient pf.s défigurés, si les mensonges impudens dont ils sont tissiis, n'avaient pour but direct la criminelle intention de renverser le gouvernement établi et les bases mêmes de la sécurité publique.

Sans remonter aux époques historiques de la lutte grecque pour signaler les causes et les effets déjà connus de la génération actuelle et livrés au jugement incori uptible de la postérité, nous ne pouvons nous soustraire à la plus vive douleur, en nous rappelant la déplorable époque de décembre dernier, quand le vaisseau de la société hellénique fut poussé du milieu du port à un funeste naufrage ; là commence cette série non interrompue de troubles et de malheurs , triste héritage auquel la Grèce semble avoir été condamnée par le pouvoir déchu.

Ces hommes de mensonge et de corruption, aveugles et bas instrumens de la tyrannie, qui avaient obsédé et entraîné dans une lice pernicieuse pour la Grèce et pour luimême le président appelé dans l'espoir du salut commun, projetèrent enfin d'élever sur le tombeau de la liberté et des droits de la nation le trône despotique d'un tyran. Des âmes endurcies par le vice dirigèrent des mains grecques pour répandre le sang fraternel et pour signer des proscriptions, des 'persécutions et des vengeances terribles.

Cependant, grâce à la saine opinion nationale, à la sagesse et au courage de la majorité des défenseurs militaires et politiques de la patrie, l'infernal attentat d'Argos fut en pure perte, et ses déplorables suites n'eurent qu'une courte durée. Ceux qui outragèrent pour quelque tems la dignité nationale, ceux qui, par préméditation ou par ineptie, exposèrent à tant de dangers les destinées et les intérêts de la Grèce, furent jugés vers la fin de mars 1832; cinq jours s'écoulèrent, on les chercha, eux et leurs oeuvres; tout avait disparu.

Le Sénat, l'armée nationale, le peuple de la capitale, une grande partie des représentans, concoururent à la formation du gouvernement provisoire actuel; de leur côté, les peuples de la Grèce par leur tranquille et facile soumission, et MM. les représentans de la haute Alliance par leur solennelle reconnaissance, consacrèrent l'établissement et l'existence de ce gouvernement.

Comme terme de cette existence apparaissait l'arrivée prochaine si désirée du Prince, et avant elle, la réunion de l'assemblée nationale légale et libre, que les hommes du pouvoir aboli avaient forcé la nation , au prix de tant de ruineux sacrifices, à estimer au-delà de toute chose; jamais cependant gouvernement ne se trouva dans une position plus difBcile, quels que fussent le patriotisme et la capacité de ceux qui le composaient.

Dans son sein même, une combinaison de personnes dont le choix ne fut pas dicté par la véritable nature des choses, une durée qui d'abord ne devait pas se prolonger au-delà de quel(|iies semaines; des magasins vides, une caisse entièrement épuisée par les prodigalités du pouvoir, et obérée par les faveurs de la corruption morale et politique, sur laquelle s'appuyaient les hommes et le système précédent; une armée depuis plusieurs mois sans solde , agglomérée tout d'un coup autour de la capitale, après une révolution à laquelle elle avait, par son patriotisme et sa persévérance, pris une grande part. Toutes ces circonstances étaient des difficultés grandes, terribles à surmonter, faites pour décourager le patriotisme le plus dévoué, et, par conséquent, il est aisé de concevoir si le mouvement de la machine gouvernementale a dû être parfois contrarié et même entravé

Si un petit nombre d'Albanais se trouvent encore disséminés sotis les drapeaux do la nation, ils font partie de ceux que le gouvernement précédent avait stipendiés pour renforcer les satellites de sa tyrannie; et le gouvernement ac- I. 26

fiit'l, malgré \on< «es efTorts, n':i pas encore trouvé les moyens de les solder pour les renvoyer chez eux.

Oui, dans la lutte civile qui dura jusqu'au mois du mars dernier, des villes et des villages éprouvèrent des pertes; des promesses furent faites; des diplômes furent donnés outre mesure aux militaires; mais ces iiiéxitables suites de la nécessité dans laquelle se trouvèrent le pouvoir et les députés de Mé^are, pour se défendre eux-mêmes et sauver les droits de la nation, fussent-elles considérées comme des malheurs affligeons, la responsabilité en pèse tout entière sur les hommes qui donnèrent les mains à l'attentat d'Argos en décembre, et qui, marchant d'illégalité en illégalité, poussèrent la démence jusqu'à vouloir rendre durable le honteux asservissement de la nation auquel ils travaillaient depuis long-tems.

Les causes de tels désastres , il ne serait certes ni juste ni raisonnable de les imputer an gouvernement actuel, et encore moins de le condamner pour n'avoir pas pu y remédier en pvu lie semaines , sans en avoir les moyens.

