CAUSES. VEILLES, EXCÈS DE TRAVAIL
vait plus la force de voir, d’entendre et de parler. Son pouls, qui avait été très-agité et irrégulier les trois premières semaines, se ralentit les quinze derniers jours et se perditpeuàpeu ; il eutdesmouvementsspasmodiques trèsforts les cinq derniers jours et fréquemment du délire ; l’idée d’essayer quelques remèdes lui avait été odieuse. »
Obs. IV. — Nervosisme chronique, suite de frayeur. — Fièvre. — Insomnie. — Palpitations. — Vojnissements. — 'Marasme. — Guérison.
«Je fus consulté en 1761 par un robuste paysan âgé d’environ 24 ans, qui, ayant été effrayé par un bœuf furieux qui courait après lui, ne se sentit pas incommodé d’abord ; mais le lendemain il se trouva mal à son aise, eut des palpitations ; bientôt il ne put ni entrer au lit, ni se tenir tranquille, il était obligé d’être dans un mouvement continuel, et il perdit entièrement le sommeil ; il eut un effroi et des angoisses inexprimables avec un peu de fièvrê ; il rendait tout ce qu’il prenait par un simple soulèvement de l’estomac, et il y avait déjà plusieurs mois qu’il était dans cet état. Je lui conseillai le régime le plus doux, une simple décoction d’orge, ou de l’eau et un peu de lait pour boisson, et tous les matins une poudre composée de très-peu de nitre, d’un peu de crème de tartre et de deux grains de camphre ;'au bout de dix semaines il revint presque entièrement guéri ; je lui conseillai de continuer les mêmes remèdes, et j’appris assez longtemps après qu’il était trèsbien (1). »
§ î*. Veilles 5 excès de travail.
Les veilles prolongées, les excès de travail de toute nature, et surtout Y excès de travail intellectuel, épuisent lentement et profondément la santé.
(i) Tissot, t. III, p. 382.
DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
appauvrissent le sang qui se décolore et laissent dans le système nerveux une excitabilité qui se calme toujours avec peine et qui est souvent le point de départ d’accidents morbides plus ou moins graves.
§ 8. Eîxcès xénériesis,
La mastAirhation et les excès vénériens produisent des effets analogues. La fièvre lente, l’inappétence, l’amaigrissement et la faiblesse occasionnés par les excès de cette nature montrent jusqu’à quel point peuvent aller les troubles du système nerveux chez les sujets dominés par ces déplorables habitudes. Je rapporte plus loin un fait dans lequel ces désordres
se sont montrés sous forme de paraplégie.
cSii'oniques.
La convalescence des maladies aiguës, principalement la fièvre typhoïde , Y angine couenneuse, déterminent quelquefois des accidents de cette nature, et il en est de même de la syphilis constitutionnelle (ce qu’on peut voir dans le livre de M. Yvaren sur les métamorphoses de la syphilis) (1). La plupart des maladies chroniques et surtout celles
(1) Au nombre des formes cachées de la syphilis, M. Yvaren cite avec raison la névrose, la paralysie, les convulsions et les névralgies signalées par Paracelse, De morh. galL, I, 5 ; Sauvages, Nosol. méth., t. X, p. 55; Hufeland, Méd. prat., p. 484; par Baumès ; et les névroses observées sur quelques-uns de ces malades. — Ce sont des cas de nervosisme bien caractérisés.
CONVALESCENCE DES MALADIES AIGLES, ETC. 3i
de l’intestin et de l’estomac, quelquefois aussi de l’iitérus peuvent donner naissance au nervosisme aigu et chronique. En effet bien que cet état puisse eivQ primitifs il est l)ien plus souvent secondaire et il dépend bien souvent d’une lésion matérielle somatique , dont l’action sympathique ou retlexe se traduit par des désordres vagues, mol)iles et multiples dans le système nerveux.
Cela est très-commun dans la convalescence des lièvres typhoïdes. Au vingt ou vingt-cinquième jour d’une diète sévère, après une amélioration notable, il survient souvent de l’agitation, un faible délire, une plus grande accélération du pouls, et tous ces phénomènes nerveux disparaissent par un commencement d’alimentation. 11 en est de même des vomissements quelquefois si graves observés h cette période de la même maladie. Et, ici comme ailleurs, chez quelques sujets, dans les maladies aiguës, il importe de saisir le moment opportun, de recourir à l’alimentation, sous peine devoir l’état morbide antérieur se compliquer d’un nouvel état morl)ide du système nerveux caractérisé par des désordres plus ou moins graves et quelquefois mortels.
