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CHAPITRE XII

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Le traitement du nervosisme est, comme celui de toutes les maladies générales et de toutes les diathèses, une chose complexe et difficile ; complexe, en raison de la multiplicité des désordres à combattre, et j’ajoute difficile, à cause de l’obscurité qui enveloppe encore la nature du mal. — Toutefois, avec l’intelligence des causes occasionnelles, de la marche et des effets secondaires du nervosisme, la science peut le combattre avec avantages; et si elle

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ne le guérit pas certainement, du moins elle soulagera toujours les malades. — C’est une question de temps; et, à l’exception de certains cas de nervosisme aigu qui guérissent très-rapidement, il faut des mois et quelquefois des années de soins attentifs pour entraver la marche envahissante du nervosisme chronique. Sous cette dernière forme, il est rare que la maladie guérisse parfaitement, et la médecine n’a d’autre pouvoir que de soulager en produisant une amélioration considérable.

Si tous les troubles nerveux que j’ai indiqués, en racontant l’histoire du nervosisme aigu et chronique, se produisaient sans exception chez tous les malades, la situation serait la plus cruelle qu’une maladie pût engendrer. Il n’en est heureusement pas ainsi. Le nombre des troubles fonctionnels varie avec la gravité et l’ancienneté du mal. Il n’est jamais plus considérable qu’aux approches d’une terminaison malheureuse, ce qui modifie singulièrement, ainsi qu’on le devine, le traitement à mettreen usage.

Parmi les indications que présentent les individus atteints de nervosisme aigu et chronique, il y en a quatre qu’on peut formuler ainsi : V attaquer la cause du nervosisme; 2“ fortifier la constitution, qui est ordinairement affaiblie ; 3° combattre les troubles nerveux locaux par des moyens appropriés; 4“ arrêter le développement des complications.

1® - Attaquer la cause du nervosisme.

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— Ce n’est pas toujours chose facile que de découvrir la cause d’une maladie. Mais, dans le nervosisme, cette recherche est moins souvent infructueuse que partout ailleurs. La connaissance du tempérament et de la constitution des malades, de l’influence héréditaire qui domine leur organisation; de leur âge et de leur position sociale; de leur manière de vivre ; de leurs occupations et de leurs habitudes ; de leurs malheurs ; de leurs passions et de leurs excès; de leurs maladies antérieures, telles que la syphilis secondaire, les hémorrhagies, la diarrhée, les dartres générales, etc. ; des fleurs blanches et des maladies de matrice ; des grossesses et de l’allaitement, des pertes séminales, etc., etc., permet aisément de découvrir la véritable nature des phénomènes observés dans le nervosisme.

Tout ce qui est susceptible d’agir profondément sur le système nerveux, directement comme l’intiuence héréditaire, les impressions morales vives, et les excès de travail ; ou indirectement comme la syphilis, la pléthore et les nosohémies chlorotiques primitive et secondaire , doit être pris en sérieuse considération, quand il s’agit de déterminer la thérapeutique à mettre en usage : «Si ergo sine discrimine (( exliiheantur remedia, sive pletlioræ, sive inanitis (( peccet, videtis facile, quod optima médicamenta (( sæpe possint fîeri perniciosissima (1). »

(f) Boerhaave.

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Le nervosisme résulte presque tou jours de l’épuisement nerveux direct par les souffrances morales, les passions ou le travail intellectuel, et de l’épuisement nerveux indirect, occasionné parle mal physique et par les maladies chroniques. A cet égard, il faut que le médecin recherche, parmi ces causes, celle qui a été le point de départ des accidents morbides, et qu’il s’inspire de cette étude pour placer le malade dans des conditions hygiéniques différenles de celles où il a puisé les germes de sa maladie.

Le repos du cœur et de l’esprit; rinterdiction momentanée de tout travail intellectuel ; la vie calme et tranquille, exempte des agitations, des chagrins, des préoccupations et des soucis causés par les revers de fortune, les passions et leurs excès, loin du bruit des villes , à la campagne , au milieu d’amis joyeux et dévoués, sont en général, ce qu’il y a de mieux à prescrire quand cela est possible, pour neutraliser la cause du nervosisme aigu et chronique.

