‹ De l'état actuel de la Grèce et des moyens d'arriver à sa restaurationChapitre 15 sur 41 · C. Clona&is · texte numérisé non relu

C. Clona&is

Lettre de dix -neuf Députés gui s9 abstenaient de fréquenter les séances de V Assemblée nationale , adressée à cette-cu

Depuis quelques jours, plusieurs des soussignés ne pren nent plus part aux séances de l'assemblée» Us n'ignorent pas que cette conduite est mal interprétée par quelques-uns de

leurs collègues; ils doivent s'expliquer, et ils saisissent aTec plaisir cette occasion de le faire.

Avant de commencer les séances ordinaires de rassemblée, les .députés s'étaient réunis, le 9 juillet, en séance extraordinaire dans la ville de Nauplie, et avaient arrêté qu'avant toute autre opération, ils s'occuperaient des moyens nécessaires pour rétablir la paix et l'harmonie dans le pays. Nous avons communiqué cette résolution au gouvernement, afin de la faire parvenir à MM. les résidens. Dans cette pièce, nous avons pris rengagement que, dans la déclaration que l'assemblée devait faire, nous donnerions des preuves incontestables de nos efforts sincères pour effacer toute trace de division ou d'antipathie, et pour rester fidèles aux devoirs qui nous avaient été imposés par nos mandats, reconnaissant envers les Puissances bienfaitrices de la nation grecque, et dignes de la bienveillance de notre souverain.

Les débats de la séance où la déclaration de rassemblée a été discutée, ont donné lieu aux soussignés de remarquer avec peine que l'assemblée s'éloignait de ses engage- •mens. La phrase relative au concours que le souverain doit prendre à la réforme de nos lois fondamentales, a été retranchée, ce qui a fait naître de soupçons qu'il ne s'agissait de rien moins que de refuser à la couronne un de ses droits incontestables. Le paragraphe qui a été ajouté en faveur du partage des terres nationales, a été, en effet, amendé en partie après de longs débats; mais il a laissé entrevoir des sentimens entièrement incompatibles et avec les dispositions de la haute Alliance, exprimées dans un des derniers protocoles, et avec les véritables intérêts de la nation.

Malgré tout cela, nous ne nous sommes pas laissé décourager; nos regards étaient toujours fixés sur la grande oeuvre du rétablissement de l'harmonie, objet qui devait occuper l'assemblée avant tout autre. Le décret sur l'oubli du passé devait précéder cette entreprise. Ce décret fut en effet rendu; mais comment pouvait-il être exécuté? On a voulu former des commissions de toutes les sections, afin qu'elles pussent s'entendre et coopérer avec le gouvernement pour effectuer cette tâche salutaire. On arrêta les principales bases pour les faire discuter de nouveau dans les comités sectionnaires. On reconnut surtout que, pour atteindre ce but, l'assemblée ne devait, dans un délai donné, délibérer sur aucun acte important, en attendant le résultat des négociations en faveur de l'arrangement entre les partis en contestation. On n'excepta de cette négociation que e décret qui devait être

rendu pour la reconnaissance do Roi et les pièces y relatives. Mais le jour même où devait étire discuté ce dernier décret, pour lequel le président de rassemblée avait fait une communication officielle aux représenta» des cours alliées, on engagea tont d'un coup les débats sur la Gérousie, et le même jour on discuta sommairement, on arrêta et on signa le troisième décret.

Cet acte, de quelle manière qu'il soit considéré par rapport au fond, devait infailliblement, par les formes qui font accompagné, non seulement mettre le comble à la méfiance des partis en contestation, mais encore faire échouer tous les efforts en faveur de la pacification. Ce qui aggrava encore davantage ces dispositions , c'est qu'il donna motif à MAL les résidens de soupçonner les intentions de l'assemblée, sar lesquelles ils avaient déjà conçu des doutes assez graves depuis sa déclaration, et de protester par leur communication du 29 juillet (10 août).