Ordinairement il n’y a que des vertiges, des illusions sensoriales, des défaillances et une grande faiblesse avec sur excitabilité nerveuse. Stoll a parfaitement indiqué ces phénomènes qu’il avait observés sur lui-même à la suite d’une lièvre putride.
32 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
(( Des vertiges et des défaillances, dit-il, ne me (( permettaient pas de rester sur mon séant. Tous (( les objets placés droit ou perpendiculairement à (( l’horizon me paraissaient inclinés ou penchés, « comme s’ils eussent été près de tomber sur moi. (( Ceux dont la position était parallèle à l’horizon, (( semblaient aller en s’élevant, en sorte que les « personnes qui marchaient dans ma chambre me « paraissaien t monter par un plan incliné ; et moi- « même marchant sur un plancher bien uni, je « croyais être sur un lieu qui allait en montant. A « mesure que je m’éloignais de ma maladie, ce vice « de ma v\ie se corrigea peu à peu , mes forces s’af- « fermissant, et enrm la santé, la plus grande des « déesses, commença à jeter sur moi un regard îa- « vorable. Le mars 1777, je repris le service de « mon hôpital et depuis j’ai toujours joui d’une « bonne santé, bien meilleure qu’avant cette ma- « ladie. » {Mèd. prat . ^ t. II, p. 19.) Cen’est évidemment pas là de l’hystérie ni de l’hypocondrie. Dans ce cas, les troubles de l’innervation peuvent être si considérables qu’il en résulte des paralysies partielles ou générales et des paralysies des organes des sens.
Plusieurs fois déjà j’ai vu des enfants momentanément atteints de paralysie générale dont la convalescence de la fièvre typhoïde et les accidents ont disparu au bout de 1 5 à 20 jours. Dans un cas, chez
une petite tillequi me fut adressée à riiôpital Sainte- Eugénie par mon collègue M. Verneuil, il y avait à la fois paralysie générale et amaurose. La paralysie musculaire générale cessa au bout d’un mois, l’amaurose devint permanente. Deux ans après, quoique nous ayons pu faire, elle durait encore. Sur une autre petite fille il y eut une paralysie de la langue, guérie au bout de 15 jours; et chez quelques enfants placés dans les mêmes conditions, j’ai vu la paralysie se prolonger pendant plusieurs semaines. J’en ai connu un chez lequel la paralysie générale des membres a duré plusieurs mois et n’a cessé que sous l’influence d’un traitement hydrothérapique bien dirigé. — Aucune de ces névroses n'appartient ni à l'hystérie ni à l’hypocondrie.
Pomme a publié plusieurs faits de ce genre ; là des convulsions et une hémiplégie de courte durée ; ailleurs de la fièvre, des syncopes, des coliques et des borborygmes, des spasmes, delà polyurie, etc., phénomènes dont on pourra juger l'importance par les relations suivantes :
Obs. V. — Nervosisme chronique occasionné par la syphilis constitutionnelle. — Céphalalgie; palpitations ; asthme; gastralgie; convulsions avec syncope pendant un an. — Guérison.
((Une fille de 15 ans, atteinte de syphilis constitutionnelle, pâle et chlorotique, fut prise de palpitation et d’oppression considérable avec toux sèche, opiniâtre, pendant quelques semaines. — Elle eut ensuite de fortes céphalalgies, des
BOÜCHIJT.
maux d’estomac, enfin des convulsions accompagnées de perte de connaissance durant quelques minutes et reparaissant tous les 3 ou 4 jours pendant un an. »
(( La présence d’un ecthyma syphilitique sur les jambes révéla la nature du mal qui avait été longtemps méconnue. — Des bains de sublimé et du sirop de Cuisinier guérirent complètement cette malade (1). n
Obs. VI. — Nervosisme aigu, suite de convalescence. — Fièvre. — Evanouissements. — Coliques. — Borborygmes. -^Spasmes delà vessie et des reins, etc., (2).
