‹ De l'état actuel de la Grèce et des moyens d'arriver à sa restaurationChapitre 28 sur 41 · IL · texte numérisé non relu

IL

La Grèce, malgré la restrtttion qttè aeni tenon* d'indigne* pour les pâturages, pourra* nourrir deux millions de moutons et de brebis. En supposant que la moitié soit de race espagnole, Ce million ^donnera .5,000,000 de livres do laine par an, c'est-à-dire, 10,000,000 de francs, dont on changera une grande partie en nnméraire à l'aide du commerce.

11 est vrai qu'on ne pourra pas commencer toat de suite par défendre vla migration dés troupeaux pendant les différentes saisons; l'on y parviendra pett-àpeu en suivant la direction indiquée, c'est- à*- dire, en construisant des étables pour le bétail là ou la rigueur de l'hiver ne permet pas de laisser, pendant toute Fannée, lès troupeaux en plein air, et en préparant lear nourriture pour le teins qu'ils resteront enfermés.

Les maisons des paysans que nous connaissons, sont en général sur un bon pied. Cependant il n'y a pas de doute qu'elles ne doivent changer de dimension et qu'il ne faille les diviser autrement , 'à mesure que les réformes que nëus avons indiquées, s'opéreront dans l'économie rurale, quand au lieu d'ânes il y aura des chariots et des chevaux, quant} la récolte réclamera des greniers, le vin, des caves, et le bétail, des étables, enfin lorsque la famille, renforcée parmi un certain nombre de domestiques et de servantes, se verra assez à l'aise pour en augmenter les commodités.

11 sera nécessaire de donner plusieurs formes à la maison du paysan, suivant le climat et l'état du propriétaire. Daàs l'Arcadie, par exemple/ sur l'Hélicon et le Parnasse, où les habitans doivent être garantis d'un hiver souvent assez long, la construction en sera tout autre que dan* la plaine d'Argos ou de Messénie, od en général cette saison ne présente que des pluies. Quant aux maisons à bâtir dans les hautes vallées, il

AI

n'y.a peut *étré pat de Meilleur modèle que celai des mAfcmira de no* -montagnes oà le paysan, joignant la cultulfe du sol aux soins du bétail, sait réunir sous le même toit «a •famille, son troupeau, sa récolte et ses provisions, de manière que chaque chose est à la place convenable, et que les travaux nécessaires pour battre et vanner les blés, nourrir le bétail, traire le lait, conserver les produits et pourvoir à la cuisine, s'exécutent sans peine. Les Constructions seront plus légères dans les plaine*; on les entourera de cours spacieuses qui communique*» iront avec elles par des galeries ouvertes vers Tinté» sieur, comme cela se pratiquait déjà chez les anciens* - 11 sera facile d'introduire ces changemens, la plupart «les villages étant en ruines. Le gouvernement d'ailleurs, en veillant à leur rétablissement, pourra donc insister sur tout ce qu'il jugera convenable sous ce rapport. Quant aux villages bâtis sur les pentes rapides des montagnes, il faut engager les bahitans aies abandonner pour s'établir au milieu de leurs terres, partout où l'air est sain. '

Eu même tenta, on devra faire dresser des plans pour tout le village par des gens habiles qui connais* sent le pays, de sorte qu'on ait égard à l'exposition des maisons vers le midi, aux vents qui y dominent* ainsi qu'aux eaux courantes.

Les routes seront propres, aérées et construites de manière à donner de l'ombrage pendant l'été. On choisira un lieu convenable pour l'église et l'école, ainsi qne pour la demeure du curé, pour celle du magistrat communal et pour celle de l'aubergiste, enfin une place destinée aux jeux publics.

En passant en revue les moyens que nous avons jugés nécessaires pour donner du développement à l'économie et procurer de l'aisance aux cultivateurs, on

dira peut-être qu'il: est bien difficile dp faire perdre d'anciennes coutumes à des gens qui y sent attachés de corps et d'âme, et que les plans les mieux conçus, et dont l'exécution serait d'une grande et immédiate utilité, échoueront devant l'ignorance, l'indifférence, et la méfiance de ceux qui doivent concourir à déraciner de vieux préjugés auxquels ils sont eux-mêmes sujets, et à mettre en pratique des mesures qu'ils regardent comme dérogatoires à leurs moeurs, peut-être même à leur intérêt et à leur croyance. Toutefois le gouvernement a des- moyens puissans de persuasion, et peut compter sur un succès d'autant plus général que le peuple se convaincra que, bien loin .de vouloir lui susciter de nouvelles vexations et lui imposer, de nouvelles charges , on travaille à faire cesser les anciennes et à le mettre à son aisé. Cependant, pour donner une plus grande impulsion, on doit penser à ériger dans toutes les éparchies des fermes -modèles basées sur la nature des produits du pays, et à introduire des colonies agricoles dans celles qui sont désertes, enfin à engager les riches propriétaires à fonder des établissemens d'agriculture. 11 faut en outre exciter l'émulation par des mesures administratives, et augmenter les chances favorables à l'industrie nationale, au moyen d'un sage système d'impositions.

Déjà le Président avait établi une ferme -modèle près de Nauplie. Il n'a pas réussi, malgré les secours de tout genre que lui ont prodigués les Français, parce qu'^n introduisant les méthodes et les procédés de nos agronomes,, on n'a pas assez consulté la nature et le besoin du pays , et qu'on a changé de mesures et d'employés d'après les vues et les craintes d'une politique ombrageuse, qui croyait voir des ennemis jusqu'au milieu des champs et des jardins. Il faut donc repren-

dre ces projets, mais sur un plan pins large, plus raisonnable et en harmonie avec le soi et le climat de la Grèce y en y employant des personnes expérimentées et dignes dé confiance.

r Ces ferries- modelés s'occuperont de l'agriculture proprement dite, de h* culture de l'huile de lin, de la soie, du coton, de celle des jardins, de l'entretien et de la nourriture des troupeaux, du bétail et des chevaux; en y 'formera aussi des vignerons. Chaque éparehie doit avoir celles qui conviennent à ses produits et à «ses moyens. On y instruira des jeunes gens et des hommes d'un âge plus mur, .en sorte qu'ils soient en état de mettre en exécution-, dans leurs propriétés, ce quHls auront 'appris. À mesure que ,ces élèves se répandront dans le pays , et serviront eux-mêmes comme de maîtres aux autres, ces fermes -modèles deviendront moins nécessaires et finiront par se dissoudre ou par rentrer dans ta sphère des possessions particulières, aussitôt qu'on n'en- aura plus besoin. . - »

Pour exciter encore davantage l'émulation, il faut établir, à certaines fêtes, des concours où l'on distribuera des prix à ceux dont les bestiaux ou les produits agricoles l'emporteront sur ceux des autres. Ensuite, pour mettre la culture à l'abri de la spéculation insidieuse, on établira des dépôts et des magasins, soit dans les ports, soit dans les villes principales, où des hommes experts examineront, sans aucun frais, la qualité des produits, et où le paysan trouvera des renseignement exacts sur le prix courant de ses marchandises dans les principales places de. commerce, ainsi que des acheteurs rassemblés pour en faire l'acquisition. La qualité des produits et des marchandises qu'on aura examinés, doit être marquée, d'un signe par l'autorité publique, et le nom de ceux qui auront amené les meilleurs,

doit étiîe inscrit sur une table suspendue d|ui8 le^ local même o4 ce commerce se fait sons l'égide d'un ge«~ vernement sage et paternel. -^ Il .existe dans le royaume de Hanovre une institution semblable; mais seulement» par rapport à la toile. . Pour L'Avantage du paysan même, il lui est défendu de la Tendre -ayant qu'elle ait été examinée à ce dépôt et munie du sceau, de la commission qui en certifie la qualité. Celte meaur» a délivré le paysan d'nr.e spéculation oifinienge et avide, et a concentré le commerce des toiles dana des endroits où le propriétaire est instruit, par des affiches officielles» du «prix de sa marchandée dans le? grandes ville» coin-* nieroântes du voisinage, et où l'acheteur est sur de. trouver, au teins indiqué, la marchandise toute prête et déj& inspectée par l'autorité publique, sans que ni loi ni la propriétaire aient à payer la moindre taxe. Elle n donc tellement' augmenté cette branebe d'industrie* et les avantages qui en résultent, qu'actuellement In toile seule est regardée comme la source dé l'aisance d'un pays autrefois pauvre et malheureux; L'établissement de* grands instituts agricoles . par des particuliers no trouvera pas plus de difficultés. 11 y aura des éeo» nomes qui, joignant à une fortune considérable uno connaissance exacte de leur partie, viendront n'établir en.'-Qrèce. C'est à ces hommes importons que le gon* vernement peut cçder des portions considérables de terres nationales à un prix modéeé, s'ils n'en trou-» vent pas a acheter des particuliers Grecs on dos Turcs,- se gardant bien toutefois de laisser tomber ces terres entre les mains de ces spéculateurs qui, pour avoir plus tard un pins gros gain, laissent incultes des districts entiers qu'ils ont achetés à bon compte. Ce malheur est déjà arrivé pour un tiers des possessions de l'Àttique, et menace les autres parties de la Grèce,

si iaa a'y met obstacle. Il ne faut dopo accorder la permission d'acheter d#s terres d'nne étendue oonsidéi rafcle > «oit à l'indigène ., «ait à l'étranger, a^ chrétien eomwe an juif que sqrs la condition , qu'après uu tems fixé, raoquéreur devra avoir employé an certain capital suffisant à la culture 4e sa nouvelle propriété. Qj* pourra étendre cette mesure législative à tous les dten triçts incultes devenus déjà possessions particuliers; car supposé qae les acheteurs fussent forcés de jp&pûnz 4re ces terre» , ils le. feraient encore avec profit jpuisqi'il* les avaient ^ueg presque pour rieri.

A mesure q<i'on saura étirer des : économes d$ V Allemagne, de la France et de l'Angleterre., les q#fil* arriveront avee le*trs capitaux, leur expérience et leurs aaanaissances en agriculture, on donnera de TimpulsiQû, à toute la cla&se agricole de la Grèce* car le peuple, tout attaché qu'il est à ses anciens usages, est eepen-. daftt intelligent et porté à i&iUer «a qu'il croit conforme à ses intérêt?. Viendront ensuite les colonies. 11 faut bien se garder ici de penser a coloniser la Grèce avec des Allemands, des Français, des Anglais, comme oa a fait pour l'Amérique, le pays étant déjà occupé par les indigènes qu'on trouve, quoique en petit nombre, dans les plaines et les vallées; race intelligente, laborieuse et intègre, qu'on ne peut pas refouler dans les montagnes ou jeter à la mer comme les Iroquois. Lai Grèoe en général doit être habitée et cultivée par les, Grecs qui y sont déjà établis ou qui y rentreront aussitôt q*e les lois auront repris leur force, et que les Thçrmopyles, los défilés de i'Acarnanie et les ports s'ou? Vjriront pour leur donner asilf contre l'oppression et U violence des Turcs, des Albanais et des Arabes qui se disputent la possession des empires chancelans de l'Oriept

H y atirà cependant des districts encore déserts et trop peu peuplé* ouV Ton pourra établir1 des colons étrangers, afin qu'ils servent aussi d'instituteurs aux: pay&ns Grecs. Mais on ne devra pas les disperser an milieu' de ces derniers; les Grecs ont pour tout étranger fnv éloigneraent prononcé qu'ils pousseraient même jusqu'à l'aversion partout où leurs intérêts, leurs hobir jfildes et leur croyance se croiseraient avec celles des adtrës, ce qui ne manquerait pas d'arriver si on vou-» hlft placer des familles européennes dans des villages habités par une race différente d'origine; de langage, de jnèeùrè et 'dé religion. Il faudra dongr former avec ces étrangers, de petites communautés composées de familles du- même pays et de la même croyânée, en sorte qu'on aura des villages dont les uns seront Anglais, les autres Allemands, ceux-ci catholiques, ceux-là protestans, chacun avec son église, son curé et son école.

Les indigènes voyant l'état prospère de ces colonies, viendront d'eux-mêmes s'informer en détail de la méthode qu'on y emploie pour la culture des champs, l'entretien* du bétail, etc., et apprendront bientôt à multiplier les ressources d'un sol dont les trésors ne leur sont connus qu'en partie.

Qu'on pense à ce vaste système de changement s'étendant depuis la forme de la charrue jusqu'à celle des maisons , depuis l'irrigation jusqu'au raffinement de l'huile et du vin; qu'on y ajoute ensuite les résultats .obtenus par les grands travaux • réservés au gouvernement, tels que le dessèchement des marais, la multiplication des conduits, les communications entre* tenues à l'aide de routos praticables, le dégrèvement dés dîmes, la nouvelle classe de propriétaires se multipliant et se répandant dans les plaines et les vallées autrefois stériles ou occupées par des marais, et dé-

fendue, dans son activité, ses possessions et son honneur, par des institutions sages, encouragée en ontre et récompensée par l'autorité en même tems qu'elle s'enrichit, qu'on pense, dis -je, à tout cela, et Ton ne doutera pas du résultat de ce changement dans un pays si riche en ressources, de toute espèce. En peu d'an* nées Ja Gr^ce ser& couverte <fe nUag«s florissans, de moissons, de plantations et' de troupeaux ; ses montagnes se couronneront de nouvelles forets, tandis que les fouilles qu'on fera dans leur sein, seront précieuses à l'industrie naissante de ce pays régénéré.

>^— -* pp '*»' wi-^ ^rm^r -»

*»!»!♦. »t*Mt l.

DOUZIÈME SECTION

•. lfc$ tnéfiers en. Grèce.

JLiES métiers à l'aide desquels on exploite les richesses et les produits du sol, et dont on se sert pour nourrir, vêtir et loger les hommes , préparer les instrumens et les matériaux nécessaires à leurs occupations', et pourvoir à leurs besoins intellectuels et moraux, sont restés en Grèce à peu près- dans le même état que l'agriculture. Un grand nombre sont entièrement inconnus. IL n'y en a que quelques-uns que Ton. exerce avec goût et intelligence.

Le meunier reste borné au moulin à une roue, que nous connaissons, et aux moulins à vent, répandus dans les îles où l'on manque d'eau courante. La farine de toute espèce est grosse et sablonneuse. Le boulanger se sert, en général, de petits fours mal construits, et ne connaît aucun moyen de varier et d'améliorer les qualités du pain. Le pain commun est cependant bien cuit presque partout, et Ton trouve des endroits, tels

que Palmos et Samos, où, suivant une pratique fort ancienne, l'apprêt qu'on lut donne le rend aussi beau que celui de première qualité en Europe. Le meilleur de tout est celui du couvent de Saint-Jean-le-Théologien à Patmos; il n'y ep a peut-être pas de pareil dans

ftft

. aucun ipnjfls ,i*à> tonde* Le pSUissier eopaerve toujours sa vieille initiée, fct le» gâteaux sont, pour la plqpart* tellement remplis . de «acre et do rotet, qu'il est presque impossible pour un étrange* d'en manger. Le» confitours fournisseat dans les îles plusieurs excellente* sortes de confitures, giftQ* à ta qualité et à Ja grajiAe» variété des fruits du pays. Le. «misuûer est encore plus arriéré -dans - sa partie que les autres, soit. pour la diversité, soit pour lo goût des mets. Il y a cependant plusieurs, manières de prépare* les légumes, le ri* et la volaille, inconnues en Europe; et, vu la variété jointe aux qualités supérieures des vivres, du bétail» des poissons* des légumes et dos fruits, lu evisiafc grecque serait ' bientôt en état de rivaliser avec les) meilleures de .nos pays. 11 n'y a que la manière de rôtir les agneaux, les cochons de* lait, les mouton'» pratiquée, dans l'intérieur du pays, qu'on peut dire exn cellente. C'est celle qui .a été décrite par Homère, et qui a été conservée avec tontes ses. particularité» parmi les habitans des montagnes, les bergers et le* pâtis» siers. Le rôt} reçoit un goût qui* flatterait jusqu'au palais de nos gourmands.

Tout ce qui est nécessaire pour faire et décore* les habits nationaux ; est exécuté avec la recherche et le luxe que requiert1 la richesse du vêtement oriental* lien est de, même pour la confection de ces soulier* en couleur, ornés souvent de broderies,; qui font partie du costume pittoresque des indigènes. Cependant 4'Eifr ropéen aura de la peine à se procurer ces différons articles avec la forme qu'ils ont chez lui. Il n'y a que l'émigration d'un eertain nombre de nos artisans qui puisse remédier à eet inconvénient Le métier de cbe> pelier, ainsi que toet ce qui a rapport à nos modes» est inconnu dans le pays.

" • Les femmes *rwaitteitt «h gênéttk Jbtt bien. Les atfttagcto 'des couturières et des brodeuses * peuvent àiarchet -àè pair avec ceux d'Europe. Les tricoteuse» sont restées bien eti arrière: aussi les gante et les bas dë'tfoié fabriqué* à Tinos, à Myconor, à Afistra et tiftleurs,' ont* ils perdu lèu* renommée. >:

Les métiers ti# ttsfceraud, de fabricant de draps, de foulon, ne sont ■ presque pas exercés, ainsi que ceux de tanneur et de mégissier; 1er cuirs ne trouvant pas d'ouvriers pour les travailler, sont exportés presque sans exception et -a bas prix. Comme . on laisse les métaux, sans en excepter le fer, enfouis dans le sera, des montagnes , il s'en suit que les artisans qui en ont besoin, étant forcés de recourir aux métaux de l'étranger, ne peuvent pas prospérer. - Les serruriers, les clou tiers, les couteliers, les chaudronniers, les potiers d'étain, les ferblantiers ou manquent absolument, ou ne font rien de solide 'ni *de remarquable. Le forgeron è*t restreint à pourvoir au besoin* du paysan, et le maréchal s'y prend assez .mal pour ferrer les muleta. 11 n'y a que les fournisseurs dont on peut vanter le travail en quelques endroits. Us livrent des pistolets, des sabres et des poignards, orné» d'or et d'argent et même de figures en émail, qui montrent une grande habileté. L'orfèvre1 et le bijoutier, qùVra retrouve dans quelques iles, ne répondent guères à l'ancienne renommée de l'Orient par rapport à cette espèce de luxe. 11 existe également des horlogers, mais sans qu'ils puissent faire de montres, ne s'occupant qu'à les réparer. <

On se sert de la hache pour la* coupe et la taille du bois, laissant de coté le moulin à soie. Les différons corps de métiers qui l'emploient, tels que les charpentiers, les menuisiers, les tonneliers, les tour»

Bear s, les ohanron&. n'existent pas ou ne font que de .commencer* Ui»'y a que la construction des vaisseaux qui ait atteint un c#rtaUi,;degré de perfection, et c'est sur les- chantier» de1 Galaxidi et de Syra, qu'on retrouve le génie hellénique qui, tout abandonné qu'il est à luimême, se cirée des»- moyens 4e son, propre fonds par» tout où il est poussé par le besoin et soutenu par les encouragemens: . . . ,

On prend, également peu:de sojji des marbres et dej pierres de construction. Le maçon, sa ©entente de pet^tf morceaux de pierre réunis ensemble au moyen de l'«r* gile et de la chaux , en sorte que les plus beaux marbres restent là. Les grandes carrières de Poros offrent cependant encore des provisions- colossales ; mais n^. la beauté des marbres, ni. la proximité de la mer n'ont pu engager les habitans à profiter de ce trésor inépuisable* Il n'y a qu'à Tinos où Ton a commencé à tailler et à polir des carreaux, recherchés jusqu'à Smyrne et à Constantinople^ à Trieste et à Odessa. C'est un ecclésia&v tique qui, ayant séjourné en Italie, a appris cet. ar( à Carrare et en a enrichi ensuite sa patrie.

Les excellentes sortes .d'argile qu'on trouve de1 tous côtés en Grèce, sont très -favorables à la poterie ; mais les potiers ne sont pas fort inventeurs* Parmi les vases et les cruches, il y en a dont les formes sont d'une beauté simple et naturelle qui vient sans doute de l'antiquité par tradition. La confection du verre est entièrement inconnue, de même que celle du papier. L'art de l'imprimerie y a été introduit avec la révolution; mais il est resté presque entièrement entre les mains du gouvernement. On « ne sait pas non plus ce que c'est que la librairie, et Ton ne fait que de commencer à relier les livres* Quant aux fabriques et- aux manufactures, il n'en reste pas même

4è traces. Ceci vient du manque ahraltt dm métaux et antres matériaux. D'ailleurs la coédition des hommes industrieux était trop misérable saut les Tares; car -toute personne qui en faisait travailler une autre pour Bon profit et montrait ainsi un certain degré d'aisance, leur devenait suspecte et se trouvait exposée à leurs trtanies.

Si l'état des métiers en Grèce est tel que nous l'avons décrit, et si, d'Un autre coté, il n'y a aucune fabrique en grtfl,* on conçoit que ce pays ne pourra jfre&qne pas subsister sans qu'on n'y opère des chan» gemens prompts et généraux. Quand on pense qu'il doit non seulement acheter de l'étranger le tiers des blés nécessaires à sa nourriture, ainsi que cette quan* tité étonnante de sucre et de café qui se consume en profusion dans toutes les villes, mais encore en tirer ses draps fins, ses indiennes, ses étoffes de soie, tout son linge, ses cuirs fabriqués, son fer, y compris les Serrures, les clous, les couteaux, les fourchettes et les fehaudrons, sa vaisselle d'or et d'argent, ses armes, son ameublement, . sa verrerie et sa papeterie, on ne comprend pas trop Gomment il a pu rester un seul para chez un peuple qui vit, pour ainsi dire, de l'étran* ger, lui fournissant peu, en comparaison, de ce qu'il en reçoit.

Ce phénomène s'explique bien en partie pur les profits que la Grèce tire de son- commerce et de sa navigation, ainsi que par les ressourcée que la révolution elle - même lui a ouvertes , puisque les dépouilles des Turcs, les emprunts et les secours venus de l'Europe, jusqu'à la piraterie, tout cela ne pouvait manquer de procurer un gain. Cependant tous ces moyens n'ont été qu'accidentels, et les sommes que Ton a recueillies, surtout par le commerce des blés, ne

suffisent paît pour balance* lis pertefs. Le mal exiité .donc; la Gi*éeë va «'appauvrissant et finira par tombe* apaisée * si on ne parvient pas à faire changea bien YÎte cet état «Fihértie- et de pénurie dans lequel les métiers sont restés.

Décidé à y mettre la main, le gouvernement devra réfléchir aussi bien sur les choses qu'il ne faut pas faire ni même essayer, que sur celles qui doivent être exécutées à l'instant ou préparées pour l'avenir.

Les métiers, tout faibles qu'ils sont, ont cependant gardé cette liberté entière dont ils jouissaient chez les anciens et dont ils Jouissent de nouveau dans les états fédérés de l'Amérique. Quiconque veut bâtir ou louer une boutique pour y exercer une profession telle quelle, ou même plusieurs à la fois, ett maître de le faire. Il n*a pas même besoin d'une permission de la police, et n'est soumis qu'à une taxe modique qu'il paie au gouvernement. S'il travaille mal, on n'achète rien de lui; s'il est réduit à fermer sa boutique, c'est tant pis pour sa personne. L'état ne se croyant pas le tuteur des individus et des familles, les abondonne à leur industrie et à leur fortune. Le- gouvernement royal aurait tort de vouloir se charger d'une telle tutelle qui, du reste, n'est pas même nécessaire, puisque le pays, manquant d'habitans et de concurrence, donne à chacun toute la latitude possible pour suivre une autre carrière, s'il n'a pas réussi dans la première. Il peut y avoir des inconvéniens à introduire cette liberté là où elle n'existe pas, et où chaque métier est déjà exercé par trop d'ouvriers; mais il serait d'une extrême maladresse d'en vouloir priver un pays qui en jouit depuis un tems immémorial, et qui ne pourra jamais faire croître et prospérer son industrie que sous l'égide de la concurrence illimitée. Toute mesure donc, prise

4*ns la légulfUiott. «$ée xU np^re vieille ci vi]katio<V qoi tendrai à restreindre leg, métiers s^fip. de les r/çnforçe% ou encore à diviser le travail pou? l'améliorer, au lieu 4a favoriser l'industrie, tiendrait la Grèce dans l'état de faiblesse et de léthargie où elle est tombée sous le. gouvernement ..stupitje de , ses conqoérans barbares. . ..

D'autres conseilleront de charger, de forts impôts les marchandises étrangères , afin que le trésor et le? métiers indigènes jen profitent également, Cetiq mesure reviendrait à peu près au même que la précédente. Elle rendrait impossible l'activité du métier en étouffant la concurrence , en plême tems qu'elle paralyserait le commerce auquel la prospérité de la Grèce est essentiellement liée, » .

De plus, elle aurait le désavantage de ne pouvoir être exécutée qu'en partie dans un pays corapoqç presque entièrement d'Iles et de côtes, et ouvert dans toute son étendue à la contrebande par terre et par mer. Au lieu donc de remplir le trésor, on en détournerait les revenus provenant d'impôts modiques, et bien loin de favoriser les métiers, on n'encouragerait que la fraude, la ruse et la violence dans un pays dont le moral est déjà profondément attaqué, et qui ne peut obtenir un meilleur avenir qu'en devenant meilleur lui-même.

Pour aider les métiers déjà existans en Grèce, et attirer sur son sol ceux qui, jusqu'à présent, en pont restés, éloignés, il faut avant tout savoir leur trouver dans le, pays même les moyens et les matériaux dont ils ont besoin. De ce côté, la question se rattache aux mesures que nous avons proposées plus haut pour faire exploiter les métaux et venir au secours de l'agriculture. En effet, ouvrez les mines de fer, de plomb, de

es

jcubrrey - *Tétain , de charbon , •' et vous verrez biealqt «aurgir les différente* sortes de métiers, tant ceux qui préparent lem n&téQt, que ceux «qui en ont un besoin (absolu et Je» : dépendent ' entièrement, comme celui dur. Serrurier,, du chaudronnier^ du coutelier,, du forgeron.

Augmentez 4e nombre des bestiaux, et dès lors vous ne manquerez plus de peaux que les tanneurs et les mégissiers sauront bien: transformer en cuir; établissez des moulins à scie, pour la- taille des planches, et Vous aurez dans peu des menuisiers, et des tonne* tlters; introduisez la culture du lin ,. multipliez celle -du <eotpn et de la soie, changez lai laine vulgaire en lrfine ^d'Espagne, et voua rendrez possible rétablissement on l'augmentation .des tisserands , des cordiers , des fabrîcans de draps, des teinturiers «et 'des- autres ouvriers qai >se servent des ipatériàivx' que vous aurez fournis à Tin- *dustrie natiotiale. La fabrication du papier et du verre, celle r dés instrument de mathématique, de physique, de chirurgie et de ceux: qui servent à la navigation, eoim celle • de» machines requises pour les manufacturés «t les fabriques ^ seront en grande* partie subordonnées à .l'exploitation des mines et à l'accroissement des richesses du .sol. .; ".; ■•'»; ->-.'■• *>

Avant qu'ont soi ti 'parvenu à procurer ces métanpc. aux. métiers, il ?£auir supprimer les droits,, de douane* qu'on prélève siir eux et sur les 'marchandises nécessaires aux métiere du >pays, comme r par exemple, jinjr le fer, le cuivre -et les. fils, etc. ' On donnera pleine carrière à l'exportation des produits industriels nationaux^ en la délivrant de ces impôts dont elle souffre actuellement. L'artisan, payant à la douane dix pour cent sur les matériaux étrangers dont il a besoin, et six pour, cent sur les produits de ses fabriques qu'il exil. 5

piste, ne peut pas foire entrer en concurrence airec «eux de TËarope ou de la Turquie, qui Me sont pas (soumis à de pareilles taxes, qfb pourra sevenis •; à chaque instant sur l'impôt relatif aux importations quand on aura établi des fabriques, et qu'il s'agira de taxer lenrs produits en raison du prix modique qu'on prélève tsar ceux de l'étranger. . . .

-■• Pour ce qui regarde le personnel nécessaire à Rétablissement des métiers, on derra commencer pur connaître et mettre à profit les thomroea qu'on trouve -dans le pays, les aidant à se perfectionner, et changeant leurs habitudes et leurs instroraens contre ce qu'on pourra leur offrir de mieux. Sons ce rapport tout est presque à faire. Entres dans la boutique on ^'atelier de l'artisan,- el vous sèves. étonné de voir quels sont les chétifs instrument et les misérables machines -dent il se sert pour son' tramil. Depuis la hache da charpentier on la roue du tourneur? jusqu*à la machine *duk tisserand, la/p^as compliquée de celles qu'on con- /naisse en Grèce, tout est dans un 'état d'imperfection Jqu'il faut changer o«t améliorer ^ si -» l'on veut que les métiers grecs entrent arec (avantage en concurrence avec «ceux de l'Europe.

Le moyen le plus expéditif pour remédier à ce ^ni: manque an pays 8ousrappprt,^sera*rdUnltodnire en Grèce les métiers «t. les fabrique* de l'Europe, avec . •leurs instruirons, leurs méthodes et. leurs inrentseDS, qui ont doublé les. richesse^ des soyanntès d'Oc datent. Pour atteindre ce but, il ne s'agit que d'encourager les artisans et les fabricant étrangers à venir s'établir en Grèce, et d'y fonder une . école d'arts et métiers sur ttn plan analogue à ses : besoins.

L'émigration des artisans a déjà commencé', «et l'on rencontre à Nauplie des tailleurs, des cordonniers,

des chapeliers, des meunier* et dèfc tapissière, -établi* les «113 depuis tin an, les antres depuis deux on traie ans, mais abffndonnés au hasard comme étrangers et exposés à l'envie de* indigènes. Quelques autres se trouvent dispersés à Syra, à Patras et ailleurs.

Le gouvernement a un moyen sûr d'en àugméiite* le nombre sans beaucoup de peiné. La Grèce a besoin dé troupes régulières tirées de l'étranger, puis* que sa population est trop faible pour Sacrifier à l'armée des hommes qui lui sont essentiellement nécessaires pour diriger la charrue. L'enrôlement pour le service royal en Bavière peut donc être arrangé dé telle sorte qu'on ne prenne que des jeunes gens bien faits et honnêtes, connaissant un métier et tout disposés à s'établir en Grèce lorsque leur engagement militaire sera expiré. Tu le surcroît de la popalatiort en Europe et l'état de gêne qui en provient de tout côté, on n'aura pas de difficultés à faire d'excellent choix, pourvu que l'on propose des conditions raisftn* nâblets. Ces jfeanes artisans, transportés en Grèce pour faire le service dans les garnisons,1 y doivent trouver l'occasion de se fâtire connaître des familles, soit en ville, soit à la campagne. Des congés qu'on leur accordera, faciliteront leurs excursions, leurs liaisons, en leur donnant l'occasion de travailler, soit dans l'atelier de quelque maître, soit pour leur propre compte dané des mai^ods appartenant à la garnison, où on leur fournlra les outils nécessaires et où on leur procurera toutes lès autres facilités compatibles avec le service. Le Të&e se fera, sans intervention ultérieure, à l'aide de ces associations qui ne manqueront pas de se former entre ces étrangers en possession d'un art utile et les indigènes qui en ont besoin. Les moyens d'établissement accordés dans l'enrôlement du soldat, transforme-

ront en quelque sorte une pareille garnison en une colonie d'artisans qui deviendra une excellente pépinière pour les métiers de la province. t : . •• *

L'établissement de* fabriques suivra le mouvement et Télan donnés aux métiers, et, moyennant quelques avantages que le gouvernement offrira aux fabricans étrangers, un assez grand nombre, d'entre eux se détermineront à transporter dans. ce pays leurs capitaux avec leurs connaissances industrielles. La nature et la situation de la Grèce se prêtent à merveille à toute espèce de spéculation de ce genre. Le climat et les produits du sol, les moyens de facilité que l'on a pour les constructions, le vêtement «t la. nourriture, ainsi que les chances de succès ouvertes à chaque pays nouveau, inviteront les entrepreneurs, autant que la proximité des grandes; foires de l'Orient et des riches échelles d'Alexandrie, de Smyrne, de Congtantinople, ou le» marchandises de la Grèce peuvent arriver sur des barques et des canots.

L'activité de ces communications est telle qu'à présent même Tinterêt de commerce monte jusqu'à deux pour cent par mois à Syra, et que les marchands ne subsistent pas seulement, mais qu'ils, arrivent encore a un état d'aisance. Il n'y a donc pas de doute que des fabricans de fer, d'acier, de draps, de coton, de lin, de soie, de cuirs et de boiserie, en trouvent leur compte mieux que partout ailleurs, soit parmi une population qui achetait jusqu'ici les produits de leur industrie Tenus de loin et soumis aux droits des douanes, soit dans les échelles étrangères qui les feront ensuite pas* ser dans l'intérieur des empires d'Orient.

Quant fi l'établissement d'une école d'arts et métiers, on fera bien de consulter le plan de l'institut de Berlin, le plus parfait peut* être en ce genre, et

qui fait honneur à Mr. le comte de Béas t, son illustre fondateur, et augmente le» titres de gloire de son souverain..

Cet admirable établissement embrasse tous les métiers relatifs aux travaux en bois et . en métal. II a pour but d'y introduire les méthodes et les perfectiohnèmens obtenus à l'aide de la mécanique, de la chimie, ainsi que des sciences naturelles, qui ne cessent d'augmenter l'étonnante activité industrielle de l'Angleterre, de la France, de l'Allemagne et de l'Amérique/ En conséquence, on y trouve des collections complètes des meilleures machines, ou de leurs modèles, qu'où a le plus nouvellement inventées , avec un grand nombre de plâtres et de dessins destinés, à former le goût des jeunes artistes , et à leur inspirer le sentiment du beau.- 11 faut y joindre les ateliers de menuiserie, de serrurerie, de fonderie et d'autres, dirigés par de véritables maîtres- et secondés par des machines à vapeur, sans oublier les professeurs de mathématiques et de dessin chargés de pourvoir à l'instruction des élèves. Tout ce qui sort de cet établissement, tels que les meubles et les armures en bois, les constructions nouvelles de ponts et de moulins, les ustensiles en métaux, les statues en bronze, est d'un goût et d'une perfection remarquables. Quoiqu'il en soit, ces résultats sont purement secondaires; l'essentiel, ce sont' les jeunes artisans qu'on y élève , et qui , après avoir fini leur apprentissage, s'unissent avec des chefs d'établissemens déjà existans, pour en fonder de nouveaux et propager ainsi le perfectionnement industriel dans toutes les parties du royaume.