11 est fait mention dans les écrits que nous réfutons,^ de la dissolution de la cavalerie, formée à grands frais, sans la raj)porter à l'époque exacte où elle fut consommée. C'est avant l'établissement du gouvernement actuel dans une rencontre qui eut lieu devant les portes de iNauplie, que cette cavalerie fut réellement dissoute par l'incapacité et les fautes de son ancien chef, qui en avait de longue main préparé la perte.

Tout ce qui est dit sur la dissolution des écoles des Evelpides et d'Egine, est tout-à-fait mensonger, quoiqu'il soit surprenant de voir encore conserver au mili^ d'une complète disette de rçssources , des établissemens d'un coûteux entretien. Quant à l'infanterie régulière, en applaudissant à la patience, au milieu des privations, de ceux qui restent encore sous les drapeaux, nous ne faisons nulle difïiculté d'attribuer, chose connue de tous, l'égarement des uns et la désertion des autres, indépendamment du manque de moyens pécuniaires, aux machinations et aux suggestions factieuses de ces mêmes officiers traîtres ou stupides, que Colocotroni pare de la livrée du patriotisme et de la fidélité.

Nous avouons avec douleur que la Corinthie, l'Argolide et Tripolizza, théâtres naguères de grands abus de la p;irt des satei'ites du p(>uvoir déchu, ont été accablées de nouvelles pertes depuis avril dernier jusqu'à ce jour; mais cet accablement, suite aussi triste qu'inévitable de la concentration diui grand nombre de troupes dans ce-s cantons, s'il

doit être exclusivement imputé à certaines personnes, ce n'est pas assurément à celles qui, dès le principe, proposèrent et conseillèrent la répartition par petits détachemens de l'armée dans tous les cantons, en attendant qu'elle pût être payée et organisée. Tout le monde connaît ceux qui s'opposèrent à cette mesure, et le but caché de cette opposition paraît aujourd'hui dans toute sa hideuse nudité. D'accord avec les voeux de la haute Alliance, d'accord avec ses propres principes maintes fois proclamé*, le gouvernement actuel n'a pas cessé un seul instant de marcher dans la ligne de modération et d'impartialité qu'il s'est tracée. Une amnistie complète et réelle, une indulgence paternelle ont accompagné le commencement et la suite de ses actes. Le plus effronté mensonge ne peut lui imputer la moindre mesure de réaction ou de poursuite, quelque effort qu'il fasse pour défigurer quelques rares manifestations d'indignation privée, suffisamment justifiées par les violences du passé, et que le gouvernement, s'il n'a pu les prévenir, s'est empressé d'apaiser dès qu'il les a connues. Tout au contraire, une sévère appréciation pourrait condamner peut-être son indulgence et son système trop débonnaire envers des hommes qu'il ne devrait pas méconnaître jusqu'à les croire susceptibles de s'accorder avec les principes d'une sage liberté et de la sûreté publique.

Ne s'épargnant aucune peine, aucun sacrifice, le gouvernement actuel, pour introduire partout lu tranquillité désirée, calmer l'orage des passions, et, par la perception des droits du fisc, faire face aux besoins du service public et surtout de l'armée, n'a pas un seul instant perdu de vue la nécessité de hâter la réunion de l'assemblée nationale, de laquelle était justement attendue une guérison plus complète des maux actuels.

Mais sur ces entrefaites, les pernicieux instrumens du pouvoir déchu, ceux qui furent mille fois stigmatisés comme agens des machinations antinationales de l'égoïsme le plus pervers et le plus turbulent, sous l'égide même de l'amnistie proclamée en leur faveur et à l'abri de l'excessive modération du gouvernement, à peine fut-il installé qu'ils se mirent à concerter son renversement et à miner les bases de la tranquillité publique.

l^iés entre eux dès le passé par des complicités communes, habitués à ne se reposer que dans un ordre de choses qui laissait une carrière ouverte à leurs intrigues et à leurs méfaits, encouragés peut-être aussi par les conseils et les instigations d'une politique erronée, ils ont conspiré sour-

dément contre le gouvernement, contre l'assemblée, contre la nation entière.

Après avoir presqu'égaré l'innocence de quelques -un?, ils ont aiis>i attente à la sûreté de toutes les places fortes, quand ils se sont crus assez forts ; mais à peine la funeste tentative contre Patras leur eut-elle réussi, qjie, pour prolonger les souffrances de l'armée, ajouter par là aux abus militaires et aux endonimagemens des cantons, et provoquer ainsi de nouveaux murmures, des mécontentemens ou des troubles, ils ont inondé le pays de faux bruits, proclamé rexemj)tion de l'impôt, organisé enfin des détachemens de brigands dans lesquels n'ont pas manqué de figurer quelques-uns de leurs amis et de leurs parens, à l'effet d'empêcher par la force, l'intrigue se trouvant en défaut, la levée des droits du fisc, seide voie par laquelle le gouvernement puisse pour\oir aux besoins de l'état.