« Mademoiselle de Saint-Jœurs, prétendante chez les dames carmélites, âgée de 18 ans, d’un tempérament bilieux, sanguin et très-ardent, fut attaquée d’une fièvre des plus aiguës, avec toux, oppression et un léger crachement de sang. Elle fut saignée et resaignée en conséquence ; on prescrivit les tisanes les plus rafraîchissantes, les émulsions et plusieurs lavements ; et ces symptômes s’évanouirent. La fièvre subsistait néanmoins depuis plus de 3 semaines, lorsque je fus consulté. La peau était aride et écailleuse ; la langue sèche et l’insomnie habituelle, ce qui dénotait une effervescence considérable. Les évanouissements vaporeux survenaient, ensuite les coliques, les borhorygmes, les spasmes de la vessie et des reins, les urines claires, limpides, et le dérangement des règles, ce qui déclara parfaitement V affection hystérique. »
« Je substituai d’abord au premier traitement la tisane de poulet, et les fomentations émollientes, dont la malade reçut quelque soulagement, mais rérétihsme des nerfs, et la raréfaction des liqueurs étaient portés à un si haut degré, qu’il fallut recourir aux plus puissants remèdes. Le bain seul parut opérer cet effet ; la malade le désirait ardemment ; car elle ressentait, disait-elle, intérieurement
(1) BaümèSjP. 141, et Yvaren, J/éïamorp/iose5de?aSYPHiLis,p.C8.
(2) Pomme, t. I, p. 183.
les ardeurs d’une chaleur brûlante, qui invitait la nature à demander elle-même ce remède. Elle y entra avec plaisir et y resta pendant 2 mois, six heures par jour. L’insomnie cessa pour lors ; le pouls, dont les pulsations étaient au nombre de 130 dans l’espace d’une minute, revint ensuite par degrés à celui de 90, qui formait son état naturel chez cette demoiselle. La peau devint souple et humide, les règles se rétablirent en môme temps que les urines ; elles entraînèrent avec elles une quantité considérable de sable et de graviers, dont les reins avaient été chargés par le rétrécissement de leurs couloirs, et la malade reprit enfin sa santé, dont elle jouit aujourd’hui dans un état bien opposé à celui qu’elle avait voulu ci-devant embrasser. On trouve ici l’explication du pouls vaporeux, et on comprend aussi pourquoi il se concentre si souvent, pour se développer ensuite alternativement dans les paroxysmes hystériques. Les oscillations irrégulières des artères et du cœur, produites par les mouvements spasmodiques des nerfs, et par l’irrégularité du cours des esprits animaux, en sont la preuve évidente. »
Obs. VII. — Nervosisme aigu, suite de convalescence et de
saignées trop copieuses. — Insomnie. — Hémiplégie. —
Convulsions. — Guérison (1).
« M. Armand, chirurgien de Lyon, âgé de 35 ans, d’un tempérament sanguin et robuste, fut attaqué dans le mois de mai 1761 d’une fièvre putride et inflammatoire dont il guérit par le secours de 10 saignées, un émétique et quelques légers purgatifs.
« L’insomnie le fatiguait dans sa convalescence depuis quelques jours, lorsqu’il fut saisi tout à coup d’une hémiplégie incomplète au côté droit. Son bras et sa jambe furent d’abord engourdis, son œil fut éraillé par la rétrac-
(1) Pomme, t. I, p. 262.
36 DE l’état NERYEUX OU NERVOSISME.
tion des deux paupières, et la bouche resta dans un état convulsif.
<( Le malade, alarmé par les symptômes d’une hémiplégie réelle, réclamait à tout instant le secours de son art, et il se disposait déjà à se saigner lui-même, si je ne fusse arrivé à temps pour m’y opposer. Les symptômes de la maladie qui avait précédé, et les remèdes que j’avais employés, me fournirent au premier instant des signes diagnostiques du mal que j’avais à combattre. Le spasme et l’éréthisme des nerfs se montraient avec évidence : il fallait, par conséquent, relâcher au plus vite les parties qui paraissaient en être affectées. Le bain tiède fut préféré à tout autre secours, quoique la faiblesse du malade parût à quelques-uns contre-indiquer l’emploi de ce remède. Son efficacité ne se démentit pas, puisque l’on vit en peu de jours disparaître tous ces symptômes. »
Perry, qui a eu le tort de confondre avec l’hystérie les troubles nerveux observés dans la convalescence des fièvres graves, a signalé des faits analogues. « Les maladies hystériques sont souvent la conséquence des fièvres aiguës, et j’ai vu dans plusieurs cas les symptômes d’hystérie augmenter à mesure que ceux de la fièvre diminuaient (1). »
Quanta Tissot, on ne saurait être plus explicite : (( Toutes les maladies aiguës soit inflammatoires, soit putrides simples ou malignes, peuvent produire cet effet par suite des différentes lésions qu’elles laissent dans la machine, et il est très-aisé devoir les hommes forts, après une fièvre violente la mieux terminée, avoir des maux de nerfs, parce
(I) Mechanical account of the hystérie passion, p. 196.
