II
du Parnasse, te refoulant de l'autre coté sur la Béotie orientale, pour chercher une issue dans le cours de l'Asopus: alors on reverra les teins de Deucalion, et Ton ira avec des vaisseaux de l'Hélicon au Parnasse, passant par dessus des provinces entières ensevelies au fond des eaux, avec leurs villes, leurs villages et leurs campagnes. Ce qui reste encore à craindre pour les plaines de la Béotie et de la Phocide, est déjà arrivé aux vajjées de Phonéa; sur les deux conduits souterrains du lac, le plus petit s'est obstrué il y a vingt ans, et le second, dix ans après. Depuis cette époque, les eaux retenues au milieu des montagnes croissent sans cesse: déjà toute la vallée de Phonéa est inondée; douze villages bâtis sur les pentes des montagnes ont été engloutis; d'autres, placés plus au nord, voient le même sort menacer chaque jour de plus près leurs campagnes. Il faut donc veiller à ce que les conduits rétrécis soient élargis , et rouvrir ceux qui se sont fermés, ou enfin en creuser de nouveaux à travers les montagnes. Si les avantages qu'on doit attendre de cette entreprise sont grands, la nécessité qui pousse à. l'exécuter est plus grande encore.
Maintenant il s'agit de savoir si la chose est possible, et comment on doit s'y prendre pour réussir.
Ici il faut avant tout ie souvenir que les travaux destinés à ouvrir les lacs de l'Arcadie et de la Béotie, remontent à l'antiquité la plus reculée, et qu'ils ont eu pour résultat l'opulence d'Orchomène, capitale des Minyens au bord du lac Copaïs, et en grande partie les riches moissons de Stymphale et de Phénée, dont les ouvrages, destinés à régler le cours des eaux, furent attribués à Hercule. Cest le même héros qui figure dans les mythes de Stymphale touchant le lac du pays. Il parait qu'après la destruction d'Or*
ehomène par le» Tbébains, on commença à négliger les conduits, puisque des villes situées autrefois au» dessous des plaines, furent plus tard englouties par le lac. Au tems d'Alexandre, le grand Cratès de Chalcis commença à réparer les canaux souterrains , et il réussit si bien, malgré les troubles de la Béotie qui empêchèrent d'achever les ouvrages commencés, qu'on vit reparaître l'emplacement de l'ancienne Orchomène^ d'Eleusis et d'Athènes situées au bord du Triton. Depuis ces tems l'engorgement des conduits a recommencé, et, ainsi que nous venons de le dire, il n'y en a qu'un seul qui soit encore ouvert. S'il faut en croire le« renseignemens qu'ont fourni aux primats de Livadie leurs recherches sur les lieux, on en trouverait encore les traces de plus d'une vingtaine. Plusieurs d'entr'ëux communiquent par des puits avec la surface des mon» tagnes, en sorte qu'il paraît que ces ouvrages sont construits d'après le système des anciens aqueducs souterrains, tels que celui de Polycrate à Samos, dont j'ai retrouvé le cours, et celui de Tinos, qu'on a découvert et renouvelé dans les derniers tems. Nous voyons la même construction dans le conduit du lac d'Albalonga* pratiqué au milieu des montagnes latines et subsistant encore après les ravages des siècles barbares, ainsi que dans celui de Fucinus qu'on est occupé à dégager en ce moment.
Malgré les calamités du pays sous les Turc», on n'avait jamais entièrement négligé les conduits des laos de la* Grèce. Les vieillards de la vallée dfc Stymphale se souviennent encore des travaux considérable» que le gouvernement turc a fait entreprendre, il* y a cin* quante-cinq ans, pour nettoyer le grand conduit de leur lac. Pendant quatre mois de l'été de 1776F, cinq cents hommes y furent occupés.
