TOTAL
l re classe. 2 e classe. 3 e classe.
Home and colonial
Wliitelands.
Cheltenham Warringlon
York
S:disbury Hrighlon .
pour ces établissements d'une union sincère avec 1 Etat qui encourage les études en leur donnant une sanction : tels sont les deux principes fondamentaux dont Y home and colonial scliool Society est la vivante application.
A côté des établissements de la National et delà Dritisli and Foreign Society ; à côté des écoles dont les directeurs ou directrices se sont formés à Graifs km road 9 et qui entretiennent des relations plus ou moins étroites avec le comité central de 1 Viorne and colonial Society, s'élève an nombre considérable d'écoles doublement marquées du caractère d'institutions privées. Ces écoles, aussi indépendantes vis-à-vis de Tune ou l'autre des sociétés dont il n'a été question qu'à l'égard du gouvernement lui même, n'acceptent aucune inspection, ne subissent aucun contrôle. Elles vivent comme elles sont nées, par elles seules et pour elles seules. Dans toute la rigueur du mot, elles sont écoles libres. Beaucoup datent d'une époque très-ancienne, et possèdent de riches revenus. Les statuts de fondation déterminent parfois la catégorie d'enfants auxquels l'école doit exclusivement être ouverte, le quartier ou les rues dans lesquels les élèves doivent être recrutés ; souvent ils imposent à ces élèves l'obligation d'un costume. A cet égard, comme sur les autres points, la volonté des fondateurs est religieusement respectée; il suffit de se promener, à certaines heures, dans les rues de Londres, pour rencontrer, isolés ou groupés dix à dix, sous la conduite d'un moniteur, des enfants en jaquettes bordées de bleu, de vert ou de rouge, la toque en tête, une plaque sur le bras : des écoliers du temps de la reine Anne ou d'Elisabeth courent, à l'heure qu'il est, les rues de la cité, comme les hallebardiers d'Henri VIII montent la garde sous les voûtes ténébreuses de la tour qui vit tomber la tête de Jeanne Grey.
Au reste, l'usage du costume n'est pas simplement un hommage rendu à la volonté d'un créateur d'école. C'est un moyen de surveillance dont, à Londres, comme dans toutes les grandes villes, on ne sain ait méconnaître l'utilité.
Plusieurs écoles primaires dans la capitale , ainsi que dans les autres cités de l'Angleterre, doivent leur existence à des fondations de ce gente. Comme les institutions d'un ordre supérieur d'enseignement, commë les collèges d'Oxford, comme Christ-Hospitaj ou le Kirtg's collège, à Londres, elles s'alimen-
tenl de leurs propres ressources, et peuvent admettre gratuitement un certain nombre d'enfants. Parmi les établissements modernes, je dois signaler l'admirable fondation qui est due à la munificence princière de miss Cutis. Une salle d'asile, une école de garçons, une école de filles, toutes trois disposées avec les ressources de la plus intelligente charité, toutes trois dirigées avec un art que secondent de puissants moyens d'action, se groupent en s'abritantà l'ombre du clocher, autour d'une belle église, d'où descendent sur ces asiles de l'enfance les inspirations de la pensée religieuse. Un contraste saisissant en fait ressortir plus vivement encore le caractère et les bienfaits. L'établissement pénitentiaire destiné, en partie, aux jeunes criminels, la prison de Ïothiil-Field développe ses tristes murs, précisément en face du bienfaisant abri qui, tout le jour, retentit de chants joyeux. Là, les leçons qui préviennent le crime ; ici, le châtiment qui le punit. Nulle part, ces deux termes du problème de la régénération morale ne me sont apparus dans une opposition plus éloquente; nulle part on ne sent mieux que le développement du premier peut seul arrêter le menaçant progrès du second ; nulle part on ne comprend, à la lumière d'une évidence plus irrésistible, que les questions si multiples, suscitées par l'instruction primaire, s'élèvent, pour solliciter l'attention des esprits sérieux, à la hauteur d'un intérêt social.