La réponse du président de l'assemblée au gouvernement, datée du 10 (22) août, et relative aux demandes de cette communication, loin de dissiper les soupçons de MM. les résidens, les confirmera entièrement et mettra l'assemblée dans une position désagréable par rapport à l'Alliance.

Quoique l'assemblée admette dans cette réponse le concours du Roi à la constitution, elle le borne à son exécution définitive. Dans un des derniers paragraphes de sa réponse, en retouchant la question du concours que le souverain doit avoir au pouvoir législatif, elle le borne à la sanction des kôs fondamentales.

Relativement au partage des terres nationales, rassemblée, «'attribue exclusivement et d'une manière claire le droit d'en décider, et n'accorde à l'autorité royale que l'exécution.

Par rapport au gouvernement provisoire, elle , n'explique aucune opinion. Quelle pourrait être l'impression que feraient sur MM. les résidens les dispositions relatives au concours du souverain et au partage des terres nationales, quand les premières choquent les principes incontestables de tout gouvernement monarchique, et que les secondes sont en opposition manifeste avec leurs instructions? Peuvent-ils par leur silence se charger d'une responsabilité grave vis-à-vis leurs cours et le roi de la Grèce? Ils seront donc obligés non seulement de protester, mais de repousser encore, par tous les moyens, ce qui sera arrêté par l'assemblée. Et quelle sera la conséquence de ce conflit, surtout dans l'état actuel de nos affaires intérieures? Une division de la nation, qui repousserait

tout arrangement , de nouveaux troubles intestins, beaucoup plus graves que les premiers, et la dissolution de l'assemblée.

Comment pourrait -on remédier à ces inconvénient, ou du moins prévenir les malheurs qui nous menacent, et maintenir l'assemblée? Il serait à désirer qu'avant tout l'assemblée suspendît pour quelques jours ses travaux, pour ne s'occuper que du rapprochement des partis. Quelle que soît la mesure qu'elle prendrait, soit à l'égard du gouvernement, soit à l'égard de la Gérousie, si elle n'était pas précédée du rétablissement de l'harmonie et du concours général de la nation, il serait difficile, aux yeux des soussignés, de l'effectuer, et encore plus difficile de la rendre fructueuse. Si, au contraire, l'assemblée insistait pour continuer ses travaux, nous pencherions vers l'avis qui suit:

1° L'assemblée s'expliquera d'une manière positive sur le droit de concours que le Roi aura au pouvoir législatif en général et à la constitution en particulier.

2° Elle n'arrêtera pas d'une manière définitive ce qui concerne le partage des terres nationales, en imposant à la couronne l'exécution; mais elle reconnaîtra le droit de concours du Roi pour ce qu'elle décidera relativement à cet objet.

3° Elle confirmera par uu décret le gouvernement actuel jusqu'à l'arrivée de la Régence. Comme le nombre des membres est pair, depuis le décès de l'un d'en tr' eux, on. chargera quelques-uns de ceux qui la composent, de fonctions publiques qui auront pour objet la pacification. On combinera cette mesure de manière à ne laisser dans la capitale qu'un nombre de membres impair.

4° Elle formera la Gérousie conformément au second décret de l'assemblée d'Àrgos avec des amendemens relatifs à son personnel, amendemens que les circonstances prescrivent, et qui pourraient être efficaces pour la pacification, et même avec une augmentation de ses membres, de manière à faire représenter dans son sein les partis en contestation. Elle en fixera la durée jusqu'à l'arrivée de la Régence.

5° Elle formera des commissions spéciales auxquelles elle confiera la rédaction des projets de la constitution, du décret relatif au partage des terres nationales, et d'autres lois fondamentales.

6° Elle se prorogera par un décret jusqu'à l'arrivée de la Régence.

En prenant cette direction, l'assemblée peut prévenir sa dissolution, garantir les intérêts importans de la nation, exé-

cuter les engagerons qu'elle a pris, çt attendre le grand but de la pacification générale.