Après avoir ôté toute la fange qui remplissait le nouveau conduit, jusqu'à une profondeur de 15 pieds sur une /étendue de 100, on découvrit des escaliers taillés dans le marbre rougeâtre dont se compose la montagne. Lorsqu'on eut dégagé une vingtaine de marches, ce qui donnait une profondeur de 35 pieds au-dessous de la surface actuelle de la vallée haussée par l'alluvion, on parvint à l'ancienne entrée du canal, composée de deux grandes portes taillées dans le roc. On commença dès lors par ôter la boue dont elles étaient obstruées, afin d'atteindre le point où le canal ancien devait se réunir avec celui dans lequel les eaux se déchargent actuellement et qui entre dans la montagne au dessus des deux portes, plus près de la surface de la vallée. Mais à peine avait- on ouvert un sentier derrière la porte à droite, environ à une profondeur de dix. pieds, qu'il se détacha de la voûte des quartiers de rocher, en sorte que deux ouvriers furent ensevelis sous ces masses; les autres effrayés prirent la fuite, et personne ne fut plus capable de les engager à y retourner. Les Turcs craignirent avec eux que ce ne fussent des démons relégués depuis long-tems dans ces cavernes, qui fussent entrés en fureur, parce qu'on les avait troublés dans leur repos.
Il faut encore ajouter que devant le conduit de Stymphale, on trouve une montagne considérable composée de la boue qu'à différentes reprises on a retirée de l'embouchure du conduit.
Le gouvernement n'aura donc qu'à reprendre ces travaux, en y mettant toute l'importance et toute la persévérance qu'il faut pour vaincre les difficultés qui se présentent, et réussir dans une grande entreprise. On aura bientôt trouvé des compagnies de défricheurs, et comme il f a dans la seule Arcadie dix vallées ou
on peut les occuper, il sera bon de leur donner une partie de ces terres rendues à la culture, m kv garantissant la possession d'un nombre de strèmés assez considérable pour couvrir les intérêts du capital qu'ils dépenseront dans l'entreprise,' et leur procurer de plus un certain bénéfice. Quant au gouvernement; c'est à lui à trouver des hommes capables de conduire de pareils travaux et semblables aux mineurs qui ont creusé à Londres le chemin sous le lit de la Tamise, ou aux ingénieurs occupés maintenant à ouvrir, à l'aide de moyens fort artificiels, les anciens conduits du lac de Tusino. On pourrait aussi employer les ouvriers de nos mines, lesquels verraient exactement ce qu'il y aurait à faire, soit d'une manière, soit de l'autre.
Nous n'avons que quelques remarques à ajouter à tout ceci. Le conduit de Stymphale ne paraît demander que la reprise et l'achèvement des ouvragés commencés, puis abandonnés par les Turcs. En donnant à ces travaux plus d'étendue, de manière à ce que toutes les constructions de l'ancien conduit soient restaurées, et que les canaux existant derrière les deux portes d'entrée soient rétablis jusqu'à leur jonction avec le conduit actuel, on parviendra peut-être à dessécher toutes les plaines de Stymphale, et, ce qui voudrait autant, à régler même le cours des inondations. D'après une tradition qui s'est conservée parmi le peuple, les anciens habitans avaient les moyens de fermer le conduit, et de faire monter l'inondation pendant l'hiver jusque dans les coins les plus reculés de la vallée. Après que les eaux y avaient déposé la fange qu'elles charient, on ouvrait le conduit et les eaux s'écoulaient encore à tems, en sorte que les terres, engraissées par l'inondation , donnaient une double récolte. Ils faisaient de merde pendant l'été pour arroser les plantations
dans la partie basse de leurs campagnes; le conduit une fais fermé, les eaux du fleuve, qui proviennent du pied du Cyllène et traversent la vallée, se trouvaient retenues dans des fossés profonds dont la vallée était coupée, et finissaient par se répandre sur les champs. Quel qne soit le fond de ces traditions, il est certain que la construction de l'ancien canal dont nous avons parlé , sert en quelque manière à l'accréditer. On parle même d'une porte d'airain qu'on aurait vu fermer l'une des deux entrées de l'ancien canal. Il est également certain qu'avec nos moyens hydrauliques, il n'y aurait aucune difficulté à ce que ces portes pussent se fermer et s'ouvrir sous l'eau suivant les besoins de Pin* ondation.