C'est ici l'occasion, et la sévérité réfléchie de quelques-uns de mes jugements m'impose le devoir de la saisir, c'est ici l'occasion de rendre hommage au caractère de grandeur dont, en dépit de ses vices intimes, la société anglaise porte la puissante empreinte. Les fondations que Ton y rencontre à chaque pas témoignent de l'intelligence que les hautes classes savent mettre aujourd'hui encore au service de leur intérêt. Ces fondations, dans l'ordre des institutions d'enseignement ou de bienfaisance, comme dans l'ordre des institutions commerciales, sont à la fois, pour l'aristocratie nobiliaire et financière, le signe et la cause de sa force : le signe, car elles semblent comme une prise de possession permanente et régulière du sol; la cause, car elles sont à la société, au sein de laquelle elles se trouvent jetées, ce que sont les chaînes et les larges assises à l'édifice qu'elles soutiennent. Le pouvoir, dans les pays de centralisation, chargé qu'il y est d'une responsabilité si lourde, préfère, je le sais, à la permanence des forces collectives la passive mobilité des forces individuelles; celles-ci sont les grains c [ e sable qu'un souffle
disperse; celles-là, dans leur puissance de cohésion, sont des éléments de résistance que le caprice redoute, parce qu'il ne les maîtrise pas; mais je sais aussi, et l'exemple de l'Angleterre le prouve, que les premières seules peuvent enchaîner l'avenir en le rattachant au passé : en ne souffrant que les secondes, on manœuvre plus facilement peut-être, mais à coup sûr, on ne fonde pas.
Bien que je vous aie parlé, Monsieur le Ministre, des écoles si nombreuses qui se rattachent à trois grandes sociétés ; bien que |e vous aie signalé cette catégorie d'écoles qui revendiquent et conservent une indépendance absolue, je suis loin d'avoir exposé l'œuvre entière de l'initiative privée, dans le domaine de renseignement du peuple. Il me reste à vous présenter toute une face de l'instruction primaire, au sein de la capitale du Royanme-Uni. ICt ici, par la marche naturelle de cette étude, je me trouve ramené à mon point de départ.
C'est un des traits caractéristiques de Tétat social des classes pauvres à Londres, que leurs enfants soient presque forcément exclus de la participation à l'enseignement général que reçoivent les enfants, je ne dirai pas de la classe aisée, mais de ta classe non indigente. Toute une jeune population, dont le chiffre s'élève à plus de 20,000 individus, reste en dehors des écoles dont j'ai parlé jusqu'à ce moment. C'est dans le tableau que j'ai iracé au début de ce travail, dans l'état social dont ce tableau est l'expression, qu'il faut chercher l'explication de ce fait.
Les conséquences morales et physiques de cet état social sont telles, que les enfants des classes indigentes se trouvent, je ne dirai pas hors la loi, mais, si je puis ainsi parler, hors les mœurs. J'ai soumis mes impressions personnelles, à cet égard, au contrôle rigoureux des faits. Pourtant, en traduisant ici ces impressions, je me serais suspect à moi-même. Je donne la parole à des autorités irrécusables, aux interprètes des intérêts scolaires du pays: à des voix anglaises il appartient de déclarer que, pour une partie notable de la génération qui grandit au sein des cités d'Angleterre, il faut, pour les motifs qu'on va connaître, des écoles distinctes, un enseignement distinct, des procédés distincts.
« Quoi qu'on puisse affirmer de la diffusion de l'instruction parmi les pauvres, dit le rapporteur de la ragged school union, il est hors de doute qu'une masse énorme n'est pas même atteinte... Entrez dans les rues et dans les ruelles de la cité, ces grandes
routes et ces faux-fuyauts du crime, ces repaires ténébreux de la misère et du vice; les scènes dont on y est témoin sont parfois incroyables, et souvent déchirent le cœur. C'est un spectacle digne de pitié que l'attitude sauvage de parents cruels et dépravés, que la misère à laquelle les enfants sont en proie. On ne peut sans émotion voir ces infortunés, jetés comme au rebut, accroupis çà et là dans ces allées impures... On ne peut sans douleur se représenter ces malheureux se faisant voleurs pour trouver la nourriture et le logement dans la prison » (l). « Regardez-les, dans les rues, s'écrie une autre voix ; ils ne semblent bons qu'à être balayés comme une vermine de la face de la terre; (lo be swept as a vermin front the face of the earlli) ; regardez-les dans leurs logis, s'ils en ont, fétides, impurs, vicieux, destinés seulement, ce semble, à être emportés par quelque peste bienfaisante, et vous reconnaîtrez véritablement en eux la classe dangereuse » (2).
