A UK VAISSEAU DE LIGNE
» Bdiimenis légers destinés à parier des ordres et des dépêches dans la Méditerranée. On peul , dans Télai actuel , rendre la marche des bateaux à vapeur trèe supérieure à celle que peuvent acquérir, même dans les circonstances les plus favorables, les bâtiments à voiles. Ainsi donc les bâtiments dont il s'agit devront toujours , sans avoir égard à la plus ou moins grande consommation de combustible , marciier à la vapeur, puisque dans ce cas la eëléf ité est le premier but qu'on se propose d'atteindre. Or les bâtiments a roues ayant , de beau temps et par les belles mers, l'avantage sur ceux à vis , il parait avantageux de conserver les roues aux bâtiments destinés à porler desordres et des dépêches, particulièrement dans la Méditerranée, où les mauvais temps sont assez rares et de peu de durée, et où surtout la mer se calme promptement. Les distances à parcourir étant d'ailleurs assez courtes , le bâtiment n'a pas besoin d'être surchargé de charbon au départ.
f Bâtiments légers destinés à porter des ordres et des dépêches dans VOcéan. La vis semble devoir être préférée pour ces bâtiments, surtout pour ceux destinés à faire les trajets des Antilles et de l'Amérique du sud. !<> En raison des vents réguliers qui leur permettront de parcourir à la voile de grandes distances avec des brises favorables et assez fortes pour leur donner une belle vitesse. 2° Parce que, la mer restant long-temps grosse après les coups de vent, les avantages de la vis seront plus souvent utilisés, en supposant entre les beaux et les mauvais temps le même rapport que dans la Méditerranée. 3"" La grande quantité de combustible que doivent embarquer à leur départ les bâtiments à vapeur est , pour les bâtiments à roues, wn grave inconvénienl ; tandis que les bâtiments à vis , outre qu'ils en sont peu affectés, pourront , en raison des chances qu'ils ont d'obtenir plus souvent à l'aide do leurs seules voiles une vitesse suffisante , en embarquer une moins grande quantité. Par les mêmes raisons on pourrait les munir de plus puissantes machines.
» Bâtiments de guerre. Du moment que la vis, employée comme moyen de propulsion , loin de rendre le bâtiment moins marin , est au contraire susceptible d'ajouter aux garanties de la navigation, les avantages de son application aux vaisseaux de lignedevienncnt si incontestables et si frappants, même pour les personnes le plus étrangères à la navigation à vapeur, qu'il semble inutile de lesénumérer. Qu'on se figure en effet deux vaisseaux en présence, se servant l'un de la vis, l'autre de la voile, quelle inégalité nly aura-t-il pas entre ces deux bâtiments, dont l'un pourra se mouvoir autour de l'autre dans toutes les directions avec une vitesse au moins double de la vitesse ordinaire d'un vais-
244 NOTE XII. — APPLICATION d'UN APPAREIL A VAPEUR
seau (par les lemps et avec les voilures de combat), sans que rien puisse altérer sa puissance motrice, tandis que Tautre ne pourra se mouvoir que dans certaines directions , à Taide de voilures entièrement exposées aux coups de Tennemi? Que si, par impossible, la supériorité restait au dernier, comment en profiteraitril , puisque le bâtiment à vis serait toujours à même de se soustraire à propos aux coups de son vainqueur, impuissant à le suivre?
f Ainsi donc, quelque grands que pussent être les inconvénients résultani de l'application de la vis aux vaisseaux de ligne, les avantages pour le combat en sont si incontestables, qu'on ne pourrait hésiter à l'adopter, car l'avantage restera nécessairement à la puissance qui la première opposera de tels vaisseaux aux vaisseaux ordinaires.
f La question principale est de placer la machine à l'abri du boulet, et eesl pour cette raison que le système à roues ne peut être comparé dans ce cas au système à vis.
9 II résulte des recherches que j'ai faites à cet égard qu'en adoptant pour les vaisseaux une machine de la Torce de 1000 chevaux, même à basse pression , tout le système peut être placé entièrement au dessous de l'eau. La vis, d'ailleurs peu vulnérable, est complètement immergée et protégée par l'arrière du navire, qui la recouvre.