Les élèves de l'institut sont pris parmi les meilleurs apprentis des • ouvriers. Chaque gouverneur de province est obligé d'en choisir deux par an; or

7fr

o* p**t fore sur que te choix ept bien fait» c«r si

oéuient 4*s tujetft médiocres, 4m les renverrait, ^ la

confusion du fonctionnaire qui les aurait envoyés 3 Berlin. 11$ sont entretenus dans l'école aux frais du goavternefttent, et peuvent inéme faire* des économies sur le traitement qu'Us servent L'exercice dans lai ate* liera niarohe de front avec l'eng^ignewtnt; nutis eet enseignement* quelque rigoureux et même quelque pro* fond qu'il soit, reste toujours subordonné aux besoins de leur métier. On ne saurait se faire une idée de Inapplication et du zèle que cette jeunesse intéressante, pour ainsi dire l'élite des ouvriers de toute la Prusse,, montre dans cette institution vraiment royale.

Une fais que L'apprentissage est fini» on donne encore à un nombre considérable d'entr'eun. les meyen» nécessaires peur voyager en] France, en Angleterre et en Amérique afin de voir de Um$ praprça yeux et ea plus grand nombre les .dessins, les. modèles et les ouvrage» qu'ils ne connaissent que par des descriptions* et d'étudier en outre ce qu'il y * de nouveau Quelques-, uns, retenus de leurs voyages» sont rentrés dans rétablissement pour employer à son profit ce qu'ils avaient appris à l'étranger, et 94 n'est qu'après avoir fait cet aete, de reconnaissance qu'ils ont suivi leur carrière ultérieure.

Nous nous sofnniea étendu» un peu sut cette école d'arts et métiers, puisqu'on enseigne plu» facilement1 par les exemples que par les préceptes. Imitez donc œM que donne lo eentse de l'intelligence et de 1h hante civilisation en Allemagne; ou, si vos moyens ne suffisent pas pour le moment, du moins faites la même choçe sur une échelle pins restreinte) niais joignez -y un établissement semblable pour les métiers où Von travaille la laine, le coton, la toile et la soie. L'EU*-

rope, c'est-à-dire les chefs philantropes de cea institutions et leurs gouvernemens, étant tous, sans exception, bien intentionnés pour la Grèce, tous prêteront volontiers la main. Dès lors vous verrez les arts mécaniques et industriels prospérer dans un pays dont l'élan n'a été retenu jusqu'à présent que par la barbarie de ses anciens maîtres. Une fais entrée dans cette carrière et secondée par les soin» d'unesageadminis tration, l'industrie de ses ateliers rivalisera bientôt avec celle de la vieille Europe.

Ta

TREIZIÈME SECTION

De la navigation et du commerce de la Grèce.

.Nous arrivons à la navigation et au commerce de la Grèce : tous deux ont tellement fixé l'attention des hommes dont la vue embrasse l'avenir des peuples, que Lord Palmerston, en annonçant au parlement d'Angleterre la fixation du sort de la Grèce, et en réclamant la garantie de l'emprunt grec, motiva sa demande sur la déclaration que bientôt le commerce de la Grèce rivaliserait avec celui de l'Italie, lorsque celle-ci était dans les plus beaux tems de sa prospérité. .

Dès à présent la Grèce doit son existence principalement à son commerce. C'est lui qui a ramené l'aisance dans ses villes ruinées, rallumé le flambeau des connaissances éteint par l'oppression des barbares, renoué les liaisons entre une nation oubliée sous le joug Musulman et l'Europe chrétienne, formé l'union nationale et mis en mer les flottes destinées à soutenir une lutte engagée avec trop de précipitation; et si maintenant la Grèce, épuisée par une agonie de dix ans, sans agriculture, sans métiers et sans industrie, trouve encore des moyens pour se nourrir, se vêtir et pourvoir aux besoins de son gouvernement, c'est à l'activité de son commerce et surtout à l'avantage

aeefc leqael «lie entre dans le grand échange des pi» daàts de-l'Orientet de l'Occident, qu'elle est redevable de cette condition, base, de toute existence politique;; Enfin si - on détourne ses regards du passé et du pré* sent pour les porter vers l'avenir du pays, on s'aper* cevra aisément que ses richesses, sa civilitation, son élévation futures sont étroitement liées aux chances favorables de son activité commerciale. La Grèce est une puissance maritime et '. commerçante plutôt que la France et l'Angleterre elle «même; et quelque considérables que soient les avantages qu'elle tire de la culture de ses meilleures éparchies, ils grandiront encore par le. mouvement et la rapidité de son négoce qui les mettra à profit dans les grandes foires des quatre parties du monde.

Jl n'entrait pas dans les principes rétrécis de la politique du . comte Jean Capodistria d'embrasser sons un tel point de vue l'avenir de la Grèce. Lui, il voulait un peuple de laboureurs soumis, et prévoyant les obstacles qu'il rencontrerait de ce côté dans l'exécution de ses projets, basés sur une somme fort modique d'aisauce et d'industrie et sur un mouvement social resserré, il affecta un dédain prononcé pour le commerce , et les marchands conime des hommes san* vertu traita, sans attachement à une patrie quelconque, et uniquement occupés à gagner cent pour cent II les persécuta, et ai quelqu'un vint à lui demander des secours ou des mesures protectrices pour le commerce, il lui désigna les champs «désolés de la Grèce comme cachant des trésors et la charrue comme l'instrument propre à. les en retirer. Le gouvernement royal, venu du centre de la civilisation européenne et placé au milieu . de cette grande sphère d'intérêts, ne manquera pas, tout en veillant à l'agriculture du pays, de saisir bientôt l'imper-

taaep dit cessmeree grec, et demandera qtfelle en est la base, quelles sent les causes de son accroissement, quel en est l'état actuel, quel en sera l'aven», enfin 00 qtfik fbat faire pour l'aider dans son développement fà^t«v; Commençons par le commerce ixrtérienr.

La grande. différence entre les produits des diverses parties de la Grèce, jointe à l'étendue de ses cetsa et à ki multitude de ses port», amène cet échange facile et continuel de besoins qui lie les îles arec le PéJoponèse et la Homélie, rattache les éparehies les une» arix antres, et entretient une activité ws relâche sus tons les sentiers et dans tontes les rades d» pays. Ce petit commerce intérieur, qui se fait à l'aide d'à peuprès 2000 canots et calques, et de 40>000 ânes et mulets» forme la base du mouvement commercial de la Gréée que nous commençons à décrire. De plus,, la Grèce, vu Vétat où sont ses métiers et son agriculture, étant for^ oée 4'acheter une partie de sa nourriture et de tirer de l'étranger la plus grande partie de ce dent elle a besoiri peur ses vêtemens, ses ustensiles! et ses mon» Mes, etc., se voit obligée peut faire face autant que» possible à ces grandes dépenses, de lui céder ea échange bon nombre de ses produits. Elle se restreint donc an Strict nécessaire et abandonne presque entièrement à l'étranger la richesse dn ses récoltée en vins, saisine de Corinthe , oranges , figues et citrons, ainsi qu'une partie de sa laine, de son coton, de sa soi* et de ses moutons; Cette situation , qni forée le pays à un échange presque général de ses produits contre des blés et autre» marchandises étrangère», le tient en rapport continuel avec l'Europe, et alimente un commerce dont les principales échelles en Grèce sont à Syra, Nauplie, Calamata, Navarin, Fatras* Saine et Misolonghi , et dont il se trouve des entrepots dans

Ta

plupart des, éciwdlea de la a^ditemaée et de la mer noire, ■ • . ,„ «-'

Outre ce double commerce qui repose su p. Je* be~ soin* du paya, il faut considères la position fwronbim <fe la Grèce qui la met à même: <fe éprendre part à cer gnand échange de* marchandises de r0ecident .cantal les produits de l'Orient dont le» ti ansports- traversent ses mers. Mais avant de traiter ce svjet, il faut voie quels sont le* avantages avec lesquels la Grèèe^se? présenta à cette glande concurrence commerciale dol monde civilisé* Nous y parviendrons en parlant avant tout de ses marins et de ses marchands.

Les îles et' les côtes de la Grèce, produisent une' population que leurs rockers ne peuvent pas - netuteir. Les hommes bien faits, sabres et robuste*, se jettent donc sur la mer et se voient forcés de lutter dès leur enfance, souvent dans des canots- fragiles, contre set vagues et ses -orages. Cette éducation qu'ils reçoivent an milieu des vents et des flots, en fait des marin» intrépides et expérimentés. La mer devient leur éle* ment, et il» se répandent par essaims sur tout F Archipel et dam les échelles de l'Orient, en sorte que, réunis» mue matelots que fournit le continent de la Grèce , ils forment une populàtio* de 40,000 marins qu'on peut doubler en cas de besoin, en tirant autant des île» Ioniennes , des côtes de l'Albanie, de la Thessalse, de ta Macédoine, du Bosphore et de Smyrne. Imaginezvous cette troupe dVxceUens marine placée au centre d'un commerce qui embrasse. l'Asie, l'Europe, jusqu'à l'Amérique, et à même de communiquer, dans toutes le» directions, depuis Odessa jusqu'à Lisbonne et plue loin encore en remontant vers le nord, et vous eompren» dres que cette multitude réunie sons les ordres de capitaines expérimentés, forme un personnel admirable

pour un commence qui doit s'étendre sur la moitié de la terre.

*• Chaque île; fournit son contingent à cette armée, pet»! ainsi dire, maritime; il y en a cependant qui se vouent . entièrement à la navigation. Telles sont en première ligne la célèbre Hydra, Spézia et Psara; une grande . partie des habit ans dé cette dernière ont (survécu à sa destruction. L'importance de ces îles a commencé pendant les. guerres amenées par la révolution française, lorsque les . pavillons de France, d'Espagne et -d'Italie étaient bannis de la méditerranée et que les. côtes des deux premières ne recevaient plus d'Alexandrie et d'Odessa les. blés dont elles ont besoin, surtout, en. des t années moins abondantes.-

<- * Lçs premiers bâtimens ayant hardiment traversé le blocus des Anglais et repoussé les attaques des barbaxesques, revinrent de Gènes, de Marseille, de Cadix, après- avoir doublé leurs capitaux en *»«q mois. Delà cette émulation des marins de ces trois îles qui allaient aoheter du blé à Alexandrie et à Oèessa à bas prix, et le revendaient quelquefois le triple et le quadruple dans les ports affamé?, pendant et après la guerre, ainsi qu'à l'époque de la disette de 1816 et 1817. Ce commerce n'augmentait pas seulement leurs bâtimens et leurs capitaux, mais il formait aussi l'esprit guerrier de leurs marins. Sans cesse exposés aux attaques des. barbaresques, ceux-ci agirent toujours avec la ferme résolution d'exterminer l'assaillant pour se garantir des plaintes et des avanies des Turcs. Ils y réussirent tellement que jamais les barbaresques n'ont pris un seul bâtiment grec, tandis qu'au contraire, lors* qu'ils s'étaient engagés, ils n'échappèrent pas une seule fois aux mains. formidables de ces insulaires. Une telle combinaison de spéculations et d'héroïsme, enhardie

toujours par le succès, avatt, en trente #mr changé la fece de la mer Egée. Les trois 11e* seules avaient plus de 300 bâtimens marchands armés en grande partie' de canons, et, sans compter les richesses qu'on avak gagnées et qui se montaient à des millions dans quelques familles, leurs marins avaient acquis une expérience <0t une intrépidité telles qu'ils finirent par combattre avec succès les flottes réunies contre eux de rÀfrîqwe, «de l'Egypte et de' Bysance. Ce qui distinguait eneor* tes marins des trots îles, citait l'intelligence «avee laquelle ils combinaient leurs entreprise», et l'insigne probité avec laquelle ils les conduisaient. < L'équipage d'un bâtiment se composait en grande partie des membres de la même famille et de leurs parent*.' : Chacun était ai Ivresse pour sa part dans le négoce. L'affaire finie, >«t déduction faite des capitaux et des intérêts comptés généralement à -36 pour cent, le gain était reparti eahrfc l'équipage conformément au rang et aux Wrvices d» individus. S'il y avait quelque préférence, elle était à l'avantage des jeunes gens pour les mettre en état dé se marier bientôt et d'augmenter 1» nombre des famille* intéressées dans la navigation nationale.

L'entreprise même reposait sur la seule probité êm capitaine, probité qui est restée sans bordes et inébranlable, surtout chez les Hydriotes. Un capitaine, par exemple, déclarait à Hydra qu'il armait stm bâtiment peur aller à Odessa* prendre du blé et le conduire a tel endréty dès lors ceux de ses compatriotes qui voulaient y 'prendre part, lui envoyaient des capitaux. Il ne donnait pa§ son nom, puisque personne ne sait* éérire. Onnenfe demandait même pas et souvent ton -allait jusqu'à laisser les sacs d'argent entre les mains de sa femme oa-éa sa servante, si l'on ne trouvait pas le maître chez lui Mais quelque latitude qu'on eut donnée à la confiance, >U

ne s'est» pourtant jamais élevé aueune plainte. L'eilrejiriae finie , le propriétaire- du cafâtrf pouvait être srir de le yèoevTrer avec intérêt et dividende: Quant aux «act d'argent qu'on lui rapportait, ils étaient reçus sans exanien avec la- -même sécurité qu'on les avait délivrés. Outre les matelote et les marine de oes trois îles, il y en a d'autres qui leur cèdent peu Sous le rapport de 'llintéttigence et de l'activité , comme ceux de Myconw, riU Casses, de Mtlds. Pariai les villes .maritimes do •continent » il n'en est aucune dont les tnarins puissent rrivuKeer avec ceux de Galaxidi, ville située dass le golfe de Salone, et qui, renaissant comme par enchante- •ment; après avoir été détruite en 1821, voit reparaître -aadlatâHe et s'empare de nouveau >, ftresqwe exclusivement, .de Ja navigation • du golfe de Corinthe.

Les marchands .aussi sont presque tous des insu- Jattes ou des habitans des villes maritimes qui, sans être «mec xichee penr vivre de leurs neveitas, ont cependant quelque fortune pour commencer lé négoce» As lien dose de suivre- le -sert des plus pauvres et de tt faire matelots ou conduoteusa d'une barque,, ils s'albeot avec des marins de leur pays, leur fehrnftsaent de fond* gtiaur construire des caïques et: des £eleuqu£A, ou bien •enoerë> leur donnent des produits et -dés «marchandise* «fin de les faire transporter ailleurs. D'autres se réunissent ipour faire construire des bâtimem; ceux enfin qui s'ont plus riches, en possèdent à. leur propre compte. Avant la révolution ; il y avait des familles qui en avaient jusqu'à neuf ou dix: celle deContourioti, aHjdra, en •lit même dix -huit.

Lorsque le bâtiment est la propriété du marchand, celai»- ci traite avec le capitaine pour tel ou tel cours. Lés capitaines connus parleur expérience et leur probité, peuvent être surs qu'on se dispute leurs services; qoani

à l'engagement def, l'équipage v eleiti eux Qu'<* s'en «apporte en géuâral; ils y plaœat le* membres de 1+ms familles ou leurs parens. Ce u'^tt q»* -dans le oa# Ofà .ceux* ci ne suffisent pas qu'ils en prennent 4'auftres. ,

Le négoce des marchands est souvent très -restreint; mais comme il y a parmi eux . le même sobriété fet la .même intelligence que chez lès marins* on peut être sur que quelque petites que soient leurs première» affaires, elles augmenteront assez rapidement»

De même qu'il y a des lies qui se livrent presque exclusivement à la navigation, il s1 en trouve aussi Août los Jiabitftns 8u*«eat avec la même prédflectiim le négoce. Telle était. Chios, depuis le teins des Anciens Grecs: favorisée par sa situation et les richesses* de sou sol, elle Sfétait vouée presque entièrement au commerce. Ce. ne fut. pas seulement la plus glande des villes Ioniennes réunies aux Athéniens4), mais aussi la pins -riche, la mieux admiamtcée, et celle qui» -j* 1? exception de Laoédéorone, était . en possession da pb* grand nombre d'esclaves, signe -évident de l'étendue de sou commerce ;et de ses manufactures, dont .les ttwimt onéseux étaient exclusivement à la charge des homftieë de cette condition. .•••.«

Pendant . deux mille ans qui se sent écotdés depuis^ File n'a jamais entièrement changé «a papuletion ni perdu ia renommée dont eHe jouissait à oausfe 4e son activité* .Sous le* Turcs, la fabrication s'était ^éteinte, mais 4e -eemuierce avait repris «a «rigmn*. 1**11* arec ne* ^ .es to., .e. égl*. * «es palais, était regardée comme la plus belle et jfctne -des plus grandes de l'Orient, Les magasins était**

1) Thnoyd. VIII, 24. 40.

remplis des trésor» 'manufacturés «fe. ltëarop* et des rtchésées de l'Asie»' 'La culture de V&èf couverte- de maisons de campagne ; de jardins , d'oliviers et 4e vigtHtë', était telle qu'en approchant on était étonné du spectacle varié qu'offrait sa prospérité ,*» ainsi que du parfum que ses orangers" exhalaient sur* les flots. Un Lycée, enrichi d'une bibliothèque considérable, et d'un cabinet de physique^ faisait revivre ,1e* sciences sur son sol, et la sagesse de ses coutumes et de ses lots était gétàétfalehient reconnue* Tout cela a été emporté comme par la- tempête; le plus grand nombre -de ses familles -a péri dans la catastrophe, ou du muftis il n'en exista $tus <pie des débris; mais l'esprit. créateur du . boa -ordre, de la prospérité et des sages institutions, est resté indestructible dans le reste > de < ses habttans. Jetés presque nos sur les rivages de Syra, ils.se virent, eneoré obligés de lutter contre les habitans hostiles de cette île qui se refasèrant à les- recevoir, et nre coasenfirent à leur donner asile qu'en psélévant des taxés jusque sur des malheureux qui s'étaient établis à l'ombre . de leur» figuiers. LesChiotes, renforcés bientôt par d'autres réfugiés j commencèrent par y bâtir des cabanes et des huttes. Après dix ans d'une activité continuelle, ces cabanes se ncmt changées en une des échelles les plus florissantes et les plus importantes du commerce du Levant dont nous parlerons tout à lîheure. .

Les Chiotes se distinguent parleur naturel, leurs dispositions et: leurs* penchans, des mitres peuplades grecques, autant- qu'ils se ressemblent entre eux. Nous avens déjà fait remarquer, dans la -description des di£fitrentes classes des habitans de ht Grèce, leur individualité, la faiblesse de leur physique, en comparaison de celui de leurs robustes voisins, les Psariotes, ainsi que leur goût pour les occupations paisibles d'un

commerce étendu et lucratif. Spéculateurs circonspects et calculateurs exacts, ils savent profiter de toutes les chances favorables au commerce et se garantir d'extra* vagances. Assez instruits pour savoir à chaque occasion ce qu'il faut faire afin de gagner, probes et intègres pour se ménager toujours la confiance, plus sobres et plus économes encore pour être sûrs d'accroître continuellement leur fortune, ils sont les oommerçans nés de la Grèce, et c'est sur leur aptitude et leur persévérance, comme sur leur expérience et leurs lumières, que se fondent en grande partie les espérances de voir augmenter rapidement le commerce de la jeune nation.

On rencontre dans leurs liaisons entre eux la même conformité que celle qu'on remarque dans leur caractère et leurs penchans. Toutes ces familles tiennent l'une à Pautre comme les anneaux d'une chafne. Elles s'en* tr' aident, se conseillent et se défendent avec un rare attachement mutuel , et si leur activité individuelle leur procure les moyens de se maintenir, de s'enrichir même, ces liaisons intimes de parenté, de fraternité et de commune origine d'une peuplade entière, mettent chaeun d'eux en état de combiner ses spéculations et d'embrasser dans son établissement une sphère d'activité de jour en jour plus étendue. Mais si les Chietes sont les plus portés et les plus propres au commerce, ils ne sont pourtant pas les seuls qui s'y exercent avec succès. Il y a des marchands distingués dans presque toutes les Iles et dans les villes maritimes, surtout à Patras et à Misolonghi, qui ne le cèdent ni en activité ni en intelligence aux chefs les plus réputés des établissemens de commerce européens. Tels sont les avantages avec lesquels la Grèce se présente au concours du négoce universel.

Au premier abord on pourrait craindre que, dans II. 6

sa

cette lotte, ta navigation et le commerce d'un pauvre peuple, comparativement si petit et si ignorant* ne fussent paralysés et même écrasés par la grandeur colossale, les capitaux immenses et l'intelligence nautique, indus* trielle et commerciale de l'Europe ; mais en y regardant de près on s'apercevra que la base, telle que non* l'avons montrée , en est inébranlable et nq peut pas même être attaquée par aucune puissance du monde, puisque pas une ne pourra dépouiller la Grèce de cette population de marins qui y fermente, ni lui ravir ses mers, sa situation centrale , sa proximité des plus riches pays de l'Orient, l'activité infatigable. de ses habitans, et l'aptitude jointe à l'intelligence de ses marchands.

Ajoutons à tout cela ce que nous avons rapporté dans l'exposition de la politique extérieure de la Grèce, que les bâtimens de commerce se construisent avec moins de frais, qu'ils sont meilleurs voiliers que ceux de l'Europe, et que, vu ces avantages et la sobriété de l'équipage, le nolts entraîne moins de dépenses; et l'on comprendra que, contre toute attente, les Grecs, en prenant part au commerce européen, non seulement n'ont rien à craindre de là supériorité des peuples de l'Europe, mais qu'il* y entrent avec bien des avantages pour profiter de la position influente que la nature elle -même leur a assignée.

Déjà avant la révolution, les établissement de ee commerce national avaient dépassé les frontières de la Grèce. Ebranlés par lés calamités du pays, ils ont repris de la consistance et comptent actuellement parmi les plusr actifs et les plus solides de l'Europe.

Dans le centre de ce mouvement, c'est-à-dire, dans les pays appartenant au royaume de la Grèce, il y a à peu près 30,000 maisons de commerce, y compris toutes les familles qui y trouvent leur subsis-

fanée. A Intérieur; le nômbve des négociais d'origine grecque, plus ou moins en rapport avec lfetlr patrie, est au moins àt i€0^OOO. On né peut guère» compter qtte la vingtième partie de leur commerce qui' ait &eii entrepèts, ses magasins dans le pays même, et la cift-i quième seulement qui embrasse le* besoins et les prfc-t daîts de la Grèce. Les quatre cto<piièn*es consistent dans l'échange défi produits en Levant, de l'Egypte et 4e la Rassie méridionale, contre les marchandise* des nations manufacturières de l'Europe;

La partie du commerce concentré dans là Grèce même, roule «sur l'échange d'un capital de 300,000,000 de francs par an,' soit en argent, en soit produits ou ert marchandises, dyn« les deux tiers viennent datas l'échelle seule de Syra; Ott peut calculer le rerte d'après cela. En eFxaminaat le commerce grec qui se fait hors desl frontières du -royaume, on trouve en première ligne les? étaMfaseiftens grec* dans la Turquie, surtout à Smyrne, à Salonique, à Sérès, à Constafttfriople , à Alexandrie, puis ceux de la Bosnie, la Moldavie et la Valafchie, à Galaz, à laésy, à Rnchatest.

Ce commerce, quoiqu'il ait lieu dans l'empire Ottoman, appartient pourtant à la Grèce, puisque, à f exception de ce qui était entre les rtiâhïs dés étrangers, c'était cette- nation qui en était presque exclusivement chargée avant la révolution. Rien n'est à peu près changé sous ce rapport ; c#r la séparation éé la Grèce n'est qu'une séparation potïtïqtfe; les liaisons de famille, de parenté, d'intérêt subsistent toujours, et comme tous les Grecs de Pempire mrè s'accoiftument déjà, dès à présent, à regarder le royaume comme leur véritable patrie et leur refuge «n cas d'adversité, on comprend que cette intimité entre les membres dispersés d'une telle natitn est iifcdésthtctiblè, et on con-

çoit quel immense avantage la pays en pourra retirer avec le teins.

La Russie a toujours été favorable à l'établisse* ment des Grecs. Elle a besoin de tout ce que cette terre produit en retour de quoi elle lui donne des blés, des cuirs, du fer, du enivre et des bois de construction. C'est sur cet échange que s'est fondé le commerce d'Odessa et de Taganrock, qui a bientôt embrassé d'antres villes et s'éteng jusqu'à Moscou, ou il y a des maisons grecques riches et entreprenantes, à Astracan et à Saint-Pétersbourg.

L'Autriche a vu fonder des colonies presque en* tières de marchands grecs en Transylvanie et en Hongrie. Il en existe dans sa capitale une qui domine le commerce de la Macédoine, du Bosphore et de l'Asie mineure, entant qu'il prend sa direction vers la capitale de cet empire. Une autre, à Trieste, est en rapport avec l'Albanie, les îles Ioniennes, le royaume de la Grèce et Alexandrie.

L'Italie compte également des étaUtssemens de commerce grecs importans à Venise, à Ancone, à Naples, à Paierais, à Gènes, surtout à Livonrne et à Malte. Toutes les côtes méridionales de la France leur sont ouvertes, et Marseille n'a pas encore oublié son origine hellénique. Il existe dans cette dernière ville de grandes maisons dont l'activité garantit à la Grèce la part directe qu'elle doit prendre au commerce que la France entretient avec le noifvean royaume et les éphelles du Levant.

L'Espagne a des maisons grecques à Cadix, quelques-! unes à Barcelone; le Portugal en a à Lisbonne et à Porto; l'Angleterre * à Londres et à Liverpool; la Hollande, à Amsterdam: les spéculations en sont étroitement liées aux intérêts du commerce grec.

Et qu'on ne dis* pas que ce sont des membres détachés du corps du commerce national. 11 est vrai que presque toutes le» familles grecques établies en Autriche ou en Russie, sont devenues sujettes de ces empires, qu'il en est ainsi par rapport à l'Italie, à la France et à l'Angleterre, et partout ailleurs on il s'en trouve; cependant ces maisons sont plus ou moins étroitement liées avec celles de leurs parons et de leurs compatriotes de la Grèce même puisque, les Grecs cornmerçans de l'étranger regardent, aussi bien que ceux qui restent soumis aux Turcs, le royaume de la Grèce comme leur patrie commune, en sorte qu'aussitôt que le nouvel état sera fondé sur des bases solides, ils viendront y chercher une demeure , ou enverront au moins des membres de leurs familles pour y fonder des établissemens.

11 y a un sentiment profond qui unit les Grecs partout ou ils se trouvent. C'est une nationalité d'une trempe aussi forte et aussi indestructible que celle des Juifs; sous ce rapport ce pays échappe aux frontières rétrécies qu'on lui a données. Il possède des provinces actives dans toutes les contrées que nous avons indiquées, et ses établissemens mercantiles, loin d'être isolé», sont au contraire comme les branches et les rameaux d'un même arbre qui a ses racines en Grèce, et dont les fruits ne sont pas perdus pour elle.

Il est tout naturel qu'avec l'accroissement dû cotamerce, l'augmentation de la marine grecque marche de pair. Chaque année de nouveaux bfttimens se construisent par douzaines sur les chantiers des différentes échelles de ce pays. Au printemps de 1832 , quinze étaient en construction à la fois sur ceux de Syra; la même activité régnait à Galaxidi, et cela au milieu . des troubles de la guerre civile et de scènes d'horreur.

On porte déjà jusqu'à 1Q0O le nombre, ta** fa$ corvettes, que des hrick$ et des goélettes grecs, et il ?er* probablement doublé en di* *M. Mais il manquait enoeie quelque chose à l'activité commerciale de la Grèoe, activité «tout retendue embrassait l'Europe et l'Asie au moyen de ses lignes de commiuiîpatioa, de ses mers helléniques: c'était un centre de ralliement destin? à mettre de l'ensemble dans les opérations et à servir d'entrepôt général . pour les marchandises qu'on dirigerait facilement de là sur les différentes échelles du Levant, comme sur celles de l'Occident Or ce centre a été trouvé à Syra* Le .hasard, ou. plutôt la bonne fortune de la Grèce, qui transporta les réfugiés dt Cfeios sur les rivages inhospitaliers de cette ile, leur a donné l'occasion de reconnaître à l'instant les avantages de sa position et de s'en emparer sans hésitation. Des trois grandes routes du commerce oriental qui traversent les mers de la Grèce , conduisant à Alexandrie, à Smyrne, à.Constantinople et plus loin encore à la mer noire, les deux dernières passent par les Cyclades si* tuées autour de Délos.

Pour y entrer, les vaisseaux doivent franchir le canal de CérigQ et du cap Malée et monter vers le nord, autant que le vent le permet. Rejetés au delà de Cérigo ou même au delà de MUo, ils tombent sous le vent du nord qui domine dans ces parages, et perdent leur teins pour rejoindre la route. Le détroit une fois passé, ils tâchent de doubler le ctfp boréal de Tbermia, pour être plus surs de ne pas se voir rejetés au sud de Syra; puis, s'ils ne s'arrêtent pas dans les îles» ils gardent la direction qui les conduit des Cyclades, par le canal entre Mycone et Tinos, sur la route de Smyrne et de Constantinople.

Les Cyclades forment donc le point central et, peur

ainsi dire , le grand Cbau sur cette route impériale du coauaerce. U y a dans les. rayons de ces îles six ports remarquables, celui de Naxos, les deux de Paros* c'est -à- <di™ celui de Parikia et de Nia usa, le port de Syra et les deux de Phénéa près de Délos. Quant à ceux de Paros et de Naxos, ils sont trop éloignés de la ligne de communication indiquée, et Ton ne peut en sortir avec le vent du nord; c'est pourquoi, malgré leur grandeur, ils sont moins faits pour la destination dont nous parlons. Les deux ports de Phénéa ne sont pas moins beaux que • ceux de Paros, et au moyen d'une tranchée ouverte à travers la colline étroite qui les sépare, en pourrait les réunir en un seul d'où Ton sortirait et où Von entrerait avec tous les vents. Mais l'île est sans eaux et déserte. U ne reste donc pour le moment que le port de Syra, moins beau que les autres, mais d'une étendue considérable, et défendu en partie contre les vents du nord par un môle qu'on a commencé. Voilà donc File et le port que la nature paraît avoir destinés à accueillir les bâtiroens de toutes les nations qui prennent part au riche et inépuisable commerce du Levant et de la mer noire. Reconnue comme telle, la place a déjà commencé à répondre à sa destination, soit comme foire* générale, soit comme entrepôt. U y a seulement dix ans qu'y arrivèrent les fuyards de Chios, et déjà tout autour de son port s'élève en amphithéâtre la ville d'Hermopolis qui compte 6000 maisons avec une population de 25 à 30,000 âmes, des églises et des écoles, des bâtimens publics, des lazarets, des hôpitaux, des sociétés d'assurance et des douanes. Tout oela a été fondé sans aide ni ordre du gouvernement, par le seul concours de ces bon» et actifs Chiotes ou de leurs compagnons d'infortune, les Psariotes surtout. Les derniers habitent la partie méridionale de la ville autour

dès chantiers, près du port, tandis que le» premiers occupent la partie septentrionale autour de la douas*. Outre ces deux colonies qui font la force de Syra, il y a presque 200 maisons d'Hydra; d'autres 4e Tinos, de Milos et des différentes îles ou du continent de la Grèce; il y en a de Smyrne et de Constantinople, de SérAs et de Salonique qui se sont établies au milieu de leurs compatriotes.

Les Psariotes, que nous connaissons pour être les plus instruits et les plus expérimentés des marins grecs, avaient, pour ainsi dire, formé les bras de leurs voisins, les Chiotes. C'est avec les capitaux de ces derniers que les flottilles marchandes des Psariotes étaient construites, et ce fut en grande partie le transport de leurs marchandises qui les tint en activité. Témoins des calamités de Chios, ils sauvèrent un grand nombre de b^ babitans du glaive des barbares. Attaqués eux-mêmes bientôt après, ils virent également piller leur île, détruire leurs vaisseaux et massacrer les deux tiers de leur population. Le reste, dénué comme l'avaient été auparavant les Chiotes, arriva pour la plupart sur le rivage de Syra à coté des huttes de leurs anciens voisins. Après avoir repris leurs coutumes antérieures et renoué leurs liaisons avec eux , ils ont regagné seuls une partie de leur aisance, et le nombre de leurs bâtimens est aussi grand que dans les beaux teins de Psara.

11 est vrai que dans les dernières années, Syra atait déchue par les fautes d'un gouvernement incapable et pervers, en sorte que les revenus de la douane, qui s'étaient déjà élevés à peu près à 90,000 francs (netto) par mois, étaient tombés au quart de cette somme. Malgré cela, toute la stupidité et la plus insigne mauvaise foi du gouvernement Corfiote n'ont pu

réussi à rainer ces grands établissemens. Débarrassés du fardeau de cette administration abominable , ils ont déjà repris de la force, et si le nouveau gouvernement s'y prend ainsi qu'il le doit, les Cyclades réuniront encore une fois, comme au tems des Grecs et des Romains, le commerce de tous les riches pays qui entourent la jner Egée, et y joindront les branches plus étendues de celui dans lequel l'Orient et l'Occident sont engagés.