C'est dans cette population que se recrutent à la fois les rag» cjed schools et les maisons de correction. Ce qui est dit des unes peut être dit des autres. Or, voici le témoignage de M. Clay, chapelain de Presion House, relativement à l'état moral des jeunes détenus, au moment de leur incarcération ; même après les chiffres et les faits produits au commencement de ce rapport, les citations qui suivent sont nécessaires pour faire comprendre les ragged schools.
t J'appelle extrême ignorance, l'état de l'individu qui ne peut dire un mot d'une prière, qui ne sait pas le nom du souverain régnant, ou ne connaît pas les mois de l'année. Sur 3,000 jeunes gens et jeunes filles, j'en ai trouvé 1588 en cette extrême igno-
(1) Fourlh animal report of the ragged scfiool union (1848).
(2) Reformatorij schools for the children of the perishing and dangeroas classes, by Mary Carpertter (1851).
Ce livre , œuvre d'une femme vouée, depuis longues années, et avec un absolu dévouement, à la pratique de l'éducation des pauvres, jette une vive lumière sur l'état moral des classes indigentes.
Pareils détails pourraient être donnés sur la population pauvre de presque toutes les grandes villes. — A Edimbourg même, dans le quartier de Grassmarket, c'est une multitude de vagabonds, « plus dégradés que les lazzaroni. » (V. a plea for ragged schools, by tbe Rev. Thomas Gulbrie; Ëdinburgh.) Les citations, pour ce qui concerne Londres ou d'autres villes, ne seraient plus que des répétitions. (V. Speech ai York ragged school, 1848. — Speech o/ the Rev. Baptist Noël, etc.)
rance. 1290 entants el hommes, 293 jeunes filles sont tellement incapables de recevoir une éducation morale et religieuse, que leur parler de vertu et de vice, c'est leur parler une langue inconnue» (1).
Maintenant, considérons la population dont je parle, à son entrée non plus dans la maison pénitentiaire, mais dans la ragged school :
« Les enfants les plus âgés viennent souvent (often) ivres; on est obligé de les renvoyer. Dans une école, la moitié des élèves sont connus pour voleurs (are known thieves). Dans une autre, sur 50 enfants, au moment de l'admission, 16 étaient voleurs, 27 mendiants. » (Foiirth annual report of the ragged school union, p. 12.)
Sur 36 jeunes garçons admis à Técole-refuge de Grotto-passage, Marylebone, en 1849, € 11 étaient voleurs, les autres avaient été plusieurs fois arrêtés comme vagabonds. » (Seventli report, 1851). Aux débuts del'école de Bere street, Ratcliff , t les désordres y étaient sans nombre, on éteignait les lumières, on brisait les volets elles grillages, on volait les livres» (Ibid., p. 19). Le rapport de 1848 décompose ainsi le personnel des ragged schools de lîroadwall, au moment de leur création : t 19 sont fils de condamnés, 33 ont été en prison, 76 sont revendeurs, 41 vivent de mendicité. La mère d'un des enfants tient une maison bien connue qui sert de retraite aux voleurs » (2). Enlin, voici au mi-
(!) Report to the committee of the Lords, 1847. — V. les témoignages analogues du Rev. Osborne, 1849, 1850; — et du Rev. John Field.