On procédera de la même manière avec les autres canaux des lacs de l'Arcadie, excepté peut-être avec ceux du lac de Phonéa, au-dessus desquels l'eau s'est déjà élevée de. plus de 300 pieds. Est -il possible, à l'aide d'exeellens plongeurs Grecs ou au moyen de cloches, d'extraire les matériaux qui l'obstruent et qu'on croit être de grands morceaux de bois? ou bien serait -il préférable de commencer par la vallée opposée de l'Aoranios, séparée du lac par une montagne large à peu près d'une lieue, et d'y agrandir l'embouchure du conduit, en s'avançant ensuite vers le lac? ou enfin sera -t- on forcé de creuser un nouveau conduit à travers fc montagne? Voilà des questions qu'on n'a pas même entamées sous le gouvernement du Président, quoiqu'on eut vu disparaître sous les flots des villages entiers les uns après les autres, et que les habitans, dépossédés ou menacés de l'être, ne cessassent de solliciter l'assistance du gouvernement, et de lui offrir leurs bras et leurs épargnes pour les travaux qu'il faurait entreprendre.
Le dessèchement du lac €ôpaïs, l'entreprise la plus importante de ce genre, n'est pas Sujette à de semblables doutes. Le lac s'élève à plus de 1000 pieds au* dessus de là mer de l'Eubée, qui n'en est séparée que par la chaîne du Ptoon large à peu près d'un mille géo* graphique. Il est donc possible de percer des conduit* à travers la montagne et de leur donner une pente rapide, en sorte que, les eaux s'y précipitant avec violence, de nouvelles obstructions n'aient plus lieu. Ici les canaux souterrains existent déjà avec des puits de communication malheureusement obstrués. Un nivel* lement exact doit démontrer s'il suffit de les nettoyer, ou s'il faut descendre plus bas pour avoir la pente nécessaire et arriver avec l'embouchure du canal au niveau du lac. Supposé qu'il en soit ainsi de l'ouvrage à exécuter, on pourra suivre la ligne tracée par lés puits, creuser ceux-ci jusqu'au nouveau canal, et donner assez de largeur et de hauteur au conduit pour qu'il réponde seul au but qu'on se proposait; dans le cas contraire, c'est-à-dire, si la surface du lac est au* dessous de celle du terrain à l'endroit où le canal franchit la montagne pour communiquer avec le lac, il faudra s'y prendre de la même manière que les anciens ont du le faire au lac de Stymphale, et creuser jusqu'à ce qu'on parvienne au lit du canal, construisant les ouvrages nécessaires pour le fermer et l'oiftrir à volonté et pratiquant des fosses pour les parties les plus basses des marais qui s'étendent du côté de l'ancienne Copaïs. Après cela, les eaux prendront bientôt leur cours, et l'on se verra en état d'inonder toute la plaine que l'on desséchera ensuite pendant l'été.
Les habitans sont disposés à concourir de toutes leurs forces à une telle entreprise. Quant aux sommes que le gouvernement devra dépenser pour cela, quelque
considérables qu'elles puissent être, elles se trouveront successivement remboursées, intérêts et capital, par les récoltes en tout genre qu'on obtiendra bientôt, puisqu'il n'y a pas de doute qu'au moins un demi -million d'hàbitans peut s'établir autour de cette grande et belle plaine et y vivre dans l'aisance des produits de ce sol miraculeux.