Plus que les médicaments, les moyens moraux conviennent aux maladies que déterminent les souffrances de l’âme : « Morhi abanimi pathemate pen- « dentes, blande ac leniter tractandi sunt; a ni- (( mia remediorum copia et vehementia quam ma- (( xime abstiiiendum (1). » Consolez-vous, vivez tranquille, réjouissez-vous du spectacle de la nature, des champs, dit souvent le médecin; il a bien

(1) Baglivi, lib. I, cap. xiv.

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raison, et, si dérisoire que ce langage puisse paraître au premier abord, il est cependant le seul utile qui convienne médicalement chez les malades dont il est ici question. L’abandon des lieux où ils ont souffert est toujours suivi des plus heureux effets. 11 n’y a pas d’aftliction ou de chagrin qui ne s’adoucisse en cédant à l’honnête distraction des voyages et du séjour à la campagne, loin de tout bruit et de toute société importune, avec les occupations qu’il faut se créer dans un milieu nouveau.

Tissot accordait une telle influence à l’action des causes morales et du rire en particulier sur la guérison des maladies nerveuses, qu’il n’a pas craint de vouloir faire rire de force les malheureux malades confiés à ses soins et qui n’en avaient nulle envie.

((Les effets du rire sont ceux de la joie ; ils sont en général favorables et ils produisent d’excellents effets sur le poumon et sur les organes digestifs. Des malaises, des douleurs d’estomac, des coliques qui avaient résisté à tous les remèdes, ont été guéris par le rire, qui peut prévenir et même dissiper les obstructions ; l’augmentation de la force et de la vitesse de la circulation , qui s’étend jusqu’aux plus petits vaisseaux, l’action qu’il imprime à beaucoup de membres, ont encore un excellent effet sur toute la machine animale ; on néglige trop ce moyen, et je me suis servi avec succès plus d’une fois du rire excité par le chatouillement pour les en-

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fants faibles pour qui je craignais le plus la iiouure qui étaient pâles, maigres, languissants, et j’ose recommander ce secours, bien dirigé, comme une ressource infiniment plus précieuse dans l)ien des cas, quand il y a croiqiissement d’humeur dans les \iscères ou manque d’action dans les solides, que tous les remèdes. On les met sur un lit ou à terre sur un drap, et en badinant on les chatouille aussi longtemps qu’ils paraissent s’en pmuser. On finit dès qu’ils paraissent le désirer. Quelquefois, dix ou douze jours de cet exercice suffisent pour changer très-sensiblement la physionomie des enfants, en leur donnant plus de couleur et un air beaucoup plus animé et plus fort (1). »

ÜBS. XLv. — Nervosisme chronique guéri par une impression morale (2).

(( J’ai beaucoup vu un homme qui , étant dans un état de consomption presque désespéré, inspira par sa douceur et son honnêteté une simple pitié à une femme charmante, qui se faisait un plaisir de lui donner des marques de l’inlérét qu’elle prenait à son sort; quelque malade qu’il fût, son cœur était encore capable de sentiment; il aima bientôt, et, à mesure que le sentiment augmentait, la maladie diminuait ; la pitié qu’il avait inspirée devint un sentiment plus tendre, et l’amour satisfait lui rendit toute sa santé. Des bords du tombeau, il passa au lit nuptial sans aucun autre remède que l’inlluence d’une passion forte et heureuse. »

(1) Tissot, Traité des nerfs, t. Ill, p. 401.

(2) Loc. cit., p. 322.

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Si la maladie n’est point le résultat d’une cause morale et dépend, au contraire, de la spermatorrhée ou d’une affection de matrice, d’un vice des humeurs, tel que le podagrisme, le syphilisme, ou l’herpétisme, de la pléthore ou de la chlorose, etc., il en résulte des indications particulières qu’il importe de ne pas négliger. Ici ce seraient les antigoutteux, les antisyphilitiques, ou les dépuratifs et les révulsifs cutanés, tels que les cautères et les vésicatoires; ailleurs la saignée ; la cautérisation utérine ou prostatique ; chez d’autres enfin les préparations toniques et martiales, dont je vais parler d’une manière toute particulière. Ce qu’il ne faut pas oublier défaire, c’est la recherche attentive des causes probables ou certaines du nervosisme, morales ou physiques, leur connaissance est indispensable à la guérison.