(2) Ce même rapport résume, sous les qualifications suivantes, la population des ragged schools: « bricklayers* assistants, coslermongerboys, orange-boys, and flower-girls; beggars, pickpockets, street-singers, and gypsies. »
Quand des Anglicans constatent un tel état de choses dans la capitale de l'anglicanisme, la modestie leur messiérait-elle ? — Je lis dans le rapport de 1851, p. 26, à propos des écoles de Foxcourt, Gray's inn lane : « d'un côté s'étend la place connue sous le nom de Thieves' Kitchen; les enfants y apprennent le vol, et y sont initiés à toutes sortes de vices ; de l'autre s'élève une école catholique romaine, où l'admission est gratuite pour tous les pauvres du voisinage. Lorsque la les émissaires de Satan, et ici les ennemis de la vérité épient ces pauvres enfants, — les disciples du Christ ne pourront-ils du moins égal ër leur 2èlè....?» Que pense-l-on de ce parallélisme?
lieu de quelle population a été créée l'école de Charles stree!, Drury-Lane. « IL y a là plusieurs logging-houses dans lesquelles s'entassent, la nuit, près de 500 individus. 300 filles publiques du plus bas étage, et un nombre égal de voleurs vivent aux environs. Actuellement et positivement, on y enseigne aux jeunes garçons le vol, aux filles la prostitution; the boys are trained for thieving, and the girls for the streets » (Seventh report y 1851).
Ce n'est pas moi qui parle, Monsieur le Ministre; je me borne à confirmer ces témoignages par cette parole d'un illustre évêque catholique : « L'ignorance dans les classes indigentes de la métropole est la honteuse et brutale ignorance du vice et de la dépravation » (1).
Les conséquences d'un tel état de choses, je le répète, sont forcément celles-ci :
1° La population dont on parle ne peut être reçue dans les écoles ordinaires de la semaine ou du dimanche (2). Elle doit être parquée, si j'ose dire , dans des enceintes où elle ne puisse vicier par son contact les éléments sains de la société (3).
2° Il faut, pour de tels élèves, une discipline, une méthode, un ensemble de procédés exceptionnels comme leur situation (4).
(1) Bisfiop WisemarCs pastoral, en faveur du calholic poor-school eommittee, 1849.
(2) « Having oftcn observée! the many children that are excluded from the regular sunday or day school, in conséquence of their ragged and filthy condition, and also the great number who constantly infest our streets, to idle, lo steal.... » {Report , 1844.) — * The great number of idle, wagrant, ragged children in the streets, alleys, and courts of the metropolis , who, from their rude and filthy condition^ were inadmissible to the regular day or sunday schools.... » (Fourth report.)
(3) « The masters of national or brilish schools would generally exclude, as undesirable associâtes for those under their care, the outcast or vicious children young in years, old in ail the arts of crime.» (Mary Carpenter, p. 34.) — A Glascow comme à Londres, on proteste contre la pensée d'exposer « the children ofhonest parents to associate with ihose who are taken from the streets , and accostumed to the habits of wagrant deliquency. » (Speech at the third meeting of the Glascow ragged schools.)
(4) « A very slrongly defined line of séparation.... requires perfectly distinct machinery and modes of opération in dealing with them. »
Je veux aux faits déjà cités ajouter un irait de nature à compléter l'idée qu'on doit se faire de la matière brute sur laquelle il faut agir. Ur*
3° Des maîtres spéciaux, guidés par un dévouement qu'une rétribution plus ou moins avantageuse ne suffit pas à inspirer, peuvent seuls remplir une tâche que la pensée religieuse ennoblit, en proportion des sacrifices quelle impose.
t Nous avons besoin, disent les rapports, de maîtres qui chargent leurs épaules d'un lourd fardeau, et à qui l'amour du Sauveur rende ce fardeau léger; qui ne regrettent la dépense ni de leur temps, ni de leurs forces, ni le sacrifice de leur comfort ; des maîtres résolus à se trouver au poste, à heure fixe, comme si leur absence dût arrêter tout le mécanisme ; des maîtres dont les cœurs soient imprégnés de l'amour divin (balhed in divine love) , et qui, dans l'esprit du Christ, accomplissent l'œuvre du Christ; des maîtres qui ne comptent pour rien ni leurs aises, ni leurs vies ; qui après les extrêmes efforts, après l'entier sacrifice d'euxmêmes, soient encore humiliés de leur lâcheté, et s'écrient : nous sommes des serviteurs inutiles ! » (Octobre, 1850.)