que, comme je l’ai déjà dit, une maladie aiguë, quoique bien terminée, laisse les fibres lâches, le sang trop peu dense^ l’estomac faible, la mucosité, qui remet toutes les cavités, trop ténue, les vaisseaux trop peu remplis^ et que toutes ces conditions donnent des maux de nerfs (1). »
Un peu plus loin il ajoute : « C’est surtout après les fièvres véritablement malignes, que l’on observe les pertes de mémoire, l’affaiblissement des sens, l’imbécillité, la mobilité la plus marquée, les vapeurs, l’hypocondrie (2). »
Enfin pour indiquer les effets des maladies chroniques, il dit : Tout état de dépérissement, de quelque cause qu’il puisse venir, produit souvent des maux de nerfs. « J’ai vu une fille, dit-il, qui, les derniers mois d’une étisie, avait alternativement des moments d’angoisse nerveuse cruelle, des rêveries, des pleurs, des sursauts et des douleurs vagues et très-passagères de tous les membres ; et une autre, âgée de 24 à 25 ans, qui, dans une étisie lente, éprouva à différentes reprises des convulsions violentes, des spasmes soutenus, des paralysies passagères, pendant plus d’un an. J’ai vu un homme, âgé de 26 ans, très-vigoureux avant sa maladie, qui, étant tombé dans l’étisie à la suite d’une maladie aiguë mal terminée, éprouva un change-
(1) Tissot, t. HT, p. 256.
(2) Ibid., p. 257.
38 DE l’état nerveux ou nervosisme.
ment singulier dans la physionomie, qui dépendait de ce que les muscles des yeux étaient habituellement dans un état de spasme, qui dérangeait leur position et faisait que l’œil droit voyait les objets un pouce plus haut que l’œil gauche (1). »
Des troubles analogues s’observent quelquefois à la suite de V angine conennense^ et on y rencontre soit la paralysie du voile du palais, soit des paralysies générales ou partielles dans les membres. — J’en ai observé et publié quelques exemples. C’est ce qu’on appelle \d^ paralysie diphtéritique ^ et dans plusieurs cas qui ont été suivis de mort, nulle altération n’a été constatée dans les centres nerveux.
§ 10. Anémie^ Hytlrhémie^ Chlorose.
Au-dessus de toutes les causes prédisposantes dont il vient d’être question, et dont les effets sont si variables, il y a une influence générale, qui les rapproche dans une action commune et qui fait comprendre la manière dont elles agissent sur l’organisation, je veux parler de Y anémie. En effet cet état morbide et la chlorose ou la chloro-anémie sont, comme on le sait depuis les observations de Pomme, de Tissot, de Frank, deM. le professeur Bouillaud, qui l’a mieux démontré que personne, le point de départ du plus- grand nombre des névroses. Or, la faiblesse naturelle, ou acquise par l’éducation effémi-
(J) Tissot, t. III, p. 267.
ANÉMIE, HYDRHÉMIE, CHLOROSE. 39
née, par les chagrins, par les passions, par les veilles prolongées, par les excès de travail et les excès vénériens, par les émissions sanguines, par la convalescence, par les maladies chroniques, etc., etc., amènent directement l’anémie, ou conune premier trouble dyspeptique ^ et après cette altération de
nutrition, V appauvrissement de r élément globulaire du sang. En voici la preuve dans les faits suivants, publiés par Tissot (1) etparRasori (2).
(( Une évacuation très-médiocre, si elle ne con- « vient pas , peut avoir aussi des effets très-mar- « qués sur les nerfs. J’ai vu un homme de 30 ans, « bien portant, mais dont la fibre était un peu lâ- (( che,L qui ayant été saigné sur la fin d’un rhume, (( éprouva au moment où la saignée fut faite, une « espèce de fourmillement par tout le corps, qui (( fut immédiatement suivie d’une crampe générale « et très-douloureuse ; tous les muscles se raidi- « rent, et il se plaignit d’un serrement entre lapoi- « trine et le ventre, qui le suffoquait; ces accidents « se dissipèrent naturellement au bout de quelques » minutes, mais ils se sont reproduits toutes les fois « qu’il y a eu quelques sujets de chagrin ; et Vi- « ridet dit qu’ayant fait tirer huit onces de sang à « un homme, qui se leva contre son avis, il fut « saisi d’une convulsion si violente par tout le
(1) Tissot, p. 123.