2" Fortifier la constitution. — Que le nervosisme soit aigu ou chronique, primitif ou secondaire, s’il dépend d’un état de faiblesse générale, il importe de chercher à soutenir les forces et la vitalité par l’emploi des stimulants et des toniques, si les malades peuvent en supporter l’usage.

Il faut se hâter de nourrir ceux qui s’étaient mis à la diète, ou à qui l’on avait imposé une diète trop sévère. Quant h ceux dont l’alimentation végétale et insuffisante paraît de nature à augmenter la nosohémie chlorotique, il faut leur prescrire un régime plus substantiel composé de viandes grillées

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OU légèrement bouillies, de jambon, de légumes ' féculents ou herbacés, de fruits cuits ou de fruits à pépins dont l’usage facilite la digestion et le passage des aliments.

Ce n’est pas assez de prescrire, il faut être obéi, et ici la chose est souvent très-difficile, car les malades ont une répugnance presque invincible pour les boissons et pour les aliments ; leur dégoût et leur inappétence sont tels, que la première chose à faire chez eux est d’exciter l’appétit. On y arrive quelquefois en satisfaisant leur goût et en leur donnant de la salade, des viandes marinées, du jambon d’York et de Westphalié, qui passent plus facilement que d’autres préparations culinaires.

Peu importe ce qu’ils mangent, pourvu qu’ils le digèrent, et l’indication capitale est de fournir à la nutrition interstitielle les matériaux qui lui manquent. L'alimentation, et autant que possible l’usage des aliments naturels, réparateurs, substanliels, voilà les premiers et les plus utiles de tous les médicaments appropriés au nervosisme dans son état aigu ou chronique. L’eau rougie et les vins de Bourgogne et de Bordeaux, lorsque les malades vont mieux ; les vins de Malaga, de Madère et de Xérès s’y associent de la façon la plus heureuse.

Que de fois dans la convalescence d’une maladie aiguë, et particulièrement chez les enfants atteints de fièvre typhoïde, lorsque tombe la fièvre et re-

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naît rap})étit, lorsque l’on hésite à donner des aliments, de crainte d’une rechute, que de fois, dis-je, n’ohserve-t-on pas des rêvasseries, du délire, des défaillances, des vomissements, et une élévation du pouls, qui pourraient faire croire à une complicaîion, tandis qu’il s’agit d’un nervosisme aigu qui guérit en quelquesjourspar une faible alimentation.

En effet, il suffit alors de donner des potages, un œuf et de l’eau rougie pour faire disparaître le délire et pour ramener lepouls à l’état naturel. Ce sont des faits assez communs, dont la signification se révèle peu à peu par l’expérience ; tous les médecins en ont rencontré de semblables. Il fut une époque même, au déclin du règne de la médecine dite physiologique, où ils étaient si nombreux et si incompris, qu’ils firent la fortune de la science et, de plus, celle du charlatan perspicace, qui eut l’avantage de les comprendre. En effet, h cette époque, les pblegmasies, les fièvres et les névroses étaient soumises à un traitement uniforme : la diète, l’eau de gomme, et les émissions sanguines, locales ou générales. Une gastralgie était considérée, comme une gastrite et traitée comme telle, selon la formule antiphlogistique du maître. L’idée de toujours rattacher un trouble fonctionnel à une lésion de structure organique, avait égaré les esprits, et, chose incroyable, toute une génération de médecins avait subi et accepté cette doctrine et cette

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pratique de Broussais. Qu’eu ad\'iut-il? Des malades exténués par la diète et affaiblis par la saignée, loin de setrouxer soulagés, restaient sans appétit, ne pouvaient bouger sans tomljer en syncope, avaient des rêvasseries ou du délire, des névralgies et des viscéralgies douloureuses, un état fébrile permanent; astreints au régime de beau de gomme et d’eau de poulet pendant des mois entiers, amaigris, cachectiques, et arrivés jusqu’au marasme le plus inquiétant, on les croyait perdus, et ils revenaient cependant à la vie, lorsque, laissant là de pernicieux conseils, ils avaient retours è cet empirique qui venait audacieusement et suliitement changer leur l’égime et leur faire avaler une tranche de filet de bœuf et boire un verre de bon vin. Malheureusement toute bonne chose a son mauvais côté. Ce qu’a fait de victimes l’ignorant qui, par système, a opposé un régime aussi substantiel à toute dyspepsie, est incalculable. Son point de départ était bon, et alors qu’on se trompait dans le camp de la vraie science, il a eu le mérite de faire comprendre que l’alimentation insuffisante était la cause d’une foule de troubles fonctionnels attribués à tort à des dégénérescences organiques ou à d’anciennes maladies intlammatoires. C’était absurde de nourrir ainsi un dyspeptique agonisant de phthisie tuberculeuse, de cancer gastrique ou de toute autre maladie organique ; mais ce fut une preuve de vrai talent, que de