A Nauplie, ce 10 (22) août 1832.

Les Député» S. Tricoupi , A. Londo , A. Maurocordato ,

C. Zographo, Ch. Clonarisy Ch. Pappapoliti, C. Chalchiotti, St. Staïco, G. Lélis, Ch. Vlassi, I. Staïco , N. Calogéropoulo y Conélétios, B. Boudouri, L Manghina, A. Miaoulis, E. Xénos> N. Ghicaêj G. Tromaras.

(Lue dans le sein du congrès an commencement de la séance du

10 (22) août.)

Déclaration de soixante-deux Députée restés à Nauplie après la dispersion violente du Congrès au Panhellénium.

Les soussignés représentant plénipotentiaires de la nation, appréciant la sainteté des devoirs qui leur ont été imposés, et ne souffrant point qu'un blâme injuste soit attaché au caractère de la représentation dont ils sont revêtus, sont forcés, au milieu des circonstances les plus difficiles' et au moment de la prorogation de' leurs travaux, de s'adresser à leurs mandataires pour leur exposer l'image fidèle de tout ce qui est survenu depuis la convocation de la session actuelle, et pour justifier devant eux et en présence du monde civilisé, leur propre conduite et leurs actes; ils désigneront aussi la source de ces machinations qui, en tourmentant impitoyablement la Grèce depuis plus de cinq mois, ont atteint le comble de l'audace par le crime effroyable et inouï commis le 10 du courant dans le sanctuaire même de l'assemblée*

L'aveu de la vérité, dont on est redevable à la génération actuelle, est dû à plus juste titre à la postérité.

Le 25 du mois de mars dernier avait décidé sur l'Isthme de Corinthe le sort des armées constitutionnelles, et le 29 du même moi» leur avait ouvert les portes de Nauplie.

La place laissée vacante par rhoinme de la violence, fut occupée, après des essais momentanés de changemens personnels, par une commission de sept membres, mélange d'élémens hétérogènes ou hostiles, devenu nécessaire en conséquence du protocote du 7 mars.

Les premiers pas du nouveau gouvernement, ou plutôt de celle de ses deux moitiés qui se constitua héritière du système arbitraire des Capodistria, ont indiqué clairement le but principal vers lequel il se dirigeait.

Opposition systématique à toute mesure salutaire et tendante à garantir la tranquillité contre la répartition proportionnée des troupes dans toutes les provinces de l'état; opposition mal intentionnée à la proposition sage de nommer à tems et conformément aux circonstances et à l'esprit de l'époque, les autorités subalternes; enfin oppositions de tout genre, faites à dessein, ne pouvant que servir de brandons à un incendie civil prémédité.

L'opposition seule contre la convocation de l'assemblée nationale n'a point réussi. L'opinion publique était fortement prononcée en sa faveur. Des raisons graves et des besoins pressans l'exigeaient. Agsembiée nationale était le mot d'ordre .de toute la lutte précédente. C'est pour elle que tant de sacrifices ont été faits, que tant de tombeaux ont été ouverts.

L'assemblée fut donc convoquée officiellement. Là ville d'Argos rut désignée comme lieu provisoire de la réunion des plénipotentiaires. C'est vers cette ville que les populations, laissées tout- à -fait libres et sans aucune influence, ont commencé à envoyer des plénipotentiaires de leur choix.

Très-peu de provinces seulement n'ont pas envoyé leurs députés, et encore moins de provinces ont protesté contre ceux précédemment envoyés, et en cela, elles n'exprimaient pas leur volonté, mais elles suivaient par nécessité l'hétérodoxie politique de chefs puissans.

La loi considère comme légale l'assemblée nationale aussitôt que les deux tiers du total des plénipotentiaires «ont réunis, en supposant toutefois qae l'autre tiers n'en a point été exclu par la force.