QUATORZIÈME SECTION

Sur les mesures à prendre pour seconder le développement du commerce et de là navigation

de la Grèce.

JUE commerce intérieur de la Grèce dépend essentiellement de l'état de l'agriculture et des métiers. U s'est élevé en partie parce que la Grèce réclame l'introduction de tant d'objets de fabrication et de manufactures que son industrie, restée dans l'enfance, ne lui peut fournir.

Il est donc naturel qu'à mesure que les métiers et l'industrie se relèveront en Grèce, la nécessité de se pourvoir de la fabrication étrangère cesse, et avec elle, la spéculation des marchands dirigée sur ces objets; mais en revanche l'accroissement de la population et de ses besoins, marchant de pair avec l'aisance renaissante dans le pays régénéré, offrira au commerce un équivalent pour les pertes qu'il pourrait essayer sous ce rapport. D'un autre côté» les différentes branches du commerce étranger subsisteront dans toute lenr vigueur et prendront de l'extension par les raisons que nous avons développées.

Le commerce des blés a continué d'être le plu* actif, même pendant les derniers troubles, et nous avons indiqué, précédemment le gros gain que les Spésiote»

y ont fait au printemps de Tannée ttXL C'est uni* des branches les. plus .productives e* lus plu» impôt* tantes, et Von ne saurait calculer le degré, d'étendue dont elle sera susceptible. Dénie cents bâtiment grées environ y sont actuellement occupés. Ce nopibre pewt doubler et tripler même : tons trouveront leur cargaison dans las ports «te la mpr noire, e* |eur foire ouverte dans ceux de la Grèce et des fies Ioniennes* à Cens» tantinople, à Malte, sur les côtes de la France et de l'Espagne, jusqu'à Lisbonne.

La même perspective s'ouvre à peu près ponr le* cotons. Les marchands grecs de Vienne avaient établi une espèce de monopole pour celui de la Thrace et de la Macédoine; puis ce commerce s'est augmenté en rai* son des cotons cultivés en Egypte avec un tel succès que les grands entrepôts de Trieste, de Livourne, de Gènes, du midi de la France et de l'Angleterre en regorgent Le commerce grec y a déjà une part considérable qai s'accroîtra encore, à mesure que l'augmentation de ses capitaux et de sa marine le loi permettra. Il en sera de même du riz, des raisins de Corinthe, des huiles et des antres produits de la Grèce et du Levant, qui s'accroîtront'avec la population et la culture du sol, puisque, même dans la Romélie torque, en Asie et en Syrie, on a commencé à pourvoir aux moyens propres à relever le peuple de l'état d'oppression dans lequel il gémis* sait, et à encourager son activité. Enfin ces peuples, en fournissant aux éohelles de l'Orient une plus grande quantité de leurs produits, et en gagnant en aisance et en goût pour les commodités de la vie, seront plus disposés à se procurer les marchandises de l'Europe et les moyens de les payer; et comme la Grèce- partir cipe à cet échange qui se fait entre le Levant d'un côté et l'Italie, la France et l'Angleterre de l'autre, à

l'aide des éiaHkaemens et du système de commerce que liens connaissons, il ne dépendra que d'elle et des garanties de bon ordre qu'elle présentera, ainsi que de l'augmentation de ses capitaux et de son crédit, de s'y engager davantage et de faire tourner à son profit les- chances favorables de cette activité lucrative.

Maintenant quelle est la part qui revient au gouvernement dans tout cela, et comment celui-ci doit-il s'y prendre pour seconder ce mouvement toujours progressif d'industrie commerciale qui promet de si grands résultats à son peuple et tant de force et de considération à lui-même? Ces questions sont d'une importance extrême, puisque c'est sur l'augmentation de sa marine et de son commerce que repose en grande partie l'avenir de la Grèce.

De même que nous l'avons fait pour les métiers, nous désignerons ici les mesures à éviter pour ne pas embarrasser le commerce, ainsi que celles à prendre afin de l'aider.

Jusqu'à présent le commerce de la Grèce a joui d'une liberté entière, aussi bien que les métiers. Chacun pouvait se faire marchand et réunir dans son magasin tous les objets imaginables. Vous pouviez y trouver ensemble le drap et la toile à côté des lits de fer, des chaises, du papier et des miroirs. Si voua entriez dans quelque détail sur le négoce du propriétaire, vous appreniez qu'il était aussi changeur et banquier, et s'il vous ouvrait la porte dérobée, vous trouviez peut-être dans un coin obscur des poules et des dindons qui entraient comme partie intégrante dans son négoce. Il est vrai que les objets par trop dis* parâtes sont rarement ensemble, que le marchand de Hé ne s'occupe pas des denrées coloniales, et que Te tabac ne se rencontre guères à coté des parfums.;

raaii. rien n'empéchecait de composer «a magasin de font eela, et si la séparation existe, ee n'est qu'autant qu'elle est naturelle, car elle a lieu sans que personne la commande. Accoutumé à l'ordre et au discernement avec lesquels le commerce se fait chez nous, on pour** rait tenter d'introduire, des choses semblables en Grèce; Peut-être «'imaginerait- on qu'il serait utile de restreins dre. chaque marchand à un seul genre. de commerce, ou à un certain nombre de marchandises, pour le forcer de s'y livrer avec pins d'application; mais ces idées tirées de la vieille routine européenne, noieraient d'entraver ceux qui s'adonnent à cette partie, au li de les aider. C'est sur cette liberté absolue de s'éta* blir, d'étendre et de restreindre le* négoce du marchand grec, que repose à peu près la; facilité qu'il a de~s« consolider au moyen d'une petite sommé, et d'agrandir peu- à* peu ses spéculations. Il s'agit donc de suivre l'exemple des .Turcs, qui, sans s'occuper de ces détails, laissent chacun faire comme il l'entend dans les coin? binaisons mercantiles. Ce que les barbares font par indifférence, il faut le faire par principe, bien persuada qu'ici toute gène devient préjudiciable au commerce.

A côté de cette liberté illimitée se trouve l'égalité des négocians. Il n'y a ni privilèges ni préférence, en sorte que le premier est jugé et traité comme le dernier dans tout ce qui a rapport à leur état. La distinction même entre boutiques- et magasins, entre marchands en gros et marchands en détail, est inconnue, et l'on s'élève de .la profession de pauvre brocanteur à la condition de chef d'une des plus grandes maisons, sans avoir changé de nom, d'état, de dignité; on n'aura gagné que le crédit et l'autorité qui s'attachent partout à la probité et aux richesses. Un routinière uropéen s'apercevant de cette égalité complète, la prendra pour de la confusion. 11

«voira impossible 4*y* mettre de Pordre et de mainteair la discipline, sans introduire des distinctions et sens impartit Jee privilèges suivant le degré d'aisance et 4e solidité de chaque maison. Oa dira même q*e l'état a besoin d'un tel ordre de choses, puisque, étant appelé à protéger le commerce, il .doit Tôclamer des ga* ranties de la part de cetox qui l'exercent. Or ces garanties ne peuvent être données que par les plus fiches, et il est impossible qu'ils les maifftienneift sans qu'ils aient de l'influence sur les affaire» *tes autres, En re- «sache on les imposerait plus que* les petits, et l'état en prélevant des taxes considérables sur les grands négoeians, gagnera autant en revenus que le commerce ta régularité, en solidité, et pat conséquent en prospérité. Ce n'est- pas, continvera^t-'on, de l'égalité qu'est veam l'accroissement du commerce grec; mais e>* est malgré cette confusion de tout ordre social qtfil s'est élevé*. On peut donc être sur 4e concourt* à son développement, en lui donnant l'organisation 4ent lé principe est reconnu* dans toute l'Europe, et dont les péaufcats ont été les plus salutaires ailleurs.

fit on se laissait entraîner par de tels racornie* mens à suivre, ce système, on écno»è*ait devant la réaietanee des eommerçans, ou bien, supposé qu'on vînt à réussir, on ruinerait le* commerce.

■ Voyons en effet ce qui est arrivé att PréàMtafrt Jean Capodistria qui l'a essayé. €e diplomate, regardant avant tout les affaires sous le point de vite que lai commandaient ses. desseins et ses craintes , crtit reconnaître la démocratie pure dans cette liberté et cette égalité des marchands que nous avons sïgnâMes; or toute sorte de démocratie étant éMrérement 6»ftMftSée a«x intérêts de son autorité, qtâ «fe¥Biti s'établir' audessus de toute l'activité générale et individuelle, il

résolut de maîtriser ce* .qptatiftn* déréglée en jpettant à la place de l'égalité une aristocratie com* posée de riehes marchands choisis parmi les maisons dévouées: à son gouvernement on disposées à le de* venir» et de leur confier la direction suprême de toutes les affaires de leur état. C'était le système du commerce Busse. Conformément aux principes établis à Saint «Pétersbeurg, il créa trois classes de ittarcbands* imposés d'après l'étendue de leur fortune, et organisés de teUe sertç que ceux de la première classe* e'eet-à» due* les amis du Président, lui étaient responsable* da bon ordre et de la soumission dos autres, et que les marchands des deux dernières ne pouvaient com* mercer et gérer leurs affaires que sous le patronage d'un de la première.

Ces mesures une fois proposées et arrêtées, furent à peine connues i Syra que le commerce commença à s'ébranler, .Les affaires et les- patentons furent suspendus, les boutiques fermées, et, prévoyant les suites funestes de l'asservissement des petits marchands par les grands, une bonne partie de» maisons respectables se prépare à partir. Après cinq, jours d'anxiété le dé* cret fatal arriva de Nauplie, et la population commerçante fut convoquée dans l'église cathédrale pour entendre sa. publication; mais à peine le préfet de police en avait- il commencé la lecture qne rassemblée se révolta, criant au monopole, à la tyrannie, et protestant centre TinterVendon de l'autorité civile et des magis* trats vénaux. On finit par battre le préfet et déchirer non papier, mettant à la porte les employés venus pour assister à cet acte. Le Président, instruit de l'état de confusion et de violence dans lequel cette mesure avait plongé la plus importante de ses villes, et bien sûr que les deux tiers des marchands s'en iraient' cher»

cher an refuge à Smyme, à Alexandrie, à Constantinople on à Tries te, se transporta loi- même sur les Heux pour prévenir par une rétractation la dissolution imminente des établissemens qui procuraient le revenu le pins sur et le plus régulier à son maigre trésor. En débarquant du bateau à vapeur qni l'avait amené, il trouva toute la population qni s'était assemblée autour du port et qni le reçut avec un silence morne et menaçant Le lendemain il déclara qu'il n'avait pas. « envoyé une ordonnance, mais seulement un projet, pour prendre l'avis du commerce, et que cet avis étant contraire, il ne trouvait pas de raisons pour insister: Au moyen de cette déclaration adroite, il calma l'irritation et, la tranquillité étant rétablie, il s'empara sans difficulté des personnes accusées d'avoir figuré dans les désordres. Elles furent jetées en prison et livrées à l'action de ses tribunaux. Après les avoir ruinées et les fait souffrir pendant un an, on les acquitta, parce qu'un nouveau président du tribunal de My cônes, peu docile aux Vues de l'autorité, trouva que les charges spéciales contre elles n'étaient pas fondées, et que si on voulait procéder contre les autenrs des scènes qui avaient eu lieu dans l'église cathédrale, il faudrait procéder contre toute l'assemblée.

Après cela, on peut être sur qu'en xeprenant des mesures pareilles, on rencontrerait de semblables résistances, et supposé que le gouvernement fut asses fort pour les comprimer, il ne parviendrait jamais à empêcher les commerçans de se soustraire à toute contrainte, en cherchant des asiles hors des frontières étroites du royaume, au milieu de leurs compatriotes, dans les autres échelles de l'Orient qui, jusqu'à présent, n'ont pas encore joui de l'avantage des restrictions et du bénéfice des patronages.

Dans toute la sphère de cette vaste activité) il n'y a donc de saint qu'autant que l'on comprendra et que l'on suivra le plus simple et tout à la fois le plus grapd principe qui soit applicable au commerce, savoir celui de le laisser faire. Â mesure qu'on se pénétrera du sens et des conséquences de ce principe, on s'abstiendra de procédés qui sont plutôt propres à contrarier qu'à favoriser son développement.

Nous ne reviendrons pas sur système de douanes* à adopter; mais ndus devons ajouter aux remarque* précédentes que si les métiers ne réclament pas la haute imposition des marchandises étrangères, le coink inerce en serait ruiné, soit qu'il tournât au profit de la contrebande, soit qu'il se retirât dans les échelles voisines, où jusqu'à présent on s'est contenté d'impositions modérées. ' Le Président avait élevé cette imposition de 5 à 10 pour cent, et le commerce de Syra commençait déjà à chanceler. Il voulut même la porter à 12 pour eent, sous- prétexte de secourir les réfugiés Candiotes, mais comme les marchands refusèrent de payer, il fallut les ménager pour prévenir leur migration. Dix pour cent est donc le taux le plus élevé pour la situation du pays et l'état de son commerce. Tout en gardant cette imposition pour les blés, les cotons et les autres produits étrangers, comme pour les objets d'industrie fabriqués dans le pays, on devra descendre pour le reste au-dessous de ce taux et arriver peu-àpeu à celui de 5, puisqu'il faut préparer aux échelles de la Grèce des échanges favorables en comparaison de ceux de l'Orient, et qu'au lieu de diminuer ainsi les revenus,' on les verra s'accroître avec le nombre des affaires qui en seront la conséquence nécessaire. Il faudra même supprimer entièrement les droits de douanes sur les objets de première nécessité dont les artisans tt 7

auront besoin, ainsi que nous l'avons dit plus bâtit. La question change cependant par rapport à l'exportation des produits de la Grèce; maie oosuae ceci est plutôt une affaire de finances que de commerce, nous en parlerons lorsqu'il s'agira des revenus de ce pays. Toutefois il nous reste une remarque à faire. Les capitaux des marchands établis en Grèce, si vous en exceptes quelques maisons à Hydra, à Spéeia et à Nauplie, sont encore très -modiques; ce sont des débris sauvés du naufrage de la révolution depuis lequel il n'a pas été possible de regagner cette solidité dans les spéculations qui en fait la plus grande force et la pht* smre garantie.

Sur trois mille maisons de' commerce à Sjrra, il y en a à peu près 200 qui possèdent de 20,000 à 50,(fo0 francs, et 50 environ dont: la fortune monte au delà de cette dernière somme. Ces capitaux ne sont pas considérables pour une plaoe d'une telle importante; mais c'est presque tout de l'argent gagné en 8 ans» et comme l'honnêteté, la sobriété et l'intelligence des marchands, aussi bien que leurs liaisons de famille et de parenté, suppléent en quelque sorte à ce manque, ces capitaux suffisent pour servir de base à un commerce qui roule presque entièrement sur le crédit et la confiance que la place inspire.

Dans cette situation délicate, on trouvera un motif de plus pour ne mettre aucune entrave à un développement à peine commencé et encore si faible dans ses parties les plus vitales, soit en gênant la liberté entière dans laquelle s'élève ce commerce, semblable à un jeune arbre placé dans un sol libre et en* plein air et tirant de la sève et de la force partout Ou s'étendent ses racines et ses rameaux, soit en arrêtant son expansion par des mesures de fiscalité puisées

data* no* \ législations et soutenue* par les préjugés de notre économie peUtiqxi*.

Mais le goavesdément, tout en respectant Ici liberté du commère*, tout eu le ménageant et en le soulagerai même sous le rapport de l'imposition, doit eucofce sa* voir l'aider dans son organisation, ses moyens et se* entreprises. Ceei nous conduit à parler des mestoreâ qui' pourront être réclamées à ce sujet, et comme le centre du commerce sera toujours dans les CycladeS et à Syra, nous rattacherons nos remarques aux ré* flexions que ces îles nous inspirent

Les commerçons de Syra, tout en gardant leur liberté individuelle? doivent cependant avoir une organi** sàtion déterminée. Pour cet effet, quiconque exerce le négoce ou désire l'exerce*, doit posséder ou recevoir une feuille du registre des commerçons tenu par l'an* torité, et dans lequel se trouvent consignées, sur lut et son négoce, les ilotes qui peuvent intéresser l'état et la communauté à laquelle il appartient. La communauté a le droit de choisir parmi ses membre* le conseil de commerce, la députation du contrôle et les arbitres. Le conseil de commerce prend soin des affaires générales de la communauté et doit avoir le droit de proposer au gouvernement toutes les mesures qui lui semblent être nécessaires pour garantie, et faire pros* pérer le commerce de la place, et doit examiner celle* qui seront projetées par le gouvernement.

La députation du contrôle, choisie à la fin de chaque année, doit examiner en détail l'administration et la eonduite du conseil et en faire le rapport à l'assemblée générale des cetamerçans , avant qu'on n'élise de nouveaux conseillers. S'il y a lieu de procéder contre le conseil dans la personne de quelques-uns de ^s membres, l'affaire doit être portée devant les autorités

constituées. Les arbitres , choisis par la députation et présidés par un jurisconsulte tiommé par le gouvernement, doivent remplacer le tribunal dp commerce institué par le Président, lequel, par la complication de sa procédure étrangère, a le plus contribué à compromettre la prospérité de cette place importante. L'arbitrage dans les affaires de commerce existait déjà avant son arrivée. Les décisions des arbitres ne se faisaient jamais attendre long-tems, et comme les juges, choisis par les hommes leâ plus intelligens de la commune, connaissaient à fond les personnes, leur état et leurs affaires, leurs arrêts jouissaient d'une grande considération à cause de leur justesse et de leur précision.

Voilà pour ce qui regarde l'organisation de la commune commerçante. Nous ne sommes entrés dans aucun des détails qui ne manquent jamais de varier, pas plus que dans la participation que le conseil et la députation doivent avoir à l'inspection du port, des douanes, des hôpitaux, puisque le principe de liberté une fois reconnu, on s'arrangera mieux quant aux conséquences sur la place même et en présence des affaires que partout ailleurs.

Le port de Syra est exposé en partie aux vents du nord et plus encore à ceux de l'est. On a commencé, à partir de l'angle septentrional, un môle en grosses pierres qui unit cette pointe à un rocher situé au milieu des flots. Cet ouvrage bien imparfait défend au moins lé port contre les vents du nord et du nord -ouest dont il souffrait auparavant. 11 faudra le continuer, mais avec plus de régularité et de solidité, de l'autre côté du rocher, au moyen des capitaux hypothéqués sur les revenus du port. Arrivé à une distance de 300 pieds on aura garanti une assez grande

partie do port contre 1m vent* de l'est, et l'on pourra de suite penser à un semblable ouvrage du cote du nidh

L' importance actuelle de Syra repose, ainsi que sa grandeur future, sur l'entrepôt et le développement qu'il Sera possible de lui procurer. Dès à présent les neuf dixièmes de son commerce se font par là, les négocians tant indigènes qu'étrangers recherchant cette place à cause de la situation des Cyclades et de là proximité d'Alexandrie , de Smyrne et de Constante ~* nople, et parce qu'ils craignent d'ailleurs la peste, les troubles et les vexations, qui contrarient le plus, danrt les échelles de l'Orient, les affaires de commerce. Moyennant une rétribution d'un pour cent pour les trois premiers mois, et de deux pour cent pour les mois suivans, on peut déposer ses marchandises dans des magasins établis pour chaque branche de commerce. On ne paie à la douane qu'à mesure qu'on en les retire pour les faire entrer dans le commerce de la place, sans rien donner ensuite quand on les embarque pour les transporter hors de la Grèce. L'administration de l'entrepôt est vicieuse et renferme des mesures vexatoires; mais ceci n'est que secondaire et peut être facilement évité: Il y a cependant un autre obstacle plus difficile à vaincre, c'est le manque de magasins assez vastes pour l'importance de l'entrepôt, et la nature du port qui s'oppose à l'extension de ces établissemens.

Le port, la ville, les magasins et Pile de Syra suffisent pour le commerce actuel, et peuvent rester ainsi quelque tems encore après qu'il aura pris un peu plus de développement; mais tout sera bientôt trop rétréci, lorsqu'une fois l'île, s' élevant au rang qui lui semble être destiné, formera le dépôt général du commerce de l'Europe avec l'Orient. Il faut donc penser à tems aux moyens de remédier à ces inconvéniens.

Heureusement les moyens de sortir de ces embarras se trouveront tout prêts.

Vis-à-vis de Syva, en tirant à Test, à trois milles géographiques seulement de son port, se trouve au milieu des Cyclades l'île} de Délos sur le passage même de Smyrne et de Constantinople ; à côté est l'île Rhénéa, actuellement appelée grande Délos arec ses deux exœllens ports, que nous avons désignés plus haut. Nous verrons plus tard que c'est ici que la station navale de la Grèce orientale doit être établie, et qu'il faudra des forts pour défendre dans cette fie là clef des Cyclades, le commerce de Syra et les pays situés derrière eette position importante. Déjà du tems des Romains, Délos était le centre d'un commerce trèsétendu, lorsqu'après la destruction de Cortnthe, les marchands s'y retirèrent, invités par l'inviolabilité de son temple, la beauté de son port et sa situation convenable à ceux qui partent de l'Italie et de la Grèce dirigeant leur course vers l'Asie 1). Ce ne fut que du tems de Mithridate, que l'île, conquise et pillée par les généraux de ce roi, perdit avec son commerce sa prospérité. Actuellement, pour rendre la grande Délos à sa destination, il faut couper l'isthme étroit et peu élevé qui sépare ses deux ports, après quoi on aura la plaoe la mieux faite pour la double destination qui l'attend.

C'est ici l'endroit de nous expliquer sur rétablissement de ports francs dans la Grèce. De tels ports sont nécessaires là où l'on désire combiner les bénéfices d'un commerce libre avec les charges d'un système vexatotre de douanes introduit, soit pour aider les fabriques indigènes, soit pour enrichir le trésor

1) Str&bo geograph. X. §. 4.

public Un tel système n'existe pal en Grèce et ne saurait y exister sans qu'elle an fût ruinée. En conséquence les pori* francs te trouvent en dehors de* qvesfâons qui s'agitent ici, et l'on n'a guère* de faisons pour se soumettre à la gène qu'entraînerait nécessairement l'exécution d'un tel système pour le pays et la place même qu'on favoriserait An contraire» la situation de la Grèce est telle que tout le pays devrait être un port franc commun à l'Asie et à l'Europe. Mais comme on ne goûtera pas encore cette idée, on doit au moins s'en éloigner aussi peu que possihle, en se conformant aux mesures que nous avons proposées. Syra, qui est déjà établie, gardera toujours son commerce: Délos n'en sera qu'une colonie, mais une colonie destinée à balancer l'importance de sa mère et à garantir au commerce la possibilité et les moyens de ce développement que le sort de la Grèce lui promet. On aura encore à éloigner les difficultés que les mesures prohibitives et l'imperfection du système numéraire, jointes au manque d'instruction, opposent, soit à l'activité, soit à la prospérité du commerce. Les mesures de prohibition contre la peste ne peuvent être maintenues avec rigueur dans la Grèce, puisque avec ses côtes, ses ports, ses échelles et ses lies, elle est tellement ouverte à l'Albanie, à la Theaealie, à l'Asie, à l'Egypte , à l'Afrique et aux îles restées au pouvoir des Turcs et des Arabes, qu'il est impossible de faire exécuter sévèrement les mesures requises pour la préserver de la contagion. D'ailleurs un tel système serait préjudiciable à tous les intérêts du pays. Les îles Ioniennes qui ne sont pas aussi intimement liées à l'Albanie et à la Grèee que cette dernière ne l'est aux pays dont nous venons de parler, s'en sont aperçu, et les Anglais, pour faire reprendre le commerce de ces

possessions paralysé par ces entraves, se sont vus forcés de lcJs supprimer. Cela n'empêche', pas que la qua* rantaine ne soit établie pour les hâtîmens et les voyageurs venus des- endroits où la peste a éclaté» et qu'on n'ait des lazarets prêts à recevoir ceux qui ne veulent pas faire la quarantaine sur leurs vaisseaux. Telle est la manière actuellement reçue, par les Anglais dans les îles Ioniennes, et elle est la seule praticable pour l'Orient. Il est vrai qu'on a essayé d'établir une qna« rantaine rigoureuse pour Syra; mais elle ne pouvait être observée exactement à cause des communications journalières de la place avec les îles voisines, aussi n'a- 1- elle pas été reconnue dans les ports de l'Europe. Il existe dans toute la Grèce de ces restrictions qui n'offront aucun avantage pour une libre communication avec l'Occident. Quant aux cas où la quarantaine est de rigueur, il faudra, ainsi qu'à Trieste, des magasins où les bâtimens en quarantaine puissent déposer leur cargaison et la reprendre à volonté. De plus, les voyageurs doivent être admis au Spoglio, c'est-à-dire, qu'ils pourront sortir du lazaret, s'ils prennent un bain avec les précautions nécessaires et changent entièrement de linge et d'habits, en sorte qu'ils laissent leur garderobe faire quarantaine.

Par rapport au système monétaire, le commerce grec roule encore sur la monnaie turque qui va toujours se détériorant, de sorte que la piastre turque (ro yçoff*)i dans la seule année de 183?, a perdu un cinquième de sa valeur. Les pertes du commerce marchent donc de pair avec la dépréciation du numéraire sur lequel les comptes sont réglés , et comme on peut évaluer a 200,000,000 de francs le négoce annuel de Syra, on pourra juger ensuite de l'étendue des pertes qu'éprouvent les négocians et tous les propriétaires de 1* Gxtee,

puisque, par la même raison, le capital de la entière est également déchu , dans l'espace d'an an , de presque un sixième en valeur numéraire. Il est vrai que le dernier gouvernement avait introduit un mitre système; mais il n'a pu ou n'a pas voulu bannir celui des Turcs. Le Président avait pris pour unité un sixième de l'écn de convention et lui avait donné le nom de Phénix. Chaque Phénix était divisé en 100 lepta; mais ces Phénix, qu'il avait fait frapper à Eginè à l'aide d'une vieille et chétive machine achetée à, Malte parmi l'héritage des chevaliers de cette fie, avaient si mal réussi que pas un seul de ces oiseaux ne contenait en argent la valeur légale. La plus grande partie n'en avait que les deux tiers, en sorte que le gouvernement, pour prévenir le déluge de la fausse monnaie, se vit forcé de les mettre hors de la circulation, c'est-à-dire, de passer condamnation sur son ineptie ou sa mauvaise foi. Le Phénix n'exista donc que sur le papier et dans les comptes du gouvernement, et la piastre turque continua de former la base de toutea les opérations sociales.

En revanche on avait augmenté la monnaie de cuivre et l'on était allé jusqu'à frapper de grosses pièces de 20 lepta de ce métal; mais elles restèrent également au* dessous de leur valeur réelle. L'or qui en devait valoir 000, fut évalué à 750. Il y eut donc des pertes de près d'un quart pour tous ceux qui furent payés en enivre.

La régence a repris comme base du système numéraire l'ancienne drachme, et lui a donné la valeur exacte d'un sixième de l'écu d'Espagne appelé Colonato, qui a cours dans tout l'Orient. La drachme est donc à peu près quatre pour 100 au-dessus du Phénix, et est divisée comme lui en 100 lepta. La régence fait frapper des pièces de différente grandeur jusqu'à la

ttt

valeur de cinq drachmes $ cet dernières formeront l'éca grec. En, conséquence le nouveau système s'attache à )a monnaie la plus accréditée dans l'Orient, puisque abc écus grecs font cinq, coloaates,. et offrent en mène tels* las. avantages du système décimal

L'hôtel des monnaies à Manich étant continuelle* ment occupé à frapper de ces pièces, et notre pins célèbre mécanicien étant èhargé do livrer dans le cours de cette année les instrumens nécessaires pour battre la monnaie grecque, ee pays sera sans retard assez pourvu dé son nouveau. numéraire pour que la régence, sans gêner le commerce , puisse ordonner qu'aucun oènapte n'ait de légalité devant les tribunaux , s'il n'est fait en monnaie du pays. De cette manière la piastre turque sera reléguée suc les places hors des frontières grecques, et le commerce se verra délivré, d'un seul coup, d'un des plus grands fléaux qui pèsent sur loi comme sur le pays entier.

Quant à l'instruction spéciale à donner aux jeunes gens qui veulent se vouer au commerce, on ne trouvera pas que ce besoin soit vivement senti par les marchands. Au contraire, ils regardent. le bureau et le magasin comme la meilleure école pour leurs apprentis; pour, la eonstruotion des vaisseaux, ils préfèrent les chantiers au cours 4e quelque professeur, et as réclament «eue ce rapport du gouvernement qu'une bonne organisation générale de l'instruction publique on déclarant qu'une fois qu'on aura formé le goût de leurs eofans par l'étude de la langue et de la littérature de leurs ancêtres, en y joignant la connaisaoce 4u Grec moderne, du Français, de l'Italien, des mathématiques, de la géographie et de l'histoire, ils *c chargent du reste. En général ils ont raison ; il n'y * qu'en Allemagne que le pédantisme regarde comme un-

possible l'existence de quelque chose dan la sphère de l'intelligence, à moins que cela n'ait été rédigé dans on cours et enseigné dans une école. Cependant en établissant des collèges d'après un plan général , il faudra leur donner à $yra, ainsi que dans d'autres places Commençantes, une direction spéciale par rapport à certains cours, tels sont ceux sur l'histoire naturelle, la physique, la chimie, la connaissance des marchandises, des matériaux de fabrication, enfin sur l'histoire et la statistique du commerce. On devra penser en même tems à ériger des cabinets de physique et d'histoire naturelle , ainsi qu'à entretenir des collections des produits diffère ns, jusqu'à ceux des fabriques qui en* trent dans le commerce,

A côté de ces collèges, il faudra encore un établis* .sèment nautique destiné à enseigner la construction des bâtimens de toute grandeur. Il est vrai que sans le secours d'une telle institution , la Grèce a construit et continue à construire des milliers dt navires; mais on ne s'est pas élevé au delà des bricks et des corvettes, encore existe «t- il une grande différence entre ceux de Syra ou d'Hydra et ceux de Venise, d'Amsterdam on de Londres. 11 n'y a pas une de leurs parties qui ne soit susceptible d'être perfectionnée.

Eo prenait pour base de l'école nautique celle des métiers que nous avons décrite, et en «'informant en outre des meilleures institutions en ce genre qui fleurissent -à Copenhague et en Angleterre, enfin en engageant quelques-uns des meilleurs maîtres sortis de ces écoles 4 passer en Grèce avec les matériaux et le personnel nécessaire au premier établissement, on arrivera bientôt au but.

A côté du charpentier et du menuisier, l'institut établira une corderi* pour faire les câbles, puis une

forge et un atelier pour le mécanicien. De plue l'enseignement comprendra les mathématiques transcenden taies, la mécanique, l'hydraulique, l'hydrostatique et la théorie de la . construction nautiqpe; mais en tout eela il sera subordonné à la pratique, en sorte que sans déroger à la profondeur et à l'exactitude scientifique*, il trouvera immédiatement son application aux chantiers et aux ateliers des artisans qui font une partie de l'instruction.

H se présentera des maîtres grecs qui désireront encore profiter du nouvel enseignement, ainsi que des jeunes gens doués d'une grande aptitude pour le travail. A Syra on m'a montré un enfant Chiote de quatorze ans, fils d'un charpentier, qui venait de finir la construction d'une goëlette reconnue comme une des meilleures du port. Le fils cadet de Jean Mauromiçhaeli, Germanos, jeune homme de dix-neuf ans, s'en était construit une semblable il y a trois ans. L'un et l'autre, passionnés pour cet art et le métier de marin, désiraient ardemment se perfectionner au moyen des arts et des inventions de l'Europe. Avec de telles dispositions réunies à de beaux talens éclos sous ce ciel heureux, le but sera bientôt atteint, et la marine grecque due aux travaux des indigènes, ne le cédera plus * celles des premières nations de l'Europe , ni pour la solidité, ni pour la beauté de la construction.

On se sera déjà aperçu que la plus grande partie des' mesures que nous proposons pour Syra, et particulièrement tout ce qui a rapport aux conseils de comr merce, aux députations de contrôle, aux tribunaux d'arbitrage, aux écoles avec des cours utiles a celui qui se destinerait au négoce, se rapportent aussi aux autres villes commerçantes, telles qu'Hydra, Spesia, Patras, Galaxidi, Nauplie, MisolongM, •"»»

qu'aux places qui ne tarderont guère» à prendre pins de part à cette sphère d'activité.

11 faudra donc fonder des institutions semblables partout où le négoce est assez étendu pour en avoir besoin, et les lier ensemble par un conseil suprême de commerce qui sera du ressort du ministère de l'intérieur. Ce conseil surveillera le système des douanes et proposera d'y introduire les changemens qu'il croira avantageux. Travailler à réunir les maisons grecques de commerce les plus respectables dispersées à l'étranger, et par là à les concentrer sur le sol de la Grèce ; organiser et maintenir une communication régulière et suivie avec l'Asie et l'Europe, afin de faciliter les transactions et le cours des changes et de pré* parer des traités de commerce qui procurent aux bâtimens grecs chez les étrangers la même protection dont ceux-ci jouissent dans ce pays; revoir en outré les codes de commerce et de navigation; créer des garanties pour les spéculations qui s'étendent au delà de l'Océan et des Indes; surveiller la mense des tribunaux de commerce et y appeler les changemens requis par l'intérêt des négocians; enfin pourvoir à l'institution des compagnies d'assurance et des banques de commerce, voilà quelques-uns des objets qui se présentent en foule à la méditation et aux soins de l'autorité centrale chargée d'être en rapport continuel avec les marchands et les placée de commerce et de diriger le négoce de la Grèce dans la voie de la prospérité naissante.

