‹ De L'État de la Sensibilité Chez Quelques MélancoliquesChapitre 11 sur 24 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Mélancolie stupide.

Madame Egl. S.... 50 ans. Sans profession, entre le . 23 mai 1805 avec un certificat d'un médecin de la Faculté de Paris portant:

Lypémame anxieuse avec idées de suicide et impulsions.

L'observation de la malade prise à ce moment là est la suivante :

23 mai. Fièvre typhoiïde à 19 ans. Se marie à 19 ans avec un homme bien portant sans aucune tare nerveuse. Six enfants tous bien portants. N'a jamais été malade après son mariage.

La maladie débute à la suite d’une forte contrariété et au moment même des règles qui cessent brusquement. Les idées de cette malade d2viennent noires et tristes, tout lui paraissait sansintérêt, et elle se mit à souhaiter la mort comme terme de ses souffrances.

Dans un accès impulsif, elle mit un jour un rasoir sur le cou de son mari, puis fit de nombreuses tentatives de suicide. |

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Elle était prise dit-elle par de véritables crises d’angoisse qui lui faisaient désirer sa mort et celle des autres. La malade est de bonne constitution ; elle se dit lasse et fatiguée, voudraittoujours rester au lit. Doute de sa gué-

rison ; dit qu'elle doit mourir cette nuit, que rien nesaurait l'empêcher de mourir.

Etat des organes. — Rien de particulier.

Réflexes. — Rotulien très exagéré.

Sensibilité. — Quelqnes zones d’anesthésie cutanée sur lavant-bras. |

Sensibilité spéciale. — Normale. Maux de tétepar accès, vertex très sensible. — Dyspagie.

25 mai. — Pas de dépression. Cause assez volontiers, fait part de ses angoisses. À l'aspect d’une malade anxieuse mais non d'une déprimée. Elle s’/magine qu’elle a au gosier une constriction qui l'empêche de respirer et d'avaler. Cependant elle respire et avale Pied

Elle se croit faible et cependant dit-elle ses jambes la supportent bien.

3 juin. Mord sa bonne au cou.

10 juin. Accès d’excitation génésique ; se frotte contre les colonnes de la galerie. |

16 juin. Refus de nourriture, a peur de mourir dans un Spasmé.s 7

17 juin. 21? que l'acide phénique dont on se sert pour faire ses piqûres lui revient par la bouche. août. S'imagine qu'on va la renvoyer chez elle, qu'onne veut plus d’elle alors que deviendra-t-elle ?

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14 août. Hallucinations de l’ouïe. Se retourne pour répondre à un interlocuteur imaginaire.

17 août. Elle est morte, et cependant elle vit. Elle est deux, une morte et une vivante, etc. etc.

Etat actuel. — Mme S. aujourd’hui fortement déprimée semble s’acheminer à grands pas vers la stupeur. Elle offre un affaiblissement général des facultés intellectuelles, du sentiment et du mouvement. |

Sa figure est constamment larmoyante, elle faitentendre des gémissements pendant des nuits entières. Dit à peine adieu à un de ses fils qui doit partir pour un voyage très. long à l'étranger. Ne veut pas marcher, disant qu'elle

’a plus de jambes. Refuse parfois la nourriture, disant qu'elle n’a pas d'æœsophage. Urine souvent dans son lit.

Examen de la sensibilité. — Mme S. dont l'état a changé du tout, puisqu'aujourd’hui son anxiété a fait place à de la dépression, est aussi dans un état tout autre sous le rapport de la sensibilité.

En effet nous notons chez elle :

1° Une abolition de la sensibilité de la peau à la douleur sur toute la surface du corps y compris la cavité buccale, et sauf à la face un triangle formé en haut par le lobule du nez, latéralement par les plis naso-géniens et en bas par le sillon labio-mentonnier. |

2° Une abolition complète de ia sensibilité à la douleur superficielle et profonde sur toute la jambeet la cuisse gauche, et sur la main et le poignet du même côté.

3° L'exploration de la douleur faite avec l'électricité donne les mêmes résultats.

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4° Dans les zones où l’analgésie n'est pas complète, la localisation de la douleur est suffisamment exacte. 5° L’excitabilité électrique des nerfs de la peau et la sensibilité électro-musculaire sont plus faibles qu’à l’état normal ; 6° Le réflexe patellaire est exagéré.

7° Sur tout le corps, la sensibilité tactile, ec qe) ete» sont normales, nous avons donc une dissociation de la sensibilité à la douleur.

8° La malade perçoit très mal les saveurs et ne sait reconnaître ni la solution amère ni la solution sucrée, pour elle, l’une est salée, l’autre est fade. 9° Nous ne pouvons chez elle arriver à exciter le nerf optique par l'électricité ni par la pression. Diminution de l’acuité visuelle.

Rétrécissement général du champ visuel.

10° Diminution de la sensibilité dela muqueuse vésicale et intestinale.

Vertex douloureux.

Céphalalgie.

Constriction de la gorge.

Hallucination de l’ouie.

Le même examen pratiqué 15 jours plus tard nous montre que l’état dela sensibilité reste le même en ce qui concerne l’analgésie qui n'existe plus qu’au niveau de la main et du poignet gauche. Les Ste délirants restent les mêmes.

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