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découvrir l’influence avantageuse de ralimentation sur les troubles morbides de l’état nerveux primitif ou secondaire des convalescents, et de la chlorose. Évidemment le médecin dont je parle a guéri un grand nombre de nervosiques. 11 a vu les faits que j’étudie, et il aurait pu les décrire de façon à doter la science d’une monographie impérissable; mais entraîné par la soif de l’or, il est mort en ne laissant qu’un nom peu estimé : juste punition de ceux qui méconnaissent les devoirs qu’impose la dignité professionnelle.

Ce que l’on voit dans la convalescence de quelques maladies, lorsque surviennent des accidents nerveux faciles à guérir par l’alimentation, indiquant la fâcheuse influence de la diète trop longtemps prolongée , se retrouve quelquefois chez les individus depuis longtemps malades et atteints d’un nervosisme aigu très-intense.

Ainsi, j’ai cité les faits relatifs à une jeune femme et à une dame sur le retour qui toutes deux arrivées à un état de marasme inquiétant et tourmentées par des douleurs sans nombre, bien qu’il n’y eût chez elles aucune lésion de structure, furent guéries par l’alimentation, combinée avec l’hydrothérapie. Ces faits ne sont pas les seuls, et il y en a d’autres qui ont été signalés par Schedel, auquel j’ai emprunté de nombreuses observation-s , par MM. Fleury, Gillebert d’Hercourt, Boullay, Maca-

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rio, etc., dans plusieurs publications intéressantes.

Nourrir avec précaution les malades atteints de uervosisme aigu et chronique est donc la principale indication à remplir. Pour arriver à ce résultat souvent moins facile qu’on ne pense, il faut recourir à une foule de moyens détournés qui donnent de l’appétit, facilitent la digestion et l’assimilation des aliments.

Un excellent moyen d’activer la digestion quand on suppose une diminution d’abondance ou d’acidité des sucs de l’estomac, c’est l’assaisonnement de la viande avec un fdet de vinaigre ou l’usage des viandes salées et marinées. En commençant ainsi la digestion artificielle des viandes qu’on donne aux malades, l’estomac se trouve soulagé d’autant et la digestion est plus rapide et plus facile. 11 y a des personnes chez lesquelles ce procédé réussit à merveille. Elles digèrent mieux le jambon et le liœuf à la vinaigrette qu’une aile de poulet sans assaisonnement.

C’est dans ces cas que la pepsine de chien et de veau peut réussir. M. L. Gorvisart a montré qu’elle opérait dans un vase la digestion des matières animales mises en contact avec elles. lien est de même dans l’estomac, et les nervosiques dont la digestion est pénible, peuvent trouver dans cette substance un moyen de réparation et de nutrition qui contribue beaucoup à la guérison de leur maladie.

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Outre la préparation des aliments, leur température a souvent une grande importance, car il y a des malades qui ne peuvent digérer que les choses froides et c’est une chose à étudier. Il faut déplacer les malades et stimuler leur appétit par le grand air de la campagne et le séjour des bords de la mer et des principales des villes d’eaux minérales. Quant aux eaux en elles-mêmes, à l’exception de celles qui contiennent du fer et des sels purgatifs, elles sont quelquefois, mais rarement, utiles aux malades.

L’exercice gradué en plein air, à pied et à cheval, chaque jour un peu plus considérable, la navigation, d’après Gilchrist (1), la gymnastique de chambre, l’exercice de la chasse sont souvent utiles.

Les frictions avec des brosses de crin, de flanelle sèche ou imbibée d’huile d’olives, de camomille, le massage avec la main ou des mollettes de buis, agissent activement sur la contractilité des capillaires, favorisent la circulation générale et soulagent beaucoup les malades , surtout ceux dont les digestions sont irrégulières.