11 y a cependant une observation à faire. En Europe on n'est pas très-scrupuleux à placer des hommes dans une sphère qu'ils ne connaissent pas à fond. On trouve même, au moins dans certains états, une prévention contre des hommes spéciaux, parce qu'on les regarde comme partiaux et intéressés. Qu'on ne se

laisse fa», induire par de semblables opinion* à placer dans les emplois qui ont rapport an commerce, des hommes qui lui sont restés étrangers; quelque capables qu'ils puissent être dans d'autres branches de l'administration , ils compromettraient son avenir, wriA par leurs principes, soit par. leur ignorance de ses ressorts cachés. Pour toutes les places qae noue avons désignées, il faut des marchands qui jouissent de la confiance publique par leur position sociale, leurs connaissances et leur caractère; or on en trouvera un assesr grand nombre parmi les Grecs, puisque c'est la classe la plus instruite et la plus m* telligente de la nation, et que ce n'est qu'autant qu'on profitera de leurs conseils et de leur expérience qu'en ne tombera pas dans ces erreurs enracinées et trop connues des routiniers attachés à notre Vieux système d'équilibre, de bilans, de restrictions et de patronage* Ce sont les commerçant qui font le commerce* et ce sent eux aussi qui le feront prospérer. Nous terminerons ce chapitre par quelques observations sur les porta de la Grèce, sur le plan de couper l'isthme de Corinthe, et sur le choix de la capitale cfu nouveau royaume qui s'y rattache.

Le nombre des ports et des rades en Grèce se monte ensemble à peu près à 100. Presque tous ont été défendus autrefois par des constructions plus ou moins considérables; la {dupait sobt maintenant dans un délabrement complet, les môles ayant été détruits par les flots et les bassins s'étant remplis, soit en entier, soit en partie, de sable, de fange et de décombres; tel est le petit port dans l'intérieur du Pirée et le port de Léchaion sur l'isthme de Corinthe dont on voit les fondemens au milieu de l'alluvion de la terre grasse du littoral.. Il y a pourtant presque partout des restes con»

«idérables des anciens moles* , conurte à Coron , à Mo* don , dans le Pirée et les autres porte de l' Att ique ; la proximité jointe à l'excellence des matériaux en facilité la réparation* En quelques endroits, comme à Egkte, on a commencé à les réparer, puis on les a abeiidonnés. 11 faut donc eontinuer cette entreprise et la ntftdrè gé* nérale. On sera partout secondé par la bonhe volonté des habitans des places maritimes, parce que tous sentent l'extrême importance de telles entreprises pou* faire revivre leur commerce et leur prospérité. . Ert* courages et aidés par le gouvernement * ils feront -tout leur possible et s'imposeront même librement des oon« tributions et des travaux, en sorte qu'en peu d'années les ports autrefois si célèbres et si fréquentés de cette terre classique, reparaîtront à peu près dans leur1 ancienne forme, tandis que des routes, ouvriront l'intérieur des provinces et des îles, et que les produits de Pagrfct enlture régénérée et de la nouvelle industrie, jr arriveront avec facilité pour entretenir le commerce qui fut et sera toujours l'âme de la Grèce.

Pour compléter les mesures propres à donner de l'élan au commerce de la Grèce, il faudrait encore couper l'isthme de Corinthe. Par ce moyen décisif, on aurait une ligne de communication directe qui unirait les parties de la Grèce, séparées par la prolongation du Péloponèse et les difficultés attachées à une naviga*» tion autour de ses caps. Ce n'est qu'alors que Miso* longhi et Lépante, Patras et Gastuni, le golfe d'Ambrade et de Salona seraient véritablement unis au Pirée, à Nauplie, aux ports de l'Eubée et aux Cyclades, échangeant avec facilité et sécurité les produits de leur sol et de leur industrie. Mais à côté de ces avantages qui sent par eux seuls d'une importance vitale pour la Grèce, se trouveraient placés ceux plus im-

portans encore qu'âne telle communication offrirait an commerce général entre l'Occident et le Levant, en lai épargnant la navigation autour du Péloponèse. Cette navigation force les bàtimens venus du nord et de Test de l'ItaH*, de descendre vers le cap Malée, de hasarder le passage de Cérigo, fameux depuis les tems les plus reculés par ses difficultés et ses dangers, et de remonter ensuite dans une direction contraire aux vents dominans sur ces mers. La perte du tems, des chances défavorables et des périls réels se réunissent donc pour faire regarder le voyage autour du Péloponèse comme très -préjudiciable au commerce, soit grec, soit général* H est, par conséquent, naturel que Ton ait déjà souvent tâché de l'éviter en ouvrant à la navigation un passage à travers l'isthme. Après cela tout le commerce de l'Albanie, de Trieste, de l'Italie, des îles Ioniennes, de la mer occidentale, dirigé vers la Grèce orientale et les pays de l'est, irait directement par l'isthme dans les ports de TAttique, de l'Eubée et des Cyclades. Les bàtimens ne tomberaient pas sous le vent, et, en évitant des détours pénibles^ ils garderaient toujours le cours favorisé par les Beréades.

La même chose arriverait aux bàtimens venus du Levant pour aller dans la direction opposée; ceux* mêmes qui doublent* les caps de l'Italie préféreraient traverser l'isthme, puisque cela leur procurerait l'avantage de pouvoir descendre des parages de Patras et du Pirée, soit vers la Sicile, soit vers Syra, au lieu de remonter après être tombés au delà du Péloponèse et de Cérigo. Quant aux difficultés auxquelles il faut s'attendre pour l'exécution d'un tel ouvrage, elles ne sont pas en proportion de l'importance et de l'utilité' de l'entreprise. L'isthme, au point où le canal le devrait couper, a six milles marins dont cinq font un

mille géographique. Du coté occidental, il commence par upe plaine qui s'étend dans l'intérieur, à peu près l'espace de deux* milles. Cette plaine avait été déjà coupée par les anciens; le canal, large de 75 pieds dans le fond, et de 300 d'un bord à l'autre, est encore visible dans toute son étendue. Son embouchure est fermée par des dunes de sable que les -flots y ont amassées. Pans cette première partie on trouve l'ouvrage à moitié achevé, en sorte qu'on n'aura qu'à, le reprendre. Derrière la plaine, et à peu près au milieu de l'isthme, on rencontre une. espèce de colline rocail* leuse qui se prolonge depuis les hauteurs d'Acrocorinthe juaqu' au pied des montagnes de la Mégaride, et dont le sommet est élevé de 200 pieds environ. C'est ici que.se présente la seule difficulté réelle, puisqu'il faudrait couper cette colline sur une ligne de deux lieues marines. Cependant elle consiste presque entièrement en un tuf mou qui cédera sans résistance à la forcé de la poudre. Les anciens, quoique dépourvus de ce puissant moyen de pénétrer jusque dans, le sein des montagnes, en ont entamé la partie occidentale dans une étendue d'à peu près 500 pieds, et Ton voit des rochers taillés avec beaucoup de régularité: en plusieurs endroits on a pratiqué des degrés pour monter et descendre. Près de la plaine ce travail est entièrement terminé, tandis qu'il est seulement commencé vers le fond. Il n'y a pas de doute que ce ne soient les ouvrages qu'ordonna Néron pour percer l'isthme et qui furent abandonnés après son départ. En les reprenant et en coupant ces rochers, on gagnera d'excellens matériaux de construction, soit pour le canal, les ports et les magasins , soit pour les villes qui se relèvent de leurs cendres sur les différentes cotes de la Grèce. Après avoir conduit le canal dans la direction indiquée à tra- II. 8

vers les deux tiers dès rochers, on rencontrera on ravin profond qui descend des montagnes de la Mégaride et arrive à l'enceinte de l'ancien temple de Neptune, du stade et du théâtre, destinés aux Jeux Isthiniques. Ce ravin pourrait être élargi sans beaucoup de peine et former la continuation du canal jusqu'à son embouchure dans le golfe Saronique.

Nous ne parlons pas des difficultés imaginaires qui devraient rendre impossible l'entreprise, comme, par exemple, de l'opinion suivant laquelle la mer serait plus élevée dans le golfe Saronique que de l'autre côté de l'isthme, dans celui de Corinthe; d'ailleurs si cette opinion était fondée, et s'il y avait réellement danger de voir l'eau d'un golfe se précipiter dans l'antre, on le préviendrait par l'établissement d'une éeluse. Mais d'après des recherches qu'auraient faites des ingénieurs européens, la différence se réduirait à deux pieds et demi d'élévation que la partie située à l'est aurait de plus que l'autre, ce qui donnerait au canal un courant d'eau qui contribuerait à le nettoyer.

On a évalué les frais de l'entreprise à 20,000,000 de francs, y compris la construction des magasins et des ports. Sans doute elle devrait être faite au moyen d'actions, le gouvernement ayant la faculté de les racheter à termes fixes. On en retirerait aisément les intérêts avec un bénéfice considérable, puisque, outre les milliers de vaisseaux de toute grandeur qui traverseraient le canal, il y aurait encore des milliers de caïques et de canots occupés au commerce des deux parties opposées de la Grèce. En tout eus cette grande entreprise couronnerait d'une manière glorieuse les mesures par lesquelles on pourra parvenir au développement intérieur, ainsi qu'à l'extension de la navigation et du commerce de" la Grèce. On a re-

gardé comme une chose extrêmement importante pour le commerce grée, que la capitale du nouveau royaume fut choisie de manière à former un de ses principaux points d'appui. En conséquence, on a proposé de l'établir dans l'isthme, soit sur les ruines de Gorinthe , soit sur le bord du canal projeté. Il est certain que la capitale de la Grèce a besoin d'une situation favorable au commerce pour prospérer; or à Corinthe il ne trouverait jamais un centre sans le canal, parce que son golfe est sans issue, et l'isthme sans port convenable. Lé canal une 'fois construit, les bâtimens s'arrêteront plus commodément dans les ports de l'Attique que dans les rades exposées de l'ancien sanctuaire de Neptune. De plus, la capitale de ce pays n'a pas seulement à favoriser les commodités des commerçans, mais elle doit aussi s'attacher aux grands souvenirs de la Grèce ancienne et favoriser la civilisation renaissante, tout en formant un centre pour les intérêts matériels de la nouvelle société.

Sous tous ces rapports, aucun endroit ne présente autant d'avantages que la ville d'Athènes, située dans un des pays les plus sains de la Grèce, entourée, à peu de distance, d'excellens ports, rapprochée de la grande route que suit le commerce général, communiquant avec facilité, soit par terre, soit par mer, avec toutes les parties de la Grèce, possédant encore des monumens d'architecture dont la grandeur surpasse ce qu'on trouve ailleurs dans le pays, et la beauté, tout ce qu'il y a au monde. Ajoutons à cela les ruines du lycée, de l'académie, des théâtres, des sculptures de Phidias, dont l'attrait indestructible semble rappeler les sciences, la poésie et les arts sur le sol et dans les asiles qui les ont vu naître et prospérer autrefois. L'oracle d'Apollon déclarait aveugles les habitans de Chalcédoine

parce qu'au lieu de s'établir à l'endroit où plus tard Bysance fut bâtie, ils avaient préféré a ce site supérieur un rivage stérile pour la construction de . leur ville. La même désignation conviendrait aux hommes mal avisés qui, cherchant à établir la capitale de la Grèce, choisiraient un autre emplacement que celui de la ville sur la possession de laquelle les Dieux s'étaient disputés avant même que son Illustration eût commencé.

Ces réflexions nous conduisent directement à l'état actuel de l'instruction publique en Grèce, et à l'examen des voies requises pour la rétablir. Nous entrons donc dans le domaine de l'intelligence, après avoir exposé tout ce qu'il faut faire pour augmenter et consolider la population et ses intérêts matériels.

QUINZIÈME SECTION

De l'état actuel de l'enseignement et de T éducation publique en Grèce.

Jcjn commençant à traiter ce sujet, je n'ai pas besoin de parler de son importance, puisque tout le monde en convient. On est même assez généralement persuadé en Grèce, que c'est sur ce point que repose tout l'avenir de la nation; chacun est convaincu que l'ignorance fut la principale cause de sa longue oppression , tandis qu'on trouve tdans~ les lumières qu'elle s'était procurées depuis cinquante ans, la source des sentimens élevés qui ont enfanté la révolution et ramené ainsi la liberté danâ son "pays natal. Le rétablissement des études fait espérer le retour des esprits vers Tordre et la paix in* térieure. Outre cela, on regarde les études comme la carrière la plus noble dans laquelle l'étonnante activité de l'esprit grec puisse se jeter sans danger, et satisfaire aux plus pressans besoins de gloire et d'illustration; enfin s'il y a moyen de préserver à l'avenir la <*rèce de l'anarchie et du despotisme par une législation «âge et par des institutions analogues aux nécessités publiques, par le maintien inébranlable et l'exécution ferme de la loi, ce moyen, on le trouve dans l'établissement d'études profondes et consciencieuses en littérature, en philosophie, en histoire et en | droit; il y a plus, on

espère que la jeunesse, soutenue dans cette idéale, nourrie de la sagesse et de la gloire de ses ancêtres, se sentira, par la suite, remplie d'enthousiasme pour la vérité et le bien, et que la vertu fixera son empire dans le coeur de la génération qui s'élève.

En passant de ces idées aux- connaissances en rapport avec la culture du sol , rétablissement des arts et des métiers, des fabriques et des manufactures, le commerce et la navigation, on est convaincu qu'avec toute cette sphère d'activité nationale , il est presque impossible d'avancer, sans voir se répandre en Grèce l'étude des sciences exactes. 11 existe toutefois de grandes et nombreuses difficultés sous ce rapport: on manque presque de tout, de livres, d'instrumens, de cartes, de bâtimens, d'instituteurs. Outre cela, on cannait trop peu en Grèce ce qu'on peut appeler l'art de l'enseigne* ment, c'est-à-dire, l'étendue et les détails des différentes branches de l'instruction, la manière dont elles s'enchaînent et se supportent, les méthodes à suivre et les moyens à employer pour alimenter l'application, soutenir l'émulation et garantir les progrès des élèves, pour développer les forces de l'esprit sans le jeter dans un désordre d'idées, enfin pour embrasser une large sphère de connaissances sans déroger à l'exactitude de l'enseignement. De plus, il faut savoir réunir à l'instruction qui enrichit l'esprit, l'éducation qui forme le coeur et l'imprègne de sentimens moraux et religieux, aussi bien que de principes sains en politique, si l'on né veut pas que la génération naissante continue de rester dans ce chaos de principes et de sentimens où l'ignorance, l'oppression et l'anarchie ont jeté ses pères.

Dans aucun pays la moralité de la jeunesse n'est plus exposée qu'en Grèce, soit à cause des mauvais

Il»

principe*, de l'écrit de mensonge, de ruses 01 d'intrigues, répandus surtout dans la classe élevée, et dont elle ne ressent qne trop l'influence, soit à cause de coutumes plus pernicieuses encore. Les dangers qui

planent sur la tête de chaque jeune homme de la part de ses camarades et des hommes faits, font frémir, et il n'y a que l'expérience la plus consommée dans l'art de former la jeunesse, et les soins de la surveillance la plus assidue qui puissent paralyser ces influences et tenir éloignés ces dangers.

Joignez k cela l'obligation non moins impérieuse d'inspirer à ces jeunet âmes des sentimens religieux, de donner aux idées et aux croyances du christianisme cette force sans laquelle la morale reste sans garantie et l'avenir sans espérance, et vous sentirez s'accroître les difficultés de l'éducation nationale en Grèce, puisque vous ne pouvez compter sur une coopération salutaire de la part du clergé en général, vu l'état déplorable dftDS lequel l'église d'Orient se trouve plongée par suite de l'oppression et de l'ignorance. Il y a bien des ecclésiastiques vertueux et instruits; mais ils sont en trop petit nombre: la masse est sans lumières et trop souvent sans probité, et le prêtre en général a perdu son influence sur les classes de la société qui marchent pendant qu'il reste en arrière avec ses préjugés et

ses pratiques.

Les mêmes difficultés se présenteront lorsqu'il s'agira de former les opinions et, pour ainsi dire, les croyances politiques de la jeunesse, opinions qui sont intimement liées aux idées morales et religieuses. La Grèce, quoique devenue une monarchie, est restée républicaine. Aueun peuple ne supporte moins les distinctions sociales que le peuple grec, et, chose remarquable, ce sentiment d'égalité entière n'a fait que de s'accroître sous le

despotisme des Turcs, soit parce qu'il s'appesantissait également sur toutes les existences sociales, soit parce que le sentiment "vif de son injustice enseigna au peuple à apprécier les avantages de l'égalité des droits. Ces principes qui tiennent, pour ainsi dire, au sol, au climat et aux moeurs du pays, sont encore renforcés par les souvenirs de la Grèce que rappellent les ouvrages de ses poètes, de ses historiens, de ses orateurs et de ses philosophes. Les tems glorieux de l'antiquité grecque restent fortement imprimés dans la mémoire du peuple, 'tandis qu'on a presque oublié la domination des Turcs, des Vénitiens, des Latins, des Bysantins et des Romains ; et l'étude des ouvrages de ses ancêtres en rem-* plissant l'esprit de la jeunesse de senthnens élevés, de patriotisme, de grandeur et de gloire, lui montre la liberté revêtue des formes républicaines, telle que Tan* tiquité grecque l'a connue, comme le principe de tout ce qu'il y a de grand et de généreux.

Qu'on oppose maintenant à tout cela la monarchie telle qu'on l'entend, avec les distinctions sociales sur lesquelles elle repose , les bornes qu'elle doit imposer aux ambitions, en modifiant les idées de liberté, d'indépendance, d'honneur et de gloire; et quelque raisonnables que soient les institutions monarchiques qu'on destine à la Grèce, on sentira toute la difficulté de façonner les esprits de Ifi jeunesse, de manière à ce qu'elle comprenne la liberté basée sur les loix, et réunisse aux sentiraens de l'indépendance et de la gloire nationales ceux de la soumission d'un sujet et de l'attachement au roi.

Les hommes qui entouraient ou conseillaient le comte Jean Capodistria avaient compris, cette difficulté d'autant plus alarmante pour eux qu'ils visaient à in* troduire des institutions absolues qui paralysassen

l'esprit vif et indépendant dé là nation. Mr. Stourdza agissait donc d'une manière tout à fait conforme à ces appréhensions, en déclarant' que les connaissances de l'Europe n'étaient pas compatible» avec le bonheur delà Grèce. Le Président lui-même ne s'écartait pas de la ligne de conduite que ce principe lui imposait, quand il défendait de lire Platon dans le collège établi presque en yue de l'académie du grand philosophe Athénien; mais on sait à quoi ces moyens ont conduit. Ce serait, pour ainsi dire, étouffer l'élan jde cette nation qu'agite encore, après tant de siècles, le souvenir de ses héros et de ses grands hommes, que de vouloir lui imprimer une autre direction que celle de son génie.

Bannissez JNaton de votre état, comme il voulait lui-même bannir Homère de sa république, associez k son exil toute la foule des grands écrivains de l'antiquité pour mettre à leur place les Esope et les Lucien; n'importe, les monumens anciens seront là pour déposer des gloires premières de la patrie, et supposé que quelques barbares, se rendant aux voeux impies d'uri nouvel Erostrate de Corfou, voulussent renverser ces monumens, l'esprit de l'ancienne Grèce planerait encore au-dessus 'des ruines, des fleuves et des montagnes, et le génie national resterait indestructible dans cette brillante et spirituelle jeunesse ; il se renforcerait même par sa lutte contre les obstacles qu'on pourrait créer pour le comprimer.

Que ceux donc qui se trouveront' chargés de l'importante mission de veiller à l'instruction et à l'éducation littéraire, morale, religieuse et politique en Grèce, soient entièrement convaincus qu'on ne pourra jamais lutter avec succès contre la direction, pour ainsi dire, idéale des esprits, qui porte la jeunesse vers tout ce qu'il y a de grand et de généreux dans l'histoire et

les ouvrages de ses ancêtres, el i'exfeie même k des illusions sur le passé et à des déceptions sur l'état présent de la société. Pour créer quelque chose de durable, il faut savoir profiter de ce qu'en trouve, et diriger l'éducation de telle sorte que la vue de l'ancienne Grèce et l'amour de la liberté, loin de nuire à rétablissement des nouvelles institutions, en forme an contraire raine, l'appui et le plus bel ornement.

Conformément à la marche suivie jusqu'ici dans cet ouvrage, nous allons exposer l'état, dans lequel se trouvent les écoles, ainsi que les moyens propres à les améliorer, afin qu'elles répondent aux besoins intellectuels et matériels de la société.

Bien n'est plus faux que l'opinion accréditée par les défenseurs du gouvernement de Cap odis tria, savoir que la Grèce manquait d'instruction avant la révolution. C'est le thème favori de ces hommes qui ne connaissent nullement 6e pays et veulent y trouver la barbarie du moyen ége réunie à la corruption des tems modernes. La Grèce, au contraire, avait dans le cours des dernières 50 années fondé d:>s écoles et des collèges à Patine* , à Cydonîe, à Constantinople, à Smyrne, à Chios. Dans plusieurs, renseignement embrassait 1* langue grecque, la latine, la française, l'italienne, l'histoire» la géographie, la physique, l'histoire naturelle,

. L'instruction particulière n'était pas moins soignée en différens endroits, surtout dans les maisons des familles riches et influentes du Fanar, a Constantinople, ou la présence de la diplomatie européenne et d'une grande foule d'hommes ioatruits, réunie aux efforts des indigènes , répandait toutes les idées de l'Europe et une grande partie de sa civilisation. D'autres faisaient leurs études en Europe, et plusieurs jeunes gens grecs élevés dans las collèges et dans les univer-

sfeés de l'Autriche, de l'Allemagne, de l'Italie çt de la France 9 retournaient dans leur patrie pour y répandre les lumière», soit comme professeurs anx écoles non» Tellement établies, soit comme médecins et admiais* trateurs là où l'empire Ottoman n'avait pas éteufié les libertés des communes. Grâce au sèle et au concours de ees hommes, la langue grecque était devenue l'or* gane d'une littérature nouvelle et s'enrichissait tous les ans de traductions et d'ouvrages originaux dan» toutes les branches de la littérature et des sciences; plusieurs écrivains grées rivalisaient même avec les meilleurs de l'Europe. Tel fut le phénomène de ce mouvement ârtet* lectuel, empreint des idées de patrie et d'indépendance et tout plein d'espoir, que je découvris peut-être le premier en Europe, et qui me frappa tellement que je terminais ainsi un mémoire publié en 1812, dans lequel je rendais compte à l'académie des sciences de Munich, du réveil inattendu de la Grèce, huit ans avant le commence* ment de son insurrection : „ Quand on réfléchit sur ce que les Grecs opprimés ?t ignorés ont fait pour rentrer dans la civilisation européenne, on peut prévoir qu'ici l'affranchissement de l'esprit sera suivi de celui du peuple. La régénération de la Grèce et sa pro* chaîne apparition sur le théâtre du mondé peuvent donc être prédites sans crainte, de même que quelqu'un, à l'aspect d'un beau champ couvert d'épis, an* noncerait une riche moisson.''

La révolution qui éclata bientôt après, loin de trouver la Grèce ignorante, était plutôt le fruit, en quelque sorte précoce, de ses connaissances nouvellement acquises et. de sa civilisation commencée. Mal* heureusement ce fruit a presque tué celle qui l'a porté; Par suite des calamités publiques, les écoles furent dissoutes, les bibliothèques détruites, les professeurs

périrent on forent dispersés. Il n'y eut qu'âne parti* des îlçs qui* sauvèrent leurs établissemens du naufrage. Mais è peine la tranquillité reparut -elle dans quelques provinces, que le gouvernement commença à s'occuper de l'éducation; renseignement mutuel y fut introduit, avant même l'arrivée du président, par 6. Kléoboulos et Athanasios Politis.

Le Président établit un ministère de l'instruction

publique et des affaires ecclésiastiques, lequel devait s'occuper à organiser les écoles élémentaires et à surveiller l'établissement des écoles helléniques dans les villes, où le grec ancien et l'arithmétique étaient enseignés. Nous savons qu'à Egine oh ouvrit un collège supérieur, sous le nom d'école centrale; outre la littérature ancienne et la littérature française, on devait y enseigner l'histoire, la géographie et les mathématiques. On établit en même teins une école de théologie à Poros et une école militaire à Nauplie.

Nous avons montré, dans le premier volume, quels furent les vues et les principes qui dirigeaient l'enseignement public, et quels en furent les résultats. Les écoles élémentaires s'augmentèrent jusqu'au nombre de 68* D'après les calculs que publia le gouvernement, 10*000 enfans y étaient instruits. Les communes pourvoyaient aux frais de construction et de rétribution pour les maîtres : le président les secondait par des sommes modiques. On suivait la méthode de Sarasin prescrite parle gouvernement; mais on n'obtint que des résultats médiocres à cause des vices de cet enseignement . mécanique et. de l'ignorance du plus grand nombre des instituteurs. On avait bien réuni à l'école d'Egine un établissement pour former les maîtres de l'enseignement mutuel, mais il était aussi mal conçu que mal dirigé. Les jeunes gens, après y être restés pen

«tant trois ou quatre mois, le quittèrent pote conduire les écoles, c'est-à-dire, pour essayer leur ignorance aux frais de la jeunesse, on, comme s'exprime lé respecta ble Jacobaki Riso, dans son rapport adressé au dernier congrès, pour apprendre au pot le métier du potier. Dans beaucoup de ces écoles, les enfans n'apprirepft ni à lire ni à écrire, et l'on regrettait les vieux teins ou quelques modestes ecclésiastiques leur avaient simplement enseigné l'un et l'autre. Encore la plupart de

ces maisons d'éducation ont* elles cessé d'exister pendant les troubles des neuf derniers mois, en sorte que le pays, sous le rapport de l'instruction élémentaire, est à peu près réduit au même état dans lequel Capodistria le trouva lors de son avènement.

Le Président voyait d'un mauvais oeil les écoles helléniques, et tâchait de restreindre leur enseigne* ment à la grammaire , au calcul et à quelques notions sur la géographie, en opprimant ou en persécutant les maîtres. Aussi les professeurs, dont quelques-uns étaient sortis des collèges antérieurs à la révolution, et dont d'autres avaient été formés dans les universités de l'Allemagne, lui vouèrent -ils tous une haine sincère.

Les écoles helléniques des îles ont survécu aux dernières calamités ; mais celles qui avaient été établies à Nauplie, à Tripolizza, à Mistra, à Calssrilta, à Misolonghi et ailleurs sur le continent, ont subi le sort des écoles élémentaires. Celle de Nauplie seule était sur le point d'être rétablie sous le gouvernement mixte. L'école d'Egine, comme nous l'avons vu plus haut, fut ruinée par Mr. Mustoxidi, sous le président Jean, puis fermée sous son frère et rouverte par les soins du gouvernement mixte et de Mr. Geûadios qui, sous le joug même des Corfiotes, a su maintenir l'honneur des études confiées à son expérience. Elle compte quatre pro-

feeeeurs, deux pour le grec et 1m antng pour le français et les mathématiques. L'école de Poros, établie aux fraie du riche monastère de cet endroit, n'eut jamais plus de quinze élèves. Renfermés dans les mars du contrent, ils y apprenaient un peu de grée a*ee dès * pratiques monacales ; aussi leur nombre diminua - 1 - il tellement qu'elle finit par se dissoudre d'elle «même. La seule école militaire de Nuuplie continua d'exister sur un pied passable; elle prouva ce qu'on peut faire de cette jeunesse grecque en peu de teins et avec peu de moyens, et condamna hautement le Président qui répétait sans cesse qu'elle n'était pas préparée pour les hautes études, et qu'il fallait commencer avec elle par les élémens.

Nous connaissons l'état déplorable dans lequel cet établissement était tombé sous le comte Augustin? et dont il s'est relevé en partie, grâce aux soins du gouvernement qui a précédé l'arrivée de la régence.

Au milieu des débris de l'enseignement public, on trouve quelques écoles élémentaires et helléniques, établies par des sociétés américaines et anglaises à Syra et à Athènes. Le but de ces sociétés est la propagation de leurs doctrines religieuses. L'instruction en est le moyen, et, comme cette dernière ne -peut pas être purement régleuse, elle embrasse en même teras la grammaire, l'écriture, la géographie et le grec ancien d'une manière subordonnée cependant au but principal. Comme il y a peu de livres en Grèce, ces missionnaires ont établi à Athènes une belle imprimerie d'où sortent ceux dont on a besoin pour l'enseignement de leurs écoles. Avec des grammaires et des livres élémentaires, on distribue des traités sur la prière, le péché original, les mauvais penchans de l'homme, le repentir et autres objets qui tiennent au dogme et à l'ascétisme chrétiens.

Lés missionnaires m* Mettent en rapport atecdes <érê<pwa, et leur apportent des lettres signées des prélats de leurs propres églises, dans lesquelles oeux*»ci reconnais* sent les évêques grecs comme apostoliques et attachés à la vraie croyance. En leur présence et en public, Us tâchent de voiler leurs desseins , • en évitant dans lent enseignement tous les points controversés du dogme et de la discipline ecclésiastique, et eh se bornant à ce que leur propre église à de commun avee l'église orthodoxe. En faisant passer dans lés âmes les doctrines et la croyance qu'ils professent eux-mêmes, et en mettent le reste de côté, ils espèrent voir tomber avec le teins les dogmes et les usages qui séparent les Grecs des Anglicans, et faire triompher leur église des formes de l'église orthodoxe. Il arrive cependant que des missionnaires plus zélés, surtout leurs femmes, qui sont chargées de l'éducation des filles, traitent de l'idolâtrie du culte rendu aux images, de la superstition du signe de la croix. ' Leur enseignement, quoique donné dans des vues désintéressées et philanthropiques, recèle cependant quelque chose de secret et ne laisse pas d'éveiller des soupçons et des inquiétudes parmi des hommes attentifs.

Il y a* du pédantisme dans leur méthode et quelque chose de rétréci dans tout ce qu'ils font ou projettent; du reste leur zèle et leur excellente conduite sont dignes d'être loués. Les résultats qu'ils obtiennent sont aussi favorables que le comporte le mécanisme de l'enseignement mutuel. Après tout, l'exemple de ces hommes vertueux ne laisse pas d'avoir une bonne influence sur des enfans qui connaissent seule* ment quelques formes extérieures du christianisme, et ce surrogat étranger doit être regardé comme un bienfait. Le gouvernement fera bien, toutefois, aussitôt

qu'il pfcnrra satisfaire m besoin* des indigènes, d'exiger qu'ils conforment leur enseignement religieux aux dogmes et aux usages de l'église établie, et qu'ils remettent l'approbation des livres à i!autorité ecclésiastique de la Grèce, puisque c'est elle qui sera chargée de veiller au maintien et à la pureté de la foi. Eu prenant ces mesures, il faut s'attendre à voir fermer les écoles et émigrer les émissaires anglicans; mais cette perte sera bien compensée par la paix et la sécurité de l'église que les changemens opérés dans les croyances et l'éducation de la jeunesse, ne peuvent troubler sans de graves incpnvéniens.

SEIZIEME SECTION

De l'établissement des écoles élémentaires et

helléniques.

MÂA régence devra commencer par faire rétablir les écoles élémentaires partout ou elles ont été dissoutes ou ruinées dans les derniers tems-, et par en augmenter ,1e nombre. La marche suivie, sous ce rapport, par le gouvernement du Président était bonne, soit pour éveiller F émulation des communes, soit pour les aider à construire, au moyen des fonds, et des contributions municipales, les bâtimens nécessaires, à l'enseignement, soit enfin pour pourvoir au traitement des maîtres.

On devra > cependant y joindre des mesures que le gouvernement antérieur n'a pas su prendre ou exécuter.

La Grèpeest presque entièrement dépourvue de livres élémentaires, de cartes géographiques, de modèles de calligraphie et de dessin. De» abécédaires renfermant les premières notices sur Dieu, l'homme, le ciel, la terre et la nature avec de petites histoires instructives, des versets de la bible et quelques poésies respirant une piété et une morale pures, puis un catéchisme assez étendu pour servir comme fie fondement à Tins*

traction religieuse, et enrichi de passages extraits de l'écriture sainte et de chants religieux ; une bonne arithmétique avec un abrégé de la grammaire de la langue moderne; un manuel contenant des notions un peu plus détaillées sur l'histoire et la géographie en général, et en particulier sur celles de la Grèce, un autre renfermant une description des produits du pays en tout genre, ainsi 911e des explications suc .les arts et les métiers appropriés aux besoins et aux intelligences de toutes les classes ; la bible enfin , tels sont les livres à mettre entre les mains de chaque enfant qui fréquentera les écoles. Comme il y a d'excellens livres de ce genre écrits en allemand, on n'aura qu'à les faire traduire, sauf quelques modifications. L'impression et le débit devront en être abandonnés.* aux libraires, aussitôt qu'on en aiora en Grèce dent on puisse se servir pour avoir ces Kwes d'une borne. qualité et à un prix- modéré. . . '

Nous voudrions damner à l'instruction élémentaire deux degrés ; l'un , peur les enfans de cinq à huit aas, leur enseignerait à lire, à écrire, à calculer et à apprendre par coeur les articles de foi; l'autre, pour ceux de huit à quatorze ans, continuerait les mêmes exercices et y joindrait les notions <et les connaissances contenues dans les ; livres que news tenons d'indiquer. Si le nombre des élèves le réclame et que les moyens de là -commune le permettent, on pqurrarplaeear .deux eu trois maîtres -dans cette école et étendre le cercle des connaissances qui doivent y être dn*eîgn&e«.