Ils ont suivi la même tactique au sujet de l'assemblée nationale qu'ils ont envisagée comme un écueil oii devaient se briser à jamai? leurs eiitreprises antinationales et leurs honteux intérêts. Ayant perdu l'espoir d'ajourner, d'empêcher ou de dissoudre l'assemblée par des moyens détournés, voilà qu'à la veille de sa réunion, ils sortent de la simple opposition , et se présentent dans toute leur misère dans la lice horrible de la révolte et de la guerre civile.

Et M. Th. Colocotroni que l'appui patriotique des notables de la nation et d'heureuses circonstances, nullement en rapport avec sa sphère de capacité personnelle, mirent jadis en position de rendre à la patrie des services qu'elle eut le malheur de racheter plus d'une fois au péril de sa liberté et au prix de grandes pertes et de sacrifices pécuniaires, M. Colocotroni qui n'a jamais offert son dévouement aux lois et à l'ordre qu'en raison de la faiblesse et de la disposition du gouvernement précédent à favoriser sa cupidité et à laisser impunis ses abus et ses méfaits, M. Colocotroni qui n'a point néghgé de convertir en sources honteuses d'enrichissement personnel la prise des forteresses, les recrufemens, les tournées sous ditférens prétextes et jusqu'à cette exemption de l'impôt qu'il a si souvent proclamée, presque toujours le premier dans les entreprises séditieuses contre les gouvernemens, et le premier encore toutes les fois qu'il fut question de l'application d'un système d'administration oppressif, M. Colocotroni se présente de nouveau sur la scène, soi-disant interprète des sentimens du peuple, juge, par lui-même installé, des mesures du gouvernement; la violence dans sc>

actes, le iiieii^oiige et Ja caloiiniie ilaiis ses paroKîs et dans ses écrits, il s'efforce d'égarer le peuple, de l'exciter à une explosion civile, et s'arrogeant arbitrairement un caractère et une autorité sans principe légal, il se déclare enfin en révolte , et marche armé contre le gouvernement et c^^ntre la totalité de la représentation même de la nation.

Telle étant la situation désastreuse vers laquelle les vues et les démarches de cet homme désespéré polls^eut les affaires de la patrie , sans prétendre intervenir dans les mesures que le gouvernement croira devoir prendre pour garantir le pays et les habitans, sans mettre en avant les salutaires décisions qu'il appartiendra à l'assemblée nationale de prononcer, nous avons cru de notre devoir de dévoiler devant la nation, devant notre Prince souverain, dont les factieux ont souvent osé, sans rougir, invoquer le nom, et devant tout le monde civilisé, le mensonge, la perversité des moyens employés par les ennemis de la tranquillité publique, et les funestes projets de la révolte dans laquelle ils viennent de se jeter.

Nous nous hâtons de plus de désapprouver par la présente, de la manière la plus solennelle et la plus explicite, tout ce qui peut être dit et fait par Colocotroni, par ceux qui l'entourent, et par ceux qui l'entendent et qui agissent de concert avec lui. Nous désapprouvons sans aucune restriction, comme représentans du Féloj)onèse, comme citoyens grecs, toute parole, toute action tendant au renversement de ce qui existe, et à la révolte, en protestant de toutes nos forces contre les malheurs et les dommages que c^tte nouvelle guerre civile, jjrovoquée par l'insurrection, pourrait entraîner et contre ledit Colocotroni, et contre ceux qui s'entendent et agissent de concert avec lui, dans les entreprises si préjudiciables aux intérêts de la nation entière.

A Argns, ce 18 (30) juin 1832.

Panoutzos .\w/a/v/.s, Anai^noalis Delyijaim, Andréas Londos, loannis Dasios, Géorgios Ao/aras, Vasilios Cuuruunsnpoulos, Emmanuel Mélttopoulos, Anagnosfis Tzorlza/cis , i^icolaos Corp/iiotukiSy Rigas Palamidis, J'asilios Christopoulos, (îéorgins DfirioUis^ Andréas Calamogdartis, Spiridion, Spiliotupoulns., Nùolaos Vapuléxupuu loa, luannis Sasuis, iiéurgios />a»/fls , 'Siculuos Foniropoulot) , loannis Ki/riakos, y>ikias Oeco-

nopoulos^ Micïiael Trochanh^ Anagnostis Ma- Icripocamissos, Christodoulus C. Capetanaki, l'anaiotis Cal. Logothélis, Andréas Tziknopuulos, Nikitas Flessas , Conslantinos I. Zervas, Aristidis Anagnostaras j Michael Cuvas ^ Dimitrios Mélétopoulos, Licourgos I. Chresténilis , Fttros Mavroinicha^Us, Piéros Troupakis, Dimitrios Z. Gligorakis, Anastasios Kivélos^ Michael Calangas, Stephanos M. Piculakis^ Ilias Pélruulacos, Stéphanos Christéas, Anastasios P. Mavrotniclialis, loannis M. Mavromichalis , Anastasios Polidouris, Zapliiris houras , Panajotakis Btnakis^ (irigorios Papaléxiou , Xanthos Vénetzanakiu, P. Pharmakopoulos.