Nous ne parlons pas du dessèchement des marais voisins de la mer; les préparatifs nécessaires pour cela existent déjà en partie: tels sont ceux, par exemple, qui se trouvent près de Pyrgos. Les habiians les avaient érigés sous la condition, accordée par les Turcs, que les terres leur appartiendraient comme propriété particulière, et qu'ils . paieraient' seulement la dîme. Les fosses ont été négligées pendant la guerre; les ha* bitans d'ailleurs ont laissé là leurs établissemens, parce que le ^gouvernement du Président avait eu la maladresse de leur susciter des embarras par rapport à leurs titres de propriété sur ces marais. On n'aura donc qu'à entrer dans les voies indiquées par les Turcs et à aider les habitans au lieu de leur créer des difficultés dans le défrichement des terres qui, bien que devenues propriétés particulières, ne laissent pas de rapporter toujours des dîmes à l'état, et augmentent ses forces à mesure qu'elles multiplient le nombre et les ressources de sa population.
11 y aura cependant des ouvrages de ce genre qui devront être exécutés par l'état. C'est surtout dans les endroits où les marais naissent de la stagnation des fleuves, et où ces derniers, ayant un lit peu profond, débordent sur les campagnes voisines et inondent des vallées entières. Il ne s'agira doue que de redresser leur cours ou de creuser leur lit pour faire cesser le mal: c'est ce qui doit avoir lieu pour l'Asopus en
Béetie au pied 4a Cy théron , afin de garantir la sala-» brité et la fertilité des plaines immenses de ce pays» L'Eurotas a besoin aussi d'être dégagé des obstacles qui retardent son cours et donnent naissance aux marais de Hélos. Le cours et surtout l'embouchure du Pamise, de FAlphée, du Pénée Eléen, de l'Achéloûs et d'Evénos exigent des soins semblables et ces travaux sont d'autant plus urgens que les vallées et les plaines qu'ils traversent, seront comptées parmi les vallées les plus fertiles de l'Europe , aussitôt qu'elles seront préservées des stagnations et des inondations annuelles de leurs fleuves.
Mais tandis que, dans ces contrées, on doit travailler à l'écoulement des eaux, il faudra tâcher d'en procurer à d'autres qui en manquent, soit en partie, soit entièrement.
La plaine d'Argos est encore aujourd'hui tout aride pendant l'été (noXvdtywv), n'ayant pas d'eau courante depuis l'Erasinos jusqu'aux fontaines d'Aréa près de Nauplie. L'Attique ne possède que les ruisseaux du Céphise et de l'IUisse: quant au reste du pays qui n'est pas arrosé par eux, il est sec et stérile. On peut observer la même chose dans la plupart des vallées un peu élevées, et, comme l'été est d'une sécheresse extraordinaire, on comprendra que ce manque d'eaux en tant d'endroits, est la principale cause de leur stérilité, puisque, sans l'irrigation, presque rien ne peut résister à l'intensité de la chaleur. Le remède à ce mal est de tirer un meilleur parti des eaux courantes ou de pratiquer des puits Artésiens.
En plusieurs endroits, comme dans toute 1'Attiqué, l'irrigation est dans un excellent état, et la vallée du Céphise, avec ses magnifiques jardins et ses antiques oliviers, répond encore exactement aujourd'hui au ta-
biéM que Sophocle en a fait dân* «on Oodipe à Cdlonne l).