(2) De la phlogose. Paris, 1839. Appendice, t. II, p. 187.
40 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
(( corps, avec la bouche et les yeux ouverts, que les « secours ordinaires n’y firent rien, et cet état ne « cessa qu’en appliquant de l’esprit-de-vin immé- (( diatement sur l’épiglotte (1). 11 vit aussi une autre (( femme qui avait le sang scorbutique, à laquelle (( on eut à peine tiré cinq onces de sang pour un « violent mal de dents, qui durait depuis cinq (( jours, qu’il lui survint un mouvement conxulsif U de toutes les parties du corps (2). Van Swieten K a vu une femme à qui des pertes de sang dans K une grossesse donnèrent d’abord des défaillances « réitérées, ensuite de si fortes palpitations, que ne (( pouvant faire aucun mouvement sans en éprou- (( ver , elle fut obligée de passer douze ans au (( lit (3). Une demoiselle âgée de 19 ans, bien por- (( tante jusqu’à cet âge, fut attaquée de maux de (( tête violents, pour lesquels on lui tira, au bout « de six semaines, quatorze onces de sang : cette (( saignée la jeta dans une mobilité excessive; tout (( la faisait tressaillir , lui donnait des palpita- « tions, des étouffements, des angoisses; cet état (( très- fâcheux durait encore au bout de dix ans, (( et pendant tout ce temps elle n’avait pas été tolé- (( rablement dix mois. Peut-être la saignée eût été (( utile d’abord, quand on la fit, si elle n’eût pas été
(1) Des vapeurs, p. 36.
(2) Loc. cit., p. 138.
(3) Loc. cit., t. IV, p. 489.
ANÉMIE, IIYDRIIÉMIE, CHLOROSE. Ai
(( trop forte; mais il ne faut jamais oublier que la (( saignée, qui convient parfaitement au commence- « ment d’une maladie qui vient de pléthore, peut « nuire quand la longueur du mal affaiblit, tout (( comme le retour des règles, qui peut guérir d’a- (( bord des maux qui dépendent de leur suppression, (( les aggrave quand la malade est déjà tombée dans « la faiblesse, la langueur, répuisement, et qu’elle « a plus besoin de nourriture que d’évacuation.
Des hémorrhoïdes trop abondantes jetèrent (( une femme de45ans dans une mobilité excessive, (( accompagnée de beaucoup de peines et d’angoisses, « et surtout d’une agitation singulière dans toute la « surface du corps, et une autre femme, à peu près (( du même âge, avait, après des pertes utérines, (( une telle mobilité, qife la plus légère affection lui (( donnait une agitation extrême pendant plusieurs (( heures, une très-mauvaise nuit, une pesanteur et « une chaleur à la tête excessivement incommodes. (( Quelquefois cet excès de mobilité porte principa- (( lement sur quelques organes : une femme que (( des pertes avaient rendue très-faible et très-mo- (( bile, et à qui elles avaient laissé du dégoût, avait (( contracté surtout une telle sensibilité des nerfs « de l’estomac, qu’il suffisait qu’elle entendît parler « d’aliments pour vomir. Une évacuation peu abon- « dante par des sangsues appliquées au fondement « d’une jeune personne hypocondre, ne fit qu’a-