Le plan de l'enseignement une fois arrêté et l'école oweste, lu direction doit en être exclusivement confiée au maftre> et," s'il y ib» a plusieurs, A tsehu d'entre eux qui a été charge de l'eftseigaeiiteiit le plus avancé, de sorte que Je* nôtres l'asâiBtfejit camte leur

Collègue et leur chef. Ceci n'empêche pas que l'établissement ne sok sons la tutèle d'usé commission composée d'un curé, d'un démogéronte et à" un autre membre de la commune, laquelle, tout en s'abstenant de gêner l'action libre des maîtres dans l'enseignement et le maintien de la discipline, devra empêcher les désordres et les abus, assister aux examens, pourvoir aux besoins de l'établissement, défendre les élèves contre les mauvais traitemens des maîtres, et ceux-ci contre les exigences des parens mal avisés. La même commission surveillera à l'exécution de la loi qui doit obliger chaque habitant d'envoyer ses enfans à l'école, s'il ne leur donne pas une instruction particulière, et veillera à ce que les parens s'acquittent de leurs obligations 'envers les instituteurs de leurs enfans.

Les revenus de l'école doivent se composer des produits de quelques champs, vignes, figuiers ou jardins, qu'on lui assignera comme propriété perpétuelle, en y ajoutant certaines taxes imposées sur chaque maison de la commune proportionnellement à la fortune, enfin de paiemens hebdomadaires de la part des élèves qui ne sent pas «Jéclarés indigens par la commune même. Dans le cas où ces ressources ne suffiraient pas pour placer les maîtres à l'abri de l'indigence, ta caisse de la commune doit faire le reste, puisque c'est un devoir sacré d'assurer un avenir à des hommes auxquels sont confiés le corps et l'âme de presque toute la jeunesse. Pour avoir de bons maîtres il faut savoir les former. L'érection d'écoles normales élémentaires es tdonc de la première nécessité ; mais l'a direction en est plus difficile qu'on ne le pense ordinairement. Plus les connaissances qu'on acquiert sont circonscrites et superficielles, plus elles rendent les hommes frivoles et présomptueux, et souvent on voit sortir de semblables

institutions des mercenaires maladroits, mécontens et corrompus, au lieu d'hommes probes et dévoués à leur vocation.1 Si tels sont les instituteurs du peuple, on peut être sûr que ses ! moeurs et son jugement seront dépravés. Nous en avons la preuve même en plusieurs états de l'Allemagne. On trouve dépendant plu* sieurs excellentes institutions de ce genre, en Hanovre, en Saxe et en Prusse. 11 s'agit donc de les. connaître poijr en faire l'application en Grèce, sauf les modifications réclamées par le pays.

Quant aux élèves destinés à être maîtres d'école, il faut les chercher exclusivement dans les classes inférieures de la société, parmi les jeunes gens qui montrent des dispositions heureuses, pour être» sur qu'ils chériront toujours leur état modeste et supporteront sans peine les privations, enfin qu'ils seront en rapport plus intime avec le peuple. Placés dans l'école normale aux frais du public, ils n'apprendront pas seulement les connaissances requises par leur emploi, ainsi que de bonnes méthodes d'enseignement, mais encore le chant ecclésiastique, la musique, le dessin, l'art de cultiver les jardins, surtout les arbres fruitiers, et lés principes de l'agronomie, pour répandre ces connaissances dans la commune dont l'enseignement leur sera confié. Il est bien entendu qu'on doit joindre à l'école normale une école élémentaire pour donner occasion à ses élèves de mettre en pratique ce qu'ils auront appris, ainsi que des champs, des vignes et des jardins, pour les . accoutumer au travail compatible avec leurs fonctions et leur procurer les connaissances dont nous venons de parler. 11 y a plusieurs monastères situés au milieu de leur campagnes et entièrement déserts qui se prêtent parfaitement bien à l'établissement de telles institutions.

Quant à la méthode à suivre, on «ait que l'enseignement mutuel est introduit par ordre du gouvernement dans les écoles érigées sous sa protection. Cependant cette manière d'instruire n'est autre chose qu'un mécanisme compliqué, imaginé pour instruire en masse. C'est l'art de la fabrication à l'aide des machines transporté du domaine de l'industrie dans celui «de l'intelli- . gence, et qui, à juste titre, est réprouvé dans toute l'Allemagne ou l'on est en possession de méthodes plus analogues à l'esprit humain et plus conformes a son développement intellectuel et moral.

Pour le moment on ne pourra pas supprimer ce mode d'enseignement, mais on commencera par le restreindre aux branches les plus mécaniques, telles que le calcul et l'écriture, donnant à chaque maître la liberté de suivre la méthode qu'il préfère. À mesure que des maîtres formés dans les écoles normales entreront en fonction, les méthodes s'amélioreront bientôt d'ellesmêmes, et il n'y a pas de doute que si l'on s'applique à exécuter l'ensemble des mesures proposées, si l'on pourvoit à la confection du matériel de l'enseignement, à la formation des maîtres, à leurs moyens d'existence et à une bonne administration de ces écoles, dans peu l'enseignement primaire aura changé de face.

L'esprit de ces écoles élémentaires doit être religieux, sévère et entièrement tourné vers la pratique. Eveiller et cultiver les sentimens de piété et de probité, exercer la mémoire et donner à l'enfant les idées, les connaissances et les exemples qui lui sont nécessaires pour bien savoir son métier, l'attacher à son sort, voilà ce qu'il faudra pour servir de fondement et de force à l'instruction du peuple.

A côté de l'école élémentaire doit s'élever l'école hellénique dans les villes qui ont les moyens et la

volonté de l'établir. On y recevra les en&as à l'âge de hait ans, quand ils sortiront de l'école élémentaire inférieure, et on les gardera jusqu'à leur quatorzième année, en sorte que cette dernière école formera la base commune de l'école hellénique et de l'école élémentaire supérieure , organisées l'une à côté de l'autre. Du reste il est bien* entendu que l'âge indiqué ne doit être regardé ici comme ailleurs que comme un ternie moyen qui admet la latitude requise par les circonstances. La seule chose à éviter, c'est la trop grande différence d'âge parmi les élèves de la même classe: leur âge doit être en harmonie avec le genre, d'instruction qu'on leur destine. L'étude principale de cette école sera celle de la langue grecque ancienne et de la moderne, ainsi que de la langue française. Quant à ceux qui voudront suivre les harîtes études, le latin doit coin* mencer au milien du cours de l'établissement.

En sortant de cette école, l'élève doit connaître la grammaire de ceé langues, et les écrire correctement. Il faut en outre qu'il puisse traduire les prosateurs et quelque chose des poètes les moins difficiles, et qu'il soit capable en même tems de les imiter. Après les langues viendront les mathématiques;' on enseignera l'algèbre jusqu'aux équations du second degré. L'élève doit acquérir une entière facilité dans le calcul pratique et la solution des problèmes qui s'y rattachent.

Le troisième cours comprenda l'étude de la géographie sous lé rapport statistique et physique ; il faudra tacher de se rapprocher de la manière de décrire de Pausanias, de Strabon et d'Hérodote, en s'inqutétant peu des villes secondaires, pourvu qu'un connaisse les productions et les ressources d'un pays. Pour l'histoire, il suffit à cet âge -là d'un abrégé renfermant les faits

principaux; il s'agit d'apprendre à l'élève la sfrke des événemens politiques et d'élever aoa éme en lui guettant de grands exemples sons les yeux.

Le catéchisme de l'école primaire doit être remplacé par un manuel plus étendu du christianisme; les notions sur les (rois règnes de la nature, par un mamel d'histoire naturelle. La calligraphie et Je chant ne seront pas plus oubliés que la musique et le dessin, et les exercices gymnastique» marcheront de pair avec lea exercices intellectuel*.

Nous avons déjà fait remarquer . plus haut que la Grèce manquait absolument de livres. C'est à l'autorité à suppléer avant tout à cette pénurie. D'après l'exposé précédent, on voit quels sont les ouvrages requis par l'école hellénique. Ce sont des grammaires de la langue grecque, de la latine et de la française avec des chrestomathies où les (règlefr soient appliquées aux exemples, afin qu'on les traduise, soit des langues indiquées en grec moderne, soit de (cet idiome dqns les trois langues. De plus, ces livres contiendront des extraits d'auteurs classiques, et l'on joindra m la chrestomathie grecque, pour les élèves des classes supérieures, quelques biographies de Plutarque, l'A na base de Xénophon, les hymnes mineures d'Homère, et des morceaux choisis de.Tyriée, de Solon, de Théogiris et de l'anthologie^ Quant à la chrestomathie latine , on y joindra la biographie de Cornélius -Népos,. l'histoire romaine d'£u* trope, la vie d'Alexandre* le -grand par Quinte » Curée» le Caton et le Laelius de Cicéron, et quelque chose de l'anthologie des poètes épiques et élégiaques. La chrestomathie française présentera un choix de livres utiles à cet âge. Outre cela on aura besoin d'une arithmétique et d'une algèbre, ainsi que d'une géographie rédigée d'après les modèles anciens déjà indiqués,

d'arbégés d'histoire universelle avec des cartes géographique* et des tables de chronologie; d'an manuel du christianisme arec des morceaux considérables tirés de la bible; d'âne introduction à l'étude de l'histoire naturelle, enfin des manuels et des estampes nécessaires pour enseigner la calligraphie, le dessin, le chant et la musique. On pourra également se servir ici des tovrages déjà publiés en Europe, surtout en* Allemagne, les traduire ou les imiter en grec moderne.

D'après le plan indiqué, on aura donc six ans pour former l'élève au moyen de cet enseignement. Dans les deux premières années, l'élève doit apprendre la grammaire, en sorte que les formes du dialecte atttque et les règles principales de la syntaxe lai soient familières. Si on n'atteint pas le but dans le terns indiqué, c'est la faute de l'organisation de l'institut ou de la maladresse des maîtres. On emploie les deux années sabrantes à fortifier ces connaissances et à enseigner plus particulièrement l'usage de l'atticisme, en continuant toujours de lire les extraits des auteurs classiques. Pendant les deux dernières années, les élères s'exerceront à composer dans , ce style et à lire les auteurs grecs indiqués; le professeur trouvera l'occasion de préparer l'étude de la métrique et du dialecte ionien, en sorte qu'en quittant l'école hellénique, à l'âge de quatorze à quinze ans, l'élève doit posséder la langue de ses ancêtres et l'écrire correctement. L'étude dn grec moderne marchera de pair avec celle de l'ancien* Une séparation serait préjudiciable à l'un et à l'autre, puisque le premier, loin d'être une langue nouvelle, n'est que la langue nationale, avec des changemens moins considérables que ceux que l'allemand a éprouvés depuis le treizième siècle. Il y a cependant un esprit original qui, loin de "dépendre de la forme ancienne, de-

rive plutôt du génie du peuple dont la vie - simple et aventurons» se rapproche de la nature plus que ,1a nôtre, et va jusqu'à lui inspirer des chansons et dei mélodies admirables qui ont excité l'admiration du plus grand poète de l'Allemagne. Tout en fondant l'étude du grec moderne sur celle de l'ancien, il faut tâcher de lui conserver la fraîcheur et l'originalité qui distinguent ces nouveaux épanchemens de l'esprit belle» nique. On y contribuera en faisant une collection de* meilleures poésies populaires, que la jeunesse appren» dra par coeur, en y ajoutant des anthologies des poètes modernes qui ont le mieux conservé à leur langue sa couleur fraîche et son génie hardi, ainsi que lé* auteurs récens en prose, qui montrent le même caractère d'originalité. Quant à la composition et à la forme du style , il iaudra sans doute imiter les grands auteurs de l'antiquité qui, sous ce rapport, ont écrit pour tous les tems et pour tous les peuples. Mais on peut' les imiter sans modeler les phrases et les expressions sur le type antique, et sans mettre une reproduction stérile des archaïsmes à la place des efforts du génie de nos jours, de sorte que, sous ce rapport, il faut savoir . mettre à profit ce qu'il y a de bon et de classique dans les anciens, sans étouffer l'esprit greo qui s'est déjà développé avec succès dans notre siècle en plusieurs genres de prose et de poésie. Pour nommer seulement quelques-uns des pins jeunes auteurs, on sera étonné de la simplicité à la fois mâle et élevée des poésies d'Alexandre Soutzo, de la noblesse et de l'élan de la prose de Panajiotis Soutzo, tous les deux animés du génie de la Grèce antique, quoique se frayant une route nouvelle et originale.

Le latin commencera dans la trosiètne année du cours de l'école hellénique. Nous observerons ici que

la langue de§ Romains n'a qu'une importance seoendajre en Grèce, tandis qu'elle est fondamentale éa Occident. Elle ne aéra donc nécessaire qu'à ceux qui veulent approfondir les langues modernes ou aspirer anx hautes, études, telles qu'à celles de la théologie, de la jurisprudence, de la médecine, ete. Aussi n aurontils pas besoin de. cultiver leur style dans cette langue comme dans celle de leurs auteurs; il s'agit seulement - 4e > comprendre les écrivains latins. Cette étude doit donc être subordonnée à celle du grec, de manière que les élèves £ en sortant de l'école hellénique, possèdent la grammaire et comprennent les écrits qui ne «ont pas trop difficiles pour leur âge.

L'étude du fraaçais et des antres langues modernes doit être abandonnée à la volonté des élèves, l'école se bornant à leur procurer l'occasion de s'y livrer avec succès. Quant à la distribution dit tems pour les études de l'école hellénique, je conseillerais d'employer tontes les matinées à apprendre les langues, excepté celle du samedi que je vouerais à l'enseignement religieux, » la lecture et à l'explication des extraits de la bible. Les mathématiques , L'histoire , la géographie et l'histoire naturelle occuperaient les après-midi, excepté cens du mercredi et du eamedi qui resteraient vacans. Le . dessin, le chant, la musique, etc., se rapprochant en quelque sorte des heures de récréation, seraient renvoyés à la fin des cours indiqués et~ aux après-mû» des mercredis et des samedis dont les soirées peuvent être destinées aux exercices gymnaàtiques.

La répartition des heures requises pour chaque branche de l'enseignement, étant subordonnée aux connaissances et aux progrès des élèves, ainsi qu'à P'u" sieur» autres chose» accidentelles, les maîtres seraient chargés de la faire au commencement de chaque se-

mestre, suivant on plan proposé par le directeur- de» Fécole et approuvé par l'autorité supérieure.

L'esprit de l'institution doit se rapprocher de celui de renseignement populaire. Comme il est nécessaire* que les sentimens religieux et moraux prédominent partout, je conseillerais de commencer chaque journée par des prières et des chants d'église, de mettre le plus, grand soin à ^e que renseignement religieux se fît avec conscience ' et dévouement, et que tout ce^qui » rapport au culte, fût observé avec exactitude et re* cueiilement.

Quant aux autres études, les maîtres se souviens dront qu'ils ont encore affaire à des enfans, qu'il no s'agit pas autant, dans leur instruction, de la quantité que de l'exactitude, de l'ordre et de l'enchaînement de» connaissances. Us doivent fortifier leur mémoire par des exercices sagement combinés, au lieu de lesaçca* Mer de notions qui s'oublient aussitôt qu'elles ont été apprises, La' faculté de lier les idées et de bien juger, doit être ealtivée surtout par l'étude exacte de la grain-» inaire et des mathématiques; quant au sentiment de ce qui est beau, naturel et sublime, on le développera* par la lecture et l'examen des morceaux des auteurs cias* siques. L'art d'exciter et de nourrir l'intérêt do là jeunesse pour ce qu'elle apprend, dominera l'ensemble de cet enseignement : l'indiiférenee est la maladie fatale des écoles, et l'ennui en est la mort. Ce que nous réclamons ici n'est pourtant pas une chose isolée, c'est l'âme de tout L'enseignement; or cette âme se trouvé dans la clarté , la précision , l'aptitude du maître qui fait en sorte que les élèves se réjouissent des connaissances nouvellement acquises et désirent d'aller an? devant de l'enseignement; elle consiste encore dans les sentimens avec lesquels les élèves envisagent les

choses, les situations, les évéoemens et les hommes qu'on offre à leur méditation. C'est, pour ainsi dire, la vie intellectuelle de l'école qui doit' être fraîche et* gagner en force et en consistance à mesure qu'on marche et qu'on s'enfonce dans le vaste champ de l'intelligence.

Mais, demandera -t- on peut-être, où trouver des maîtres capables de travailler en ce sens au grand oeuvre de la réforme intellectuelle, morale et religieuse de la jeunesse? D'abord, pour la langue grecque, il s'en présentera, dans le pays même, qui seront capables de lui expliquer jusqu'à Xénophon et Isoerate, et de lui doqner quelque aperçu sur l'histoire et la géographie. On en trouvera d'autres qui, ayant été élevés en Europe, connaîtront les autres langues, les mathématiques et l'histoire naturelle. Toutefois ils seront en petit nombre, et en général leur méthode est mauvaise, parce qu'ils ont eu eux-mêmes dans leur jeunesse des instituteurs qui suivaient les procédés bysantms des Chrysoloras et des Lascarîs. Tout cela prouve la nécessité pressante d'une école normale à laquelle on donnera pour professeurs les meilleurs qu'il y ait en Grèce, en y adjoignant quelques autres maîtres qu'on fera venir de l'Allemagne, le seul pays ou, à quelques exceptions près, l'instruction publique se soit développée d'une manière digne de notre époque.

Quant aux élèves qu'on doit former dans cet établissement, il faut les chercher dans les écoles helléniques, de même qu'on ira prendre dans les écoles élémentaires les maîtres qui seront chargés ensuite1 d'instruire le peuple. On y trouvera aisément un nombre suffisant de jeunes gens doués d'excellentes qualités et de bonnes moeurs, et disposés a entrer dans l'école normale après avoir terminé leurs cours dans l'école

hellénique, pourvu que Tétai prenne soin du reftte de leur éducation et leur assure un avenir honorable. L'école normale destinée à former les maîtres des écoles helléniques, s'élèvera à côté des collèges royaux dont nous parlerons tout à l'heure. Elle sera organisée sur le même plan que ceux-ci, et il n'y aura de différence que la direction pratique qu'elle donnera à son enseignement. Pour arriver au but qu'on sef propose, çn y joindra une école hellénique, en sorte que les élèves y trouveront l'occasion de s'exercer dans l'art difficile de leur vocation sous la conduite et d'après l'exemple de leurs maîtres.

L'exécution du plan que nous venons d'exposer, étant subordonnée à une foule d'autres préliminaires, elle ne peut être tentée qu'à mesure qu'il se présentera des personnes et des moyens qui rendront la chose praticable. Quoiqu'il en soit, le gouvernement, S'il sait mettre à profit ce qui se trouve, sera en état de commencer par l'érection de trois écoles helléniques, et de les entretenir à ses propres . frais , de sorte qu'elles pourront servir de modèles à celles qu'érigeront les communes, ou même aux autres déjà existantes et qu'il importe d'agrandir et d'enrichir en suivant le plan que nous venons de tracer. '

Je ne craindrais pas de prendre pour Tune de ces écoles de jeunes maîtres allemands, formés dans nos meilleurs établissemens , bien sur que, de cette manière, on parviendrait à transporter en Grèce la méthode et la discipline de nos écoles et à les y nationaliser. v

Quant au nombre des maîtres à employer dans l'école hellénique, on doit y admettre la même différence que dans les écoles élémentaires. Il y a des communes qui ne pourront en payer qu'un seul. Ce-

lai -ci prendra donc les parties les plue essentielles de l'enseignement, c'est-à-dire, le grec ancien, l'arithmétique, la religion, ainsi que les antres objets, autant qu'il hii sera possible. S'il en survenait un second, ils se partageraient entre enx ces différentes fonctions, et l'école embrasserait en outre le latin et le français, la géographie et l'histoire. Supposé qu'il y en eût trois, l'établissement , pourrait répondre dès lors entièrement an plan proposé.

Chaque maître garderait alors les élèves pendant deux années et les mènerait aussi loin qne le plan le réclame. L'enseignement étant en grande partie élémentaire, il n'y aura pas d'inconvénient à en charger .un seul mfcttre dans chacun des trois cours 'biennaux qui composent l'école, bien entendu qu'il faudrait y ajouter les maîtres d'agrément. Ce ne serait que dans le -cas *ou le nombre des élèves de chaque cours dépasserait trente, qu'aurait lieu cet inconvénient: pour lois ota les partagerait en deux classes graduées, en donnant à chacune un maître particulier. Il faudrait même augmenter le nombre des classes en proportion de celui des élèves et avoir des cours parallèles , puisque rien n'est aussi préjudiciable au bon ordre et à l'application des élèves que l'encombrement des classes. Partout ou ces derniers affluent, les moyens requis pour l'exécution d'une telle mesure ne peuvent jamais manquer. En prenant donc un terme moyen , on aura dans «n semblable établissement trois maîtres d'étude et deux pour la musique et le dessin. On pourra fixer lenrs honoraires à 150 drachmes gpr mois pour le commencement de leur carrière , et en les portera successivement au double pendant les deux premières années de leur service. Ce terme expiré, ils seraient inamovibles et ne sauraient être mis à la retraite qu'avec

«feux tien de leurs «ppointemen*. Pour le» interdire, M faudrait que la cour criminelle . rendit un jugement qui portât atteinte à leur considération civile.

On trouve généralement en Grèce une sorte de prédilection "pour les écoles helléniques. Chaque vHIe tant soit peu considérable désirant en posséder «ne, le gouvernement pourra profiter de la bonne disposition des conseils éparchiques et diocésains pour mettre de suite la main à l'oeuvre, quelque imparfaits que soient les «premiers établissemens; car il suffit pour le moment de connaître le but vers lequel tout dbit tendre afin de s'en approcher successivement.

Outre la différence des écoles helléniques fondée, comme nous venons de le voir, s»r l'étendue plus on inoins considérable de leurs ressources , il faut y on admettre encore une autre pour ainsi dire locale. Les intérêts et les besoins d'une ville située dans les montagnes, entourée de forêts et appliquée à la culture dû sol, et ceux d'une ville maritime qui vit dû commerce et de la navigation, différeront de beaucoup entre eux, et chaque commune voudra qu'on y ait égard dans l'organisation de l'instruction publique. L'école hellénique pourra et devra les satisfaire sans ébranler la base de l'unité sur laquelle elle est fondée. L'enseignement des langues, excepté la langue latine, des mathématiques et de la religion, est nécessaire à tous les élèves; aucune ville n'en voudra être privée. L'enseignement de la géographie, de l'histoire politique et de l'histoire naturelle a de même un intérêt général; mais on adoptera ces différentes branches suivant les besoins locaux.

Dans des villes maritimes, comme Syra, Patras, Misolonghi, renseignement de la géographie doit comprendre ce qui intéresse le commerce et la navigation

dani les pays étrangers, tandis que dans Isa Tilles agricoles et forestières, comme Tripoltsza, M tstra, Thèbes, Libadia, l'histoire naturelle embrassera de préférence les objets qui ont trait à la culture du sol et des forêts; dans1 les antres endroits ou l'on ouvrira des mines on s'occupera plus spécialement de la minéralogie, en sotte que chaque établissement,- outre son caractère général, prenne une couleur locale et réponde pins particulièrement aux besoins del'éparchie à laquelle il appartient. Du reste les villes auront toujours la liberté d'établir des cours Spéciaux qui embrassent le genre d'études, dent elles désirent enrichir l'enseige*. ment de l'école hellénique prescrit par l'organisation générale de l'instruction publique.

L'établissement d'une école hellénique dans oh lieu, supposant déjà celui d'une école élémentaire, il nous reste encore quelques réflexions à faite sur la position de l'une vis-à-vis de l'autre. Comme les enfans doivent y rester jusqu'à l'âge de quatorze ans et que l'enseignement de la première est plus étendu que celui de la seconde, peut-être serait -il à craindre que tous les élèves de L'école élémentaire ne la quittassent pour passer dans l'école hellénique dès leur huitième année, ce qui perderait tout, puisque dès à présent les familles un, peu à leur aise n'osent pas confier leurs enfans à des établissemens où ils sont en contact /avec la dernière classe du peuple, et que cette espèce de disharmonie entraverait d'ailleurs la marche de l'école. Or le moyen de parer à cet inconvénient est d'établir dans l'école élémentaire tout ce qui est nécessaire pour former de bons agriculteurs et des artisans entendus, se réservant la liberté d'admettre dans l'école hellénique ceux qui se distingueraient par leur application et leur bonne conduite.

La discipline doit être exercée dans ces écoles d'une manière tonte spéciale , d'autant pins que ce point est entièrement négligé en Grèce. Les familles elles-mêmes ferment les yeux là -dessus, en sorte que leur insouciance , jointe à celle des maîtres , laisse pleine carrière aux étourderies du jeune âge. Il y a sous ce rapport une réforme complète a faire. C'est à la famille, de concert avec l'autorité, à l'opérer, de manière que l'enfant sente partout la surveillance, et sache d'avance qu'il sera puni s'il vient à enfreindre le règlement qui doit embrasser tous les momens de la journée,

La direction de l'école hellénique doit être confiée au premier de ses maîtres comme au chef naturel de l'établissement; ses collègues l'assisteront. Une commission composée d'un ecclésiastique, d'un membre de la démogérontie et d'un des notables de la commune, choisi par les habitans, sera chargée de la surveillance. Cette commission conservera l'ordre établi et prendra soin de tout ce qui regarde l'état économique et ad* ministratif de l'école. De plus, elle aidera les mai* très dans le maintien de la discipline et les défendra dans le cas ou des individus voudraient s'opposer à leur autorité et à leurs droits.

Nous n'avons pas parlé de l'établissement d'écoles spéciales pour les filles, puisqu'on Grèce elles fréquentent les écoles des garçons et qu'on en trouve même, dans les écoles helléniques placées vis-à-vis d'eux, et traduisant Lucien et Igocrate avec la même facilité que leurs jeunes frères ou leurs parens. On doit tolérer cet usage partout où l'on manque de moyens pour leur ériger une école à part. Les écoles primaires qui leur seront destinées, n'auront pas besoin II. 10

de changement II n'y aura qu'à retrancher dans les écoles helléniques «e qui tient aux hantes études on aux besoins de la commune; quant au reste, il n'y sera pas touché, les femmes devant aussi connaître la langue de leurs ancêtres. C'est un avantage qu'elles auront sur les nôtres, et «n moyen précieux de cultiver leur esprit par l'étude des grands ouvrages de l'antiquité, sans le jeter dans les frivolités de nos goûts littéraires.

DIX -SEPTIEME SECTION

De l'établissement des collèges royaux.

JLies élèves ne sertiront de l'école hellénique qu'an moment d'entrer dans l'adolescence, et de se décider sur le choix de leur carrière future. C'est surtout de quatorze à quinze ans qu'on dresse des plans pour un avenir quelconque. Quant à cette partie dé la jeunesse qui, par sa position sociale, ses désirs et son instruction préparatoire, se trouve dans le cas de continuer ses études, il faudra établir pour elle des collèges, appelés lycées ou gymnases, destinés à l'étude des langues anciennes, à celle de la littérature classique, ainsi qu'à étendre et à approfondir leurs connaissances en mathématiques et en histoire, et à préparer les études de la philosophie et de la physique.

L'école hellénique devrait former le jeune garçon avant sa maturité physique, qui commence en Grèce après la quatorzième année, et calculer son instruction, sa méthode et sa discipline, sur la nature encore indécise et les faiblesses de cet âge tendre. Le collège serait chargé de l'adolescent. Le conduisant comme nous venons de l'indiquer, il cultivera son jugement et son goût, enrichira son esprit par des connaissances plus solides et propres à opérer plus spécialement le développement de l'intelligence. De plus, il renfor-

cera ses principes moraux et religieux et formera son caractère. L'instruction deviendra donc plus scientifique, la méthode tâchera d'éveiller l'activité propre des élèves , et la discipline , quelque attentive et rigoureuse qu'elle doive rester, aura cependant égard à l'esprit plus mur et aux sentiwens d'honneur dont l'adolescent commence à être animé. Nous destinerons à ces établissemens un cours de quatre ans qui embrasserait ordinairement Page de quatorze à dix-huit.

11 faut donc dès le commencement se pénétrer de cette idée que le collège ne s'occupe pas précisément de l'étude des langues. II suppose au contraire que les élèves en sont en possession, et* leur enseigne à le» mettre à profit pour l'étude de la littérature. Le principal objet est donc de faine connaître aux élèves les auteurs de l'antiquité grecque par une étude approfondie, qui embrasse avec la même exactitude la forme ejt l'esprit de leurs ouvrages, s

Pour y réussir, il faudra éviter cette confusion avec laquelle la jeunesse lit ordinairement les auteurs classiques, et suivre la voie naturelle, c'est-à-dire, l'ordre dans lequel les différens genres de littérature se sont développés chez le seul peuple original de l'antiquité classique. Heureusement cet ordre est le même qui se présente dans le développement de l'intelligence de chaque individu. En se conformant donc à cette marche, on se mettra en position de parcourir avec l'élève en peu d'années, conformément à sa nature, la carrière que l'esprit humain, dans la plus belle période de son activité, s'est frayé pendant six siècles.

La Grèce, comme on sait, a commencé par la poésie épique, pendant l'âge des monarchies. . Ce fut plus tard, sous l'ère des républiques sorties des monarchies héroïques, qu'apparurent les différentes branches de la po£*

sie lyrique. Après cela, la combinaison des deux genres de poésie narrative et féflective, donna naissance à la poésie dramatique qui se développa à Athènes. Homère et Hésiode seront dohc placés à l'entrée du collège, avec le peu qui nous reste des élégies du premier âge de la littérature grecque. Après les poètes épiques viendront les odes de Pindare, puis les tragédies d'Esehyle, de Sophocle et d'Euripide. La comédie d'Aristophane est peu propre naturellement pour l'étude de la jeunesse de cet âge. Qu'on ne s'effraie pas de voir Pindare avant les tragiques; ses odes, à quelques exceptions près, ont cessé de nos jours d'être des énigmes et sont reconnues pour être des chefs-d'oeuvre, aussi bien pour le contenu que pour la forme de leur composition. De plus, leurs rhythmes sont moins compliqués que ceux des tragédies, et montrent encore là pureté des strophes doriennes, éoliennes et lydiennes. On sait de plus que leur coupe et leur représentation choraïques indiquent encore le genre de poésie qui, en donnant naissance à la combinaison des choeurs et des dialogues, est devenu la source de la poésie dramatique.

La prose a commencé par l'histoire qui, en Grèce plus encore qu'ailleurs, répond à la poésie épique, ainsi que chacun pourra s'en convaincre en comparant Homère avec Hérodote. Ensuite sont venues l'éloquence et la philosophie, couronnées Tune et l'autre par les grands ouvrages des orateurs et des philosophes athéniens. Il y aura donc un parallélisme complet des prosateurs et des poètes. Ainsi, pour ne parler que des principaux auteurs, Hérodote et Xénophon se trouveront à côté d'Homère et d'Hésiode; Pindare marchera de pair avec Lysias et Démosthène, et les dialogues de Platon eux-mêmes, si dramatiques, se rangeront sur la même ligne que les ouvrages du cothurne athénien.

En adoptant cette marche pour le collège, ou verra Qomment, dans l'étude de la seule littérature à la fois complète et originale que nous connaissions, tout s'enchaîne et s'explique mutuellement et concoure au grand feint vers lequel cette branche capitale de l'instruction doit être dirigée.

La littérature latine, bien qu'elle se soit développée sous l'influence et l'égide de la précédente, n'offre pas la même régularité, la poésie épique commençant en même teins que le drame, et l'histoire ne restant pas de beaucoup en arrière. Cette différence ne s'oppose cependant pas à une pareille classification de ses auteurs. On commencera donc par les poèmes épiques d'Ovide et de Virgile, puis on passera ensuite aux odes d'Horace pour arriver aux oeuvres dramatiques de Plaote et de Térence. On observera la même chose dans l'étude des prosateurs, en prenant d'abord Tite-Live et Salluste, puis les discours de Cicéron et après eux ses oeuvres philosophiques; et tout sera arrangé de sorte que, dans les différens cours du collège, l'étude des auteurs grecs marche de pair avec celle des auteurs latins* afin qu'on paisse profiter de ce que l'étude des grands imitateurs, tels que Virgile, Horace, Cicéron, jointe à celle de leurs modèles Homère ? Pindare, Démosthène, offre d'instructif pour former le jugement et le gant des élèves.

L'élève, possédant déjà la langue, ne doit être retenu dans l'explication du texte qu'autant qu'il le faut pour comprendre le sens de l'auteur et suivre le cours de ses idées. Les remarques tirées de la grammaire, de la critique, de la mythologie, de l'histoire, qui seraient nécessaires pour cela, doivent se trouver consignées dans les notes du texte, de sorte que le professeur doit enseigner a les mettre à profit, à les compléter ou à les corriger, sinon ce dernier est

chargé de les donaer d'une manière exacte éi suoektcte . Le maître se souviendra donc que «ou devoir n'est pàs> de former des philologues, mate de puiser, dans les trésors de la philologie, tout ce dont son élève a besoin pour pénétrer dans l'ouvrage, le saisir, le corn* prendre et le sentir. Cette opération, qui force en même tenis à classer les idées, à chercher des analogies, à faire des combinaisons et des applications, pour arriver à une opinion claire sur le contenu et la nature des pensées d'un grand homme , exerce mieux que tout autre chose le jugement de la jeunesse, et la prépare, pour le reste de la vie, à reconnaître et À résoudre les problèmes qui se présentent à ses méditations. Il faut savoir en même teins montrer ce qu'il j a de beau, de grand, de sublime et d'harmonieux dans Fauteur, sans toutefois avoir recours à des phrases dé-, clamatoires, à un enthousiasme factice, qui ne feraient que jeter l'esprit du jeune homme dans un tourbillon d'idées disparates, sans faire ressortir le génie d'un Homère, d'un Démosthène ou d'un Platon. U suffit de comprendre ce qu'il y a de beau, et de pouvoir se rendre compte de ses sentimens; or l'âme et l'esprit du jeune homme s'y prêtent sans peine; souvent il ne faut que quelques mots pour éveiller en lui le sentiment de cette harmonie interne qui constitue le caractère de l'original. Nourrie dans l'âge encore, tendre, de ce qu'il y a de plus vrai, de plus sublime et de plus beau, l'âme s'en pénétrera peu- à -peu et finira par le reconnaître et le réproduire dans la vie. C'est donc à former le goût et le jugement, que l'on doit également .viser par l'étude des grands auteurs de l'antiquité grecque, et si ces résultats sont si frappans chez les nations étrangères, que ne seront-ils pas parmi la jeunesse d'un peuple que son origine, sa langue et ses

moeurs, ainsi que ta capacité et son esprit, doivent faire regarder comme l'héritier naturel de ce que la Grèce ancienne a légué à la postérité.