Les bains de baignoire à 26° ou 28° centigrades, pendant six à huit heures, ainsi que le conseille Pomme ; les bains tièdes additionnés d’une décoction de fleurs de tilleul (une livre), ou de fleurs de camomille (15 grammes), les bains additionnés de sulfure de potassium (120 grammes), de sulfate

(1) Be r utilité des voyages sur mer.

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de fer, les bains salés, sont très-utiles chez les sujets forts et vigoureux. Les bains frais pendant vingt minutes ; les bains de mer au mois de juin ou de juillet ; les bains de rivière ; les aspersions froides dans une baignoire vide; les frictions du corps pendant une ou deux minutes après son enveloppement dans un drap mouillé; les douches froides en pluie, ou les directes en cas de névralgie pourraient être mis en usage, et on trouve dans les traités d’hydrothérapie un grand nombre d’observations relatives h des nervosiques soumis à ce traitement.

Le moment où il convient d’administrer les affu- \sions froides n’est pas indifférent. Pour moi, j’ai toujours conseillé leur emploi immédiatement avant le repas, et il m’a semblé que la réaction opérée dans la peau facilitait le travail de la digestion. Après avoir leçu l’eau sur le corps pendant cinq minutes, on habille les malades, qui sortent et marchent vite, pendant un quart d’heure avant de se mettre à table.

11 en est de même de l’hydrothérapie méthodique, dont le mode d’administration diffère suivant les indications à remplir. Le médecin qui ne connaît pas bien les effets de l’eau froide à ses températures différentes et dans son action plus ou moins prolongée, ne peut conseiller utilement les malades, et je vais faire connaître succinctement les principes généraux de cette méthode.

Voici comment M. Gillebert d’Hercourt et son

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savant rapporteur à l’Académie de médecine, M. le docteur Gibert, s’expriment à cet égard :

<( Pour ceux qui sont peu versés dans la connaissance des effets du froid et qui n’ont point étudié l’hydrothérapie, il paraîtra surprenant ou presque incroyable qu’une médication en apparence si restreinte, puisse remplir les indications contraires que paraissent réclamer les formes variées de la surexcitabilité nerveuse. Pourtant, rien n’est plus simple, ni plus vrai ; c’est ce que je vais m’appliquer à démontrer.

(( Et d’abord, précisons bien les effets du froid, ou pour mieux dire de l’usage externe de l’eau Froide, sur l’économie animale. D’une part, l’action de l’eau froide est complexe ; elle s’exerce sur plusieurs systèmes, et donne naissance à plusieurs ordres d’effets qui varient en intensité suivant l’intensité même du froid et suivant la durée de son application. Par exemple, de 6” à -j- 15° centigrades, l’eau exerce une action tonique par excellence , dont la répétition produit , en particulier sur l’hématose, une impulsion très-favorable et indiquant, suivant l’expression de MM. Begin et Fournier, un surcroît d’activité dans l’appareil à sang rouge ; en un mot, une reconstitution du sang artériel. La peau, qui est le siège de ces applications, recouvre bientôt l’exercice de ses fonctions, ou les exerce d’une manière plus parfaite : la circulation

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capillaire y devient plus active ; la caloricité y est plus grande; l’absorption et l’exhalation cutanées deviennent également plus promptes et plus complètes. Mais, grâce au consensus général, on ne peut tonifier un organe aussi important et aussi étendu que Test la peau sans que cet effet ne s’étende bientôt à toute l’économie. La tonicité ainsi produite sur. l’enveloppe cutanée devient générale. Mais pour obtenir ces effets, on ne doit pas faire durer l’application de l’eau froide au delà de quelques minutes, quatre à cinq par exemple ; autrement, les effets toniques disparaîtraient graduellement, et si le contact du froid se prolonge suffisamment au degré indiqué, ils seraient remplacés par des effets opposés. L’économie, épuisée par une trop grande soustraction de calorique, cesserait de réagir, la circulation se ralentirait ; la vitalité deviendrait de plus en plus faible et la sensibilité diminuerait ou même s’éteindrait tout à fait dans les parties refroidies. Il y aurait alors sédation* comme disait Cabanis, par suffocation des mouvements vitaux.

« Comme les précédents , et en vertu de la même cause, ces effets peuvent devenir plus ou moins généraux, et s’étendre plus ou moins aux organes profonds. Toutefois, pour arriver à pro- ' duire la sédation, il n’est pas nécessaire d’employei* toujours un abaissement de température aussi considérable. Il est possible de l’obtenir même avec de

BOUCHUT.