1) Ovà* avîtroi xçrjvai fiivv&ovGi Krjcptaaov voftéâeç §i£&Q(or9 àl£ aUv in y/uaii (oxviôxoç niôUav inivfaoetai , àxrjQarcp ovv opPQtp OTSQVoy/ov x^ov^* Sopho. Oed. Col. 717 seq. C'est-à-dire, les foutaises vires qui s'écartent des flots du Céphise, ne diminuent jamais ; mais elles se répandent sans cesse, avec leurs ondes pures, sur la plaine bordée de collines qu'elles fécondent prompteinent. Pour ne pas oublier entièrement dans cet ouvrage ma profession d'Helléniste, j'y joindrai quelques remarques sur ce passage. Strabon, lorsqu'il parle du Céphise, se trompe en déclarant que c'est en grande partie un torrent et qu'il tarit entièrement pendant l'été t ^é/jua^ktKJij* %b nXtov, &éçovç as fieiovrai rslétoç. Plutarque dit à peu près la même chose dans sa biographie de Solon p. 91, où on lit que l'Attique n'a pas de fleuve qui ne tarisse jamais: oïrts noTtzfioïç sorty àirvémç ovre Upvatç xustv. Si tel était l'état du pays et du Céphise, le passage du poète reposerait sur une fiction assez déraisonnable, puisqu'il ne peut pas être permis, même à un Sophocle, de représenter sa patrie comme arrosée sans cesse par les irrigations d'un fleuve qui ne tarit jamais, tandis que le contraire est évident. Les éditeurs tâchent donc d'expliquer cette description de leur mieux. Hermann, entre autres, pense que ce sont les effets des torrens qui ont engagé le poète à donner le nom de vopàdeç aux flots du Céphise. NofAaÔBç dici videntur Cephisi fontes sive quod in plures rivos divisas fuit, sire quod imbribus subito augetur; respondet hoc nomen fere latino vagus. Ch. Reisig dans son Enarratio Oedipi Colonel p. 100 abandonne le poète à sa mauvaise fortune: Sed aliquid in hoc génère arbitrio poetae est condonandum. Le même Helléniste, dans son commentaire critique sur cette tragédie p. 289, pour appuyer une variante du scholiaste qui, par méprise, donne l'IUisè au lieu du Céphyse* dit avec ude légèreté remarquable : Fortasse utriusque amnis errantes rivi Coloneos per campos meabant, ces champs qui du reste sont séparés par des monts et des collines. Enfin Samuel Masgrave cite un autre Céphise, près d'Eleusis, dont Pausanias fait mention; du reste il n'aurait aucun rapport avec les environs de Colonne tels qu'ils sont décrits par Sophocle. Toutes ces difficultés s'évanouissent à l'aspect que le pays et le fleuve présentent encore aujourd'hui. Le Céphise n'est rien moins qu'un torrent; il se compose de larges et belles fontaines et ne tarit jamais. Dans l'automne de 1831, au mois de novembre où il n'avait presque pas encore plu,
Ailleurs on trouve des fleuves, des ruisseaux, âeft fontaines qui coulent sans procurer aucune utilité, n'attendant que la main de l'homme pour répandre la fécondité dans les campagnes.
Les irrigations du Céphise de Béotie, de TÂché* loiïs, de l'Evénos d'Etolie, de l'Alphée, du Pénée, de l'Eurotas et du Pamise du Péloponèse peuvent être
après une sécheresse de huit mois le fleuve coulait toujours, et les indigènes ne déclarèrent d'un commun accord que jamais il ne manquait d'eau. Il sert pendant tout Tété à arroser les deux cents javdins qui bordent ses rivages, et pendant l'hiver, à l'irrigation des oliviers dont ces jardins sont parsemés. On a pratiqué , pour conduire l'eau, de petites rigoles et des espèces de fossés; l'irrigation a lieu à jours et à heures fixes, en sorte que chaque jardin est arrosé deux fois par semaine. On comprend donc ce que ce sont que ces fontaines vives: ZQrjvai avnvoiy et pourquoi le poète les dépeint ainsi: K7](fiaoov vofiâdeç çsé&çwy. Les xçrjvca vofiâÔEç ne sont pas ' les alentes Cephisi fiumina, comme le veut Heath, ni fontes pascui, id est, apud quos sunt prata pascua, d'après l'opinion de Vauvillers, ni pastoritii, ainsi que le traduit Elmsley, mais bien ces eaux errantes comme des troupeaux et se répandant partout où le jardinier les conduit: Satis fluvium inducit rivosque sequentes, comme le dit Virgile Georg. I, 106. Avec ses ondes pures àxrjQUTt^ oppçtp, le Céphise accélère la crue des plantes, ûjzvtÔxoç, puisque tel est l'effet des irrigations. On comprend de même ces paroles aUv in* tJ/licctl toxvioxoç neô((av Imviooercu,, où il est dit que le Céphise se répand à jours et à heures fixes sur les différentes parties de la plaine appelée ##aV aTSçvovjçoç ou plutôt tisôïov OTêçrovxov x^ovôci exr pression sur le sens de laquelle n'ont pu tomber d'accord, comme on le voit par les spolies Grecs et les commentaires, Reisig, Elmsley et Hermann qui, après avoir combattu les autres, arrive à la traduction de Campi: .terrae planitiem habentis", et accuse Sophocle d'avoir fait usage, de ce mot: Vereor ne Sophocle» novitatis studie vocem finxerit parum poëticam; mais il n'y a rien que de poétique et de naturel. Vers l'est la plaine se termine par le cône du Colonos, en face duquel il s'en élève un autre, au sud, dont la forme est la môme; ce sont comme deux poitrines aréqva (pectora) dominant la plaine du Céphise qui s'étend à leurs pieds.