Outre la formation du jugement et du goût, on verra se développer des sentimens purs et nobles dans l'âme de l'adolescent qui passera ses plus belles années dans une relation intime avec ses ancêtres. Leur manière de voir, de sentir, de juger et de s'exprimer, à la fois simple et élevée, naturelle et forte > empreinte de ce baume que respirent les âmes nobles et généreuses, élèvera le coeur au-dessus des idées vulgaires et rétrécies, le remplira d'enthousiasme pour ce qu'il y a de plus grand dans la pensée et dans la vie, répandra . sur les actions communes et ordinaires une espèce d'idéal qui les ennoblit et les glorifie.

Voilà le triple résultat qu'une étude, telle que nous la demandons, produira sur l'esprit de cette jeunesse si intelligente, si avide d'apprendre, si riche de bonnes dispositions, sur laquelle repose l'avenir de la Grèce et la plus sure garantie qu'on puisse donner à sa prospérité renaissante.

On comprendra dès lors que pour obtenir un pareil résultat, il faut renforcer et aggrandir le cercle de ses études, puisqu'elles ne forment pas seulement le centre de l'instruction des collèges vers lequel tout doit converger, mais qu'elles en constituent, pour ainsi dire, l'âme et le corps. Qu'on se garde cependant de le renfermer dans quelques années de collège pendant lesquelles l'instruction, quelqu'étendue qu'on la suppose, ne fait que frayer le chemin de l'étude et qu'en donner la direction. Le reste doit être abandonné à l'application particulière. Quant aux heures et aux veilles de l'adolescent qu'on peut ménager, , il faut les consacrer avant tout à la lecture des auteurs classiques et aux méditations qu'elles ié-

dame. C'est la seule manière d'entrer avec eux dans une intimité qui ne cessera qu'arec la vie. Bornez au> contraire les études classiques aux leçons seules, et le jeune homme, sortant du collège, ne tardera pas longtenis à abandonner ses auteurs, tandis qu'ils serviront à notre élève de compagnons pendant toute sa vie. lis L'aideront de leurs conseils, l'animeront par la force* inépuisable de leur génie, et conserveront à son esprit les impulsions et les sentimens de son âge d'or, lorsqu'à travers les combats et les dangers d'une vie souvent orageuse, il arrive à la vieillesse* et finit par entrer lui-même dans la demeure des grands génies qui ont présidé aux destinées de son existence.

On dira peut-être que la marche tracée dans ces remarques sur l'éducation publique, conduira la Grèce, à la république, et qu'en conséquence elle est contraire à la monarchie qu'on vient d'y établir, et à l'affermisse? ment de laquelle son sort et sa prospérité sont intimement liés. À la vérité, les états, la législation et les moeurs de la Grèce ancienne reposent sur les idées républicaines; les ouvrages de ses grands hommes en sont empreints et respirent l'amour de la liberté et de dévouement à son culte. C'est l'âge de jeunesse avec tous ses rêves, les transports et le? passions par lesquels le genre humain a passé. Les moeurs et les coutumes de la Grèce moderne retracent encore cet esprit; ni la domination bysantine, ni celle des Turcs n'en ont changé la nature.

Il paraît donc, naturel que l'étude de l'antiquité républicaine réagisse avec tous ses attraits sur les sentimens et les désirs de la génération actuelle. Cependant il n'y a de danger qu'autant que cette étude serait imparfaite et superficielle, et qu'il serait impossible, sur la terre classique de la liberté, d'établir un gouvernement monarchique capable de satisfaire aux besoins

physique* et intellectuels de la nation. Mais il n'y aura pins à craindre l'esprit républicain de la littérature ancienne, dès qu'oa aura réglé on tel état de chose* eu Grèce et que l'étude sera devenue profond*; car en pénétrant le sens des institutions antiques, on découvrira bientôt derrière Les fermes imparfaites et variables de ses états démocratique* et aristocratiques, un esprit mâle et constant, sincèrement occnpé à établir des lois et à leur chercher des garanties. Le désir d'une législation sage et strictement suivie f est partagé par tous- les grands génies de l'antiquité; leurs écrits, sans en excepter aucun, respirent l'autour de la légalité, commandent le respect et l'obéissance à des lois souvent trop imparfaites et même tyranniques. La monarchie elle-même ae pourra ni penser ni commander autrement, aussitôt qu'eHe se présente comme fondatrice de Tordre légal et protectrice des droits q»i tn découlent, il y a donc, sens ce rapport, homogénéité entre l'état futur de la Grèce et son état ancien. Les formes ou, comme on les appelle actuellement, les constitutions des états premiers, n'étaient que des essais pour arriver à rétablissement du règne des lois, essais souvent sans forée pour défendre la liberté individuelle eontre l'autorité illimitée des assemblées populaires et des tribunaux, dont les procédures vexatoires et subversives pesaient aux Thucydide, aux Socrate, aux Platon et aux Démosthène, aussi bien qu'aux Thémistocle, aux. Agés*» las, aux Epamiaondas et aux Phocion. Tandis que les hommes vertueux, nourris dans le respect des lois existantes, s'y soumettaient avec cette résignation illustre que nous offre la mort de Socrate et de Phocion, les hommes légers et pervers s'agitaient sans cesse pour renverser l'ordre des choses existant, ou pour le faire servir à. leurs passions. Ces convulsions contir

nuelles, aggravées par lest guêtres intestines, contri~ buaient à ruiner la Grèce qui ne manqua pas de tomber sous le jeug de la première monarchie compacte qui surgît A ses frontières, sans pouvoir jamais s'en vêle» ver. Il s'agit donc de flaire comprendre ce qu'il y 9 de sublime et de généreux dans la lutte des grands hommes pour l'établissement et la défense des lois, tout en montrant ce qu'il y a de défectueux dans1 ces in** titutions et de hideux dans les tentatives démagogiques' contre lesquelles ni la vertu, ni l'éloquence d'un Dé* mosthène n'ont eu assez de force pour détourner l'as* servissement de la patrie.

Le gouvernement royal, en introduisant la justice dans la législation et les tribunaux, ainsi que la stabilité dans les institutions protectrices des droits politiques, n'aura pas à craindre de comparaison avec les repu* bliques fragiles de l'antiquité; il y gagnera au contraire, puisqu'il établira et garantira ce que les anciens ont cherché sans avoir pu le trouver, ou qu'ils ont trouvé sans avoir pu le défendre. C'est surtout l'étude de Phistoire, des orateurs, des philosophes même qui donne occasion de développer et d'inspirer ces idées des* quelles dépend le repos intellectuel de la Grèce.

L'étude de la littérature classique ne* saurait être séparée de celle des connaissances nécessaires, soit pour en faire comprendre les ouvrages, soit pour préparer à des travaux d'un ordre plus élevé ; il faut donc savoir combiner l'une avec l'autre. Nous avons fixé quatre ans pour les collèges; il y aura donc autant de cours. Dans le premier, qui comprendra les historiens et les poètes épiques, nous conseillons de joindre l'étude détaillée de l'histoire ancienne, surtout de celle de la Grèce; quant aux autres parties de l'histoire, on s'en occupera daqs les cours supérieurs. Dans le second, on doit

achever la lecture des poètes' épiques* et commencer celle des lyriques; quant aux ouvrages de» hfctoirens, Xénophon et Plùtarque succéderont à Hérodote, en mémo téms qu'on enseignera dans cette classe Fart poétique et la prosodie des anciens. Le troisième, où l'on continuera les poètes lyriques et ou l'on commencera les orateurs, donnera occasion d'enseigner la rhétorique, ainsi que ce qui a rapport au rhythme des anciens. Quant au quatrième, qui embrassera la lecture de Platon et des poètes dramatiques, on pourra y joindre une introduction à la philosophie, où seront exposés les principaux points dont la solution a occupé 'les philosophes grées depuis Thaïes jusqu'à Àristote, de sorte qu'on voie se développer les problèmes essentiels de la spéculation dans un ordre naturel, et qu'on soit conduit, par la force intérieure des choses, à travers le cahos des philosophes Ioniens, Eléens et Pythagoriciens, à* la* doctrine de la philosophie attique qui a essayé la première avec succès de faire comprendre la réunion de la matière et de l'esprit, c'est-à-dire, de faire voir au fond, d'où la double direction de l'esprit spéculatif vers le réalisme et l'idéalisme, a commencé.

Outre cela, on donnera dans chaque cours un aperçu des auteurs classiques grecs et étrangers, appartenant au genre d'étude dont on s'occupe. Cependant il faut bien prendre garde de donner trop, de développement à cette partie , et tâcher de mettre de bons manuels entre les mains des élèves.

L'enseignement théoré tique doit être accompagné d'exercices propres à former le style, et de compositions en prose et en vers , sans jamais isoler une chose de l'autre, et, sans s'écarter de la sphère dans laquelle l'enseignement de la classe est renfermé.

L'instruction religieuse sera portée à un degré oui

répond» aux autre* branches de* Fmsfruction du collije. «Nous conseillons de vouer le teins qui lui sera réservé, à l'étude des livres du nouveau testament, en y joignant lise théorie de l'église orthodoxe avec un aperçu général sur son histoire et ses relations avec le» attires églises, soit de l'Europe, soit de l'Orient, afin do prémunir contre les doutes et les. frivolités qu'ils* auront à combattre, les esprits d'une jeunesse destinée aux rechercher et à la spéculation, il serait également nécessaire d'avoir un manuel qui traitât de ces sujets.

Le cours de mathématiques, après une répétition scientifique du calcul de l'arithmétique et de l'algèbre, qu'on pourra porter jusqu'à l'équation du cube, entrera dans le domaine de la géométrie, embrassera ensuite la trigonométrie rectiligne et sphérique, et finira par la théorie des sections coniques.

Pour le rapprocher de l'étude de la littérature grecque, il sera bon de prendre pour base les élémeas d'Euclide, d'y joindre la théorie moderne des logarithmes, afin d'arriver à la solution des problèmes trigonométriques, et d'établir la théorie des courbes sur les ouvrages de» mathématiciens grecs, et surtout d'Archiraède, 11 est vrai que les formules de l'algèbre conduisent plus rapidement à la solution des problèmes; mais elles nous y mènent, pour ainsi dire,' les yeux fermés et ; sans beaucoup de profit pour le développe* ment des facultés intellectuelles, ce qui est le but principal de l'instruction classique. En composant et en changeant les formules, on n'a qu'un calcul de plus, tandis que la méthode géométrique des anciens, quoi* que plus compliquée, procède au moyen . de figures et de problèmes pour ainsi dire visibles. L'élève est à même de suivre peu-à-peu la marche qui conduit à la solution à travers des complications palpables et des

combinaisons ingénieuses. Telle est le véritable méthode gymnastique, préférable , à cet âge» aux calculs expédkifs et analytiques des y -f- s.

On devra remplacer l'étude de l'histoire naturelle par celle de la physique. Cette dernière, sans se perdre dans le détail des recherches secondaires, s'occupera surtout des problèmes qui ont rapport à l'athmospbère et à ses phénomènes, aux procédés favorables au commerce et aux différens métiers, la physique, comme science, étant un enseignement à part qui appartient à l'université. On continuera le dessin, le chant et la musique.

Les exercices gymnastiques recevront, un nouveau développement. Lie corps doit être renforcé soigneusement, en même tems qu'on cultive l'esprit, surtout dans ce pays où le climat est sain, mais violent, et où les travaux intellectuels peuvent même devenir dangereux à son organisme, si le développement phy* sique ne marche de pair avec celui de l'esprit. Le mens pana in corpore sasto, l'esprit sain dans un corps sain, voilà ce qu'il faut, et .comme la jeunesse vouée aux études et aux méditations, se trouve par cela même exclue de ces exercices habituels qui fortifient le corps du laboureur, du militaire et du marin, l'école même doit se charger de suppléer à ce défaut Les batimens du collège seront entourés de cours spacieuses, de galeries et de plantations pour les exercices du disque, de la lutte, de la course, etc. Il y aura de plus un manège et une école de natation. La danse ennoblie sera élevée jusqu'au choeur des anciens, qui suivait et représentait par ses mouvemena ce que le poète exprimait dans le chant Enfin le maniement des armes et les évolutions militaires termineront ce cycle d'exercices dont l'intérêt et l'influença pourront

ISO

être ttkauseés par des jeux publics et «des distinctions analogues à celles qu'on destinera sans doute aux progrès intellectuels.

On n'aura pas 4m difficulté à mettre ces exercices «l'accord avec Tordre et la discipline du collège, pearva tju'on y apporte le «oin nécessaire, et «qu'on en écarte ^e qu^l y powwuit avoir de frivole et d'outré.

Chaque cours doit avoir son professeur, ce qui n'empêche pas que les mathématiques, la physique-, la Teiïgion, les langues, modernes, etc., ne soient enseignées par des professeurs particuliers, destinés chacun ^peur les quatre cours de l'établissement. C'est la seule ma* nière . d'attacher les élèves aux maîtres, puisque chaque an ils auront le maître principal de leur coure* auquel leur sort et leur éducation est plus spécialement confié, et d'éviter en même tiems ce qu'il y a de restreint et d'imparfait dam le cumul de l'enseignement entier sur la personne d'un seul maître peur chaque cours, puisque les branches de renseignement, que nous venons d'indiquer, seront confiées à de» instituteurs particuliers qui, du reste, seront égaux aux professeurs des quatres cours.

La direction du collège sera confiée au professeur du cour supérieur; il sera responsable de «a marche et de sa discipline, de même que chaque professeur pour son cours particulier. Le ' directeur est assisté par le conseil des professeurs dont il est le chef et le collègue; il est placé immédiatement sous l'autorité suprême du gouvernement , exereée dans les différentes éparchies par ses représentai, comme nous le verrons plus tard, de sorte qu'il n'y ait rien à démêler avec les autorités municipales , si ce n'est en réclamant leur • coopération au maintien de la discipline scolastique, et que rétablissement jouisse de cette indépendance

qui lui est nécessaire pour prospérer et maintenir son autorité.

Quoique la discipline du collège n'entre pas dans autant de détails que celle de Fécale hellénique, elle doit cependant être à la fois sévère et paternelle, embrassant tous les instans de la journée. Toutes les personnes en rapport avec les élèves externes, et les autorités locales elles-mêmes, à la réquisition du collège, seconderont le concours des parens et des maîtres dont nous avons déjà parlé plus haut» L'état du collège, le nombre des professeurs réclament, ainsi que cela s'entend de soi-même, une bibliothèque, un cabinet de physique et d'histoire naturelle, avec. des logemens pour les maîtres et les élèves internes, et tout le matériel qui en dépend. Quant aux. besoins ultérieurs auxquels il faut satisfaire, il faudra préparer aussitôt que possible les éditions des auteurs classiques accompagnées de commentaires et de résumés., avec les manuels de physique, de mathématiques, etc., nécessaires à la marche de l'enseignement; en même tems û faudra < trouver ou former des professeurs capables de répondre à nos vues. Pour ce qui regarde l'explication des auteurs anciens et la direction de. l'étude de la littérature grecque, il se présente des hommes d'un talent remarquable, tels qu'un Aesopiés à Corfou, un Gennadios à Egtne, un Beathylos à Athènes? et autres. Il y en a d'autres pour l'enseignement de la philosophie, comme Bambas, de l'histoire, comme Kumas. Enfin il s'en trouve pour la physique et les mathématiques qui sont revenus nouvellement des universités de l'Allemagne et de la Franpe; mais leur nombre ne suffit pas aux besoins. 11 sera difficile d?ailleurs qu'il y ait de l'ensemble dans leur enseignement et leur marche, attendu la divergence d'opinions et de méthodes qu'ils apportent des différentes

pa*ts .de rfiorape. «Quoiqu'il en sqit, on commencera avec ce qui existe; et comme l'école centrale 'd'Egine offre, une base. raisonnable, il faut tâcher de l'élargir et d'élever par* degré» cet établissement à la hauteur des collèges telle qn£ nous venons. de là désigner.

. Pour agir avec plus d'efficacité, il serait convenable de prendre en Allemangne tout ce qui est nécessaire .pour former et monter un. collège. ,• .

Les professeurs, arrivés en Grèce, apprendront en peu de tems l'idiome .de leur nouvelle patrie, et un tel collège royal, établi» au milieu d'une jeunesse spirituelle et studieuse, étendra bientôt son influence salutaire sur le pays. Il faudra ensuite un institut, afin de former des professeurs pour les collèges, de même qu'on Ta fait pour les maîtres des écoles helléniques et élémentaires.

Comme les professeurs des collèges doivent compter parmi les savans de distinction,, la faculté de philosophie et des belles -lettres de l'université qu'on établira en Grèce, sera chargée de les former. Ceci n'empêche pas de réunir, sous des professeurs d'une capacité, spéciale, et membres de la faculté, ceux qui voudraient se vouer à l'enseignement des collèges, et de leur procurer l'occasion particulière d'acquérir soit. les connaissances requises par leur emploi, soit un 'certain degré d'expérience pratique, en les faisant participer, sous la conduite de leurs maîtres, à l'enseignement d'une école hellénique et d'un collège qui seront fondés dans la ville universitaire, et. en les engageant à se vouer exclusivement quelques années à ces exercices pratiques, après avoir fini leurs études universitaires.

On comprendra toute l'importance de ces mesures. Il s'agit de former un corps d'hommes distingués par leur savoir, leur caractère, connaissant à fond l'art II. 11

difficile d'entteigner el de conduire lii jeunesse dans la période de 9a vie où l'esprit se développe et le caractère se décide, et dont les principes politiques donnent au gouvernement les garanties que requiert le nouvel ordre de choses. Assurément c'est une tâche noble et difficile de donner un libre élan à l'activité intellectuelle de la jeunesse grecque, et d'affermir en même tems ses sentimens moraux et religieux, de lui faire connaître à fond la grandeur et la gloire de ses ancêtres, sans altérer son attachement à Tordre nouveau, d*unir dans son âme l'enthousiasmé du passé à l'amour du présent, enfin de nourrir 4* d'ennoblir en elle les plus grandes forces dont les opérations puissent diriger tous les calculs et toutes les espérances.

C'est donc dans ce sanctuaire de l'éducation pu- ^ blique, que se trouve renfermé le sort de la Grèce, en tant qu'il dépend des lumières, des vertus et du patriotisme éclairé de la partie là plus influente de la génération qui s'élève. Chaque mesure prise dans le dessein de former de tels instituteurs, de les encouru- * «ger, de récompenser1 leurs services et de les attacher à leur vocation, ainsi qu'au gouvernement, sera dans l'intérêt commun du pays et de son trône.

Quant à leurs appointemens , qui devraient suffire pour leur procurer une existence honorable, il faudrait à peu près suivre la même marche que pour l'école hellénique et l'élémentaire, c'est-à-dire, faire monter leurs revenus avec leurs années de services. On leur accorderait donc d'abord des honoraire^ de 3000 drachmes, qu'on augmenterait de 500 tous les cinq ans jusqu'à la somme de 6000, sans exclure les autre* munificences extraordinaires réservées au mérite particulier. Une fois qu'ils auraient passé cinq ans dans l'exercice de leurs fonctions, ils ne devraient être

rais en retrait* jqu'avee les deux ti*«* de leur traitement; la destitution qui entraînerai* la perte de tous leurs appointemens et de tous leurs prérogatives, ne pourrait être prononcée que pour un crime, et après qu'ils auraient été jugés par les tribunaux compéteus. A leur mort, un cinquième de leur pension resterait à leurs veuves; leurs enfaas en auraient un dixième jusqu'à l'âge de vingt -trois ans accomplis.

On augmentera le nombre des eolléges royaux en proportion des ressources littéraires et. du nombre des professeurs La Grèce continentale en aura au moins deux» les îles autant, et le Pé.lopoaèse trois ; et comme il est de l'intérêt du gouvernement de les diriger dans l'esprit des institution* générales, il sera nécessaire de les fonder et de les maintenir aux dépens du trésor public.

Pour en garantir la prospérité , et leur assurer une influence universelle et plus immédiate sur le pays, il y aura encore plusieurs autres mesures à prendre; ce sera, par exemple, de n'admettre dans les collèges royaux auQuu jeune homme qui ne sache ce qu'on apprend dans les écoles helléniques. Je conseillerais en outre d'instituer des pensions ou bourses royales, pour ceux des enfans de treize à quatorze ans qui se seraient le plus distingués, et de faire la même chose pour ceux qui sortiront des collèges afin de suivre les études universitaires. Toute la jeunesse grecque qui se voue aux études, devrait être admise à ce concours, auquel on donnerait toute la solennité et la publicité possibles, de sorte que chaque année, les vingt- cinq qui auraient montré le plus de talens, seraient reçus 'au nombre des pensionnaires royaux dans les collèges, ainsi qu'à l'université.

Pour mettre les collèges royaux en plus grande

il*

harmonie avec les besoins locaux des provinces, il ne s'agirait que de suivre la méthode déjà indiquée pour les écoles helléniques, c'est-à-dire, que de conserver dans leur quatre cours l'étude de la littérature telle que nous avons montrée, et de donner aux autres branches de l'enseignement une direction plus spéciale, en y joignant les branches requises par les besoins et les intérêts locaux. x

Ainsi l'enseignement serait varié, et l'on n'aurait pas besoin de recourir à des écoles spéciales pour les différentes branches de l'administration. On pourrait même appliquer cette méthode à l'école de marine et à l'école militaire qui ne recevraient des élèves qu'à l'âge de quatorze ans et pourvus des connaissances qu'on donne dans les écoles helléniques, de sorte que cet établissement, tout en embrassant les études et les exercices nécessaires pour le faire prospérer, ne s'écarterait pas entièrement de la base générale, gardant de la littérature et des autres branehes de l'instruction du collège tout ce que sa destination spéciale pourrait comporter. Enfin l'enseignement des collèges royaux, tout en servant d'exemple, ne devra pas gêner l'instruction particulière, qui restera libre, quoique soumise à une surveillance de l'autorité telle qu'elle est réclamée par l'intérêt général.

DIX -HUITIÈME SECTION

^MMP*MMMrt«

De l'établissement de l'université jet des académies pour les sciences et les arts en Grèce.

Là établissement d'une institution avec toutes les facultés de théologie, de droit, de médecine, de philosophie, y compris l'histoire avec la diplomatie, les mathématiques, les sciences exactes et l'économie politique, viendra couronner cet ensemble de l'enseignement. Le nombre des professeurs égalera celui des différentes branches d'instruction qu'embrasse chaque faculté. On leur adjoindra ensuite un certain nombre de ces professeurs extraordinaires et de ces jeunes maîtres qui, avec le grade de docteurs, sont connus en Allemagne sous le nom d'instituteurs le privés (Privatdocenten).

Chaque faculté jouira des mêmes privilèges que les corporations littéraires de l'Europe. * Elle élira son chef, et proposera au choix du gouvernement les hommes qu'elle juge les plus dignes d'occuper les places vacantes. Elle sera libre de régler tout ce qui a rapport au cercle des études et de la science, tout se conformant toujours à la constitution, comme d'établir des prix, de publier des mémoires aux frais de la faculté, etc. Les facultés réunies formeront un corps enseignant, revêtu des privilèges nécessaires à son indé-

pendance et à sa prospérité; ce sera l'université de la Grèce. '

Cette grande corporation doit être dotée de revenus en biens fonds qui là mettent à l'abri des changemens de l'administration et des fluctuations des deniers publics. Chaque année elle élira dans son sein, outre le chef ou le recteur de l'université, la moitié du senat auquel le maintien de Tordre et de la discipline sera confié, et la moitié d'une commission chargée de l'administration de ses revenus. Le recteur assisté des doyens des facultés, présidera l'une et l'autre.

L'érection d'un tel établissent ept exige un local et un matériel très -étendus. En premier lieu viennent les bâtimens. Un édifice spacieux avec des salles pour les solennités, les archives et les «ours des professeurs; des bâtimens séparés pour l'enseignement de la chimie, de l'anatomie et de la pharmaceutique, avec les cabinets et les collections d'instrumens requis pour ces sciences ; un hôpital pour l'enseignement de la clinique; une bibliothèque qui embrasse toutes les branches des sciences et des lettres; une imprimerie et une librairie; des cabinets de physique, de minéralogie, de zoologie, de botanique avec 'un jardin des plantes; des collections de médailles, d'antiquités et de plâtres, des cours spacieuses pour les exercices et les jeux gymnastiques , l'équitation et le maniement des. armes, ainsi qu'une école de natation, entreront dans le plan de cette grande institution, qui procurera à la jeunesse déjà avancée en âge et en connaissances, une Vaste occasion d'achever son éducation littéraire et scientifique, de développer ses forces physiques, et de se préparer en même tems h servir et à défendre une patrie qu'elle aura appris à chérir au delà de la vie.

L'université ne comptant parmi «es élèves que des adoleseens déjà fermés et mûris par des études langues et profondes, pourra s'en rapporter à leur libre disposition pour le travail, et, puisqu'il importe également au développement de l'esprit scientifique et du caractère que les restrictions et les obligation» imposées par la discipline des collèges cesseot dans la sphère de la haute instruction, l'étude universitaire sera entièrement libre. L'université demandera seulement de ceux qui la fréquenteront, qu'ils y soient bien préparés et qu'ils assistent à des cours de leur choix. Les études universitaires Unies, on leur délivrera des certificats sur le tems qu'ils y auront passé, les cours qu'ils auront entendus et la conduite qu'ils y auront menée; le reste regarde l'état. C'est à. lui d'instituer des examens rigoureux pour tous ceux qui veulent entrer /à son service , et de les placer h la sortie de l'université. Les commissions <qui en seront chargées, pourront néanmoins être composées eu entier ou en partie de professeurs; mais comme c'est l'affaire de l'administration, elles seront en tout cas présidées par des délégués de l'autorité royale. Cependant, afin de prévenir les jeunes gens sur les matières que comporteront ces examens, et leur montrer l'ensemble des études, on leur donnera, à leur arrivée à l'université, un aperçu clair et assez étendu sur les sciences que l'on professe à l'université, sur les liaisons qu'ont entre elles les différentes branches des études, sur leurs ressources et sur la meilleure manière d'en profiter, comme sur les branches des connaissances qui composent les différons genres d'études auxquels un élève de l'université voudrait se livrer, de sorte que chacun puisse embrasser d'un seul coup d'oeil le champ de l'enseignement général et la partie à laquelle il se destine.

Nous ne voirions' pa« cependant *|ue lés études de l'uni versité soient sans surveillance. An contraire nons demandons que chaque professeur, au moyen de colloques établis sur ses cours, de travaux écrits qu'il réclamera de ses auditeurs, de ce qu'on appelle disputes publiques sur des objets traités dans le cours et auxquelles le professeur prendra part lui-même, enfin de liaisons entretenues avec ceux qui s'attachent pjus spécialement à sa personne et à ses enseignemens, influe sur leur application et se mette en état de juger de leurs progrès.

De plus , l'émulation de la jeunesse doit être éveillée et nourrie par des prix littéraires que prescriront les différentes facultés;

Tout étudiant qui ne fréquente pas de cours et qui ne se justifie pas de son application, sera relégué de l'université. Dans tout cela nous comptons principalement sur l'attachement qui se forme entre les professeurs distingués et les élèves studieux, et nous conseillons de mettre le plus grand soin à ce que les liaisons qui en sont les conséquences, deviennent de plus en plus intimes, et que les maîtres, se voyant ainsi entourés de l'élite de leurs élèves, soient en état de diriger leurs travaux et de les faire apprécier par l'autorité.

La discipline doit être exercée par le recteur, le sénat et les hommes* mis à leur disposition. Tout en accordant à la jeunesse une liberté de mouvement compatible avec l'ordre public, elle devra néanmoins être sévère et se faire sentir à ceux qui se rendent indignes de la haute instruction et des fonctions auxquelles ils seront appelés, soit par des troubles, des débauches ou d'autres excès de ce genre. Sous ce rapport, il f*Dt bien prendre soin d'élaguer les mauvais sujets.

Les moyens nécessaires pour -fonder et maintenir une telle institution, doivent être analogues à son étendue et à son importance. Un million de francs serait requis pour la construction du premier établissement et l'achat des bibliothèques et des cabinets; un demi-million suffirait ensuite chaque année pour payer les pro* fesseurs , pourvoir à ' là conservation des bâtimens, faire face à l'impression des ouvrages publiés par l'université et à l'augmentation de ses collections, de ses musées et de ses cabinets. Pour le commencement et avant que l'institution ait atteint son développement, la somme annuelle pourrait être plus restreinte.

On couvrira une partie de ces dépenses par des do-* tations en biens fonds, telles que des champs, des forêts, des moulins, des vignes et des oliviers; en accordant une part à l'université dans les héritages du second degré, dans les intérêts des sommes provenant de la vente des biens nationaux et des gains faits par les compagnies d'assurance. On pourrait aussi compter sur des contributions, des donations et des legs importans de la part des Grecs riches, répandus dans les différens pays de l'Europe et de l'Asie, qui ne resteraient pas indifférens à un appel fait à leur patriotisme et s'empresseraient de concourir à rétablissement d'une institution destinée à ramener la culture des sciences et des lettres sur le sol glorieux de leur patrie.

On dira peut-être que, quelque important que soit l'établissement de l'université, il serait bon cependant et même nécessaire de le différer pour prendre soin avant tout de l'instruction primaire et intermédiaire de la jeunesse. On prétendra que, sans des mesures préalables, l'université ne saurait répondre à l'attente générale, puisqu'elle devrait commencer avee des élèves sans connaissances fondamentales, et par cela même

incapables de suivre la marche de la haute instruction.

, . , A quoi il faut répondre que rien, n'est plus essentiel que d'accélérer l'accomplissement . d'une telle institution^ on trouve des jeunes gens de dix -huit à vingt- quatre ans et au delà, remplis d'excellentes dispositions et ne manquant nullement de connaissances. 11 est vrai que, chez la plupart d'entre eux, cette instruction n'es* ni assez étendue ni assez: solide; mais on ne peut pourtant pas les renvoyer aux collèges, et ce sont les premiers, après les hommes faits, qui doivent entrer dans les affaires. Il y a aussi des hommes plus âgés qui ne désirent pas mieux que d'avoir une occasion d'apprendre. . J'ai rencontré jusqu'à des capitaines Roméliotes au delà de trente et de quarante ans, qui m'ont déclaré qu'ayant passé la moitié de leur vie dans les camps et l'ignorance, ils sentaient le désir d'en consacrer le reste à s'instruire, ajoutant qu'ils seraient les premiers dans, les salles de l'université pour suivre les cours d'histoire, de physique j d'histoire naturelle, e£c, au milieu des élèves plus jeunes et, s'il le fallait, avec leurs fils.

On aurait le droit de faire la même objection pour les élèves qui, d'aptes leur âge, devraient entrer dans les écoles helléniques et les collèges royaux, puisque dans les premières années, ni les uns ,ai les autres ne seront suffisamment préparés. Il s'agit cependant là aussi de commencer de suite en prenant la jeunesse telle qu'elle est et en graduant l'instruction suivant l'avancement de chacun. On ouvrira par conséquent dans la même année l'école hellénique, le collège et l'université.

En procédant de la sorte, on peut êtie sur q««t dans l'espace de quatre à six ans, les différentes insti-

tutions auront atteint un degré suffisant dé maturité, et que l'école • primaire fournira -a Fécole hellénique, «elle -ci un collège, celui-ei à l'université, et l'unirersite à l'état, des élevés suffisamment préparés pour lçur carrière ultérieure. -

Quant aux professeurs de l'université, ils ne se trouveront pas d' abord en nombre assea considérable. Il en faudra six pour la théologie , autant pour la jurisprudence, huit pour la médecine, et vingt pour lot autres sciences comprises sous le nonp de faculté de philosophie, sans compter les professeurs extraordi* naires ni les instituteurs particuliers. 11 est vrai qu'il sera impossible de se procurer tout d'abord ce nombre; mais on en trouvera du moins une partie parmi les indigènes, et Ton pourra placer comme maîtres, de jeunes grecs qui auront fini avec distinction leurs études en Europe, pour- les nommer ensuite professeurs, s'ils se montrent capables de répondre à cette vocation. Du reste, on peut imiter l'exemple de Méhémed*Ali qui a placé des Français, des Allemands et des Italiens comme professeurs, dans la nouvelle école de chirurgie érigée au Caire. Cet établissement a obtenu un tel succès qu'en peu d'années il sera conduit par des indigènes qu'auront formés ces étrangers. Il s'agira donc d'appeler à quelques places vacantes des savans de l'Europe, surtout de jeunes professeurs allemands qui auront déjà fait preuve de capacité dans la carrière de l'enseignement. Du reste l'université aura d'autant plus de chances de voir se former ses professeurs futurs parmi ses propres élèves , que ceux qui sortiront des collèges y apporteront des connaissances plus solides et des senti» mens dignes d'une grande âme. Les liaisons intimes qui naîtront entre les professeurs et les étudians distingués, contribueront puissamment à faire avancer et

connaître les 'plus capables. On leur donnera toute espèce de facilités pour ouvrir des cours, et l'on peut être sûr qu'en peu d'années l'arbre de, renseignement aura produit, sur le sel fertile de là Grèce, des rejetons robustes et dignes de leur origine.