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l’eau presque tiède , pourvu qu’on en prolonge suffisamment l’application ; c’est au reste un fait universellement reconnu et que prouvent incontestablement les expériences de M. Magendie. Or il est telle circonstance où, voulant produire un effet sédatif, on a quelque raison de chercher à éviter le mouvement tonique réactionnaire qui la précède forcément dans le cas ci-dessus : on y est principalement intéressé dans les maladies fébriles, par exemple, et comme on le verra plus bas, dans certaines formes de la surexcitabilité nerveuse. Alors on agit avec de l’eau qui n’a pas moins de +22® à -|-25® centigr., et on prolonge la durée du contact durant une demi-heure, trois quarts d’heure, une heure, ou plus, suivant le cas.

« Ainsi donc, par le seul mode d’emploi de l’eau, par l’abaissement plus ou moins grand de la température du liquide, on obtient deux ordres d’effets parfaitement distincts ; les uns toniques, les autres sédatifs ; par son application à toute la surface du corps, ces effets sont généralisés, et par une convenable répétition des mêmes pratiques, on force l’économie à fonctionner régulièrement dans la voie qui lui est indiquée.

(( Si, au contraire, l’usage de l’eau est borné à une partie très-limitée de la surface du corps, les effets qui en résulteront , ne seront directement toniques ou sédatifs que par rapport à cette même

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partie ; mais ils deviendront révulsifs ou répercussifs par rapport aux autres. Ou pourra donc ainsi et sans recourir à une autre médication exercer une action dérivative, éteindre une inflammation, ou calmer une douleur. La répétition des mêmes moyens a également pour résultat d’en perpétuer les effets, et d'augmenter la puissance de ceux-ci. Tout le monde peut apprécier dès lors l’heureuse influence qu’on peut ainsi exercer sur l’équilibre des fonctions organiques et sur la restauration des forces.

« Ce n’est pas tout, cependant ; outre la soustraction du calorique, qui appartient à l’ordre des actions physiques , et qui donne naissance aux effets physiologiques indiqués ci-dessus , Teau froide exerce encore une antre action , distincte de la précédente, en raison des efPets psychiques qu’elle produit ; je veux parler de la sensation qui résulte du contact de l’eau plus ou moins froide et de la perception qui en est la conséquence. Si dans les affections où la sensibilité n’est pas intéressée, on n’exerce que peu d’influence, on n'a pas à tenir compte de cette action. 11 n’en est pas de même pour les maladies nerveuses où les lésions de cette faculté constituent en quelque sorte le point le plus important. Qu’on se présente un malade névropathique ou hypocondriaque, subissant les sensations les plus bizarres, portant

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sur elles, comme cela a toujours lieu, les ju«s gements les plus erronés, et s’étudiant en quelque sorte fatalement à éviter tout ce qui, chez lui, modifierait ou redresserait la sensibilité, et étendrait le champ, devenu trop restreint, de ses perceptions ; croit-on que le froid n’exercera sur ce malade qu’une simple action physiologique ? Il fera plus, j’en donne l’assurance ; une sorte de révulsion se produira sur les sensations internes ; des perceptions plus nombreuses et variées en résulteront, et le malade entrera à son insu dans une voie nouvelle d’activité physique et morale.* Les anciens disaient : Sanguis^ moderator nervorum ! Nous pourrions en dire autant du froid en général par rapport à l’action nerveuse : car d’une part, 011 sait que sans qu’il soit besoin d’aller jusqu’à la congélation, le froid peut déterminer l’anesthésie ; on sait encore que c’est à son action incessante que doit être attribué le peu de sensibilité des peuples du Nord, qui, au dire de Montesquieu, sont si peu sensibles que pour les chatouiller il faut les écorcher ; c’est encore à la même cause qu’il faut rapporter l’insensibilité de ces sauvages du nord de l’Amérique, qui, suivant Dixon et Vancouvers, se tailladaient le corps avec des morceaux de verres en présence des matelots européens î On connaît les conséquences de cette absence de sensibilité sur le moral et sur l’intel-

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ligence de ces peuples. D’un autre côté il est démontré que l’action du froid modérée et interrompue tonifie les tissus et régénère les éléments de la névrosité. Qu’on juge donc à présent des ressources précieuses qu’un agent, qui produit de semblables effets, peut offrir dans le traitement des maladies spécialement dues à la surexcitabilité nerveuse.