42 DE l’état nerveux ou NERVOSISME.
(( jouter une extrême mobilité à l’hypocondrie, et « en général après des hémorrhagies, même modé- « rées, on est exposé à des spasmes dans les intes- « tins, qui donnent souvent de la tristesse, des gon- « flements; la sensibilité de l’épigastre devient telle (( que l’on ne peut supporter aucune ligature, et j’ai « vu une femme qui était venue me consulter pour des (( obstructions du foie, 1 7 jours après une fausse cou- « che, dans laquelle elle avait beaucoup perdu. Elle « avait cette sensibilité des épigastres et des hypocon- (( dres si forte, qu’en la touchant assez légèrement « au creux de restomac, je lui procurai une syncope « convulsive, et qu’elle fut quelques heures, avant « que de recouvrer une entière respiration. » L’opinion de J. P. Frank n’est pas moins formelle : «Qu’un soldat plein*de vigueur, une femme « florissante de jeunesse et de santé, l’iin par une « blessure, l’autre par le flux menstruel, la gesta- « tionou l’accouchement perdent une grande quan- « tité de sang, ils sont bien vite en proie à des « affections nerveuses. Ainsi les animaux domesti- « ques que l’on sacrifie, pendant que le sang s’é- « chappe de leurs vaisseaux, se débattent avec vio- « lenceet expirent dans les convulsions. Nous avons « eu la douleur de voir après une émission sanguine « peu considérable, faite par précaution ou parce « qu’on s’était trompé sur la nature de la maladie, « et sur de fausses apparences de force, des sujets
ANÉMIE, IIYDRHÉMIE, CHLOROSE. iS
(( déjà affaiblis tomber dans des convulsions ex- (( traordinaires, des langueurs, des tremblements <( hystériques, ou dans la consomption.
« Des accidents de même nature résultent de flux « séreux, muqueux et glandulaires abondants, de la « réparation incomplète des pertes de chaque jour, « soit l’insuffisance ou le manque de nourriture, « la prolongation de jeûnes trop austères, soit l’u- (( sage d’aliments végétaux ou animaux de maii- (( vaise qualité, etc. (1). »
Obs. VIII. — Nervosisme chronique^ suite de métrorrhagies menstruelles. — Gastralgie. — Vomissements nerveux. — Spasmes. — Hémiplégie droite , suivie d'une paralysie générale^ avec intermittence. — GuéiHson définitive au bout de soixante-dix-sept jours par les inhalations de chloroforme.^ et l’opium ci l’intérieur.
« Le docteur Bonnefont rapporte dans le numéro du 2 juillet 1853 de la Gazette des hôpitaux^ l’histoire d’une femme de 24 ans, qui, à la suite de plusieurs métrorrhagies menstruelles, éprouva, le 11 mars, le sang s’écoulant en abondance, une gène remarquable dans les mouvements de la moitié droite du corps.
« Le 13, l’hémiplégie était complète; et le 24, la paralysie était généralisée sur les deux côtés du corps ; d’ailleurs intégrité parfaite de sentiment.
({ Il y avait en môme temps des douleurs gastralgiques violentes, avec exacerbation nocturne. Les vomissements étaient fréquents et très-douloureux, surtout le matin. Ils suivaient constamment de très-près toute ingestion alimentaire.
(1) Loc. cit., p. 392.
44 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
CI L’hémorrhagie cessa, comme d’habitude, le cinquième jour, mais tous les accidents persistèrent cette fois.
« Le 17, M. Bonnefont prescrit 10 centigr. d^extrait d’opium, en2pillules, unele soir et l’autre le lendemain matin.
(( Le 18, dans la matinée, vomissements douloureux, anxiété extrême du côté de l’estomac. Le médecin passe rapidement le bouchon d^’un flacon contenant du chloroforme sous le nez de la malade, et, chose étrange, elle tombe aussitôt dans un sommeil profond et réparateur ; dans cet état, elle sourit d’abord, puis elle rit aux éclats, répond aux questions de son médecin ; à sa prière, elle lui tend la main, avec laquelle elle serre fortement celle de M. Bonnefont, remue ses jambes, se retourne dans son lit, en un mot plus de paralysie.
« Le réveil a lieu après huit minutes, sans conscience de ce qui vient de se passer. La paralysie a reparu.
((Les jours suivants, la malade est endormie matin et soir par le chloroforme ; et dans l’intervalle elle prend 0,05 ou 0,06d’opium.ll suffitpour obtenir le sommeil depasserune seule fois et très-rapidement sous le nez de la malade, le bouchon du flacon imprégné de chloroforme. Deux fois seulement il a fallu passer deux fois le bouchon devant le nez.
((La durée du sommeil a toujours varié de sept à huit minutes : ce sommeil était toujours gai.
(( Enfin la guérison momentanée de la paralysie accompagnait toujours le sommeil.
(( Le 24, à quatre heures du soir, le bras droit recouvra ses mouvements ; une heure après, la jambe du même côté recouvra la liberté de ses fonctions. Le côté gauche ne rentra dans l’exercice de ses mouvements que le lendemain, 25 mars, à la même heure.