Les honoraires des professeurs doivent être attachés a leur place et pourront varier de 5000 à 10,000 drachmes. Outre la part qu'ils auront aux droits que chaque faculté prélève pour les examens qu'elle fait et les degrés qu'elle confère, l'usage de faire payer aux élèves les cours qu'ils fréquentent avec une rétribution modique, usage généralement reçu en Allemagne, doit être également introduit en Grèce, puisqu'il a été reconnu comme encourageant pour les professeurs auxquels il assure un surcroît de revenu analogue à leurs succès et avantageux aux élèves qu'il retient à leur place, car on a remarqué communément qu'un cours qui est payé, est plus régulièrement fréquenté qu'un autre qui ne coûte rien.

L'université s'administrant elle-même, le gouvernement n'en est que le curateur. Cette charge doit être exercée 'par un haut fonctionnaire entouré d'une grande considération à cause de ses qualités morales, politiques et littéraires ; il tâchera d'aprécier le mérite des professeurs et des maîtres, d'assurer à chacun la place, la distinction, les avantages que son savoir, les résultats de son enseignement, ses travaux littéraires, son caractère et ses sentimens réclament. Honos et praemium, telle fut la devise du grand fondateur de l'université de Gôttingue; il n'y en a pas d'autre pour faire fleurir des institutions semblables, soit en Grèce, soit ailleurs.

Comme il importe à la Grèce que cette année ne s'écoule pas sans que son université soit établie, au

moins en partie , je conseillerais de profiter des localités d'Egine pour l'y installer provisoirement, jusqu'à ce qu'on ait préparé la place qui doit la recevoir* Les salles de l'Orphanotrophée sont assez vastes. On y trouvera une bibliothèque déjà commencée, avec. des collections d'antiquités, d'histoire naturelle, une imprimerie, et une lithographie, à quoi il faut ajouter sa situation centrale au milieu du Péloponèse, de la. terre ferme et des îles, les agrémens d'une île assez fertile, dont le climat est un des plus sains et la population, une des plus honnêtes. La présence des orphelins n'y mettra pas d'obstacle, le gouvernement mixte ayant déjà jugé nécessaire d'en éloigner ceux qui étaient corrompu; ou incapables. Pour empêcher, les autres de se perdre également, on fera bien de suivre avec ces malheureux enfans l'exemple donné par les états les plus éclairés de l'Europe, c'est-à-dire, de les confier dans les villes et les villages à des. familles respectables qui se chargeront de les élever avec leurs enfans, moyennant une modique récompense. Placés sous l'inspection de l'ecclésiastique de la. commune, de la démogérontie et de, l'autorité centrale de l'éparchie, traités et instruits comme les enfans de la maison, ils seront mieux pré* parés pour leur avenir et à moins de frais. Le gouvernement, avec la même somme qu'il dépense actuellement pour maintenir 250 enfans dans un état déplorable, procurera à 600 d'entre eux une éducation convenable et assurera à plusieurs un avenir; car l'expérience qu'on a faite dans les autres pays, prouve que les familles auxquelles on confie de tels enfans, s'accoutument à les chérir, eé finissent souvent par les regarder comme les leurs. Plus tard il n'y aura point à balancer, l'université devra être transportée à Athènes* On pourra peut-être être incertain sur le choix de la

capftale du royaume ;< mais personne n'hésitera sur celui de. la capitale des sciences et de la haute civilisation de la Grèce régénérée. Les mânes de Soerate, de Platon et d'Aristote planent encore suc les lieux où Hérissaient autrefois l'académie et le lycée. Les ruisseaux du Céphise* chantés par Sophocle, arrosent toujours dès oliviers, des champs et les plantations fertile^, tandis que les mines de ces superbes monumens, Je ciel, la terre et la mer, tout y respire lé génie At- Itsque. C'est là seulement que les hautes études, ainsi que la poésie et les beaux -arts, pourront apparaître dans tonte leur force et se développer avec cette rapidité et cet éclat nécessaires à la fois au besoin et à? la gloire de la Grèce.

On pourrait même ajouter que les anciens, empla<eemens du lycée et de l'académie se prêtent aux nouveaux établissemens. Le premier se trouve vis-à-vis de l'Acropole, en face de tous les monumens d'Athènes, avec vue sur le Pirée, le cap Colias, la mer et les cotes du Péloponèse. C'est la pente orientale de l'Anohesmus, traversé par les eaux limpides d'aqueducs souterrains et bordé à l'est par l'IUise. C'est là qu'il faudra élever les bâtimens de l'université avec ses musées, ses collections, ses jardins et ses cours, en s'étendant au sud vers le temple de Jupiter Olympien, au midi et au nord vers les plantations de vignes anciennement fameuses sous le nom des jardins. Dans cette dernière direction se trouve le couvent d'Asomato, bâti sur les ruines du gymnase et du temple de Cynosargès; on pourra le disposer de manière à recevoir la faculté de théologie avec les élèves qui s'y vouent. Du lycée il n'y a que vingt minutes de chemin à travers des campagnes s'inclinant vers l'occident pour arriver aux hauteurs du Colonos, au

"pied duquel sont le tombeau de Platon et -les mines d'one 'église entourée de vergers, qui porte encore le nom de l'académie. De cette hauteur ou embrasse toute la vallée du Céphise avec ses grands oliviers et ses deux cents jardins entremêlés de campagnes et de maisons. Il est vrai que l'air y est mal -sain à cause de l'humidité des bas -fonds occasionnée par les irrigations des fleuves ; mars il est excellent sur la pente de la colline et dans les plaines voisines. C'est là qu'il faudrait rétablir l'académie dé Platon destinée aux hommes nourris dans les sciences, et qui formerait une société dont les recherches savantes auraient pour but l'étude de la nature, de la philosophie, de l'histoire, de l'antiquité, de la littérature grecque ancienne et dé la moderne. Séparée dé l'université par sa destination, puisqu'elle -se- vouerait principalement aux recherches et à l'accroissement des seiènces, pendant que l'université tâcherait avant tout d'utiliser les hautes études pour l'enseignement de la jeunesse, elle lui serait cependant unie par les liens d'un commun intérêt et la participation de ses membres aux travaux.de l'enseignement. Elle célébrerait le jour de la naissance de Platon par une fête littéraire à laquelle on décernerait des prix aux savans qui, dans le cours de l'année, se seraient distingués par des découvertes ou des publica* tions capables d'avancer les sciences ou d'augmenter la gloire littéraire de la Grèce. Elle travaillerait en même tems à faire connaître ce pays sous tous les rapports que présentent la nature, le peuple et l'antiquité. En conséquence, elle tâcherait d'exposer la géographie et l'ethnographie, la géologie et l'histoire naturelle, ainsi que la topographie et les débris des arts anciens répandus sur la surface du sol ou recelés dans son sein. C'est donc à elle qu'on doit confier une

description de la Gt£oe sous tous ces rapports, enrichie de plan», de cartes et de dessins, prenant pour modèle le grand ouvrage sur l'Egypte exécuté par la France. De plus elle surveillera aussi le département des antiquités. Défendre les monumens et les ruines même contre des dégâts . ultérieurs, les réparer autant que leur état de délabrement le permet, rassembler les inscriptions de tout genre et en faire dés collections locales destinées à éclairer la topographie et à alimenter parmi le peuple l'intérêt pour les ouvrages de ses ancêtres, former un musée national par la réunion de ce qu'on trouve de plus précieux, et faire exécuter dans ce but des fouilles régulières à Olympie, à Delphes, à Athènes et ailleurs, où le sol est encore riche en trésors de ce 'genre, voilà un des principales occupations dont il faut charger l'académie.

Du reste il est bien entendu qu'on ne séparera pas les arts des sciences à Athènes. Quant au rétablissement des monnmens, qui s'y trouvent en plus grand nombre, il est possible de restaurer le Thésée, l'en* trée des Propylées et de dégager l'Acropole même des décombres. Cette enceinte doit cesser, d'être un fort et ne doit contenir que les bâtimens propres à recevoir le musée national des antiques et les collections d'arts, et à offrir des ateliers aux maîtres d'architecture, de sculpture et de peinture, ainsi qu'aux élèves qui voudraient se former dans les arts, après avoir appris le dessein dans les écoles helléniques et s'y être distingués d'une manière toute particulière.

Il faut cependant se garder d'introduire dans leur enseignement des formes trop académiques. C'est au maître d'atelier à former l'élève et non à l'académie des beaux -arts, puisque l'expérience a montré l'insuffisance de tels établissemens. Cela n'empêche pas ce-

pendant de réunir ces maîtres dans un corps analogue à celui de l'université , et de pourvoir à leurs besoins par l'assignation d'un revenu fixe, en établissant des ateliers, des collections de plâtres, d'estampes, de dessins, de tableaux, avec une bibliothèque enrichie de * tous les ouvrages sur les arts qui peuvent leur être utiles. '

DIX -NEUVIÈME SECTION

De l'église grecque et de la manière dont il

faut la constituer.

JLiES habitans du royaume de la Grèce appartiennent à l'église orthodoxe catholique et apostolique de l'Orient (fl dQ&oioÇoç, xa&oXtxfj xaï unooTolixrj ixxXr^ia rrjç àvatoXtjç), excepté à peu près 30,000 insulaires qui suivent le rite de l'église catholique apostolique de l'Occident. On appelle ceux-ci des Latins {Aarïvoi) en opposition avec les Romains (PtopaTot), dénomination réservée aux grecs orthodoxes.

C'est un fait connu qu'après l'établissement du christianisme dans l'empire Romain et son affermissement par l'empereur Constantin, les archevêques de Rome, de Rysance ou de Constantinople , d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem furent regardés comme les chefs des grandes provinces ecclésiastiques, et honorés du titre de Papes et de Patriarches, ayant sous leur autorité les archevêques métropolitains, auxquels furent soumis les évéques qui, de leur coté, surveillèrent les archimandrites et les curés de leurs éparchies, ainsi que les couvens, lorsque les directeurs (^yovfiêvot) de ces établissemens ne furent pas placés sous la juridiction immédiate du métropolitain ou du patriarche.

Les provinces de la Gsèce actuelle font partie du

grand diocèse du patriarche de Congtantinople. On y compte onze archevêques: la Grèce orientale a ceux d'Athènes et de Thèbes; la Grèce occidentale a celui d'Arta, dont le siège est resté hors de la frontière septentrionale du royaume; le Péloponèse a les arche* véqnes de Corinthe, de Patras (IlaXaionaTQwv), de Nauplie, de Christianopolis ou Tripolizza, d'OIène ou Elide, et de Lacédémone ; les îles ont ceux d'Euripe ou d'Eubée , de Tinos et de Naxos. Parmi les îles et les éparchies que nous connaissons, chacune à peu près a son évéque. Le nombre des monastères est de 57 dans la Grèce continentale; les îles n'en comptent pas moins, et ce nombre est plus considérable encore dans le Péloponèse. On peut évaluer le tout au moins à 200.

Le patriarche de Constantinople, siégeant dans la nouvelle capitale de l'empire, reçut le titre d'écuraénique, puisque les Romains regardaient le pays soumis a leurs lois comme la terre habitée (pïHov^irfj); le patriarche de Rome, comme résidant dans l'ancienne capitale, y prétendit également Tel fut le commencement de cette scission fatale qui, s'étendant plus tard sur des points du dogme et du rite ecclésiastique, a fini par séparer entièrement les deux églises. En vain travailla -t- on à les réunir; elles allèrent jusqu'à s'excommunier réciproquement,. et Constantinople, abandonr née par l'Occident, tomba entre les mains de Turcs. Après le schisme, les grandes provinces des patriarchats de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie restèrent à l'église d'Orient; mais dans l'intérieur de l'Egypte, de la Syrie et de l'Asie, le christianisme succomba presque entièrement sous les persécutions et les cruautés des vainqueurs Musulmans. Les archevêques et les évéques disparurent pour la plupart, de sorte qu'on ignore aujourd'hui où était le «iège de leurs dio-

eèses. Les revenu des églises furent assignés àrl'en* tretien des Mosquées. Etabli à Comtantinople sur les raines de l'empire d'Orient, Mahomet II comprit que les Grecs, quoique chrétiens, pourraient devenir utiles et même nécessaires à raffermissement de son trône. Il proclama donc une amnistie générale, accorda la tolérance des cultes et entreprit de rétablir l'église grecque, foulée aux pieds par les vainqueurs barbares. Le patriarche de Constantinople n'existant plus, le clergé reçut l'autorisation d'en choisir un nouveau. Gonnadios Scholarius, homme instruit et vertueux, fat élevé à cette dignité. Mahomet, usurpant les privilèges des empereurs, l'installa patriarche et le salua comme chef de tous les Grecs.

Cette mesure protectrice préserva parmi la nation grecque, autant qu'elle existait encore en Europe et dans les échelles de l'Asie, le christianisme du soit qu'il avait éprouvé dans l'intérieur du nouvel empire. On eut bien encore des dangers à courir, des humiliations à supporter; mais enfin on parvint à organiser l'église, c'est-à-dire, à mettre des termes raisonnables à l'autorité jusqu'alors arbitraire du patriarche, à soumettre le clergé à une discipline salutaire, à donner h la nation une représentation et à régler les finances de l'église, de manière qu'elle put, dans les circonstances urgentes , fournir les moyens d'apaiser la colère et de gagner la faveur du gouvernement turc.

D'après cette constitution, l'église était gouvernée par un synode composé des archevêques ; mais la mnltitude de ses membres et leur instabilité produisant des troubles et des inconvéniens, le nombre en fut restreint à huit. C'étaient les archevêques de Cizyous, de Nice*» de Césarée dans le Pont, d'Andrinople, de Larissa, de Thessalonique, d'Ephèse., de Smyrne, auxquels on en

ajouta, ensuite deux autres, savoir les archevêques de Cbaleédoîne et de Dêréon (rwv Jtçewv), villes situées pires de Consfantinople, lesquels demeurèrent presque toujours dans la capitale.

Le synode* la noblesse, les notables parmi les négocians, les bourgeois et les artisans* composent une assemblée nationale qui a le droit d'élire le patriarche, d'examiner son administration, et, en cas de besoin, de prononcer sa déchéance. Le choix et le renvoi du patriarche ont besoin d'être ratifiés par le Sultan.

La caisse de l'église est confiée à un comité cornposé de douze membres, dont quatre sont archevêques et les deux autres tiers sont pris, l'un parmi les dé* pûtes de la noblesse, et l'autre parmi ceux du tiers* état: Ce comité rend compte de sa gestion à rassemblée nationale : on le renouvelle tous les ans. Le sceau patriarcal est partagé en quatre morceaux, déposés chez autant de métropolitains, membres du synode. Le patriarche a la clef au moyen de laquelle les quatre morceaux peuvent être réunis. Il faut donc le concours de ces cinq prélats pour faire usage du sceau de l'église et légaliser les actes et les décisions du synode qui doivent en être munis.

Le synode jouit d'un autorité absolue pour décider toutes les affaires ecclésiastiques et temporelles qui sont de son ressort. Le patriarche, comme chef de l'église, en est le président. Chacun de ses membres a un certain nombre d'archevêques qui sont de sa juridiction. Ces derniers lui adressent leurs mémoires comme à leur protecteur, et celui-ci les porte à la connaissance du synode; les décisions ont lieu après leur rapport et à la pluralité des voix. De plus, le patriarche, en sa qualité d'évêque de Constantinople, est le grand juge des Grecs de son diocèse. Il est assisté

dans cette fonction des gens de sa cour, tant prêtres que laïcs. Les évêques sont également tes juges des Grecs domiciliés dans leurs diocèses; ils prononcent sur les affaires de succession et de mariage, souvent même sur des choses purement civiles et correctionnelles. On peut appeler de leur arrêt au grand synode et» à la décision du Cadi; mais quiconque-, méprisant ce jugement ecclésiastique, s'adresse à l'autorité tafque, est chargé de l'anathème 1).

La mense ou le «revenu du patriarche consiste dans un impôt sur les testamens des chrétiens de son diocèse qu'il a le droit de confirmer, dans l'héritage des moines et des religieuses qui meurent sur son territoire, dans les honoraires de son: tribunal civil et ecclésiastique, ainsi que de la chancellerie, enfin dans les dons que lui font les évêques* et tes arcbéswqoes, quand ils sont nommés à leur place ou- lorsqu'ils viennent à Constantinople, et les autres cadeaux qu'il reçoit de la part des indigènes et des* étrangers*

Les revenus du synode se composent: 1° des contributions annuelles que les évêques et les archevêqnes versent dans sa caisse et qu'on peut évaluer à lOQ/W piastres turques; 2° des sommés que les mêmes ecclésiastiques y doivent déposer une fois qu'ils sont nommés ou promus. Le montant en peut être estimé a 250,000 piastres turques. Ces revenus se dépensent en paiemens faits au gouvernement turc, qui prélevé 40,000 piastres par an, puis en cadeaux que chaque ministre de la Porte reçoit à sa nomiuation, en frais

1) Voyez sur une partie de ces détails et d'autres qui «eront rapportés, le précis historique sur l'état actuel de l'église orthodoxe en Orient , écrit par un métropolitain grec et imprimé dans le courrier 'de la Grèce* 1830. No. 4 et seq.

d'entretien de l'église patriarcale, enfin en amendes au. moyen desquelles on apaise le courroux des autorités, turques contre les chrétiens qui s'arment, se révoltent ou émigrent avec leurs familles dans les pays limitrophes. Malgré les soins du comité, la caisse est toujours dans une grande détresse qui augmente à mesure que la valeyr des monnaies turques tombe, puisque le synode se voit forcé de hausser les sommes pour produire quelque impression sur ces barbares.

Les archevêques et évêques sont libres et ind&pendans dans tout ce qui concerne la religion et l'administration civile des affaires des Grecs Ils ne sont soumis à auoun impôt de quelque nature qu'il soit. Aucune autorité du pays n'a le droit de les juger: le divan seul du grand seigneur peut prononcer sur eux.

Le gouvernement turc a dépouillé les évêques de tous leurs revenus, qu'il a dévolus aux mosquées et aux minarets, maisons où l'on donne à manger aux pauvres. C'est ainsi qu'un tiers des revenus de l'empire appartient aujourd'hui à ces établissemens, ou plutôt tourne au profit de leurs intendans. Après le * renversement du gouvernement turc en Grèce, ces possessions, connues sous le nom de bacoufs, ont été réu-

nies aux domaines ou aux biens nationaux.

Pour subvenir aux besoins des évêques, on leur avait accordé les ressources suivantes: ils reçoivent de chaque famille deux tiers de piastre turque par mois et de chaque ecclésiastique de leur diocèse deux ducats d'or par an; ils prélèvent en outre des taxes sur les mariages, les enterremens, et les revenus des couvens et des églises ; «afin 9s héritent des moines et des religieuses qui meurent dans l'étendue de leur juridiction. Les évoques visitent une fois l'an leur diocèse pour faire l'inspection, juger les causes qui sont portées à

leur connaissance , recueillir les taxes de leurs revenus et des dons gratuits qde les fidèles ne manquent pas de leur offrir.

Une grande partie des évêchés possèdent aussi des biens -fonds qui lenr furent légués après la spoliation, soit par des évêques, soit de riches familles chrétiennes. C'est avec ces revenus que les évêques peuvent se sou* tenir honorablement dans leurs places, exercer des actes de piété envers les indigènes, se faire aimer et respecter même des Turcs, et satisfaire à leurs obligâtions envers la caisse du synode.

Les monastères sont administrés par le prieur (fiyovftavoç) et un conseil choisi par les moines (xa- Xoytçoi, c'est-à-dire bons vieillards). Ces derniers, n'ayant d'autres occupations que l'économie, administrent eux-mêmes leurs revenus, soit qu'ils restent dans le couvent, soit qu'ils se dispersent dans les succursales (/nova!) que leurs couvens ont ailleurs. En général ils sont tout à fait ignorans, s'habillent et travaillent comme les paysans. Sous les Turcs, les monastères étaient très -peuplés d'hommes qui y entraient pour être à l'abri des vexations de leurs maîtres; pendant la guerre, ils ont été presque tous détruits ou désertés par les moines.

Outre le cercle de cette hiérarchie, se trouve le clergé séculier, composé des curés (nanâStç) qu'on trouve surtout dans les campagnes. Us ont la permission de se marier une fois dans leur vie, sans pouvoir aspirer à aucune dignité dans l'église. Dépouillés des biens ecclésiastiques par les Turcs, aussi bien que les évêques, ils sent restreints aux revenus accidentels de leur paroisse. Les baptêmes , les bénédiction» prononcées sur la mère de l'enfant, les prières, les messes, les enterrement, les lustrations des maisons pratiquées chaque

mois, et des dons gratuits en pain, en volaille, en blé, etc., leur procurent des moyens de subsistance qui suffisent cependant rarement pour nourrir leur famille. Pour suppléer à ce manque, ils exercent une profession ou cultivent des terres nationales, en payant les dîmes comme les autres cultivateurs. Leur situation ne diffère donc en rien de celle* des paysans, auxquels ils ressemblent encore par leur mise habituelle, si on en excepte les momens où ils sont en fonction. 11 n'y a que la barbe qui les en distingue. Leurs femmes (nanaàiooai) et leurs enfans (nanaôonovXoi) supportent. avec eux tous les travaux de l'agriculture. Les curés avec leurs familles, tout ignorans qu'il» sont, forment une classe très «respectable et sont en général fort considérés du peuple, tandis qu'on méprise les moines à cause de la conduite dont on accuse beaucoup d'individus de cet ordre. C'est ce qu'exprime le paysan dans son langage à la fois simple et énergique: Je recevrais dans ma famille le curé qui est marié; mais je mettrais à la porte le moine qui ne l'est pas. Voilà pour ce qui regarde le personnel de l'église, passons* actuellement à son administration.

Nous avons remarqué que l'élecôon du patriarche de Constantinople se fait par l'assemblée nationale; quant aux patriarches d'Àntioche et d'Alexandrie, ils sont choisis par celui de Constantinople et le synode; le patriarche de Jérusalem est désigné par son synode et sacré par le patriarche de Constantinople; la Porte doit confirmer" tous ces choix. L'élection des archevêques et des évêques dépend également du grand synode de Constantinople. Tous les membres sont présens à un tel acte, ou bien votent par des délégués. Les candidats sont ordinairement pris parmi les desservans de l'église des patriarches et des archevêques : on

élit aussi des hommes qui ont rendu des services à l'église ou se sont distingués comme professeurs dans la carrière de l'enseignement. Les curés sont choisis et ordonnés p*r les évéques.

•L'unité administrative de l'église orthodoxe repose donc sur le grand synode de Constantinople, et le patriarche écuménique en* est Je centre. 11 y avait cependant trois archevêques qui étaient r^té* indépendans depuis le tems des empereurs, savoir celui d'Ocry, ville de la Bulgarie, l'archevêque de Pékin dans l'Albanie, qui a la juridiction sur les évéques de la Servie, enfin oelui de Chypre. Les deux premiers se sont soumis au synode, pour éviter les vexations des Turcs: le dernier a gardé son indépendance. Trois métropolitains composent son synode et procèdent à son choix. Il annonce cependant son installation au patriarche et correspond avec lui sur les affaires ecclésiastiques.

Mais si les évéques d'Ocry et de Pékin se soumirent au— synode, le métropolitain de Moscou avee toute l'église-^ de Russie s'en sépara. Aussitôt qne Constantinople fut tombée au pouvoir des Turcs, les souverains de la Russie s'aperçurent que l'église de leur pays, et avec elle la nation, ne pourrait pas rester sons l'influence d'une autorité soumise aux infidèles. On tâcha cependant de faire la séparation d'une manière paisible. Une ambassade fut envoyée au patriarche et au synode, et à force de persuasions et de présens % ce dernier consentit à confier exclusivement la haute administration de l'église russe à un synode national présidé par le métropolitain de Moscou. Cette ville devait former une nouvelle Rome, une Rome triomphante, et son chef ecclésiastique, comme pape et patriarche, présider aux destinées de l'épouse de Jésus- Christ. Pierre-le-grand y introduisit des changement

importons. H transporta le synode à Saint* Péterabourg, le composa d'un nombre indéfini de membres ecclésiastiques et laïcs, le fit présider par un arche** véque et se déclara lui-même chef suprême de l'église.

Parmi les- membres séculiers du synode, il y a un ministre de l'empereur qui, sous le nom de procureur général, a le veto sur toutes les affaires qui s'y traitent; mais l'empereur, comme chef de l'église, et le procureur, comme son représentant, n'empêchent presque jamais les décisions du synode, ni ne se mêlent du maniement des affaires confiées à sa direction. Cette combinaison, qui met en quelque sorte l'empereur de Russie à la place des empereurs Bysantins, en sauvant l'unité de l'église orthodoxe, a transporté son centre dans la Russie, et donné une influence incaL> Culable à son souverain sur l'esprit des peuples soumis encore au joug des infidèles. Quoiqu'ils n'aient pas de liaisons directes avec lui, eux aussi le regardent comme le chef de l'église et en conséquence comme leur seul et véritable souverain. Ils sont persuadés qu'il finira par soumettre leur oppresseur et par faire triom* pher leur foi; aussi regardent- ils comme un devoir sacré de l'aider dans cette entreprise.

L'établissement de l'église russe, en rompant les liaisons avec Constantinople, donna cependant l'occa* fcion de fixer le dogme de l'église orthodoxe d'une manière plus précise. Pour y arriver Pierre Mogilas, archevêque de Kiow, rédigea une exposition de la foi orthodoxe, en 1642, et la soumit aux évêques de son diocèse. Après avoir reçu leur approbation, il l'adressa, sous le titre d'exposition de la foi des Russes (tx^êctç T7jç iGtv €P(ooowv ntanwç) y au patriarche de Constantinople et réclama son jugement et celui de son église. Le patriarche manda une commission d'évéques qu'il

envoya en Moldavie, ou ils rencontrèrent les. députés de l'archevêque de Kiow. Réunis en conseil, ces pié-x lats examinèrent l'exposition de foi, la rendirent encore plus conforme aux décisions des pères et des conciles, et la revêtirent du titre de confession orthodoxe de la foi de l'église catholique et apostolique de Christ ').

La confession fut aussi envoyée aux quatre patriarches de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, approuvée de leurs synodes, et munie de leurs propres sceaux l'an 1643 2). Depuis ce tems, la confession est regardée comme le. symbole général de l'église orthodoxe de l'Orient. Le synode de Jérusalem l'accepta l'an 1672, sous le patriarche Dos*thée; l'an 1721, Pierre -le -grand la reconnut dans on règlement ecclésiastique qui organisa définitivement le synode et le clergé de la Russie.

La confession s'appuie sur les sept conciles écumeniques et en reconnaît la validité. Conformément à leurs décisions, elle admet deux sources de la foi, la sainte écriture et la tradition orale venue des apôtres et confirmée par les conciles. Elle s'appuie sur le symbole primitif de Nicée et sur celui des apôtres, faisant procéder le Saint-Esprit du Père seulement et non du Fils, et regarde comme achevé l'édifice de la foi, n'accordant, ni aux patriarches, ni aux conciles futurs, le droit de changer

1) *OQ&ôâoSoç 6/tùXoyJa ttjç xatolixrjç xaï inocKolixijç inxltplaç %ov Xqioiou.

2) La première édition de la confesaion en Grec et en Latin, date de 1662$ ce fut Panagiota, drogman de la Porte, qui la donna. La dernière porte le titre: yOç&6âoÇog èfxoloyta ttjç xa&olixrjç xaï ànoGTohxijç txxlrjotaç rijç àrttTolijç. Praemissa est historia bujos t(AoXoy<aç a Chr. Gottl. Hoffmann. Vratbforiae 1751.

quelque chose aux dogmes ou d'en faire de nouveaux. Elle maintient Je gouvernement de l'église au moyen des patriarches, et regarde le rang supérieur que tiennent ceux de Cônstantinople ou de Rome, comme une dignité accidentelle, accordée à ces prélats par les empereurs à cause de la majesté de l'empire et de ses deux capitales dont ils étaient les chefs spirituels. Elle regarde ces dogmes comme divins, en sorte qu'ils ne peuvent être révoqués en doute sans qu'on ne perde le salut éternel. Les sept sacremens sont admis; on emploie le baptême d'immersion, parce qu'ils sont persuadés que si le corps entier n'était pas purifié, le péché originel ne serait pas effacé. On administre le chrême ou le sacrement de confirmation 9 en même tems que le baptême, dont on le regarde comme le complément. Le dogme de la transubstantiation dans la cène est en* seigné. Le pain doit être préparé avec, du levain, et le vin est mêlé avec de l'eau. Personne n'est exclus de la sainte table, pas même les plus petits enfans. Chacun doit recevoir ce sacrement sous les deux formes, qui du reste sont mêlées ensemble, de sorte qu'on distribue le pain après l'avoir Retiré du vase avec une cuillier. De plus, la cène peut être offerte comme un sacrifice profitable aux chrétiens orthodoxes morts ou vivans. Quant à l'extrême onction, on touche avec l'huile sacrée non seulement les inourans, mais aussi les autres malades pour le rétablissement de leur santé, la rémission des péchés et la régénération de l'âme. H faut prier pour obtenir l'intercession des anges, des saints, surtout de la Vierge. Les images, les reliques, la croix et les tombeaux sont autant d'objets de vénération. Le signe de la croix, fait en prononçant le nom de Jésus Christ, attire sur l'âme et le corps une force divine et salutaire. Cette profession ne parle ni

des oeuvres méritoires, ni des indulgences, ni du purgatoire *).

On observe une infinité de jours de fêtes, ce qui enlève plus d'un tiers de l'année au travail. Cette coutume* jointe aux carêmes longs et pénibles, forme un des plus grands obstacles aux progrès de l'industrie et à l'aisance du peuple, puisqu'il voue à l'oisiveté un tems précieux, réclamé par le travail, et affaiblit son corps pour ce qui lui reste à faire.

Le clergé grec est en général peu instruit Lei jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique apprennent la grammaire, les prières et la liturgie des diacres et autres personnes attachées aux évêques ou bien aussi dans les couvons; souvent les moines ne savent pas même ce peu de choses. Les. sciences théologiques sent éteintes, et il n'y a que quelques ecclésiastiques qui en aient conservé des débris. Par suite de cette ignorance et des vexations auxquelles on a été exposé au tems des Turcs, tout ce qui a rapport aux églises et au culte est en décadence. Les cérémonies mêmes se ressentent de cette décrépitude sénile, et le chant ecclésiastique avec ses sons discordans et barbares, fait frémir.

L'ignorance toujours croissante, jointe à l'avilissement sous lequel la nation gémissait, devait nécessairement gâter les moeurs. La révolution a encore dissous les liens de la discipline ecclésiastique. 0* grand nombre d'évêques sont morts sans être remplacés, et ceux qui restent ou qui occupent cette place en qualité de vicaires, ne trouvent pas les moyens de

1) Voyez, outre la confession, l'ouvrage de Ch. Stâudlin; ©rchliche Géographie und Statistik. Î804. Tom 1. p. 268.

contenir les ecclésiastiques dans l'obéissance. Au milieu d'an tel délabrement, il n'y a plus rien qui soit resté intact que le respect qu'on porte aux usages de l'église. Tout ce qui y a rapport est observé atec la N plus consciencieuse exactitude, au moins par le plus grand nombre des habitans, puisque là aussi la révolution et l'influence des étrangers ont altéré les persuasions de bien des hommes qui y ont figuré. En général la nation est attachée à son église, et vénère les ecclésiastiques qui en sont dignes. On regarde l'église comme la (seule puissance qui ait défendu la nation contre la dissolution et l'anéantissement; on la reconnait-pour la base et l'âme de la nationalité; on y trouve la garantie de la prospérité du pays, comme elle est la source de l'espoir qu'on place dans l'avenir.

Qu'on ne se méprenne pas sur les formes. On ne pourra pas persuader aux Grecs que c'est au christianisme en général qu'ils sont redevables de, ces biens et de ces gages de bonheur. Le christianisme n'existe nulle part sans être en même teins accompagné de ces formes qui constituent la différence des églises. C'est ainsi qu'il apparaît aux peuples et jouit de leur vénération et de leur confiance. Il peut arriver qu'il y ait des individus qui soient en état de faire abstraction de ces modifications, mais quant à un peuple entier, je ne sache pas qu'il en ait existé jamais. Il les identifie, les forme dans sa pensée avec la doc* trine du salut, et, en y touchant, on peut être sur d'ébranler ce qu'il y a de plus sacré pour lui.

Cet attachement du peuple grec à l'église orthodoxe reçoit une nouvelle force de l'opposition contre l'Eglise latine ou catholique romaine. C'est un triste héritage de haines, légué par huit siècles de guerres, de calamités et d'oppression, et dégénéré en une scis-

sion nationale de sentimens, de convictions et de contâmes. Le Grec appartenant à l'église latine, a sa patrie, ses supérieurs et ses prédilections hors de la Grèce*. 11 va les chercher à Rome pendant que son antagoniste se trouve peut-être à Moscou. Quoique le catholique romain ait son idiome propre, il se sert uniquement de la langue de l'Occident pour sa liturgie, et quoique il soit en liaisons avec ses compatriotes, il les abhorre et n'a ses parens, ses confidens, ses amis que parmi ses coreligionnaires. Il existe donc dans ce pays une combinaison fâcheuse de haines religieuses et de haines politiques, combinaison & laquelle les préjugés nationaux ont plus de part encore que la différence des croyances religieuses, qui en dernier lieu se réduit à bien peu de chose.

La plus grande partie des Grecs qui sont attachés à l'église latine, descendent des familles de l'Occident qui sont restées du tems des croisades ou de la domination des Francs, des Vénitiens et des Génois, ou enfin des celons que les seigneurs Francs s'étaient attachés. Leur nombre va cependant en diminuant: Ils se . sont entièrement éteints dans la Grèce continentale et dans le Péloponèse. A Andros, à Paros, où il y en avait des paroisses entières, ils ont également disparu; à Naxos, le nombre des familles latines s'est restreint à trente -six: elles appartiennent toutes à l'ancienne noblesse franque et occupent la citadelle de la capitale. Elles se sont appauvries à mesure que les Grecs se sont enrichis par le commerce et l'industrie; leurs campagnes passent peu -à- peu entre les mains des paysans et déjà ils partagent les maisons du château avec les familles grecques de la basse ville, leurs rivales, dont au reste ils ont appris la langue et adopté les coutumes.

