‹ De l'état-major et des différentes armesChapitre 21 sur 24 · D'UN CORPS DE MÉDECINS OPÉRATEURS · texte numérisé non relu

D'UN CORPS DE MÉDECINS OPÉRATEURS

Note remise à M. le général Ducrot, commandant la 6 e division militaire, par M. le médecin inspecteur Sédillot , à l'occasion de la constitution actuelle du service de santé.

Notre première proposition est de former un corps de santé exclusivement composé de chirurgiens, ou autrement dit de médecins opérateurs. En voici les motifs :

Le gouvernement pouvant choisir les meilleurs sujets parmi ceux qui se présentent chaque année en nombre double et triple des places vacantes à l'École de santé militaire de Strasbourg, doit, avant tout, se proposer d'admettre les plus capables de répondre à toutes les exigences du service.

L'organisation actuelle méconnaît cette vérité élémentaire.

Au lieu de former un corps unique de médecins opérateurs, autrement dit de chirurgiens, on maintient en fait , si ce n'est en droit, deux classes, Tune de médecins, la seconde de chirurgiens.

Les études et les examens sont les mêmes, et les fonctions régimentaires ne diffèrent pas.

Pour quelle raison constituer une classe de médecins dont le seul mérite, entièrement négatif, est d'être impropres à la pratique de la chirurgie? Les conséquences de cette organisation illogique sont désastreuses 1

Supposons deux candidats à l'Ecole, également intelligents, studieux et dévoués. L'un a une excellente vue, du sang-froid, une adresse naturelle, est fertile en ressources et vigoureux. L'autre y voit mal, se trouble à la moindre émotion, ne sait pas faire usage de ses mains, et manque de force et d'esprit d'initiative et d'invention.

Le premier choisit immédiatement la chirurgie, à laquelle le conduisent ses aptitudes; le second est fatalement voué à la pratique médicale, et si l'on veut lui confier une salle de blessés ou une ambulance, il se déclare dans l'impossibilité de faire un pareil service et ne peut y être employé.

Dans ces conditions d'infériorité et d'insuffî-

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sance, on lui défère cependant le pas sur le chirurgien , et on le conserve opiniâtrément, quand le simple bon sens réclame sa suppression et son remplacement par un médecin opérateur, en étal de pratiquer également la médecine et la chirurgie.

La vérité méconnue entraîne les conséquences les plus fâcheuses.

En voici quelques exemples : on déclare [propres au service militaire et on introduit d'autorité dans nos Ecoles des jeunes gens qui ont des taies cornéales, des amauroses ou une myopie avancée, et aux objections faites contre ces infirmités, on répond : On en fera des médecins! et pour être médecin on n'a pas besoin d'une excellente vue!

Cette opinion serait acceptable si l'on manquait de candidats; mais quand le choix est permis, pourquoi ne pas le faire porter, dans l'intérêt du service et de l'armée , sur des sujets favorablement constitués?

Une autre preuve des inconvénients d'un pareil système est révélée par le fait suivant : Presque tous les élèves licenciés sont réformés comme impropres au service militaire. On les jugeait bons pour la médecine, on les trouve mauvais

pour être soldats. Cependant le service médical exige des forces exceptionnelles. Le médecin aidemajor, après son étape, faite à pied dans les mêmes conditions que la troupe, est obligé de visiter les malades et les blessés, et son service se prolonge alors que celui des autres est terminé.

Il faut donc rechercher et admettre dans le corps médical des hommes vigoureusement constitués et propres à l'exercice des opérations : mais , dira-t-on , les chirurgiens pourront-ils remplacer les médecins?

Il est très-curieux de voir combien les hommes ont de la peine à distinguer la vérité, et avec quel aveuglement volontaire ils contestent et nient les faits les plus évidents. La chirurgie embrasse nécessairement la médecine. Autrement il faudrait toujours avoir dans les salles de blessés un chirurgien et un médecin, chargés, l'un des opérations , l'autre des soins médicaux.

Rien de semblable n'a lieu, et personne ne s'en est jamais plaint, témoignage manifeste de l'aptitude médicale des chirurgiens.

On peut soutenir, en outre, que le chirurgien est meilleur médecin que le médecin proprement dit, borné à l'exercice de son art.

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