Pièces relatives au Congrès national de Pronia.

Page 172. ,, Aclaeîleinent le congrès appartient à lliistuire , e^c."

v^oMME il est important d'entendre sur le congrès les personnes qui, dès le commencement, s'opposèrent à la réunion, ainsi que celles qui crurent nécessaire de se séparer plus tard de ses mesures , nous donnerons les documens concernant cette affaire et la réponse du congrès à ces adresses, y joignant égnlemeut la déclaration publiée après la dissolution par les députés restés à Nauplie.

Lettre collective des trois Résidens contre les démarches

du congrès, adressée à M. Tricoupi, secrétaire pour

les affaires étrangères , etc. , etc.

A Nauplie, ce 10 août 1832.

Monsieur!

Dès l'instant où la résolution fut prise de convoquer un congrès national, nous n'avons rien négligé pour représenter, tant séparément que collectivement, aux membres de la commission administrative dont dépendait cette réunion, les conséquences fâcheuses qui devaient nécessairement résulter de la convocation d'une assemblée à une époque où les passions se trouvaient en présence, et étaient excitées au plus haut degré par les événemens (|ui s'étaient passés, et où, d'une autre part, les INiissances représentées à la conférence de l^ondres, de concert avec la cour de Bavière, étaient occu- ])ées à remplir les voeux que ia nation grecque avait tant de fois uuiuifestcs aux cours :ui\(iue!les elle devait déjà «on af-

franchissement et tous les moyens de consolider son existence politique.

Néanmoins, nos conseils et nos avertissemens ne furent point appréciés; le gouvernement pressa au contraire la convocation de l'assemblée, et celle-ci se réunit sous les plus fâcheux auspices. La guerre civile et l'anarchie désolaient la Grèce entière; l'action du pouvoir exécutif ne s'étendait pas au-delà des i)laces occupées par les troupes de l'Alliance, et des protestatious nombreuses avaient invalidé la légalité de l'assemblée.

Sur ces entrefaites nous eûmes connaissance des nouveaux actes de la conférence de Londres, par lesquels les Puissances edliées venaient de réaliser les voeux' de la nation grecque, en choisissant pour elle un souverain, et d'arrêter, pour mieux assurer l'accomplissement de ses destinées, les dispositions suivantes :

1° Que le gouvernement pro%isoire, tel qu'il existait, devait être maintenu dans toute son intégrité jusqu'à l'arrivée de la Régence royale;

2° Qu'en attendant, il ne devait être effectué aucune vente de domaines nationaux, ni adoptée aucune mesure qui put tendre à faire naître dans le nouvel état des embarras financiers ;

3° Que la discussion ou l'établissement d'une constitution définitive, ou des lois fondamentales ne pouvait plus avoir lieu sans le concours du pouvoir royal, attendu qu'une pareille tentative se trouverait en opposition directe avec l'acte par lequel la nation avait confié aux trois cours le droit de lui choisir un souverain.

Nous nous sommes empressés, avant même d'avoir reçu les actes patens de la conférence, de donner connaissance de leurs principales dispositions à M, le Secrétaire pour les affaires étrangères, afin qu'il pût en faire l'usage le plus approprié aux circonstances.

Nous n'avons donc pu voir qu'avec le plus profond regret que les députés qui se sont réunis à Pronia, viennent de décréter des mesures qui sont aussi contraires aux actes par lesquels les Puissances alliées ont fixé l'avenir de la Grèce, qu'elles sont fatales aux véritables intérêts du peuple grec. Cette assemblée, usurpant un pouvoir constituant que la nation lui conteste, et qui ne peut plus exister aujourd'hui qu'avec le concours du pouvoir royal, a non seulement déclaré sa détermination de jeter les bases d'une constitution définitive de l'état, et de procéder à la distribution de terres

nationales; mais elle \ient de donner la mesure de ses intentions et de ses projets ultérieurs, en prononçant la dissolution du Sénat, d'un corps qui fait une partie intégrante du gouvernement provisoire, et dont l'existence, sanctionnée par le tems, est aujourd'hui plus que jamais nécessaire pour arrêter le débordement des passions et amener la consolidation et la fusion des partis , avant l'arrivée de la Régence royale.

Cet acte, illégal et arbitraire dans son principe, impolitique dans ses effets, doit nécessairement en amener d'autres également incompatibles avec les transactions arrêtées pour le sort futur de la Grèce.

Nous vous invitons. Monsieur, à donner connaissance à qui de droit du contenu de la présente, et à déclarer que nous en récLimons l'observation rigoureuse, et que nous soutiendrons l'inviolabilité de ces dispositions par les moyens qui sont en noire pouvoir; que nous protestons par conséquent c utre toute infraction qu'on y a apportée ou qu'on pourrait enc ^re tenter d'y apporter par la suite ; et enfin que nous ne pouvons reconnaître comme gouvernement provisoire que celui qui s'est trouvé constitué avant la convocation de l'assemblé de Pronia, sauf les modifications que des circonstances impérieuses et urgentes pourraient obliger le Sénat à y apporter dans l'esprit du protocole du 7 mars, et en attendant l'arrivée de la Régence royale.