9 A regard de la cheminée, qui ne dépassera que de quelques pieds le pont supérieur d'un vaisseau , elle ne pourra être abattue , et les trous des boulets seront facilement bouchés au moyen d'auioclaves disposés d'avance.
9 Reste maintenant à examiner les inconvénients qui peuvent résulter de l'application de la vis aux vaisseaux :
> 1® La vis, même désembrayée, nuit au sillage, puisque, d'après les expériences du capilaine Ericson, elle le diminue de ~. Cet inconvénient pourrait disparaître au moyen de la disposition que j'ai menlionnée (2).
9 2^ Les chaudières, les machines et le charbon, occuperont un grand espace, et surchargeront le navire d'un poids considérable.
9 En admettant le cas le plus défavorable, c'est-à-dire l'emploi des machines à basse pression, l'espace occupé par la base des chaudières serait de 10 mètres en carré; les machines en prendraient 8 environ en longueur, ce qui ferait 18 mètres en tout. Le charbon, pour un nombre d'heures assez limité , serait logé de chaque côté des machines et des chaudières. Le poids total des
(2) Ce -moyen est à peu près semblable à celui que nous avons déjà indiqué pour exhausser les roues à aubes, art. 1 de celte note.
A UN VAISSEAU DB LIGNE. 2iS
machines, des chaudières et du charbon, pourrait être de 1000 tonneaux. Cette disposition entraînerait nécessairement la suppression d'une grande quantité de caisses à eau, inconvénient auquel cependant il serait peut-être possible de remédier en partie, en employant pour contenir Teau des cuisines, du boulanger, etc. , les chaudières qui ne doivent servir que très rarement. Il fiuidrait dans tous les cas se réserver les moyens d'obtenir de Teau distillée en embarquant les appareils convenables
« Mais si Ton considère que les vaisseaux ne devront se servir de leurs machines que pour le combat ou dans des circonstances très urgentes, et toujours pendant quelques heures seulement, on conçoit qu'on peut sans inconvénient employer des machines à haute pression. Le court espace de temps pendant lequel les machines fonctionneraient ne permettrait pas la formation dans les chaudières d'une grande quantité de sels; le temps d'ailleurs ne manquerait pas pour les nettoyer , puisqu'elles ne serviraient que très rarement. Dans ce cas, le poids des machines et des chaudières , ainsi que l'espace occupé par elles, seraient considérablement réduits. »
Dans une note sur rapplication de la vapeur à la navigation , remarquallle par l'élégance du style unie à la force de la pensée , où cette question est traitée tant sous le rapport politique que sous celui de la guerre maritime, M. Verninac Sainl-Maur, capitaine de vaisseau , commandant supérieur des paquebots-poste du Levant, s'exprime ainsi : « A mesure qu'on examine at-
V lenlivement chacune des opérations de la guerre maritime, et qu'on met » en parallèle pour l'exécuter l'ancien et le nouveau moteur, on reconnaît » l'impuissance de l'un, et l'on voit s'agrandir la puissance de l'autre. La que- 9 stion ne consiste donc plus à savoir lequel de ces deux éléments doit servir f d'auxiliaire à l'autre; c'est une affaire jugée par quelques personnes, et » qui lésera bientôt pour tout le monde. Ce qu'il importe essentiellement de f déterminer, ce sont les formes les plus convenables des bâtiments à vapeur, » leur armement militaire, le moyen d'abriter tout l'appareil des machines
V contre les ravages de l'artillerie, et la mâture la plus simple, et en même
V temps la plus propre à la navigation.
» La substitution de la vis d'Archimède aux roues , tentée en France et » heureusement appliquée en Angleterre, résout une partie du problème, t L'autre partie est résolue par le projet de navire qu'a présenté au gouver- ' nement le lieutenant de vaisseau Labrousse, projet que cet officier distin- > gué a bien voulu nous communiquer, et qui, à notre avis, tranche toute » contestation entre la voile et la vapeur, i
PROJET DE BATDIENT A TAPEUR DB LA FORCE DE 160 GHETATJX, RÉDIGÉ PA& ORDRE DE H. L'IRSPECTEOR GÉNÉRAL DD GÉNIE MARITIHB. (Juillet 1839.}
Dimensions principtUes.