A. Tin os, où la domination Vénitienne s'est maintenue le plus long-tems, la citadelle et les bourgs battis en dehors de ses portes, et qui appartenaient à la noblesse latine, sont abandonnés à quelques familles de paysans. La capitale de l'île appartient presque exclusivement aux Grecs; mais les villages latins sont à peu près en nombre égal aux villages grecs. C'est ici que les haines anciennes subsistent dans toute leur âpreté, et qu'il y a souvent des querelles violentes parmi des villages de différente croyance, querelles qui finissent par des combats et des meurtres. A Syra, l'ancienne ville est entièrement occupée par les latins; à jâantorin et en «quelques autres îles, il n'y a plus que des familles latines dispersées.

Les latins ont un archevêque à Tinos et des évoques à Syra et à Naxos, jouissant d'une liberté et d'une indépendance complètes pour toutes les affaires ecclésiastiques. 11 faudra les leur conserver, vu les anciens droits et les coutumes sur lesquels elle repose, et la méfiance que toute intervention d'une autorité étrangère à leur croyance ne manquerait pas d'éveiller. Rendant la domination turque, ils étaient placés sous la protection spéciale de la France qui dépensait des sommes considérables pour le maintien des églises, des couvons et des évêchés. Après l'établissement du gouvernement grec, la France a- renoncé au droit de cette protection, en stipulant pour les catholiques romains le maintien du libre exercice de leur culte. Les évoques latins sont presque toujours envoyés de l'Italie, Us amènent avec eux des prêtres, surtout des Jésuites et des jeunes gens qui sont élevés pour l'état ecclésiastique, soit dans les couvons, soit dans les séminaires. On leur adjoint aussi des indigènes. L'instruction de ces élèves est cultivée comme en Italie, et H. 13

révoque 4e- Sjf a a dernièrement érigé un collège , où Lee Jésuites enseignent, outre les langues anctemoa, la rhétorique et 1* philosophie.

On ne peut nier que ïanimoaité raurueUe des deux partis dissidene n'ait diminué de beaucoup pendant La révolution, surtout parmi les classes éclairées et les jeunes gêna, soit à raison de l'intérêt continua qni les attache tons à la morne patrie, soit par le commerce multiplié qui s'est établie entre les étrangers et les Grées. Dans les places importantes de la Grèce, comme à Nanplie, à Syra, il y a même une sorte d'indifférence pour les croyances religieuses; main cette indifférence n'est qu'accidentelle, et l'on peut aiséntçnt s'apercevoir qu'aussitôt qu'il s'agit sérieusement de quelque affaire contentiettse sur ce point, elle disparaît, et la division tenait dans toute sa force arec lea aentimens haineux qu'elle suscite. ,

Le clergé grec a franchement embrassé et puissamment soutenu la cause de la révolution. Après le martyre du patriarche Grégoire, du synode et d'un grand nombre d'évéque» à Chio», à Chypre et partout on le glaive dos Ottomans, pouvait le» atteindre, la guerre, qui fut regardée dès le commencement comme une lotte pour la croix, prit entièrement le caractère d'an* défense légitime de la religion contre des barbare» infidèles acharnés à sa perte* Des ecclésiastiques de tons les grades figurèrent dans les rangs de l'armée. Le plus héroïque des guerriers qui combattirent aux Thermopyles, fut un diacre. Tombé entre les mains des Turc», on lui donna le choix entre l'apostasie ou la mort sur des charbons ardens au bivouac. „ Apportez les grilles," s'écria -t- il sans hésiter, et il fut rôti tout vif. Son trépas décida le soulèvement de toute la Grèce occidentale. Des moines, des curés, s'éle»

vaient ou rang de capitaines. Les évoques de Talaati, d'Athènes, etc., les archevêques de Patràs, d'Arta, le patriarche d'Alexandrie, vieillard vénérable et instruit, accouru a Patines, sa patrie , tous figurèrent parmi lés plus beaux caractères que la plus sainte des causes ait

jamais enfantés ; mais les intrigues des primats, anciens antagonistes des évêques, l'emportèrent sur les sentiment ée reconnaissance et de vénération. Dans la constitution de Trézène, les ecclésiastiques furent exclus de tous les emplois politiques et législatifs. On prétendait que, par cette séparation de l'église et de l'état, on voulait rendre l'autorité du clergé plus pure et plus vénérée, et l'on prépara son asservissement. Le Président, qui trouva l'église en dissolution, profita de cet état pour en faire un organe de son pouvoir abusif et perverti. Ne pouvant faire des évoques, et ne voulant pas les re* cevoîr des mains du synode, il en plaça quelques-uns qui s'étaient réfugiés dans la Grèce, comme vicaires aux sièges vaoans, et tâcha d'en faire ses instrumens. Us furent exclus de toute participation aux affaires administratives et judiciaires, et soumis sans restriction aux tribunaux , comme au pouvoir des gouverneurs et des chefs de police. Il alla jusqu'à leur* imposer des curés et des diacres; et, pour avoir dans cette classe des organes plus surs, il en faisait venir des fies. Ioniennes, déclarant réfrac taires les évêques qui osaient les refuser ou examiner leurs titres et leur conduite antérieure. On exigea de chaque ecclésiastique, quelle que fut sa dignité, qu'il se conformât en tout à l'esprit du gouvernement. Telle fut aussi la condition que le ministre du Président proposa au patriarche d'Alexandrie réfugié à Patmos, lorsqu'il l'invita à se rendre à Nauplie pour être revêtu d'une des premières charges de l'église en Grèce. Le digne prélat, quelque

pénible que fut sa situation, puisque, après avoir bien mérité de la Grèce, il se voyait forcé de vivre aux dépens de son ancien monastère, ne balança pas cependant à répondre que, comme un des chefs de l'église, il ne connaissait que» le Saint-Esprit auquel il dût conformer ses pensés et sa conduite, et que, ne sachant pas si l'esprit du gouvernement était en tout conforme à celui-ci, il ne pouvait d'avance s'engager à le suivre en tout cas et en toute occasion. On pense bien qu'il resta sans réponse. L'évêque devenu suspect était mandé à la police, comme les voleurs et les brigands; on fouillait sa maison, apposait les scellés sur ses papiers, et on le mettait lui-même aux arrêts. S'il, était regardé comme dangereux, ou si Ton avait destiné sa place à un favori ou à quelque individu plus soumis, on éloignait le dignitaire légitime au moyen de simples mesures, administratives^ et on le bannissait même de ion diocèse. En conséquence, les derniers liens de la discipline furent rompus, et au lieu de gagner en autorité, le clergé déchut toujours déplus en plus dans l'opinion publique. 11 est bien vrai que le Président imagina un synode; mais son plan ne. fut jamais mis à exécution. 11 organisa une. école de théologie, aux dépens d'an riche couvent de Paros; mais bientôt il la délaissa, et elle disparut dès avant la mort du fondateur. Pour administrer les églises, il les réunit à l'enseignement, et les soumit à un ancien maître d'école, homme médiocre et sans caractère, qu'il avait fait ministre da culte et de l'instruction publique.

VINGTIEME SECTION

Des moyens de rétablir l'église grecque, de lui assurer son influence et de pourvoir à T éducation du clergé.

31 ous avons développé la situation de l'église catholique et orthodoxe qui domine dans le nouveau' royaume, ainsi que l'état fâcheux dans lequel ses institutions et son clergé se trouvent par suite de la Ion-; gué domination des Turcs, de l'ignorance de l'ordre clérical, dès bouleverseinens de la révolution et de l'oppression du gouvernement corfiote. Maintenant nous exposerons les mesures par lesquelles on pourra arriver à son organisation définitive et remédier aux maux dont elle est accablée.

Il est impossible que la Grèce reçoive son haut clergé de la main du synode et du patriarche de Constantinople qui pourraient être désignés d'après les inspirations ou l'intérêt des anciens maîtres de la Grèce,1 et choisis parmi des ecclésiastiques étrangers à son royaume, ignôrans ou corrompus. Mais il faut se garder de séparer l'église du royaume de l'église -mère: une telle séparation pourrait facilement dégénérer en un schisme ; or une Grèce regardée comme schismatique et soumise à un souverain latin, n'aurait ni solidité dans son intérieur, ni espérance de rentrer dans l'héri-

tage de ses ancêtres orthodoxes. Le salât de la Grèce repose en grande partie sur l'intimité et l'unité dans lesquelles elle doit rester avec l'église générale des peuples de l'Orient. Le gouvernement de ce pays doit donc tâcher d'arriver à une transaction avec le patriarche et le synode de Coastantiuople, sans toucher ni à l'unité cartonique de l'église orthodoxe, ni à son dogme. Ici il faut étudier et suivre avec discernement l'exemple donné par la Russie, On demandera donc et l'on tâchera d'obtenir, au moyen d'une indemnité, l'établissement d'un synode indépendant du grand synode de Constantinople et dirigeant l'église d'après les principes de l'église orthodoxe universelle, et la profession de foi qu'elle a sanctionnée; il serait présidé par un archevêque métropolitain, en qualité de primat de la Grèce, auquel le patriarche transférerait ses privilèges par rapport à cette partie de son anmea diocèse.

Le synode pourra se composer de trois archevêques, dont un sera de la Grèce continental*, le second, do Péloponèse, et le troisième, des îles. Il awrfeit pour chef l'archevêque d'Athènes, comme primat de la Grèce. Semblable à celui de la Russie , le synode grec devrait avoir des membres séculiers attachés aux évoques; on pourrait y joindre: 1° le ministre de l'instruction publique en qualité de commissaire du roi , avec le veto du souverain; 2° le grand juge, et 3° le Président dn conseil d'état. Le synode jouirait du pouvoir et des. privilèges du grand synode de Constaqtinople, en ee qui regarde la nomination aux dignités ecclésiastiques, la discipline du clergé, l'administration des biens et des revenus de l'église, et de l'éducation du clergé.

On doterait sa caisse de la même manière que celle du synode de Constantinople; plus tard nous désigne-

ron» d'autres revenu» qu'on pourrait y joindre, et l'usage qu'on on devrait fritte.

Le synode serait floumi* «a tot, eu sorte que celui-ci deviendrait ie chef de régttee de son peuple. 11 est vrai que la eonlesolon -de Su Majesté s'y oppose ; mais il est également certain qu'il n'y a pas d'avenir eu Grèce pour un trône larïn. Personne ne voudrait forcer la conscience du jeune souverain, si elle s'opposait à une démarche réclamée par les intérêts sacrés de son peu* pie. La question toutefois change de face, quand on l'envisage par rapport à ses descendait*, et l'on se convaincra aisément qu'il faut les faille élever dans >la foi orthodoxe des Grecs. Quant aux argumens à alléguer en faveur de cette assertion, il y en a un gftrad nombre, mais les doux plus frappans sent? 1° 91e la nation ne aéra jamais tranquille sar su telrgion, aussi long-teift* que «on roi adhérera à Un culte qu'on a coutume d'envisager comme hostile à l'église grecque et sur lequel pèse l'excommunication de l'église nationale; 2° qu'aussi long- teins que le roi restera latin, on regardera comme le véritable chef de la Grèce l'empereur de Russie, car c'est dans l'église seule qu'on a coutume de chercher, depuis trois siècles, le centre et la force de la rtaiion.

On comprendra donc qu'il ne u'agit de notre part ni de préjagés ni de prédilections pour adopter un culte plutôt qu'un autre, mais seulement d'une démarche à laquelle l'affermissement du nouveau royaume est entièrement lié, et qui seule peut garantir l'indépendance et l'avenir glorieux de la Gr$ce. Si donc Sa Majesté l'empereur Nicolas a conseillé à Sa Majesté le roi Othon d'entrer dans la communion de l'église grecque, ce dont on ne peut douter, loin de regarder ce conseil comme captieux, il faudrq plutôt y recon-

naître une nouvelle preuve du véritable intérêt et do désintéressement que le puissant monarque du nord a montré dans toutes ses relations avec la Grèce? puisqu'on sait, aussi bien à Saint-Pétersbourg qu'à Nauplie, qu'en embrassant la croyance des Grecs, le roi de la Grèce succède à l'empereur de Russie dans l'affection et la confiance de son peuple , et que les yeux de tous les chrétiens soumis encore aux Turcs, se. détournent dès lors de la Russie pour regarder, le trône de la Grèce, comme le boulevard de leur foi, et le roî comme un nouveau Constantin, destiné à les délivrer et à rétablir les autels renversés par la hache des infidèles.

L'organisation des archevêchés et des évêchés ne présente pas de difficultés. Il faudra y conserver ce qu'on trouve encore d'intact, et rétablir les institutions et les coutumes qui assurent un revenu fixe aux sièges des dignitaires ecclésiastiques, contribuent à renouer les liens de la discipline, et garantissent aux évêques une situation indépendante et une action libre sur les fidèles, dans toute la sphère de leur autorité spirituelle.

11 y aura bien des modifications à introduire. Les possessions arrachées à l'église par. les Turcs, ne peuvent être restituées en masse; mais du moins il sera possible d'en remettre une partie analogue aux besoins, et de les rendre ainsi à leur destination primitive, là ou la piété des fidèles n'a pas encore suppléé à leur manque. La juridiction ne leur sera, pas accordée telle qu'ils l'ont exercée sous les Bysantins et les Turcs, sans qu'on la supprime, pourtant entièrement. Elle leur appartient de droit, en tant qu'elle regarde les ecclésiastiques de leur diocèse, et n'entre pa? dans la sphère de la justice criminelle, lorsqu'elle ne touche pas à l'intérêt d'un tiers. Les évêques eux-mêmes ne doivent

être justiciables que de la cour suprême du royaume.: Quant aux affaires des laïcs, nous montrerons plus tard que la sphère de leur juridiction ne doit pas. être trop restreinte. En leur laissant une part dans ces affaires, compatible avec leur caractère et l'intérêt général, on suivra les coutumes et les usages reçus depuis un teins immémorial dans le pays, on maintiendra l'autorité du clergé, on coupera court à une infinité de procès et de contestations, enfin on créera un contrepoids salutaire au pouvoir politique et administratif. Personne ne peut encore prévoir comment ce. pouvoir sera définitivement constitué, et quels e.n seront les résultats et les chances. Mais la puissance ecclésiastique est connue pour être inaltérable dans ses fondemens; consacrée par les siècles, les moeurs et le» croyances, elle est entourée de la vénération du peuple.. D'ailleurs .elle ne cessa jamais de contribuer à mitigée les effets de la puissance séculière, qua)id celle-ci devint arbitraire et oppressive. D'un autre côté l'église constituée, comme nous venons de l'indiquer, ne pourra s'élever au-dessus des autres pouvoirs de l'état, mais renfermée dans sa sphère, elle marchera de pair avec eux.

Les couvens n'ont pas .survécu à la révolution.. Il y en a beaucoup qui sont entièrement détruits; d'autres existent encore en partie, mais ils ont été désertés par les moines. Il ne s'en trouve que quelquesuns qui se soient maintenus, comme le Mégaspiléon de l'Arcadie, ou qui cherchent à se relever de leurs ruines. Quoiqu'il en soit, il leur sera impossible de se rétablir dans l'opinion publique, remuée par douze ans de combats et d'expérience, et qui désormais a appris à distinguer entre les choses vitales du culte , la piété et l'activité, la probité, les lumières du clergé et Içs

coutumei» «secs, la superstition, l'oisiveté, ht corruption et l'ignorance. S'il y a des accusationf ée ce genre, elles sent presque toujours centre les eouveas. H ne faut pas cependant commercer par les supprimer et en disperser les biens de tous cotés; car tout en reconnaissant l'état actuel des choses, il s'agit d'en éloigner ce qui est corrompu, et de faire servir le reste an bien-être de l'église.

Les monastères détroits ne peuvent être rétablis pour servir à leur ancienne destination; quant à cewx qui sont déserts , e* doit se garder de les repeupler. On maintiendra ceux qui existent encore; mais on restreindra le nombre de leurs moines à celui des caleyers requis peur desservir l'église et veiller à l'économie de la communauté religieuse.

11 y a des couvens on les moines, semblables avsc fondateurs de leur établissement,, se livrent avec zèle à la culture du sol et suivent la charrue on prennent, soin des moissons. Ce sont en générai des hommes utiles et bien pensans, qu'il faut distinguer de ceux qiti ne servent qu'à eux-mêmes. Quant aux premiers, H serait inconvenant de les détourner de leurs occupations paisibles. De plus, les couvens conservés doivent fournir en asile aux prêtres qui voudraient se reposer de leurs fatigues pastorales et se livrer aux études ecclésiastiques.

Les biens des couvens seront administrés par une commission composée des membres du clergé et de laïcs soumis au synode. Chaque couves* aura son. administration locale j que l'on confiera à des membres ée la commune voisine, lorsqu'il manque de moines, ou au prieur et à son conseil', s'il existait encore. Le superflu des revenus nécessaires à l'entretien des caloyers qu'on gardera, sera remis à la disposition do

synode pou* servir aux besoins, <te Féglise et du clergé, ainsi qu'à l'établissement des éooks elérioales. Le cougrès d'Argus avait déjà passe it*e loi d'Après laquelle .ta Président était autorisé à employer 4e la sorte les revenus des couvens; mais on n'en a fait usage que pour augmenter ceux du trésor, selon la disposition arbitraire du chef de l'état. Une partie de ces biens a été aliénée ou distraite, sans la moindre utilité» pour l'instruction publique.

Noos n'avons pas parlé ici ée l'emploi qu'il serait bon d'en faire pour les écoles publiques , puisque nous sommes persuadés que les revenus de ces biens, quelque considérables qu'ils puissent être encore, ne suffiront pas aux besoins de l'église que nous avons déjfe indiqués, ainsi qu*à ceux qui seront désignés par la suite,.

Les curés de la Grèce méritent les plus grands égards de la part du gouvernement et du synode. Ce' sont les membres lies plus utiles du clergé, puisqu'ils sont en rapport continuel avec les habitaos. Ils ne doivent pas seulement aider les communes, comme pères spirituels, mais encore leur servir de modèles, comme pèittft. de famille, les conseiller et les défendre dans tous les» cas où l'avis et l'autorité d'un homme sur et respectésont requis. En même tems ils forment une classé in* termédiaire entre le clergé, dont ils sont membres par leur mission, et l'état, auquel ils appartiennent par leurs familles. Us serviront donc de lien intime et prévieo- «iront toute espèce de scission entre l'autorité temporelle et l'autorité spirituelle, scission qui arrive souvent dans les pays ou ces liens n'existent pas. Enfin pour les attacher d'avantage à Tordre établi, il faut leur procurer une situation assurée et honorable , et prendre soin de leur éducation, si l'en veut qu'ils deviennent dignes /de leur mission.

On comprend qu'ici tout se lie intimement; des curés grossiers et ignorans ne peuvent pas répondre à leur vocation, tandis que, de l'autre côté, des prêtres instruits ne voudront pas se charger de cette fonction, aussi long-tems que ceux qui l'exercent seront obligés de se débattre contre les privations d'une situation pénible. C'est donc l'état de faiblesse dans lequel les églises des villages, des bourgs et des villes sont tombées, qu'il faut faire cesser avant tout. Aucune de ces églises ne possède plus la moindre propriété foncière; toutes ont été dépouillées par les Turcs, et les biens ecclésiastiques que les vainqueurs avaient destinés au soutien des établissemens de leur religion, ont été jetés depuis dans la masse des domaines nationaux. On comprendra donc qu'avant tout il faut doter de nouveau les églises, et faire des curés les usufruitiers de leurs revenus. En beaucoup d'endroits, on pourra encore désigner les vignes, les champs, les oliviers et les autres possessions qu'on leur a enlevées. Au moins en rendra- 1- on une partie à leur destination. Dans d'autres communes où il y a des biens appartenant à des convens détruits ou supprimés, on en détachera ce qui sera nécessaire pour doter l'église. Quant aux communes riches, il faudra savoir les engager à subvenir aux besoins de leurs curés au moyen de dotations. En tout cas laf caisse de l'église, et en dernier ressort le trésor public, concourront, à ce qu'on atteigne peu- à -peu ce but important, en sorte qu'après un certain nombre d'années, chaque ville, chaque village un peu considérable, posséderont un église suffisamment dotée pour nourrir avec ses revenus le curé et sa famille.

Après avoir pourvu à une organisation ^qui garantisse à l'église son indépendance, et à tous ses membres

une existence assurée et honorable, on pourra travailler avec succès à l'éducation du clergé futur.

Je ne conseillerais jamais d'enfermer pour ce Lut des enfans d'un âge tendre, dans des couvens on séminaires, car je. connaissais les dangers attachés à une telle réclusion. D'ailleurs il ne faut pas que des hommes destinés à vivre dans la société, en soient éloignés dès l'enfance; ceci n'empêche pas cependant de penser de bonne heure à les préparer à leur mission. 11 vaudrait donc mieux établir des séminaires dans les sièges archiépiscopaux, et les organiser de la même manière que les collèges royaux, en y élargissant cependant la sphère des études en théologie, ainsi que les pratiques de la religion. Les élèves y entreraient à l'âge de treizp à quatorze ans , après avoir terminé le cours de l'école hellénique. On admettrait, aux frais de l'église ou du roi, ceux qui se seraient distingués dans ces établisseroens. L'instruction serait remise, entre les mains, des prêtres faisant partie du clergé de l'archevêque; ei^cas de nécessité, des laïcs les aideraient.

Le nombre des élèves dépendrait des besoins du! diocèse archiépiscopal, c'est-à-dire, des places à remplir chaque année. La discipline du séminaire, tout en étant conforme à l'état des jeunes clercs, ne devrait cependant rien avoir de monacal. Les examens auraient lieu en public et en présence des autorités locales chargées de surveiller l'enseignement, et d'une députation envoyée par le synode, pour prendre connaissance du détail de l'instruction donnée dans le séminaire, et de l'esprit dans lequel elle est dirigée. Le synode se trouverait ainsi en rapport continuel avec l'enseignement et l'éducation du clergé, exerçant sur lui la surveillance dans l'intérêt de l'église, tandis que le ministre de l'instruction publique, siégeant au synode comme pro-

çareu* du roi, aurait l'occasion d'influer mr cette branebe de renseignement, et, quant à tes parties scientifiques, de les rapprocher de ce qu'on enseigne dans les autres établissement

11 est facile de concevoir qu'on manquera des moyens et des personnes nécessaires pour établir ces séminaires partout à la fois, mais il s'agit ki, comme ailleurs, de commencer. Ainsi il suffirait d'abord d'en avoir trois, avec un petit nombre d'élèves dans chacun; on en érigerait de nouveaux, à mesure que l'église et l'état en fourniraient les moyens.

Après avoir terminé les cours du séminaire à l'âge de dix-huit ans* on remettrait les élèves entre les mains des évêques, pour qu'ils apprissent plus en détail leurs devoirs et la pratique de leur vocation. Ceux qui se seraient le plus distingués au séminaire, seraient envoyésà l'université, ou on les recevrait dans le collège destiné aux hautes études en théologie. Pluspart, c'est* à-diie aussitôt qu'on aurait des théologiens formés dans cet établissement et arrivés à un âge mur, on prendrait parmi eux les évéques et les archevêques. Dès lors aucun prêtre ne devrait être promu à des dignités ecclésiastiques sans, avoir passé avec distinction par les hautes études théologiques.

Là aussi les Anglais ont pris l'initiative dans les îles Ioniennes, et donné un exemple à imiter. A Corfou, on a établi un séminaire théologique dans l'ancien pafaitf du gouvernement. Les élèves y entrent à l'âge que nous avons indiqué, et eu sortent pour entrer an service de l'église. Us y sont entièrement aux dépens du trésor public, et restent pensionnaires du gouvernement, après avoir quitté le séminaire, jusqu'à ce qu'ils puissent être placés conformément à leur mérite.

On anra encore bien des changement à faire. Le

nombre des fêles doit être diminué au moins des deux: tiers, les carêmes seront restreints et adoucis, les liturgies abrégées et rendues plus édifiantes par la réforme des chants, des homélies et des catéchèses. Il faut réveiller les sentimens religieux étouffes sous des pratiques superflues ou affaiblis par la frivolité, pendant qu'on U#v ailler a à ramener le clergé aux moeurs dignes de son état, et à lui concilier l'estimé des hommes éclairés, sans laquelle il est hors d'état de se maintenir. Voilà le système étendu d'améliorations et de réformes qui, sans sortir de l'unité, de la foi et des institutions de l'église orthodoxe, embrasse tout son ensemble et ses détails, et dont l'adoption ne doit pas être différée. L'exécution se fera peu -à- peu; il faut seulement avoir la force d'agir et la patience d'atten* dre. Le sol une fois préparé et ensemencé, on surveillera la moisson future, en ayant sein d'en écarter ce qui pourrait lui nuire; mais avant tout en s'adressant à celui qui seul peut faire prospérer les oeuvres des hommes, et qui ne refusera pas sa protection à vos peines des* tînées à relever l'église consolatrice des peuples et à rétablir la vigne du seigneur foulée par les bêtes de la campagne.

Après avoir examiné les intérêts matériels et moraux qui sont en rapport arec le sol, l'agriculture, les métiers, le commerce, la navigation, les écoles et l'église de la Grèce, nous parlerons des intérêts sociaux de ce pays, c'est-à-dire, nous étudieront l'organisation des communes, àen districts et des provinces, les changemens à y introduire, et le pouvoir par lequel les parties détachées doivent être réunies. Cet exposé sera précédé de remarques sur les distinctions sociales existant en Grèce.

VINGT - UNIEME SECTION

Des distinctions sociales en Grèce.

D'après les développemens contenus dans le premier volume, sur les différentes classes des habitans du pays, on se sera déjà aperçu que, malgré la confusion apparente de la société et la haine des prérogatives, la différence des classes, des rangs et des distinctions n'a pas cessé d'exister en Grèce. Elles y ont été introduites par l'empire Bysantin qui en a également doté les royaumes de l'Occident. Le renversement de cette puissance avait interrompu la hiérarchie sociale dans la Grèce, mais, bientôt1 elle fut remise. sous l'égide de l'église orthodoxe : et de l'administration indépendante, qu'elle sut maintenir après l'asservissement de la nation. On trouve en première ligne les dignitaires de l'église même, auxquels on donne les titres de toutsains, tout-sacrés, tout-purs I). On peut leur adjoindre les légistes, les médecins et les professeurs, qui ont toujours été dans un rapport intime avec l'église et sont distingués par des épithètes analogues à leurs professions2). * '

1) Uavayimaxoç est le patriarche, TiavuQmcnoç l'évéque, 7iayo- OHoiaioç le prêtre de rang inférieur.

2) NoftixtoTaroç est le jurisconsulte, ÏÇoxqjtcctqç ,\e médecin, ioytmaToç le professeur et le savant en général.

A côté des dignitaires de l'église et des savans se trouve' une noblesse (éèyéveta), qui compte une foule de degrés' et de titres. Celui de majesté (fieyalei6TT]ç, fnyaXeioiavoç) , qui avait cesse arec les empereurs, a recommencé avec la dignité royale:' Semblable aux patriarches et aux archevêques, le roi déclare avoir sa dignité par la miséricorde de Dieu (&/&> Qtov). Le titre d'altesse (vtyrjXÔTtjç , vtyrjXorcrfoç) , réservé aux fils des empereur* bysftntins, était dévolu au Sultan et aux grands de' l'empire turc. Orî continuera donc de le donner aux rejetons de la maison royale. Après cette dignité venait celle de princes, qu'on appellent les plus illustres (bt\àc^m^6triç 9 ixXapnçoTaTôç); on conférait ce titre aux exarques bysantins et aux beys turcs. Il fût de même accordé aux hospodars de la Valachie et de la Moldavie, sans . toutefois que leurs "descendans en héritassent. 11 n'y eut que leurs fils qui eussent le droit de le garder. 11 y a plusieurs de ces derniers parmi les familles des-Souzo, des Çaradscha en Grèce. Celles des Ypsilantis et des Cantacuzènes ont été reçues parmi la noblesse de la Russie avec le titre de prince qui, par suite de cette réception, leur est devenu héréditaire. Dans la Grèce, il n'y a que le chef de la famille des Mauromichali , Pierre, qui ait été élevé au rang de bey ou prince {fjyefiwv). Pendant la révolution on a revêtu de ce titre les chefs et les membres des différons gouvernemens grecs. Celui de comte (KOfirjç), avec la qualification d'excellence (^o^on/ç^ iÇoxwraroç), est resté à quelques familles des îles Ioniennes, qui le tenaient de Venise, témoin celles de Métaxa, des Capodistria. Les barons sont restés inconnus. — Ces distinctions sociales ont pour base une classe assez nombreuse de nobles (êiyeveZç) répandue dans' toutes les

parties de la Grèce. Ce sont les familles qui vivent H. 14

de leur» - rentes en biensJbnds sans faire! de commerce et sans exescer de métier; elles ne s'occupent que de leurs propres affaires et de celles de 1a commune; ce *ont le* primats (ap/ojTsç, àçxovTtxoi, atxoytvAioi, uqxov- Tixol o&uftv) que nons avons retrouvés à différentes reprises dans nos recherches. Dans le» îles, ces familles de nobles, issues ou héritières des Latins, formèrent presque partout la seule classe de propriétaires fonciers. Leurs possessions, furent des biens clos, qu'on ne léguait en beaucoup d'endroits qu'à l'ainée des fUles (nçtoroxoça) , afin d'éviter tout morcellement», Les capitaux seuls étaient partagés entre les autres enfans. Ce anode de possession, avec les prétentions qui s y attachent, a éprouvé beaucoup' de modifications ; mais au fond il existe toujours et la classe des nobles est restée 'assez nombreuse et jouit d'une influence importante sur les îles, attendu que la domination turque y a moins touché à la société. Quant aux îles commerçantes, telles qu'Hydra, Spéaia* Psata? Chios, où les marchands étaient en force, la noblesse fut inconnue.

Le Péloponèse ne possède pas moins de familles noble*; toutefois elles sont moins anciennes que dans les îles. Les No taras, les Rouffos, les Londoa, les Zaimis, les Dleiianis, les Sissinis, sont assez nombreux et très-infloens dans le nord de cette province; et au midi, les chefs des Mainiotes forment une' espèce de noblesse militaire avec des distinctions de rang et des prérogatives. Ce sont les preux (yevvaioTaTot, ytwaiiv^ç) dont la vie guerroyante retrace parfaitement celle des chevaliers de moyen âge. Ces derniers établis dans le Péloponèse, y introduisirent leur système, leurs moeurs et leurs coutumes, que les montagnards du Taygète ont copiés fidèlement et maintenus sans la moindre altération. Nous avons remarqué plus haut que cette no-

ail

Messç guerrière se^ retrouve, quesq «e sous d'autres formes, -dam la Grèce c+ntinentale parmi les chefs Roméliotes, «à coté des famille» nobles, et quelle y est aussi nombreuse, mais moins influente que dans le Péloponèse. 'Les capitaines de vaisseaux sont à peu près sur la même ligne que les capitaines d'armes. C'est la guerre q*ii les a élevés à ce degré de distinction, puisqu'avaat les hast* exploits des flottes grecques, les capitaines des bâtimens de commerce n'étaient pas distingués des marchands.

La classe des négocians est désignée par le titre de très* honorables (irTi/uoTaroe , rtfiafrijç) , celle des artisans et des paysans propriétaires par la qualification de très -utiles (xÇflatf;l(^Tar0i > ocftkiftdrfxroi, XQtiGtpévqç).

Il est vrai que la révolution a détruit cette hiérarchie de titres et de qualifications. Nous ne voyons plus aucune distinction dans les actes publics; les titres de prince, de comte, etc., ont disparu partout, et les Mauromicbali , les Ypsilanti, les Capodistria, les Métaxa y ont apposé simplement leurs noms, aussi bien que les Coletti, les Colocotroni, les Contourioti. Les Grecs croient que la révolution, en effaçant les anciennes distinctions féodales, a anobli toute la nation, ou plutôt que chacun a gagné la noblesse inhérente à leur nation, par sa participation à la lutte glorieuse, par ses exploits guerriers, ses travaux, ses sacrifices et ses souffrances. C'est pourquoi la constitution de Trézène supprima toute espèce de titres et de distinctions sociales , et ne conserva que^ celui d'excellence pour le Président «pendant la durée de sa magistrature. Malgré cela, les distinctions, quoique altérées et prohibées, ont toujours existé au fond, et comme il s'agit d'introduire une monarchie, on doit bien prendre gardé de blesser les sentiments nationaux par l'usage qu'on en pourrait

faire. Tout en reconnaissant les distinction* déjà établies et en y ayant égard dans l'organisation des eenfcmunes, il faut se garder de fermer les rangs supérieurs à ceux: qui en seraient dignes par lenr position sociale et lenr mérite, ainsi que de blesser les sentiment nationaux en créant des privilèges on des titres sans ancune utilité pour le pays. Il est bien naturel que les fils des Marco Bozzari, des Caraiskaky, des Miaulis., des Mauromichali, des Contourioti, jouissent d'une considération attachée au nom de leurs pères. Dans le cas ou leurs familles héritent de leurs vertus et de leur aisance, on leur témoignera toujours une déférence nationale. Quant aux résultats ultérieurs, il n'y a point à les bâter; les choses doivent se faire d'ellesmêmes eï peu- à -peu: elles naissent, pour ainsi dire, du sol de l'histoire et des coutumes . du pays : on ne peut pas les faire; mais on peut aider à leur développement.

Page 1