La première séance préparatoire, tenue le 11 de juin dernier, a réglé tout ce qui concerne l'examen des mandats électoraux, en nommant une commission ad hoe* Depuis il s'est passé plus d'un mois sans qu'aucune autre séance ait lieu; certes on pouvait terminer plus vite l'examen de ces mandats; mais ceux qui intriguaient contre l'assemblée, en suscitant difficulté snr difficulté, en ont retardé l'ouverture autant qu'ils ont pu.

La discussion relative à l'endroit où l'assemblée devait tenir ses séances, n'a pas causé moins de retard. Les plénipotentiaires sont enfin convenus de se concentrer à Nauplie,

lieu qai offrait à tous sans exception les garanties requises,, ,êt iacilitait par là. le succès du but de la réunion qu'on «'était proposé*

Les représentaos du peuple grec j)'ont jamais douté qu'il ne leur fût permis de siéger à Naupfie, ville éminemment grecque; mais ayant «été informés, contre toute attente, que cela, leur était interdit de la part de MM. les résidens, à cause de la presen.ee des troupes alliées (comme si ces troupes pouvaient avoir d'autre but que la protection des Grecs, et comme &\ le .gouvernement lui-même n'avait pas son siège 4lans la même viHe et au milieu des mêmes soldats de l'Alliance)^ les députés de la nation, voulant éviter tout désagrément possible , «décidèrent qu'ils se réuniraient à Proniaf faubourg de NaupUe, à cinq minutes de cette ville.

C'est donc à Pronia, le 14 juillet, qu'on commença les séances régulières. Les quatre cinquièmes des plénipotentiaires étaient déjà présens. Dans la discussion relative à la proclamation au Panhellénium, on a vu bientôt se manifester, de la part d'un petit nombre de plénipotentiaires, qui an surplus appartenaient à la classe des employés, la prétention opiniâtre de vouloir diriger les travaux de % l'assemblée ou plutôt les opinions des députés.

Le projet de proclamation s'étant présenté aux plénipotentiaires aussi compliqué et aussi inintelligible flu'il était grave et eoaab, en ce qu'il indiquait d'avance les actes les plus importons de .rassemblée, devait nécessairement et par sa nature même, ainsi que par l'opiniâtreté systématique qu'on a mise à prétendre qu'il fut adopté sans amendement et dans un court espace de teins, donner lieu à des soupçons légitimes contre ses auteurs, et amener dès le premier abord des anomalies et des ^entraves aux progrès des travaux de l'assemblée.

Les actes préliminaires qui ont suivi la proclamation, véritables expressions du coeur des plénipotentiaires, et témoignages irrécusables de la pureté, de leurs consciences, ont manifesté hautement l'esprit de modération et d'équité qui animait les députés de la nation. Tels étaient surtout l'oubli parfait dn passé et les mesures qu'il contenait, mesures capables d'effacer toute trace de désunion et d'atteindre le but de la pacification, si les personnes chargées de son exécution avaient rempli leurs devoirs avec fidélité et. conscience. Il faut donc les considérer comme calomniateurs de l'assemblée, ces hommes qui ont osé dire qu'elle n'a pas voulu réfléchir sur les moyens de pacifier le pays. Et qu'est-ce que l'assemblée pouvait faire de plus pour y parvenir, que ce

qu'elle a fait réellement t Pouvait-il être permis qu'on corps destine à délibérer seulement et à prendre des déasons générales, descendit dans l'arène d'actions propre an pouvoir exécutif, et qu'il négligeât ses travaux de législation? Ne serait-ce pas là s'écarter ouvertement de ses devoirs? Et cependant pour ôter à ses adversaires tout prétexte de soupçons, elle consentit à céder neuf de ses membres pour coopérer avec le gouvernement au but qu'on se proposait

Nous le demandons à présent, qu'a -t -il fait depuis, ce gouvernement provisoire? Si lui et ses ministres désiraient sincèrement la pacification, ne devaient-ils pas conformer leurs actes à leurs paroles? Us devaient surtout publier le décret d'oubli du passé d'après l'art 5 de ce même décret, et cependant ils en conservent encore les exemplaires entassés dans leurs bureaux.

