‹ DE L'ÉTAT MENTAL DE BAUDELAIREChapitre 11 sur 15 · MIE · texte numérisé non relu

MIE

demande qu'on ouvre la portière ; or celle-ci était ouverte; ilavait dit le contraire de ce qu’il voulait dire. Il entre à l'Institut Saint-Jean et Sainte-Elisabeth tenu par les sœurs hospitalières, avec le diagnostic : apoplexie.

Deux jours après son entrée, Malassis écrivait à un de ses amis : « Il baisse à vue d'œil et est atteint d'agraphie, il a perdu la mémoire des mouvements nécessaires à l'écriture et éprouve toutes les difficultés à ne pas tracer son nom de travers. » Le 9 avril, au secrétaire de Sainte- Beuve il écrivait: «Il v a vendredi huit jours que la paralysie du côté droit s’est déclarée. Hier, il ne pouvait plus parler du tout. Baudelaire rétabli physiquement ne serait plus, de l'avis des médecins, qu'un homme réduit à l’existence animale, à moins d'un prodige, disaient-ils, et depuis lors ils ne parlent plus de prodige...»

Les journaux de Paris commencaient à parler de la maladie de Baudelaire : « Les symptômes de cette maladie, écrit un chroniqueur du Figaro, le 22 avril 1866, étaient si bizarres que les médecins hésitent à lui donner un nom et Baudelaire, malgré ses douleurs, éprouve une certaine satisfaction à être atteint d'un mal extraordinaire et qui échappe à l'analyse : c'est encore une originalité ».

Le 7 avril, les docteurs Lequine et Max constatent de l'aphasie motrice. Il ne peut plus formuler une phrase malgré tous ses efforts. Tantôt il feint le sommeil, tantôt il entre dans des colères terribles, effrayant et scandalisant les sœurs qui le veillent, il.ne peut que hurler ces seuls mots : © Pas-Pas. Sacré nom. » Puis la cécité verbale vient le’ frapper, il ne parvient plus à saisir la signification des caractères. Sa mère, appelée, accourt à Bruxelles, et il quitte, le 17 avril, cet asile et, après deux mois et demi passés à l'hôtel du Grand Miroir, il partait pour Paris le 2 juillet et rentrait peu après dans la maison de santé du docteur Duval, 1, rue du Dôme.

Les premiers temps, il paraissait aller mieux, son médecin le trouvait même en voie de guérison, il parvenait à pro-

Page 1