Agréez, etc.

E. Dawkixs, Baron A. Rouen, Baron de Ruckmann.

Réponse de l'Assemblée nationale à la lettre collective que MM. les Résidens de l'Alliance ont adressée au Secrétaire du Gouvernement pour les affaires étrangères.^ en date du 10 août 1832 *).

(Traduction du grec.)

La quatrième assemblée nationale tenue par prorogation A LA Commission administrative de la Grî:ce.

Les plénipotentiaires de la nation ayant pris connaissance de la communication de MM. les Résidens de la haute Al-

•) Cette réponse, adressée au gouvcrnenicnt, ne fat pas communiquée par lui à MM. les Résidein.

liiiuce, en dute du 10 août (29 juillet) 1832, y ont observé avec douleur que la convocation de l'assemblée, ainsi que les intentions dont celle-ci est animée, ont été interprétées d'une manière contraire à leur désir. Aussi ils s'empressent de répondre à cette communication, dems le seul but de rétablir la vérité des faifs, persuadés qu'ils sont qu'elle sera justement appréciée.

Il ne dépendait point du gouvernement d'empêcher ou d'ajourner la réunion de l'assemblée nationale que la loi ellemême avait convoquée. L'article 3 du second décret de la quatrième assemblée qui, en cas de décès du Président de la Grèce, donnait naissance à une commission administrative, exigeait aussi explicativement la réunion de l'assemblée nationale. Cette loi établissait d'un côté le gouvernement provisoire, et de l'autre convoquait l'assemblée. L'existence de celui-là était liée de droit à la convocation de celle-ci.

Quelque soit du reste le conflit des passions, il est certain qu'il n'a pas été amené par réunion de l'assemblée qui, au contraire, s'occupe sérieusement à les apaiser. D'ïiilleurs, pour ce qui concerne les froissemens survenus en dernier lieu, quel rapport y a-t-il entre les résultats des dispo- .*itions personnelles ou des intérêts provisoires et les actes de l'assemblée qui ont pour principal objet la législation, seule capable de fonder le bonheur et des partis en conflit et des générations à venir.

11 est certain que les élections ont été faites d'après la volonté libre et véritable des peuples, et que, dans aucune province, le gouvernement ou une autorité subalterne quelconque non seulement ne les a point forcées, mais n'a pas même exercé sur elles la moindre influence.

Les provinces ont été toutes invitées à envoyer leurs députés, et elles ont eu pour cela le tems nécessaire. Néanmoins, quand même il arriverait aujourd'hui des députés de ces six ou sept provinces qui ont gardé le silence ou qui ont protesté contre les députés précédemment envoyés, l'assemblée, se conduisant en tout avec impartialité, admettrait ceux qui auraient des mandats légaux. Certes l'absence d'un petit nombre ne pouvait point invalider la légalité des députés présens, qui surpassent de beaucoup le nombre voulu par la loi.

L'assemblée a marché jusqu'ici et continuera de marcher dans la voie de la pacification générale. C'est ce qui est prouvé par le décret d'amuistie et par les ellorts continuels des plénipotentiaires pour atteindre ce gniud but.

En déclarant qu'elle s'occuperait de la constitution, l'assemblée n'a pas voulu dire qu'elle la mettrait définitivement à exécution, sans le concours de notre Roi ou de la Régence; mais elle a cru de son devoir de préparer ce grand ouvrage, si nécessaire pour le bonheur des gouvernans et des gouvernés.

La distribution des terres nationales n'est point une aliénation, comme on a voulu la représenter. L'assemblée n'ii jamais pensé à aliéner les domaines nationaux ; mais , ayant sous les yeux le premier décret de l'assemblée de ïrézène, ainsi que d'autres décisions de cette nature, elle s'est proposét seulement de poser les bases et les principes d'après lesquek l'autorité inamovible que nous attendons, devra faire la distril 'tion des terres nationales aux citoyens grecs, selon le voeu unanime du peuple qui s'en est toujours réservé le droit.

Dans cette circonstance il ne serait pas peut-être superflu d'observer que la distribution des terres nationales n'était point préjudiciable à la nation; que tout au contraire c'était une mesure qui contribuait au bonheur réel du peuple et à l'avantage du fisc, facilitait l'extinction des dettes nationales, et favorisait le crédit public.

Quant au Sénat, c'est la loi elle-même qui l'a fait cesser.