rétablies à peu de frais, là où elles ont été négligées ou détraites pendant la guerre. Il est facile d'ailleurs d'en pratiquer dans les lieux mêmes ou f inexpérience des tems passés avait échoué malgré tous ses efforts. On fertiliserait ainsi des Vallées et des éparchies entières. En veillant au rétablissement des canaux, le gouvernement agira d'autant plus dans son intérêt,, qu'ils sont presque partout en rapport avec les moulins rangés parmi les propriétés publiques.
Ces moulins sont mus par une roue placée horizontalement, sur les raies de laquelle on laisse tomber l'eau au moyen d'un grand entonnoir de bois haut de vingt à trente pieds, et se rétrécissant vers l'embouchure, placée perpendiculairement sur les raies de la roue pour augmenter la force de l'eau. On trouve de ces moulins presque partout où il y a un ruisseau; quelques-uns en font tourne? un grand nombre. La Dircée, qui traverse la vallée de Thébes, en tombant d'une hauteur considérable de l'Apollon Esménios, en fait mouvoir vingt. On en compte environ 6000 dans le pays; sur ce nombre 5500 sont propriété publique; malheureusement presque aucun n'ayant échappé à la destruction pendant la guerre, les trois quarts sont ruinés. Une fois rétablis, ils produiront un revenu de 5,000,000 de francs, puis qu'ils peuvent être affermés, en prenant le terme moyen d'à peu près 1000 francs pour chacun. Pour arriver à les mettre en bon état, il faut commencer par réparer les canaux servant à conduire les eaux dans ces espèces d'entonnoirs qui les versent ensuite sur la roue des moulins. En prenant soin de ces canaux, on travaillera en même tems à l'irrigation des champs, puisqu'en beaucoup d'endroits, on peut diriger sur de belles vallées qu'elles fertiliseront, les eaux dont on n'a pas besoin pour les moulins. Il y en a d'autres
ou il sera facile dé s'emparer des ruisseaux pour les faire monter sur an niveau plus élevé, leur lit étant presque partout rocailleux.
On pourra les entourer, dès leur source, d'une en-> ceinte murée, de manière que, ne trouvant aucune issue, ils gagneront la hauteur nécessaire pour produire l'irrigation des champs voisins. Tel > est le ruisseau toujours abondant' d'Erasinos, qui sort des rochers près d'Argos et va se perdre dans les marais, après avoir fait tourner quelques moulins» Ses eaux, qu'il serait facile d'élever de plus de 20 pieds au-dessus de leur source, suivraient la pente des montagnes qui s'étendent jusqu'à Argos et embrassent la partie septentrionale de la plaine jusqu'à Mycène. Ce ruisseau seul suffirait pour arroser et fertiliser au moins une bonne partie de cette plaine qui n'attend que ce bienfait pour redoubler encore de fertilité.
