‹ DE L'ÉTAT MENTAL DE BAUDELAIREChapitre 10 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Maladie et la Mort de Baudelaire.

Après avoir rappelé l'existence du poète, ses vices, ses manies, il nous reste maintenant à étudier la fin de sa vie, sa maladie, sa mort. On sait que Baudelaire mourut à l’âge de quarante-six ans, hémiplégique et aphasique. Nous ne possédons aucun rapport des médecins qui l'ont successivement soigné. Il nous faut puiser les renseignements dans les divers symptômes qu'il présenta jusqu'à son dernier moment, dans sa correspondance, et dans les lettres ou souvenirs de ceux qui l'ont connu et approché.

Ses diverses missives nous indiquent les migraines fréquentes qui le tourmentaient, ses angoisses d'estomac, ses palpitations de cœur, ses troubles de l'intestin, ses accès de fièvre et ses vertiges. Le 15 janvier 1860, il écrivait à sa mère : «J'ai subi avant-hier une crise singulière. Je crois que jai eu quelque chose comme une congestion cérébrale. Des nausées et une faiblesse telle avec vertiges que je ne pouvais pas monter une marche de l'escalier, sans croire que j'allais m'évanouir. Au bout de quelques heures tout était fini.» C'était un avertissement du mal qui devait le terrasser. Dans le commencement de l’année 1862, il notait dans son journal intime : « J'ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur; maintenant j'ai toujours le vertige et aujourdhui 23 janvier 1862, j'ai subi un singulier avertissement : J'ai senti passer sur moi le vent de l’aile de

l'imbécillité ». Les années qui suivent il se plaint que ses infirmités physiques et morales augmentent d'une façon alarmante. En février 1865, il écrit ceci à sa mère : « En janvier, et maintenant à jeun sans cause apparente, soudainement un peu de vague à la tête, de distraction et de stupeur, et puis douleur atroce à la tète, vertige. Mème assis il faut que je tombe. Ensuite sueur froide, vomissements de bile ou d’écume blanche. Stupeur assez longue... Grande gaucherie, grande maladresse, grande faiblesse, le médecin a lâché le mot hystérie; cela veut dire : je jette ma langue au chat. »

Il dût se décider à consulter un médecin, le docteur Oscar Max. Dans une lettre quil adresse à Sainte-Beuve, le 25 janvier 1865, il lui annonce que « depuis six semaines il est plongé dans la pharmacie, on lui a supprimé la bière et aussi «le thé et le café, c'est plus grave..... le vin. Diable, c'est cruel. Mais voici un animal encore plus dur, qui dit qu'il ne faut ni lire, ni étudier. Drôle de médecine que celle qui supprime la fonction principale. »

Les vertiges le réprennent avec des vomissements, il faut qu'il se tienne sur le dos car, même accroupi par terre, il tombe, la tête emportant le corps. Et il n'a pas le sou pour acheter de l'eau de Vichy, et pour faire exécuter les ordonnances du médecin (éther, valériane, oxyde de zinc et assafætida, eau de Püllna). « Avec ça les idées noires, il me vient quelquefois à l'esprit que je ne verrai plus ma mère.» A la suite d'un mieux apparent, le docteur interrompt ses visites, ila conseillé au malade des douches. Le 6 février 1866, Baudelaire se plaint d’une très grande difficulté à écrire.

A la fin de mars 1866, éclate le premier symptôme grave. A Namur, visitant l’église Saint-Loup, pris d’un étourdissement, il s’abat sur le pavé de la nef. Relevé par ses amis, son éditeur Poulet-Malassis et l'aquafortiste Rops, il tente de leur faire croire que le pied lui a glissé. On le ramène en hâte à Bruxelles et dans le wagon où il était montéil

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