Il est curieux d'entendre l'anglicanisme tracer un magnifique idéal de la vie des congrégations religieuses. Le catholicisme ne se borne pas à rêver cet idéal , il le réalise : quand l'Angleterre exprime un désir qui est un aveu (1), la France montre ses frères de la doctrine chrétienne et ses sœurs de la charité.
témoin oculaire raconte (philosophy of ragged schools, p. 58) que le premier jour de l'ouverture d'une sunday-school dans B... street, les élèves, garnements de 12 à 20 ans, cherchèrent querelle aux maîtres; on se battit, le sang coula. Quelques jours après, ils éteignirent les lumières, et volèrent tout ce qui se trouvait dans l'école, chandeliers, livres, casquettes, etc.
C'est pourquoi, « the wbole syslem of our good british schools is utterly unfitted for them, and would not be endured by them. Their habits of independent and wild freedom, accustomed as they are every one to do whai is right in his own eyes, would render the discipline there enforced utterly abhorrent to their natures. » [Mary Carpenter, p. 36.)
(1) Il y a une page intéressante, à ce point de vue, dans l'ouvrage cité plus haut, p. 123. On y constate que les femmes ont le don spécial de subjuguer la rudesse de ces enfants sauvages parla puissance de leur douceur; mais deux obstacles existent, ajoute-l-on : celles qui seraient aptes à l'œuvre de l'éducation sont souvent captivées par « the domeslic circle and social engagements. » Comment ensuite se résoudre à pénétrer dans les mauvais quartiers où s'élèvent les ragged schools? — Ce double problème est résolu chez nous.
Quoiqu'il en soit, c'est pour répondre à ces besoins spéciaux, que l'initiative privée, dans la capitale du Royaume-Uni, a créé des écoles spéciales, dont le nom à lui seul, est un trait de mœurs, écoles de haillons, ragged-schools ; c'est pour satisfaire à ce sentiment profond d'un devoir aussi bien que d'un intérêt social, qu'elle a fait un de ses efforts les plus méritoires en constituant la ragged-school union.
<l Le but de la société est d'encourager et d'assister ceux qui enseignent dans les ragged-schools; de les aider par des secours d'argent ; de recueillir et de répandre des renseignements sur les écoles existantes ; de travailler à la création de nouveaux établissements ; de préparer des plans pour la meilleure organisation des écoles, et pour l'éducation des enfants pauvres, en général ; de visiter les différentes écoles, et de constater leurs progrès; d'encourager les réunions des maîtres, et les Bibles classes ; enfin d'assister les personnes âgées ainsi que les enfants dans l'étude de la parole de Dieu. (1).
« Tous les maîtres et directeurs de ragged-school , les sousscripteurs de 10 sch. par an et au-dessus, sont membres de l'union.
* L'union admet les chrétiens de toutes communions ; ses assemblées commencent et finissent par une prière.
« Ses finances sont administrées par un comité, un trésorier, un secrétaire dont les services sont entièrement gratuits (2). *
Fondée en 1844, la société débuta par la création de vingt ragged-schools; la seconde année, elle en eut 26, puis successivement 44, 62, 82, 95; et voici l'état actuel des écoles et des
écoliers :
Ecoles 102
Ecoliers du dimanche 10,861
Ecoliers de la semaine 6,021
Ecoliers du soir 5,572
Dans les écoles d'insdustrie 2,062
On voit à quels besoins, dans cette ville, immense réceptacle de tant de misères, les ragged-schools sont appelés à faire face!
Jamais nom, du reste, n'a été l'expression plus littérale d'un fait. On ne connaît pas la plèbe de Londres, quand on n'a pas
(1) Rules of the ragged-school union.