(( Dès le 24, le traitement fut réduit de moitié.
((Le 26, la malade put se lever, mais soutenue par deux personnes, n’ayant qu’une démarche lente, pénible et trèstitubante.
ANÉMIE, HYDRIIÉMIE, CHLOROSE.
((Tout traitement fut suspendu le 27. Chaque fois, pourtant, les progrès furent rapides, et la guérison était complète au bout de 77 jours.
Cette observation esF fort curieuse autant par la forme singulière des accidents nerveux que par leur intermittence, et la guérison rapide obtenue par r inhalation du chloroforme.
Il est impossible de rattacher ces désordres nerveux, produits par une hémorrhagie utérine à une affection hystérique^ sans abuser étrangement de la signification des mots, et sans faire encore comme quelques médecins du mot hystérie le synonyme de toutes les affections nerveuses chez la femme. — Il n’y a rien d’hystérique chez la malade dont on vient de lire l’observation ; ce serait pliftôt un exemple d’anémie, et cependant c’est un état nerveux chronique, car la paralysie dissipée à l’instant par une inhalation de chloroforme, représente plus un trouble essentiel du système nerveux ([ue la conséquence d’une aglobulie sanguine.
Voici maintenant quinze faits extrêmement remarquables et qu’on doit au célèbre Rasori (1), ils se rapportent à l’influence prédisposante des maladies aiguës sur le développement de Tétât nerveux ou nervosisme.
Sous le titre de maladies considérées et traitées comme inflammatoires , amenées à la dernière extré-
(I) Théorie de la phlogose, traduit de ritalien parSirus Pirondi. Paris, 1839. — Appendice, t. II, p. 187.
4 G DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
mité par mi traitement antiphlogistique et guéries par un traitement stimulant^ Rasori a publié quinze observations de nervosisme aigu et chronique, primitif ou secondaire, méconnu dans sa nature par les médecins qui bavaient précédé (1). Quelques observations de même espèce se trouvent encore dans le chapitre suivant, là où la maladie suivie de mort a laissé voir par l’autopsie qu’il n’y avait aucune maladie organique appréciable (2). Si toutes les observations ne sont pas également concluantes, quelques-unes cependant sont dignes du plus grand intérêt.
Ainsi, dans la première série, là où des malades, considérés comme atteints de maladies inflammatoires, n’offraient que des phénomènes de nervosisme primitif ou secondaire, accrus dans leur intensité par la diète ou de trop fortes émissions sanguines on trouve les faits suivants :
Une dame atteinte de douleurs rhumatismales et de fièvre fut saignée 18 fois, purgée à diverses reprises, et couverte de sangsues. lien résulta: « Des « douleurs très-aiguës à la tête et des palpitations « très-fortes au cœur avec beaucoup de gêne dans la (( respiration : ces symptômes revenaient alternati- (( vement, mais ils revenaient promptement et tour (( à tour. Ajoutez à cela un pouls très-faible et fré-
(1) Loc. cit., t. II, p. 187.
(2) Loc. cit., t. II, p. 297.
ANÉMIE, HYDRHÉMIE, CHLOROSE. 47
a quent au point de donner 130 pulsations par «minute, et une si grande faiblesse musculaire « qu a la moindre agitation des membres, la ma- « lade tombait en défaillance. Les jambes étaient « enflées ainsi que les mains, et il parut y avoir de « riiydrotborax. » Elle guérit peu à peu par l’usage des stimulants, de l’opium, 15 centigr. à 1 gramme par jour et de l’alimentation.
Dans un second cas (1), une fille assez forte, prise d'angine inflammatoire au couvent, fut mise à la diète, saignée 5 fois et purgée. Après sa guérison, elle resta pâle et maigre, sans forces, mélancolique, peu intelligente, et dépourvue de mémoire ; puis elle eut des défaillances, des douleurs de tête, et des convulsions, quelquefois de l’assoupissement et du délire, accompagnés de chants, de pleurs, et de cauchemars effrayants. Le pouls était à 120, faible et irrégulier. Cette fille guérit par l’usage des stimulants, d’un bon régime, de Lopiumà 20 et 60 centigrammes.
Une troisième observation semblable se trouve à la suite.
Dans la quatrième, Rasori raconte ce qu’il a éprouvé lui-même à la suite d’un rhume traité par une diète légère et des boissons délayantes, et au bout de 15 jours par trois petites saignées faisant au plus 40 onces de sang. — De violentes douleurs de tête,
(1) Loc. cit., p. 194.