Dans les endroits où l'on ne trouve pas d'eaux courantes, il faudra pratiquer des puits Artésiens. Aucun : pays n'en a plus besoin et n'y gagnera plus que la Grèce. Les deux tiers de l'Attique, d'Eleusis et de Mégare, y compris les plaines de Corinthe et de Sicyone avec un tiers des villages de la Grèce, reclament ce secours qui serait pour eux une véritable source d'aisance. Le sol du pays se prête presque partout à cette opération; car il est couvert de montagnes calcaires qui sont les plus propres à faire filtrer l'eau jusqu'au niveau de la plaine.
La présence de ces eaux souterraines s'annonce de plusieurs manières. Les rochers de l'Acropole de Corinthe étant de tuf, ils attirent celles qui se communiquent à leur soubassement par la proximité des hautes montagnes de l'Arcadie et les font monter jusqu'au sommet. C'est pour cela qu'on y trouve de l'eau par-
tout où l'on vient à percer un rocher; ainsi s'explique le secret de PHippocrène qui coule sur une des cirns les plus élevées. Dans quelques autres endroits, les eaux plus basses que le niveau de la mer, s'y réunissent et vont se perdre dans ses flots. Telles sont les fontaines de Lerne au delà de l'Erasinos, dont une partie alimente les marais situés au pied du mont Partbénjon, tandis que l'autre va tomber plus loin dans la mer qu'elle adoucit dans une étendue considérable..
11 n'y a donc aucun doute que les eaux dont les montagnes calcaires de la Grèce sont remplies r ne donnent des fontaines souterraines au -dessus du niveau des plaines et des vallées étendues à leur pied: il suffit donc d'ouvrir ces veines pour en faire jaillir les eaux et les répandre sur les champs desséchés par la chaleur de Tété. Telle est la suite des mesures à prendre, soit, pour débarrasser les pays où les eaux s'engorgent, soit pour arroser ceux qui en manquent.
Nous voici maintenant arrivés aux grandes routes dont la confection favorisera non seulement l'agriculture, en ouvrant des moyens de communication dans l'intérieur du pays, mais encore toutes les branches de l'industrie nationale. Le pays manque absolument de chaussées; il y a même des endroits où la roue d'une voiture ne peut passer. Les sentiers ne sont praticables que pour les piétons et les bêtes de somme, encore sont -ils presque partout durs, rocailleux et entrecoupés; et le voyageur se trouve souvent arrêté aa bord d'un torrent ou d'un précipice. 11 est vrai que, même sous les Turcs, on a tâché d'entretenir des routes pour les courriers, et qu'on les a pavées en plusieurs endroits; mais elles sont presque partout tellement délabrées, qu'on se trouve heureux de pouvoir les éviter.
ai
En conséquence, 0*est sur des ânes et des mulets que tous les produits de l'intérieur arrivent à la mer, et qu'on transporte les objets dont on a besoin, dans l'intérieur des terres, y compris même les planches et les bois de construction. On peut donc regarder l'intérieur du pays comme fermé à la libre communication. La culture du sol en souffre, puisque les frais de transport sont tels que le blé, par exemple, qu'on achète à Nauplie et qui arrive sur des bâtimens d'Odessa, revient à meilleur marché que celui qu'on pourrait transporter de Tripolizza sur des ânes. — C'est le même embarras pour communiquer avec les villes, les villages et les campagnes.
11 est certain que dans l'ancienne Grèce, on le servait de voitures pour aller d'une province à l'autre ; et si les routes n'étaient pas aussi commodes que les nôtres, du moins elles existaient toujours. En différens endroit», comme au milieu de Mycène et de Cléonée, de Stymphale et de Sicyone , on voit encore les traces des roues profondément imprimées dans les rochers sur lesquels les voitures passaient. On se convaincra que les sentiers modernes suivent la même ligne que les premières routes, par les vestiges qui en restent et par les notions que nous fournit à ce sujet l'ancienne carte itinéraire de l'empire romain. Ces directions sont en général prises avec un tel discernement, qu'en projetant de nouveaux chemins, on pourra les suivre partout où l'on ne sera pas forcé de leur donner une pente plus douce, conformément aux principes observés dans la construction de nos chaussées.