(2) Ibid.
visité les ragged-schools de White-Cliapel, Spitalfields, Blackfriars, Drury-Lane, et Saint-Giles. Il faut voir, dans ce dernier quartier, la pauvre école de, George-street. J'y fus conduit par vingt-cinq à trente va-nu-pieds de 5 à 12 ans; les drôles, à mon entrée dans la rue, s'élancèrent comme d'une embuscade, qui des logging-houses, qui des rooms, qui de la fange où ils se roulaient, et m'assaillirent, se culbutant, faisant la roue, ou marchant sur les mains, pour se disputer mon penny. Le cortège me laissa à la porte de l'école ; sans doute, il en franchit rarement le seuil.
Environ 180 élèves peuplent les trois salles superposées de la ragged-schooJ. Entre ces trois salles se répartissent 52 garçons, 50 filles et 78 enfants de l'asile (4). On descend dans cet asile par plusieurs marches ; c'est une sorte de cave où le soleil ne peut jeter un regard ami. — J'ai toujours sous les yeux ces déguenillés, pieds-nus, affublésdans l'école comme au dehors, deces haillons inconnus en France, vêtements à jours, débris indescriptibles d'habits noirs qui subirent vingt fortunes diverses avant de s'accrocher, pour y pourrir, aux épaules de ces malheureux (2). Au milieu de la classe, appuyé contre un mauvais poêle, une baguette de commandement à la main, pieds nus, lui aussi, et la tête galeuse, plus fétide s'il est possible que ses subordonnés, le moniteur , garçon du reste à face honnête et douce, dirigeait des mouvements docilement obéis- Le maître, avec un air de sollicitude et un sentiment qui me touchèrent, faisait une leçon sur la Bible; on l'écoutait en silence. Dans l'école des filles, ému de tant de misère, je remis un schilling à la maîtresse. Elle montra la pièce blanche aux élèves : je ne puis exprimer la fébrile avidité qui aussitôt brilla dans tous ces regards d'enfants. — Telle est la ragged-school de George-street. Je n'ai pas éprouvé une émotion plus douloureuse dans les caves de Church-Lane ou les bouges de White-Chapel.
{{) Il y a inscrits 73 filles, 112 garçons, 108 enfants de l'asile.
(2) On m'a pourtant affirmé que plus de 200 objets d'habillements avaient été distribués, dans l'école, en 1850. Ils ont probablement payé le gin et le wiskey. — Je dois dire que le vêlement des filles est généralement plus convenable que celui des garçons : il faut voir dans cette supériorité des jeunes filles, à cet égard, l'influence des travaux à l'aiguille auxquels on les habitue dans les ragged-schools.
Dans beaucoup de ragged-schools on donne aux entants quelque nourriture , du roast-beef et du pudding, une sorte de biscuit dur et du lait . Ces largesses sont un moyen d'iniluence , par suite d'éducation , et , comme dit pittoresquement un promoteur des ragged schools , a bridge and steppingstone to the éducation. « Si vous poussez dans la classe un enfant frissonnant de faim (ihe hungry sliivering) , quel cœur a-til à l'étude, quand sa face blême et ses yeux caves vous disent qu'il défaille ? Quel homme de sens commun veut présenter un livre au malheureux qui demande du pain? * (Plea for ragged sckool, by rev. Thomas Guthrie). Ces distributions de vivres et de vêtements, jointes aux dépenses dont je parlerai plus bas, imposent, on le comprend, de lourdes charges à la société : la première année, elle ne recueillait qu'une somme de 61 I. si. ; eu 1850, elle a pu disposer d'un fonds de 2,658 1., c'est-à-dire de 66,450 fr.
Mais la grande question pour les ragged schools, je le disais plus haut, c'est celle des maîtres. Les missionnaires de la cité de Londres s'emploient bien pour engager les parents qu'ils visitent à envoyer leurs enfants à l'école, et, si je puis ainsi dire, pour déterrer ces petits malheureux ; mais il ne paraît pas que ces missionnaires mettent la main par eux-mêmes à l'œuvre de l'éducation (1). 11 ne paraît pas non plus que les élèves-maîtres de la national, ou de la british and foreign socielg se laissent fréquemment séduire par cet éloquent appel au sacrifice de soi et à l'esprit d'immolation. Une fois les enfants dans la ragged school, qui les instruira?