Le second décret de l'assemblée d'Argos qui institue le Sénat, est un simple complément de l'acte du corps législatif, en date du 18 janvier 1832, acte que le susdit décret confirme explicitement. Ce décret complémentaire porte que tout ce qu'il ne modifie pas, reste réglé d'après l'acte susmentionné du corps législatif. Ainsi, comme le décret en question ne parle point de la durée des fonctions du Sénat, et que l'acte du 18 janvier ne prolonge l'existence légale de ce conseil du gouvernement que jusqu'à la réunion de l'assemblée, il est évident que, d'après la loi, le Sénat avait cessé de droit dès le 14 du mois passé , jour où l'assemblée avait commencé ses travaux. Le président Capodistria luimême, en ouvrant l'assemblée d'Argos, le 11 juillet 1829, avait déclaré dans son discours que toutes les autorités qu'elle aurait instituées, ne dureraient que jusqu'à l'ouverture de la session actuelle.

D'ailleurs l'assemblée a en vue de remplacer ce conseil par un corps plus favorable aux intérêts généraux et à l'union de la nation. Serait-il nécessaire peut-être d'ajouter que l'opinion s'est prononcée assez hautement sur ce sujet, et de justifier les dispositions explicites i\o la l<ii?

Quant au droit constituant de l'assemblée, comiueut pourrait-il exister le moindre doute? Et le droit public et tous les antécédens de la Grèce lui assurent entièrement ce droit. Le Président lui-même avait reconnu le pouvoir souverain du congrès national. 11 est certain que, après l'avënement du Roi, ce pouvoir se modifie en ce qui concerne les lois fondamentales, pour la validité desquelles le concours de l'autorité royale est indispensable , lorsque cette autorité sera arrivée en Grèce.

Mais il est juste et du devoir de l'assemblée de penser aussi à l'état provisoire des affaires jusqu'à l'arrivée du Roi ou de ses représentans.

Jamais le Sénat n'a eu un pouvoir constituant. Bien que son nom semble lui donner une autorité législative, néanmoins le second décret de l'assemblée d'Argos ne lui accorde qu'une voix consultative, et d'après ce décret le gouvernement pouvait adopter ou rejeter son opinion à volonté. Les fonctions que la loi lui a assignées, prouvent évidemment qu'il est un simple conseil d'état. Si une nécessité douioureuse lui a fait prendre un instant extraordinairement et contre la loi une autorité qui ne lui appartenait pas, cette nécessité n'existe plus aujourdhui, et l'assemblée réunie s'est saisi du pouvoir constituant qui lui est propre.

Les plénipotentiaires de la nation sentent profondément tout ce qu'ils doivent aux décisions de la haute Alliance et aux conseils de ses représentans. Leurs actes prouveront combien ils respectent les unes et apprécient les autres. Mais ils ne sentent pas moins la gravité des devoirs de la députation que les peuples leur ont confiée, et ils n'osent point se rendre responsables de n'avoir pas rempli ces devoirs,

A Prouia, ce 5 (17) août 18S2.

Lettre de quatre ininistreSy relative aux deux pièces précéde?ites et adressée à la Commission administrative de

la Grèce.

(Traduction du grec.)

La communication de MM. les résideus des trois cours alliées au secrétaire pour les affaires étrangères, datée du 29 juillet (10 août), et la pièce que le président de l'as-

sombl('-e a adressé an gouvernement le 5 (17) août, en réponse à cette communication, ont fixé l'attention des soussignés qui sentent le poids qui pèserait sur eux comme ministres responsables, s'ils ne s'empressaient pas de mettre sous les yeux du gouvernement les dangers que court le pays à la veille de son établissement, et les moyens par lesquels les affaires publiques pourraient s'améliorer, ou du moins ne pas empirer, jusqu'à l'arrivée prochaine de l'autorité qui gouvernera le pays au nom de S. M. le roi de la Grèce.

Pour ce qui concerne la convocation de l'assemblée, nous croyons que les raisons émises dans la pièce du président de cette assemblée, sont au-dessus de toute contestation. La loi est claire, et le gouvirneraent ne pouvait pas se refuser à l'exécuter. D'ailleurs, les attributions mêmes que la Gérousie avait données à la commission administrative, lorsqu'elle l'avait formée, lui imposaient comme un de ces premiers devoirs la convocation de l'assemblée: les membres <iu gouvernement devaient s'y conft»rmer. H y a lieu de croire que les difficultés qu'a rencontrées l'assemblée avant de commencer ses travaux, ont fait naître quelques dispositions fâcheuses, et ont produit des mi^fiances au préjudice de la direction qu'elle devait prendre. Quoiqu'il en soit, la réponse que les députés, réunis en séance pr;'liminaire, ont fait le 9 du mois dernier, nous a porté à croire que l'assemblée, en continuant la marche qu'elle avait promis de suivre, devait sans doute atteindre le but de rapprocher les partis en contestation, et de disposer la nation à la réception digne de son roi. Malheureusement cela n'a pas eu lieu.