Les plénipotentiaires ont montré leur désir sincère de ramener' à l'intérieur l'union et la tranquillité, bien qu'ils n'eussent point trouvé le pouvoir exécutif prêt à réaliser leur volonté. À l'extérieur, ils n'ont pas moins prouvé par leurs premiers actes, combien ils appréciaient les hautes et salutaires décisions de la triple alliance, qui répondent entièrement aux voeux manifestés depuis long-tems par la nation dont ils sont les fidèles représentais. Aussi se sont -ils empressés de confirmer l'élection du roi Othon, et d'inviter S. M. à hâter son arrivée dans le nouvel état. En même teins, profitant de la circonstance, ils ont exprimé, par des adresses particulières, et leur profonde reconnaissance envers leurs magnanimes bienfaiteurs, les souverains alliés, et leur gratitude envers le roi de Bavière, père auguste du souverain de la Grèce, pour des bienfaits reçus précédemment Ce qu'il y a de remarquable c'est qu'on ignore encore le sort de ces pièces dont l'envoi a été confié aux soins du gouvernement.

Aux principaux objets des délibérations de l'assemblée appartenait aussi indubitablement le soin d'organiser provisoirement l'administration intérieure de l'état jusqu'à l'arrivée de la Régence, objet d'autant plus important que l'état actuel des choses n'offre pas la moindre garantie pour la cessation des dissensions existantes, mais qu'il renferme au contraire tous les élémens qui entretiennent et perpétuent le désir de l'anarchie et les passions cruelles.

Les plénipotentiaires ont jugé à propos de commencer la réforme du gouvernement actuel par l'abolition du Sénat Ce conseil, d'après le second décret de l'assemblée d'Argos,

qni n'est que le complément de l'acte do corps législatif, daté dn 18 janvier 1828, était censé aboli de droit au moment même où l'assemblée ouvrait ses séances. Mais on devait aussi le déclarer tel en réalité puisqu'il ne s'est point empressé lui-même d'avouer ce qu'il devait reconnaître, c'est-àdire, son existence entièrement inutile, sa nullité devant l'assemblée souveraine. Outre l'abolition de ce conseil, l'assemblée avait certainement des raisons fortes et suffisantes pour en prononcer aussi la condamnation pour ses nombreuses illégalités et ses réactions ; mais elle consentit à passer sous silence ces illégalités pour se conformer religieusement et à la lettre, au contenu du décret relatif à l'oubli du passé.

Toutes les décisions prises par l'assemblée touchaient des intérêts sacrés, et étaient pesées dans la balance de la justice; et il est évident que des décrets d'un corps qui représente la nation, sont légaux quant à leur origine, et obligatoire pour l'état Mais contre toute attente et à l'étonnemeut général, ces décisions ont rencontré de l'opposition de la part de MM. les résidens, dans une communication adressée au secrétaire du gouvernement pour les affaires étrangères, en date du 29 juillet, et transmise à l'assemblée par ce fonctionnaire. MM. les représentans de l'Alliance, après avoir condamné préalablement la convocation faite par le gouvernement, de cette assemblée prescrite par la loi et demandée hautement par l'opinion publique, après avoir imposé des bornes à la libre volonté des plénipotentiaires du peuple grec, ont fini par prononcer que l'assemblée s'était arrogé le pouvoir constitutionnel de la nation.