La charité anglicane, il faut le reconnaître, fait ici tous les efforts dont elle est capable. Elle suscite des dévouements individuels qui suppléent au petit nombre des maîtres payés (180 seulement). Il y a telle école dont le super intendent donne des leçons gratuitement, cinq soirs par semaine; plusieurs | gentlemen viennent de temps à autre s'y dévouer à cette rude besogne. Dans trois ou quatre écoles, une vingtaine de maîtres volontaires instruisent chaque soir 300 enfants. Dans une autre , un tailleur et un cordon-
(t) Je ne sais s'il faut voir une intention ironique dans cette réflexion du rapport de 1851 : « it is well known the rnissionary cannot go, — his duty being to carry the Scriptures to the parenis rallier lhan to the children, lo ihc home rallier lhan to the school. »
nier consentent, snns aucun salaire, à enseigner leur profession ; dans une autre encore, un pauvre boutiquier est venu, pendant toute l'année 1848, faire la classe quatre soirs par semaine, et jamais il ne manquait à son poste. — En tout, la ragged scliool union paraît disposer d'un personnel de plus de 1,000 maîtres volontaires. Assurément, un tel résultat est honorable; mais d'abord, le dévouement ne tient pas toujours lieu ou d'aptitude ou de vocation ; les exemples que je citais sont des faits exceptionnels ; il y a loin du passager élan d'un zèle improvisé à la patiente persévérance d'un labeur quotidien (1). Ensuite le nombre des maîtres volontaires menace de ne pas se soutenir; dans l'année 1850, ce nombre a subi une diminution sensible, et le rapport de 1851 contient l'expression de cette plainte: « Les affaires empêchent beaucoup de maîtres de consacrer leurs instants aux classes de la semaine ; cet obstacle entrave la création de nouvelles écoles, pour chacune desquelles il faut constituer un comité local de personnes disposées à sacrifier une portion considérable de leur temps, ce qui, à Londres, n'est pas facile. * Le comité constate aussi avec regret que, pendant celte même année 1850, les recettes sont restées beaucoup [au-dessous des dépenses ; il a fallu recourir au fonds de réserve, jusqu'à concurrence de 500 livres.
On s'étonne moins, au reste, de voir les dépenses prendre chaque année des proportions plus menaçantes, quand on considère la multiplicité des œuvres accessoires que le zèle du comité dilecteur et l'infatigable activité de lord Shaftesbury (2) rattachent comme des corollaires naturels à l'œuvre fondamendale des ragged schools: une de ces œuvres est celle de ['émigration*
Lorsque, dans les refuges dont je vais parler, ou même dans les simples ragged schools, de jeunes garçons, ou de jeunes filles, orphelins, sans ressources sur le pavé de Londres, ont acquis la pratique d'un métier, on s'efforce de les diriger vers les colonies. C'est là une pensée excellente, non pas seulement pour les colonies que l'on peuple, mais pour la métropole qu'on débarrasse. Or, l'application de cetle pensée serait désirable ailleurs
(1) « Il n'y a pas lieu île s'étonner que l'insuffisance du nombre et l'irrégularité des maîtres aient toujours été et continuent d'èlre a matter for deep regret to the supporter of the schools. ( Mary Carpenter, p. 123.)
(2) Si connu sous le nom, qu'il a quitte récemment, de lord Ashley.
encore que dans la capitale de l'Angleterre : si en France, depuis vingt années, on eût, au sein de fermes-écoles, formé aux travaux d'agriculture, et avec une destination spéciale, les orphelins et jeunes vagabonds, depuis artistes en barricades, l'Algérie aurait gagné quelque chose, et la France n'aurait rien perdu (1). Nous avons dans l'Algérie, non pas une terre d'exil comme le sont pour les jeunes émigrants anglais l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, mais une seconde patrie où déjà se pressent nos administrateurs, nos magistrats et nos prêtres, où il manque, quoi ? le peuple ; nous avons une double France, et dans la première le vide, dans la seconde le trop-plein; dans l'une l'industrie qui repousse les bras, dans l'autre l'agriculture qui les implore; ici le chômage qui crée la misère, là-bas le travail qui enfante la propriété. — Avec de tels éléments, et dans celte voie, nous le demandons, n'y a-t-il rien à faire ?
