CALCAIRES DANS LES CHAUDIÈRES A TAPEUR
Un grand nombre d'expériences auxquelles nous avons pris une part très active , soit sur des chaudières fixes , soit sur des chaudières soumises aux agi^ tations de la mer, nous ont convaincu de la propriété qu'a l'argile préparée par M. Ghaix de réduire considérablement les dépôts de sulfate de chaux, et de les détacher en entier lorsqu'ils ont acquis une certaine épaisseur. Ces résultats ont été confirmés par les expériences faites dans les ateliers de M. Ca« vé, en présence d'une commission delà Société d'encouragement, et par la publication des observations que le hasard avait fournies à M. Roche, ancien conducteur des ateliers de feu M. Gengembre, et qu'il n'avait pas eu l'idée de mettre en pratique.
L'efficacité de l'argile contre les dépôts de sulfate de chaux a été éprouvée pendant plusieurs mois sur le bâtiment à vapeur le Phare ^ commandé par M. Dutertre. Mais les résultats obtenus par M. Pallu-Duparc sur les chaudières du Vautour ont constaté le succès le plus complet. Il est essentiel de rappeler que ces chaudières , fonctionnant à deux atmosphères de pression intérieure, produisaient, à cause de leur construction particulière, des dépôts en plus grande abondance que toutes les autres, et rendaient l'extraction des sels de chaux presque impossible , puisqu'il nous a fallu les démolir en grande partie peu de temps après leur mise en activité, et les reconstruire de manière à pouvoir en démonter les tubes conducteurs de chaleur toutes les fois qu'il était nécessaire de les nettoyer. Cette opération , et le battage des sels presque à chaque voyage de Toulon à Alger, entraînaient des réparations et des chômages tellement considérables , que le ministre prescrivit d'appliquer a l'appareil évaporaloire duYautourle procédé inventé par M. Ghaix, et, en cas d'insuccès, de remplacer cet appareil par un appareil ordinaire à basse pression.
L'argile ayant été mise en usage sur les chaudières du Vautour^ lés rapports de M. le capitaine Pallu-Duparc ont donné les résultats suivants : Les dépôts calcaires, qui auparavant s'élevaient à l'épaisseur considérable de
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1 ^ millimètre pour un voyage de 60 à 60 heures de chauffe, n'avaient plus , par l'emploi de l'argile , qu'environ le J- de cette épaisseur ; ils étaient de couleur grise, mélangés d'argile, très friables, et si peu adhérents, qu'il suffisait de promener une baguette de fer par un trou percé exprès dans l'intervalle des tubes de chaleur pour les détacher et les faire tomber au fond des chaudières , d'où il était facile de les extraire. Pendant un an que ce procédé a été employé sur le Vautour^ les chaudières n'ont pas eu besoin d'être démontées une seule fois pour le nettoyage , qui ne présente plus désormais aucun obstacle. La consommation en charbon est redevenue à peu près la même qu'à l'époque de rarinement ; ce bâtiment a fait un service aussi actif et aussi régulier que ceux qui sont dans le meilleur état d'entretien , et nous devons enOn au seul succès de l'argile la conservation de son appareil.
Les extractions périodiques ou les renouvellements partiels de l'eau des chaudières à vapeur alimentées par l'eau de mer, qui sont indispensables pour empêcher que cette eau n'atteigne le degré de saturation où les sels solubles ( principalement le sel marin ordinaire ou hydro-chlorate de soude ) commencent à se déposer, ont lieu généralement de quatre heures en quatre heures : de la sorte, cette opération [peut se faire sans qu'il en résulte une Consommation sensiblement plus grande de combustible, et sans trop d'inconvénients dans les circonstances difficiles de la navigation; mais elle n'a aucune action apparente sur les dépôts calcaires, exclusivement composés de sulfate de chaux dans les chaudières à la mer. j^ sel marin ordinaire et le sulfate de chaux exercent entre eux une action répulsive, c'est-à-dire que là où se dépose le sel marin on ne voit pas un atome de sulfate de chaux , et réciproquement. Ce fait a été vérifié par nous plusieurs fois , et notamment sur l'appareil évaporatoire du Papin, dont deux des quatre chaudières indépendantes, ayant leurs tuyaux d'extraction obstrués, se trouvèrent tapissées intérieurement de cristaux de sel marin ; tandis que les deux autres, où les extractions périodiques n'avaient pas été interrompues, ne renfermaient absolunieiit que du sulface de chaux en couches épaisses et adhérentes aux parois.
On conçoit cependant que, si les extractions pouvaient, sans inconvénient et sans trop de dépense de combustible, être pratiquées abondamment et à des intervalles de temps très rapprochés , elles auraient pour effet de troubler la cristallisation des sels de chaux et de diminuer leurs dépôts adhérents , par la même raison qui fait que ces dépôts sont proportionnellement plus épais <ians les chaudières fixes que dans les chaudières agitées par la mer, et , dans
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celles-ci, selon les circonstances de vent et de mer, ou le plus ou moins d*agitations qu'elles éprouvent durant le voyage. C'est là tout le secret de quelques mécaniciens anglais, qui, pour se Faire un mérite de Tinvention, y ajoutent de la plombagine et de la graisse : car on ne saurait attribuer d'autre résultat à celle-ci que d'augmenter rinfection qu'elle produit déjà dans la cale du navire par suite de son emploi à lubrifier les articulations des machines.
Les extractions , pratiquées en temps convenable, étant nécessaires pour S6 préserver des dépôts de sel marin , l'argile employée pour éviter les dépôts calcaires adhérents est entraînée en partie par ces extractions , et il faut pourvoir à son remplacement. On s'est servi dès le principe d'un moyen fort simple et suffisant pour de courts voyages, mais dont le but était surtout d'éviter aux mécaniciens un surcroît de travail, afin de les rendre favorables aux essais de ce procédé. L'efficacité de l'argile étant bien démontrée, rien de plus naturel que de substituer aux boites ou cribles qui la renferment, et qu'on fixe dans l'intérieur des chaudières, une pompe aspirante et foulante mue par la machine, et puisant dans un bassin contenant de l'argile délayée, pour remplacer celle qui se perd par les extractions ou qui est entraînée par la vapeur. Ce dernier moyen, dont nous donnerons la description à la fin de celle note, permet, quelle que soit la durée de la traversée, de n'injecter dans les chaudières que la proportion d'argile reconnue sufiftsante par l'inspection des robipi^ts-jauge ou des tubes de niveau d'eau : il y aura donc en même temps écolhiomie de matière et un efiet plus assuré. Ce mode d'injection de l'argile a été essayé en premier lieu sur les chaudières du Vautour, malgré le travail que devait exiger de l'équipage la pompe à bras disposée pour cet emploi ; et le résultat a confirmé toutes nos prévisions. L'eau des chaudières a pu être maintenue constamment au même degré de trouble, tandis qu'auparavant l'argile fournie par les caisses disparaissait totalement vers la fin du voyage; les dépôts ont été trouvés encore plus minces, et ont donné moins de peine à les détacher.
L'examen des effets de l'argile sur les chaudières du Cerbère , comparativement à ceux obtenus par l'emploi d'un mélange de graisse et de plombagine, accompagné de fréquentes extractions, sur les chaudières du Tartare, a décidé complètement la question en faveur du premier de ces deux procédés. Les chaudières du Tartare , bien battues et nettoyées d'avance, nous ont montré tout ce que peuvent les efibrts et les soins assidus d'un excellent mécanicien-conducteur qu'on doit citer pour modèle à ses collègues -, mais nous