U est à désirer que des travaux d'une si éminente utilité commencent . sur différens points immédiatement après l'établissement du gouvernement.
La première communication à ouvrir doit être
celle entre Athènes et Nauplie. Elle sera double: l'une ira de Nauplie à Epidaure, route qui suit presque partout des vallées, en sorte que la construction n'en présente aucune difficulté. Son étendue serait à peu près de quatre milles géographiques. L'autre passera par Tirynthe, en traversant la plaine pour arriver directement au pied des hauteurs de Mycène; ensuite elle franchira les défilés entre Mycène et Cléônée, et, après avoir passé au milieu des ruines de cette dernière ville, elle viendra aboutir à Corinthe. Tout ce trajet, qui demanderait à peu près onze heures, n'offre aucun obstacle, puisqu'il ne s'y rencontre que des hauteurs de peu d'élévation. Une autre voie plus courte d'une heure et demie conduirait de Nauplie à Corinthe par l'Hagion-Oros, mais elle devrait gravir une hante montagne dont le passage offre un grand nombre de ,. difficultés. De Corinthe, cette route franchirait l'isthme pour s'enfoncer dans la Mégaride, se séparant en deux branches : l'une traverserait les hautes montagnes de l'Aria , ce serait celle des grandes Derbennes, au moyen de laquelle se faisaient toutes les communications entre la Homélie et la Morée du tems des Turcs ; elle conduit directement è Mégare en dix heures à peu près; l'autre se dirigerait sur la rive orientale de l'isthme, à Calamaky, pour longer ensuite les côtes du golfe. A huit heures de Corinthe, elle aboutit à une montagne escarpée qui continue de la sorte pendant quatre lieues avec une pente rapide dirigée vers la mer.
On la découvre déjà de loin comme une ligne blanchâtre tracée sur les flancs de ces rochers. C'est la route Scyronienne, soutenue en plusieurs endroits par de grands murs. D'après Pausanias, l'empereur Adrien l'avait tellement élargie que deux voitures pouvaient y passer de front.
' Quoique la route, telle qu'elle existe aujourd'hui, ^démente ce que Pausanias raconte sur sa largeur qui ne «comporte que le passage d'une seule voiture, à l'ex* ception de quelques lieux ou elle est plus spacieuse, «Ue est bien tracée et dans lin assez bon état; cependant on l'a coupée en deux endroits, pour empêcher les ennemis de s'en servir lors de leurs incursions dans le pays! La routé Scyronienne est plus longue que celle des Derbennes, , puisqu'à la fin de la montagne il faut tourner à gauche et franchir la plaine pour arriver à Mégare. Quant à ce qui regarde Eleusis et Athènes, on pourrait la continuer le long de la mer, en sorte qu'elle vînt aboutir à ces villes sans faire de détours.* Il y a 36 lieues de Nauplie à Athènes en suivant la direction indiquée, et ce trajet coûte ordinairement quatre jours. Comme il n'y a pas de montagne considérable à franchir, il sera possible de le faire en 18 heures, lorsqu'une fois la route sera dans un bon état et qu'on y aura établi des postes semblables aux nôtres. -<>'.'
De Mégare à Thèbes, on compte deux chemins qui traversent le Cythéron. Il en part un autre d'Athènes, qui passe par Marathon et remonte de cette plaine vers Oropus et Chalcis, où, pour lors, il rejoint celui de Thèbes. Après cette dernière ville, les deux chemins du Cythéron se dirigent vers la Livadiè en passant au pied du Parnasse, où, après avoir traversé la plaine du Céphise, ils suivent les hauteurs d'Elatée; viennent ensuite les défilés de l'Oeta, après quoi ils arrivent à la mer près. des Therinopyles , ou ils tombent alors dans la route de Chalcis, qui passe à Talantion, au pays des Locriens d'Opus. On trouve aussi un chemin partant des Thermopyles et traversant la