« Pour réussir avec le froid, il n’est besoin que de savoir doser convenablement son action , et la mettre en rapport avec les troubles qu’on se propose de combattre. »

Je n’ajouterai rien à ce court exposé , qui révèle un praticien consommé dans l’art d’utiliser l’action de l’eau froide. En effet, si, dan? quelques circonstances, de simples affusions froidei ou l’enveloppement rapide par le drap mouillé peuvent se faire à domicile avec tout avantage, dans la majorité des cas, il faut suivre une direction méthodique qu’on ne peut rencontrer que dans quelques établissements particuliers d’après l’avis de médecins spécialistes connaissant bien les effets de l’eau froide sur l’organisme. Voici maintenant plusieurs observations par lesquelles on pourra juger les avantages de cette médication.

Obs. xlvi. — Nervosisme chronique. — Dyspepsie. — Douleurs

erratiques du tronc et des membres. — Affaiblissement des

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sens, hallucinations. — Marasme nerveux. — Hydrothéra

pie. —Guérison (1).

((Madame X.., âgée de trente-six ans, d’une constitution remarquablement belle , d’un tempérament nerveux trèsprononcé ; santé excellente jusqu’à vingt ans ; à ce moment interviennent des perturbations morales dont l’influence continue à se faire sentir pendant plusieurs années, et qui amènent des troubles graves dans toutes les fonctions. Madame X... se marie à vingt-deux ans. Trois grossesses ont lieu dans l’espace de neuf années et à trois ans d’intervalle; les accouchements sont heureux, mais le dernier est suivi d’un abcès de la fosse iliaque qui compromet les jours de la malade, et pour lequel sont appelés MM. Guersant fils, Chomel , Cruveilhier et Jobert: l’abcès s’ouvre spontanément dans le rectum, et la guérison s’opère sans aucun accident consécutif.

(( La santé de madame X... s’altère de plus en plus ; elle est soumise à un traitement homœopathique qui reste inefficace , et M. Petroz lui conseille le voyage d’Italie. Trois années sont passées à Rome à Florence , à Naples , à Ischia , où la malade prend les eaux , et madame X... revient en France en 1845, sans avoir éprouvé le moindre soulagement.

c( Je passe rapidement sur ces antécédents, parce que l’état dans lequel j’ai trouvé madame X..., lorsque j’ai été appelé à lui donner des soins, existait depuis dix ans sans avoir présenté, pendant ce long espace de temps, des modifications importantes ou des circonstances dignes d’être notées.

« État actuel. Le faciès est celui d’une personne qui a été épuisée par une longue maladie chronique ; le teint est terreux, d’un jaune gris, le nez effilé; les joues sont profondément excoriées , les pommettes saillantes , les

(1) L. Fleury, Hydrothérapie , prem. édit., p. 310.

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bords libres des paupières rouges et habituellement enflammées; les yeux, très-enfoncés dans les orbites, ont un état fébrile qui cause une douloureuse impression. L’amaigrissement est le plus prononcé qu’il m’ait été donné de rencontrer ; les membres sont réduits à leur charpente osseuse; les clavicules, les omoplates, les pièces du sternum, les côtes et leurs cartilages, les apophyses vertébrales, les crêtes iliaques se dessinent comme si aucune partie molle ne les recouvrait : on peut dire littéralement que la malade n’a plus que la peau et les os. La peau est grise, sèche, rugueuse, écailleuse ; lorsqu’on la pince, on aperçoit une foule de petites rides qui lui donnent l’aspect d’une peau de chagrin ou de cuir de Russie. La perspiration cutanée est pour ainsi dire nulle; jamais la peau n’est humide, et les chaleurs les plus intenses de l’été n’y amènent point de sueur.

« Les forces sont réduites à leur plus simple expression; c’est à peine si la malade peut se porter, elle ne reste quelques instants debout qu’autant qu’elle est soutenue, ou qu’elle s’appuie sur un meuble ; se transporter d’une chambre à une autre est pour elle un sujet d’eflroi, et elle ne quitte son lit que pour s’étendre sur une chaise longue. L’exercice ne provoque d’ailleurs aucune douleur, aucun accident localisé; il est tout simplement impossible, en raison d’une faiblesse générale poussée à ses dernières limites.