Chose étrange! MM. les résidens, naguères témoins des horribles attentats d'Argos et de la conduite criminelle d'un usurpateur de l'autorité suprême, et ayant sous les yeux le protocole dn 7 janvier, qui leur transmettait l'ordre exprès de reconnaître le gouvernement qui serait établi par l'assemblée nationale d'après toutes les formes légales , n'ont point hésité cependant, malgré ces données et ces instructions, à reconnaître comme légaux les actes de la soi-disant cinquième assemblée nationale, qui s'opposaient à toutes les forme» légales, et à considérer comme légitime F enfant supposé de cette assemblée, et cela à une époque où une grande et forte partie de l'état avait pris les armes contre lui, et où la nation presqu* entière manifestait son indignation contre l'arbitraire. Aujourd'hui que font-ils? tandis que tout devait les convaincre de la légalité de l'assemblée actuelle et de la va-

lidité de ses acte» ,» non seulement ils paraissent en douter, mais ils notent encore de leurs boules . noires contr'elle*

Ce qu'il y a .cependant de plus étrange, c'est qu'ils accordent un pouvoir constituant à un corps qui, lors même qu'il existait légalement, n'avait qu'un pouvoir consultatif, et qui ne représente ni les capacités de la Grèce, ni les propriétaires les plus notables, ni ceux qui se sont distingués par des sacrifices ou illustrés par des services dans la lutte de l'indépendance. Ainsi ils exposent le sort des Grecs à tous les dangers d'une position équivoque, en attribuant à ce corps aboli le pouvoir de modifier le gouvernement quand il le voudrait et de la manière qu'il le jugerait à propos.

La communication susmentionnée des trois résidens contenait entr' autres trois articles, comme les dernières décisions de la conférence. Ces articles étaient: .

1° L'inamovibilité du gouvernement provisoire jusqu'à l'arrivée de la Régence; 2° la défense de rédiger des lois fondamentales définitives, sans le concours de l'autorité royale; 3° la non-aliénation éea terres nationales. L'assemblée n'a point hésité à y répondre avec tout le respect dû aux auteurs de la communication, mais aussi avec toute la franchise et avec la conscience profonde de ses devoirs sacrés.

Quant au premier article, prenant à témoin et allégant à son appui la misère de l'état actuel des choses , l'assemblée avouait clairement qu'il était juste et de son devoir de penser à la réforme provisoire du gouvernement jusqu'à l'arrivée de l'autorité stable.

Pour ce qui touche les lois fondamentales, elle reconnaissait d'avance ce qu'elle n'a jamais entendu nier, c'est-àdire, la nécessité du concours de l'autorité royale, qoand elle serait présente; mais elle ajoutait aussi qu'elle avait cru de son devoir de préparer cette grande oeuvre, également nécessaire au bonheur des administrai» et à celui des administrés.

Enfin, pour ce qui concerne Y aliénation de» terrée nationale*, rassemblée a fait la juste observation qu'il n'était p** convenable de confondre ce terme avec celai que l'assemblée avait employé dans sa proclamation, c'est-à-dire, avec la répartition de la terre nationale, mesure décrétée déjà et consacrée par tontes les assemblées précédentes, dont le président Capodistria lui-même s'occupait sérieusement, et oui seule était capable de donuer aux Grecs une véritable existence politique, et de contribuer en même teins à l'extinction des dettes publiques et en général à l'établissement du cre-

dît national. L'assemblée a été plus loin encore: elle a fait la distinction nécessaire entre le mode, c'est-à-dire, les* .principes et les bases de la répartition des terres nationales d'un côté, et son exécution de l'autre, et tandis qu'elle renvoie, comme de raison, la seconde de ces deux parties à la coopération de l'autorité future, elle s'en réserve à bon droit la première. '

Le territoire national délivré de ses conquérant au prix du sang grec, ne pouvait que revenir de droit à ses anciens possesseurs. C'est donc une propriété commune, on commun héritage, exposés à la vue des -Grecs, et relativement auquel tous ceux qui ont pris part à la lutte, sont considérés comme autant de cohérétiers et de copropriétaires. ,

Y a-t-il en effet rien de plus légitime et de plus naturel que de réserver à l'assemblée souveraine qui représente la nation toute entière, le droit de poser les principes d'après lesquels doit se mire à l'avenir la répartition de la propriété commune?