48 DE l’état nerveux ou nervosisme.
des étourdissements, des faiblesses, une douloureuse constriction précordiale, de la contracture et une grande fréquence avec irrégularité du pouls se montrèrent aussitôt, indiquant au médecin son erreur dans le traitement qu’il s’imposait. L’éther et la teinture opiacée, des pilules d’opium et une bonne alimentation le guérirent (1).
A la suite on trouve une cinquième et une sixième observation semblables.
Dans la septième (2), un homme de 55 ans, toujours bien portant, devient dyspeptique, et se met au régime sans en retirer de profit. Alors il se purge et diminue encore la quantité de ses aliments. 11 maigrit chaque fois davantage, pâlit, perd ses forces, et reste au lit, -se croyant atteint d’une maladie de l’épine dorsale en raison delà faiblesse de ses jambes.
Sans fièvre et le pouls faible, n’offrant aucune lésion appréciable des viscères, Rasori lui conseille l’opium, le vin à petites doses, et en augmentant la quantité (jusqu’à 1 gramme d’opium), et il guérit.
Dans la seconde série ce sont des faits du même genre, méconnus dans leur nature et suivis de mort à la suite d’un traitement antiphlogistique disproportionné aux forces des sujets. On poursuivait jusqu’à la mort par la diète et par la saignée des phénomènes essentiellement nerveux que l’on
(1) Loc. cit., p. 236.
(2) Loc, cit., p. 2t 1.
ANÉMIE, HYDRÉMIE, CHLOROSE. 49
croyait inflammatoires, et la iiécropsie ne révélait au sein des organes aucune trace ddn fl animation.
A la suite d’une fatigue, un Français âgé de 50 ans, pris de fièvre et de douleur à l’hypocondre droit qu'il éprouvait de temps à autre, fut considéré comme ayant une hépatite et traité, comme tel, par la diète, les saignées et les purgatifs. Là tête devint trèsdouloureuse et on crut à une complication de céphalite nécessitant de nouvelles saignées. La mort eut lieu au huitième jour, et Rasori qui assistait à l’autopsie ne trouva aucune maladie du cerveau ou du foie. Il s’agissait dans ce cas d’une simple courbature avec névralgies multiples de l’abdomen et de la tête.
Une seconde observation est relative à une jeune fille de 20 ans, affectée de dyspepsie, que l’on traita comme ayant une gastrite par de nombreuses saignées et de fréquents purgatifs, et pour une inflammation de la moelle à cause de douleurs qu’elle éprouvait dans le dos. Cette fdle mourut et les organes ne présentèrent aucune altération appréciable .
Suivent douze autres observations analogues, mais trop dépourvues de détails pour avoir quelque importance dans le sujet qui m’occupe. Elles ne prouvent qu’une chose, l’absence d’altérations somatiques chez des sujets soignée pour des inllanimations viscérales dont ils n’avaient jamais été affectés.
BOUCHUT.
50 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
Les observations modernes de M. le professeur Bouillaud, de M. Uzac dans sa thèse sur la chlorose chez l’homme, de M. Gillebert d’Hercourt, de mon savant collègue M. Beau et d’un grand nombre d’autres médecins confirment toutes ces données antérieures et montrent bien l’influence que peuvent avoir la composition du sang et ses altérations sur la production de la plupart des désordres du système nerveux. — Malheureusement, dans le nervosisme, on n’a pas encore bien déterminé quel est le véritable rôle de l’altération du sang à l’égard des accidents qui se produisent, ni quelle est cette altération, car elle n’est pas toujours facile à démontrer, et chez quelques malades, elle n’existe pas au début de la maladie.
Quoi qu’il en soit, on doit considérer comme un fait acquis à la science, que, primitivement ou d’une façon secondaire, X anémie et la chlorose jouent un rôle important dans la production de certains cas d’état nerveux. Si la chlorose est très-forte, la densité du sang diminue au point de descendre au-dessous de 6° de l’aréomètre, et le chiffre des globules peut tomber de 129 à 100, 80 et au-dessous. Dans beaucoup de cas l’influence de cette disposition se révèle par des signes incontestables, et le traitement par les toniques ou les ferrugineux vient dé montrer la justesse de ce rapprochement étiologique. Ailleurs, au contraire, l’altération est de nature