La discussion engagée au sujet de la déclaration de l'assemblée a jeté les premiers germes de la mésintelligence. Le projet de cette déclaration avait été rédigé par une commission à laquelle appartenaient quelques-uns des soussignés. Cette commission a eu soin de n'embrasser que les objets qu'elle croyait utiles aux travaux auxquels l'assemblée devait se borner jusqu'à l'arrivée de la Régence. La nécessité du concours de l'autorité royale à la réforme de nos lois fondamentales y était e\.primée. Mais la méfiance poussée déjà jusqu'au point de mal interpréter les intentions exprimées dans cette déclaration, insista à altérer cet acte; nos eiforts pour le soutenir ont été vains; nous avions évité de faire dans cette déclaration mention du partage des terres nationales; oli persista opiniâtrement à embrasser ce sujet, et on finit, après de longs débats, à se borner à trouver les moyens de parvenir à ce i)artage.

Nous avons senti quelles étaient les difficultés que nous {•réparait pour l'avenir l'engagement que l'assemblée prenait par sa déclaration, et combien était grave la responsabilité qui pèserait sur nous vis-à-vis le Roi, si nous ne soutenions pas de toutes nos forces les principales bases du gouvernement monarchique qui devait régir dorénavant notre pays. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour détruire les causes de la méfiance qui dominait les esprits. Nous avons avant tout reconnu la nécessité de faire précéder de tout autre acte de l'assemblée , celui du rapprochement et de l'accord des partis en contestation. Le gouvernement a approuvé cette mesure, et a engagé des pourparler préliminaires avec des commissions dont il a provoqué la nomination dans le sein de l'assemblée.

Nous voudrions pouvoir assurer que la tàcbe de tous les députés pour atteindre la gran<!e oeuvre du rétablissement de Iharmonie, fût en effet conforme aux intentions qu'ils viennent d'exprimer dans leur dernière réponse. Mais par respect pour la vérité, nous devons déclarer qu'après le décret relatif à l'oubli du passé , loin de continuer dans ces vues, l'assemblée s'en est éloignée et a pris une marche rétrograde ; car lorsqu'il s'agissait d'un accord commun des partis , et qu'à cet effet on venait de suspendre tout acte important de l'assemblée après le décret concernant la reconnaissance du Roi, le même jour où l'on devait arrêter ce décret pour lequel MM. les résidens mêmes avaient été invités par le président de cette assemblée à assister à la séance, les députés rendirent inopinément celui concernant la Gérousie. Cet acte dont la discussion a été très -courte, et à laquelle ceux des soussignés qui prennent part aux délibérations, n'ont pas été présens, fit naître des difficultés relativement aux pour-parler engagés en faveur de l'arrangement projeté, augmenta la méfiance, donna lieu à la dernière communication de ]MM. les résidens, et plaça réellement l'assemblée dans une position peu satisfaisante à l'égard de l'Alliance.

La réponse du président de l'assemblée ne nous paraît pas convenable, et ne peut pas tranquilliser MM. les résidens des cours alliées, qui doivent se conformer aux instructions expresses qu'ils ont reçues. Le gouvernement ne peut pas, eu la transmettant, approuver ce qu'elle contient dans toute son étendue , sans encourir une grave responsabilité vis-à-vis le Roi. La raison en est simple. ïmmédiateraeut après là reconnaissance du Roi, l'état est censé monarchique-, et le gouvernement actuel, quel qu'il soit, doit soutenir les préro-

gatives royales. Unt- de ces prt^rogutives est le concours par rapport à ce cpii concerne la mise à exécution de la constifiition seule. QiiRnt au partage des terres, ils ont voulu réserver exclusivement à eux seuls le droit d'en décider, et de n'eu laisser au pouvoir royal que la seule exécution.

Cette disposition est entièrement incompatible avec les principes monarchiques, s'oppose sous tous les rapports aux conjonctures q\u dominent aujourd'hui le pays, et devient impraticable, vu le défaut de renseignemens nécessaires, pour un décret concernant le partage des terres nationales.

Dans un des derniers paragraphes de cette réponse, on touche de nouveau à la question du concours dû à l'autorité royale par rapport au pouvoir législatif, et l'on borne ce droit à la seule sanction du souverain, qu'on n'accorde même que pour les lois fondamentales, tandis que le concours doit s'étendre auj^^i à l'initiative et à la sanction dans toutes les lois sans exception; et, puisque dans tous les cas le partage des terres ne peut être réglé que par une loi, l'assemblée peut-elle refuser au souverain le concours dans la rédaction?

Nul doute, cet objet seul suffirait pour confirmer les résidens dans les soupçons qu'ils ont conçus relativement aux vues de l'assemblée, et pour les obliger à protester et à avoir même recours à d'autres mesures, parce qu'il est en oj)position avec leurs instructions.

Quant à la question d'une réforme du gouvernement, les vues de l'assemblée j)euvent faire naître en elTet un conûit; ûiais nous aimons à croire qu'elles pourraient s'accorder facilement, si l'on prenait en considération les intentions de l'Alliance et celles de l'assemblée, sans se borner à la lettre des instructions.