11 est 'Certain que depuis la septième année de la guerre de l'indépendance,. tes Puissances qui dès lors se sont déclarées protectrices de la Grèce, ont aussi essentiellement contribué à la délivrance <lu territoire grec. Mais nous n'osqns pas penser, et nous commettrions une faute impardonnable, si nous nous imaginions que ces Puissances, par leur coopération humaine et généreuse, eussent jamais entendu s'approprier d'autres droits que celui que la nation elle-même Jeur a accordé, c'est-à-dire, le droit d'élire le prince qui devra régner héréditairement sur la Grèce.

Ainsi les Grecs, maîtres uniques et incontestables des fruits de leur victoire, ne s'arrogent point un droit étrange et inconvenant lorsqu'ils s'attribuent le pouvoir d'en disposer.

C'est dans cet esprit et sur de telles bases que fut faite à la communication grave de MM. les résidens, une réponse non moins grave et importante de la part de l'assemblée. Le gouvernement à qui cette réponse était adressée, devait l'envoyer, sans le moindre délai, à qui de droit, en respectant l'autorité suprême dont elle émanait; mais c'est avec une douleur et une indignation profondes que nous annonçons an public que le gouvernement n'a point réalisé cet envoi; qu'il * a même osé, comme on voit par sa conduite, se constituer jnge suprême des décisions définitives d'une assemblée entière. Les observations de quelques députés -ministres devaient se mire d'une manière publique et patente dans la séance même et durant la discussion. Les députés, considérés comme -

, secrétaires du gouvernement, prouvent par là qu'ils ont étrangement méconnu leurs devoirs;- car ces fonctionnaires, en leur qualité de responsables, peuvent, il est vrai, juger les actes du gouvernement, mais nullement ceux d'une assemblée souveraine qui ne doit en rendre compte qu'à la nation.

De longues discussions ont eu lieu tant sur le personnel que sur l'organisation du gouvernement. L'opinion de la majorité, reconnue d'après la manière de voter, adoptée dans le règlement, décida l'établissement d'une commission administrative de sept membres , la nomination des personnes qui la composeraient jusqu'à l'arrivée de la Régence, et le remplacement de la Gérousie par un comité législatif pris dans le corps des plénipotentiaires, dont les fonctions dureraient seulement jusqu'à xe que les provinces eussent envoyé les représentais qui seraient choisis immédiatement d'après la loi d'élection sous le n° 17.

11 fut aussi décidé par la majorité que la constitution de Trézène, modifiée d'une manière convenable, serait adoptée jusqu'à l'heureuse arrivée en Grèce de la Régence royale, époque où la constitution monarchique et définitive sera réalisée nécessairement. Les dernières discussions de cette séance, prolongées par des argumens et des répliques employés à dessein, depuis 9 heures du matin jusqu'à 5 heures de l'aprèsmidi, avaient pour objet la décision définitive de la proposition déjà plusieurs fois renouvelée, et concernant les actes illégaux de la soi-disant cinquième assemblée nationale.

Le président avait déjà levé la séance, et les plénipotentiaires commençaient à sortir, quand un détachement de soldats qui, ayant déserté le drapeau de leur chef , le général N. Criéziotti, à la suite d'une intrigue, se trouvaient campés sous les ordres des officiers Th. Cazani, Jean Condouli, Lampros Coutzos et de quelques sous- officiers , à Aria, à une demi -lieue de, distance de Nauplie, entoura la salle de l'assemblée, armé de fusils et de sabres, se jeta en tumulte an milieu de plénipotentiaires, et répandit parmi eux et parmi les spectateurs une terreur panique. Jamais événement plus terrible ne frappa l'oeil des Grecs; jamais spectacle plus tragique ne blessa les coeurs grecs; jamais action plus criminelle ne deshonora le sol de la Grèce. Comme les brutes indomptées, comme des tigres furieux, ces soldats, ayant pour complices quelques-uns même des gens de la garde de l'assemblée, fondirent sur les plénipotentiaires, les dispersèrent, menacèrent de tuer les uns (attentat dont ils furent cependant empêchés); les autres, ils se contentèrent de les piller,

et enfin d'autres, parmi lesquels était le président lui-même, ils les emmenèrent dans leurs cantonnemens à Aria, où il* les gardèrent plusieurs jours de suite.