Dans Tannée 1850, 3 jeunes filles et 81 jeunes garçons ont été mis en état de quitter Londres par la ragged school union, 53 pour l'Australie, 31 pour l'Amérique. Le nombre des jeunes émigrants de la société se monte, jusqu'à ce jour, à 307. Elle espère pourvoir désormais aux dépenses de 100 émigrations, chaque année: les frais d'une traversée de ce genre pour l'Australie se montent à environ 15 1., 375 fr. Les résultats moraux de ces émigrations sont, en général, satisfaisants; cette année même, plusieurs jeunes garçons et jeunes filles ont envoyé d'Amérique et d'Australie, à leurs vieux parents, des sommes assez considérables, fruits de patientes économies.
Une œuvre qui se lie intimement à celle de l'émigration est
(!) En 1848, nous avions exposé et soutenu, dans la presse quotidienne, le plan d'un homme dont l'expérience égale le dévouement, M. Landman , curé de Constantine. — 20,000 jeunes gens, émigrés volontaires de toutes les villes de France, eussent été répartis en 150 fermes-écoles d'acclimatation. Au bout de trois ans, chacun de ces colons eût reçu en propriété 10 hectares, 3 défrichés par eux pendant leur séjour dans la ferme, 7 en friche, sans compter une retenue capitalisée. Ce plan, qui n'entraînait pas une dépense de plus de 10 millions, assurait une large et solide base à la colonisation. — On a préféré jeter les millions en pure perte pour faire émigrer des familles entières; les femmes et les enfants ont presque tous succombé sous le climat africain ; les hommes, sans apprentissage agricole, n'ont été pour la colonie qu'un fardeau.
l'œuvre des refuges. Un retiigeest une maison où Ton donne l'instruction, la nourriture, et parfois le logement aux jeunes gens des deux sexes, sans feu ni lieu (liomeless). Ce qui les distingue, et ce qui en est le mérite particulier, c'est que l'instruction y est essentiellement industrielle.
Le refuge le plus important de la ragged school union est le Westminster juvénile refuge, créé en 1847 par lord Ashley. 127 jeunes gens y ont été admis dans le courant de Tannée 1850 ; la plupart dans un état de dénûment si extrême, qu'il a fallu les loger, cils n'avaient aucun asile pour la nuit, dit le rap port ; ils s'abritaient au Tond d'une grosse tonne, dans le fourneau d'une pompe à feu, sous une voiture, sous une voûte en construction, etc. Pour presque tous, un lit était un luxe dont ils n'avaient pas joui depuis six ou huit mois (1) , j> Ici encore, ce n'est pas moi qui parle; c'est le représentant d'une société qui a pour dignitaires les princes de l'église anglicane et des hommes illustres qui siègent à Westminster.
Faire perdre à ces infortunés le goût du vagabondage, les mettre en état de gagner honnêtement leur vie, soit en Angleterre, soit dans les colonies, tel est le but des efforts du Westminster refuge. Us y trouvent l'instruction morale et religieuse ; on leur enseigne la lecture, l'écriture et l'arithmétique; surtout on les applique au travail industriel. La plupart des garçons deviennent tailleurs ou cordonniers; les jeunes filles apprennent tous les genres d'ouvrages à l'aiguille. Sur 44 jeunes filles admises en 1850, 9 sont en service, 2 se sont placées comme couturières, 2 vendent dans les rues, 4 ont voulu achever leur instruction dans d'autres écoles, 7 sont entrées dans les Workhouses, 4 ont émigré aux colonies, 9 sont sorties sans but déterminé.
Des institutions de ce genre sont précieuses à Londres. Au reste, en ce qui touche les jeunes filles, nos ouvroirs, sous la direction des sœurs, n'ont certes rien à leur envier (2).
(1) Four lit annual report of the Westminster juvénile refuge, p. G.
(2) Je crois utile cependant de donner le programme de la distribution des heures dans le refuge de Westminster.