‹ De l'état-major et des différentes armesChapitre 2 sur 24 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Dans l'organisation des armées modernes, il n'est certainement aucun élément de force qui joue un rôle aussi important, aussi étendu que le corps d'état-major.

C'est lui qui régularise, qui coordonne, fait marcher, met en ligne et utilise à propos tous les autres éléments de force qui entrent dans la composition de cette armée.

Sans ce grand ressort, sans ce moteur puissant, il n'y a plus qu'un amas confus de pièces et de rouages qui se contrarient, s'enchevêtrent et s'agitent sans résultat.

L'on ne saurait donc apporter trop de soin

dans le choix primitif et l'entretien continu de

tous les sujets appelés à faire partie de ce corps

important, et c'est avec un sentiment d'inquiétude

et de regret que nous constatons combien est

considérable, dans l'état actuel des choses, le nombre des officiers d'état-major de tous grades qui ne sont pas à la hauteur de leur rôle.

En recherchant avec attention les motifs de cette fâcheuse situation, nous avons été amené à penser qu'il faut l'attribuer à deux causes :

1° A la manière dont se recrutent au point de départ les officiers du corps spécial d'état-major; 2° à l'impossibilité dans laquelle on s'est mis d'éliminer du corps les sujets reconnus défectueux.

En effet, comment se recrutent aujourd'hui les officiers d'état-major?

Parmi des écoliers qui ont passé successivement et sans interruption des bancs du lycée ou

de la pension sur ceux de l'Ecole polytechnique ou de l'École de Saint-Cyr, et delà sur les bancs de l'École d'état-major. Quant aux quelques officiers ayant fait un court stage dans les régiments, le nombre en est si limité qu'en réalité il n'y a pas à en tenir compte. — Or, ces écoliers destinés à devenir à tout jamais des officiers d'étatmajor sont pour la plupart d'assez bons élèves, ayant fait preuve d'une instruction suffisante, doués de certaines facultés de mémoire et d'intel-

ligence; mais quels gages ont-ils donnés de leur caractère, de leur goût du métier, de leur vigueur physique, en un mot de leurs aptitudes militaires? Aucun, et par conséquent ils n'offrent pas, au moment où on les choisit pour entrer définitivement dans le corps d'état-major, des garanties suffisantes pour nous inspirer confiance et sécurité au jour décisif de 1 action. — Aussi , comme nous le disions tout à l'heure, l'expérience, d'accord en cela avec le raisonnement, nous met trop souvent sous les yeux des officiers d'état-major fort au-dessous du rôle qu'ils ont à remplir; je dirai même que quelques-uns sont absolument inutilisables dans les circonstances critiques.

Pour faire cesser un état de choses aussi préjudiciable à l'intérêt général de l'armée, pour améliorer et perfectionner autant que possible un élément d'action si puissant, il nous paraît essentiel, avant tout, de modifier et d'élargir les sources du recrutement de ce corps d'élite. — Au lieu de prendre les sujets parmi des écoliers , nous voudrions les choisir parmi des officiers déjà habitués à commander et à obéir, ayant subi les véritables épreuves du métier, et qui, dans ces circonstances

décisives, ont donné quelques gages de fermeté, de vigueur physique, d'habitude du travail, en un mot d'aptitudes militaires; et comme l'on ne saurait trop étendre la zone dans laquelle doivent se recruter ces précieux sujets, nous voudrions ouvrir aux officiers de toutes armes, génie, artillerie, infanterie, cavalerie, l'accès du corps d'état-major.

Déjà ce principe a été admis pour le recrutement du corps de l'intendance; il a donné d'excellents résultats, et l'on ne peut s'expliquer pourquoi il n'en serait pas de môme à l'égard du corps d'état-major, dont l'importance n'est certes pas inférieure à celle du corps de l'intendance. — D'ailleurs n'est-il pas incontestable que des sujets ayant subi l'épreuve de l'école de Metz et d'un stage régimentaire seraient mieux appréciés et offriraient par conséquent plus de garanties que les élèves sortant de l'École polytechnique, qui, s'ils sont toujours de forts mathématiciens, peuvent être aussi quelquefois de médiocres guerriers?

Le mode de recrutement que nous proposons , au point de départ, donnant certainement des éléments de qualité supérieure à ceux qui existent aujourd'hui , il est probable que la plupart des ca-

pitaines d'état-major seront alors vraiment à la hauteur de leurs fonctions; mais cela ne suffit pas encore, car il est incontestable qu'avec l'âge, beaucoup d'hommes se modifient en bien ou en mal; certaines qualités, certains défauts, se développent et s'atténuent; des douleurs physiques ou morales modifient le caractère, affaiblissent les facultés, et tel qui à vingt-cinq ans donnait les plus belles espérances n'est plus à trente-cinq qu'un homme très-médiocre, sans initiative, sans énergie, ne remplissant aucune des conditions nécessaires pour jouer un rôle spécial toujours fort délicat. — Il faut donc , dans l'intérêt général, se réserver les moyens d'éliminer ces éléments devenus défectueux, et éviter soigneusement de leur laisser prendre dans les rangs des officiers supérieurs une place toujours importante qu'ils ne sauraient remplir convenablement. Pour cela nous ne voyons qu'un moyen, c'est de soumettre nos capitaines d'état-major à de nouvelles épreuves lorsque arrive le moment de passer au grade supérieur, et de ne donner ainsi rien au hasard de l'ancienneté.

Ce court exposé suffit pour faire comprendre les considérations qui nous ont guidé dans les re-

cherches que nous avons faites pour essayer de modifier et d'améliorer l'organisation de notre corps d'état-major. — Elles se trouvent résumées sous forme de projet dans le travail ci-joint

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