Les soldats, et surtout un ramas informe de soldats, ne connaissant aucun ordre, sont de simples machines, des instrumens matériels qui ne reçoivent de l'impulsion que du dehors. C'est donc à ceux qui portent à un acte criminel, et non à ceux qui y sont portés, qu'on doit infliger la plus grande punition. 11 y avait quelques jours que ces soldats demandaient leurs soldes arriérées au gouvernement qui leur, promit de les payer dans un délai donné. Le dernier jour de ce ternie était celui où se passa l'horrible scène dont nous venons de parler. Une députation de ces mêmes soldats, envoyée dans la capitale pour y recevoir de l'argent, au moment même où les plénipotentiaires, siégeant dans le local de l'assemblée, délibéraient sur la réforme de l'état actuel des choses, reçut, d'après ce qu'elle avoue elle-même, de la part de quelques membres du gouvernement, la réponse que, n'étant pas sûrs de leur maintien dans la commission administrative, ils n'étaient nullement en devoir de tenir leur promesse, <et que les soldats n'avaient qu'à s'adresser à l'assemblée créatrice d'un nouveau gouvernement, pour en obtenir le paiement.

Une telle réponse, en supposant même qu'elle n'ait pas été faite dans un but perfide et insurrectionnel, était cependant capable d'exciter et de porter à des actes de désespoir des soldats qui n'attendaient de consolation pour leur nudité et leur misère, que de .leur solde modique. Néanmoins beaucoup de données et de présomptions bien fortes que le teins seul éclaircira, portent à croire que cet événement était le résultat d'une intrigue infernale, ourdie de longue main, et qui avait pour principal but la dissolution de l'assemblée nationale qui blessait, comme une épine, la vue de ces misérables persécuteurs de la liberté bien entendue et de l'ordre légal, qui se réjouissent de l'anarchie et des malheurs de la Grèce.

Hellènes! Vous avez vu par le récit simple qui vient de tous être soumis, avec quelle sincérité, avec quel dévoue* ment aux intérêts de la patrie, et avec quelle scrupuleuse conscience vos représentons plénipotentiaires ont rempli leurs devoirs. Vous avez vu quelle opposition la majorité bien intentionnée de l'assemblée a rencontrée de la part d'une minorité capricieuse et incapable de céder aux argumens victorieux de la raison.

Vous avez vu enfin quelles intrigues les adversaires ont employées 9 quels pièges Us ont tendu pour faire échouer

les vues utiles et salutaires de l'assemblée. Les plénipotentiaires ont montré une persévérance de martyrs, et ils espèrent avoir suffisamment justifié par leur conduite la confiance , dont vous les avez honorée.

Cependant au moment même où ils se prorogent pour quelque tems, après avoir déjà pris en faveur des intérêts généraux toutes les mesures qui étaient en leur pouvoir, il leur est impossible de ne pas protester avant la nation, de* vaut le roi de la Grèce et en présence du monde civilisé, contre les auteurs de tant de malheurs, contre ceux qui ont rendu cet infortuné pays la proie des passions. L'histoire impartiale, en dévoilant le nom de ces hommes, flétrira avec le tems leurs actes plus ouvertement qu'il n'est permis de le faire aujourd'hui. Peut-être aussi que les lois, en obtenant la vigueur qui leur appartient, vengeront un jour des crimes restés encore impunis.

A Nauplie, ce 22 août 1832.

Le président P. Notaras, P. Mauromichalis , A. Fotilas, D. Mélêtopoulos , I. Ch, Pétrou, G. A. ^os Criézis9 G. Docos, G. Caniscas, G. Plessos, Dm

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