On a donné à la carène 50 mètres de longueur mesurée de dehors en dei hors, à la flottaison , et 9 mètres de largeur à cette même partie ; — Rapport 5.6S5. Le creux est de 40 cenlimètres plus grand que celui du Sphinx, el la tirant d'eau de 3'°.65 au lieu de S'^.SS. A ce tirant d'eau normal, qui correspond à ta moitié du chargement le plus ordinaire en combustible, la surface de la portion immei^ée du maître-couple ne dépasse pas celle du Splûnz. Les fonds de l'arrière et de l'avam sont plus fins de forme; et, quoique les mois 4|^ensions principales aient été augmentées , le déplaceraenl total surpasse seulement de 12 tonneaux celui de l'ancien type de nos bâtiments de l&O , l'un et l'autre calculés par la môme méthode et avec uo nomlireégal d'ordon> nées. Ces 12 tonneaux sufliseni pour compenser l'excédant du poids de coque, poids évalué proporlioanellement à celui de la coque du paquebot des po&tes le Mentor, dont nous avons eu l'occasion de vérilier l'exactitude.
Bases de l'armement.
Un appareil de 160 chevaux (modèle Sphinx) pesant au moins 200 tonneaux, l'eau des chaudières comprise , celui de 180 chevaux , exécuté suivant le système le plus perfectionné , ne doit peser au plus que 180 tonneaux, également avec l'eau des chaudières. Il y aura donc un bénéfice de 20 tonneaux qui pourra s'ajouter à la moitié du chargement ordinaire en cliarbon , laquelle n'est portée qu'à 80 tonneaux dans la plupart des devis d'armement des bâtiments du type Sphinx.
Ainsi on peut compter sur la certitude des renseignements d'après lesquels les bases suivantes de l'armement du bâtiment projeté de 180 chevaux ont été établies.
Artillerie, munitions de guerre, équipement ei rechanges d'anillerie C 2 canons-obusiers de 80 et 2 canons de 30, à 100 coups cliacun. SO* .001)
Màlnre^ agrès» apparaux el rechanges des divers services.
Vivres ponr 80 hommes pendant 40 jours (comprenant le biscuit , la farine, les salaisons et rafratchissemenis de toute espèce, les futailles pour les vivres, et les ustensiles de cambuse et de boulangerie).
Eau.
Vin.
Eau-de-vie.
Caisses à eau en tôle.
Pièces à eau.
Futailles pour le vin et Te^u-de-vie.
Bois.
Chantiers et bois d'arrimage.
Provisions de table du capitaine et de Télat-major.
Poids de Téquipage et de ses effets.
Embarcations et menus objets d'armement.
Poids de Tappareil à vapeur, y compris Teau des chaudières et les soutes
en fer.
Charbon de terre pour le service des machines.
Total du poids de Tarmement.
Poids présumé de la coque.
Le déplacement de la carène devrait être de 776* .445
Celui du bâtiment projeté, à 3*. 30 de profondeur de carène ou à S*.55 de tirant d'eau moyen , est de 784* .417
Forme de la carène.
* La forme de la carène est assez semblable à celle de la Medea^ de M. Oliver
Lang ; mais, par la finesse des fonds, elle se rapproche encore plus de celle du Firebrand, du même constructeur. Nous avons conservé les saillies dans les hauts, afin de donner au pont une largeur égale à celle du pont de la Medea , dont nous avons imité les dispositions pour l'installation des canons-obusiers de 80, à l'avant et à l'arrière; l'augmentation de largeur du pont au moyen des saillies étant d'ailleurs motivée par les mouvements de troupes que les bâtiments de cette espèce sont destinés à opérer.
D'après les formes adoptées et les positions des centres de gravité des machines et des munitions d'armement, nous présumons qu'au chargement normal le bâtiment aura une difiërence de tirant d'eau d'environ 20 centimètres sur l'arrière.
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