L'Alliance n'a en vue que de fiiire cesser les troubles du pays, et d'y rétablir l'harmonie; elle a cru que le moyen pour y parvenir serait de faire concourir tous les partis à la composition du gouvernement. Les intentions de l'assemblée, si Ion pouvait les supposer un instant contraires aux vues de l'Alliance, contreviendraient à la déclaration qu'elle a faite, et aux cugagcmens qu'elle a pris. Au reste elle chercherait vainement un autre moyen plus efficace ])our atteindre le but qu'elle s'est proposé.

Toutes les discussions qui ont eu lieu, tant entre les membres du conseil que dans les réunions sectionnaires des députés, ont prouvé que toute entreprise serait vaine si on ne la faisait pas précéder par un arrangement des partis en contestation, et (juc tout gouveiix mont qu'on formerait ne

présenterait point un caractère national. Nous avons vu plus haut les motifs pour lesquels l'oeuvre du rétablissement de l'harmonie a rétrogradé; si l'assemblée, après l'acte concernant la Gérousie, procédait à un autre relativement au gouvernement, avant de parvenir à un arrangement des partb, non seulement on ne peut espérer aucun résultat satisfaisant, mais on doit même prévoir de nouvelles dissensions et uu surcroît des malheurs qui déchirent déjà le pays.

Ici nous sentons la position difficile des membres du gouvernement : il s'agit de prendre en considération leur propre cause, et toute proposition que chacun ferait de luimême pourrait être mal interprétée. Cependant d'un autre côté, la situation actuelle des choses ne donne que trop de motifs à de mauvaises interprétations d'une autre nature. D'ailleurs il est impossible de prolonger plus long-tems cette situation sans amener avec elle la ruine du pays.

Les secrétaires du gouvernement, avant d'oser toucher à cette corde, ont pris en considération la grave responsabilité qui pèserait sur eux s'ils ne faisaient pas connaître à la commission administrative ce qu'elle doit au roi, à la nation et à eiie-même.

11 serait à désirer qu'un seul homme, offrant des garanties à tous les partis, prît les rênes du gouvernement provisoire jusqu'à l'arrivée de la régence. Mais ce sujet étant déjà discuté, a présenté des difficultés insurmontables, et vu que , s'il ne réussissait pas entièrement , la responsabilité serait plus grande , nous n'osons plus le remettre ea question.

Une seconde proposition serait de choisir trois hommes, connus par leur iraj)Hrtialité , pour leur confier l'autorité suprême après la démission de tous les membres du gouvernement actuel , avec la résolution de leur part de faire des efforts pour soutenir le nouveau gouvernement. Mais les difficultés qu'offrirait encore cette mesure ne seraient pas moindres, puisqu'il s'agit d'un gouvernement composé de plusieurs membres; il serait impossible que sa composition ne fut pas confiée aux sections départementales. Dans ce cas, chacun des trois membres n'inspirerait pas toute confiance aux partis de chaque section. D'ailleurs, avant d'y procéder, il faudrait pourvoir à l'accord général, autrement on risquerait d'irriter davantage les antipathies qui existent.

Une troisième mesure viendrait après les deux précédentes, puisqu'après le décès d'un de ses membres le gouvernement ne présente qu'un nombre pair, un des six membres

pourrait se démettre, et dans ce cas le gouvernement, réduit à cinq membres, agirait par la majorité absolue.

Cette mesure s'accorderait avec les instructions de MM. les résidens, et elle est la seule qui puisse éviter les nouveaux troubles qui nous menacent. Pour ce qui concerne la Gérousie, ni la conservation de tous ses membres , ni leur entier remplacement, ne pourrait remplir les vues de la pacification. Nous croyons par conséquent nécessaire de réorganiser ce corps avec des changemens que l'état actuel des choses prescrit pour la partie personnelle. Quelles que soient les instructions de MM. les résidens pour la conservation de l'intégrité des autorités existantes, nous espérons qu'ils sentiront euxmêmes la nécessité de se conformer à l'esprit de ces instructions, qui ne serait pas incompatible avec ces mesures.

Si le gouvernement croit, comme les soussignés, que par ces mesures nous puissions atteindre le but de l'arrangement, sans nous éloigner des communications des représentans de l'Alliance, il reste à prendre en considération comment on pourrait les mettre à exécution. Les soussignés pensent qu'il serait convenable de disposer l'assemblée à les admettre, et de parvenir à un commun accord entre les députés et le gouvernement. Dans ce cas ils sont prêts à contribuer, autant qu'il dépend d'eux, au succès désirable de ces mesures.

A Nauplie, ce 7 (19) août 1832.

Les Secrétaires du gouvernement pour les finances^

A. Maurocordato.

Pour les affaires étrangères et la marine marchande,

S. Tricoupi.

Pour la guerre,

Page 1