({ Ici, néanmoins se présente un phénomène curieux : douée de facultés intellectuelles et morales remarquables, d’une imagination vive, d’une âme ardente, poussée par son organisation, par son amour pour les beautés naturelles et pour les arts, par le désir de fuir un milieu dans lequel elle subit des souffrances morales sans cesse renouvelées, et aussi par un besoin maladif de changer de lieu, de se procurer des distractions, de donner incessamment des aliments nouveaux à son activité, madame X... a

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la passion des voyages. Pour satisfaire ce goût, ce besoin, elle fait appel, dans un moment donné, à toute Pénergie morale qui est en elle, et alors on la voit accomplir ce qui pourrait être au-dessus des forces d’un homme robuste. C’est ainsi qu’elle gravit le Vésuve, dépassant tous ses compagnons d’ascension; c’est ainsi que, mourante à Naples, elle trouve les forces nécessaires pour faire un voyage en Orient. Madame X... possède un talent musical de premier ordre et une magnifique voix de contralto; elle reste quelquefois plusieurs mois sans ouvrir un cahier de musique; mais le hasard, l’inspiration la conduit un jour à son piano, et alors, pendant plusieurs heures de suite, elle chante les morceaux les plus difficiles et les plus dramatiques de la manière la plus remarquable. Il ne faut pas croire toutefois que ces dépenses de forces factices, que ces effets passagers d’une surexcitation nerveuse morbide ne soient pas chèrement payés. A la suite de ces efforts, madame X... tombe dans un épuisement profond, accompagné souvent de fièvres et d’accidents nerveux graves.

c( La langue est naturelle, le ventre souple et indolent, l’appétit entièrement aboli; madame X... a du dégoût pour les aliments, et ne mange qu’un peu de laitage, de légumes et de fruits, ne boit que l’eau, et l’on a peine à comprendre que la vie, quelque peu active qu’elle soit, puisse être entretenue par une alimentation aussi insuffisante et aussi peu substantielle. Les garde-robes n’ont lieu que tous les sept ou huit jours; elles sont toujours provoquées par un ou plusieurs lavements. Le foie et la rate sont k l’état physiologique.

« La voix a perdu de sa force et de son étendue ; il est des jours où il est impossible à madame X... d’émettre un son clair et soutenu; du reste, les fonctions respiratoires ne sont pas troublées. L’auscultation et la percussion ne fournissent que des résultats négatifs.

(( Le pouls est petit, serré, fréquent, parfois irrégulier

TRAITEMENT

et intermittent ; chaque nuit, vers trois heures du matin, la malade a un mouvement féhrile très-prononcé , qui dure environ deux heures et qui est suivi d’un épuisement extrême ; il n’existe aucune altération organique du cœur, mais le mouvement, 4a plus légère émotion, le hruit inattendu d’une sonnette, d’une porte qu’on ferme, provoquent des palpitations très-violentes.

« Les urines sont noires et sédimenteuses; elles renferment une grande quantité de sels calcaires, et, pendant le séjour de madame X... à Ischia, il paraît que la proportion en est devenue extrêmement considérable. L’écoulement menstruel est régulier, mais peu abondant; rien d’anormal du côté des organes génitaux; l’utérus est parfaitement sain, et ne présente ni engorgement, ni ulcération, ni déplacement d’aucune sorte.

« Le système nerveux est profondément altéré; des douleurs névralgiques, irrégulières, erratiques se font sentir^ tantôt dans un point, tantôt dans un autre; il en existe presque constamment dans une ou plusieurs branches de la cinquième paire, et pendant l’hiver madame X... a des accès extrêmement violents, qui durent plusieurs semaines, se renouvellent plusieurs fois dans le courant de la saison et sont accompagnés, indépendamment des phénomènes habituels, d’une abondante sécrétion de larmes ou d’un écoulementséreux parle nez; le froid, l’humidité, le contact de l’air provoquent des accès de névralgie faciale; aussi la malade redoute-t-elle extrêmement l’action de ces agents, et a-t-elle toujours, même pendant l’été, la tête entourée de ouate, de fichus, etc.

(( La vue est très-affaihlie. Madame X... ne peut se livrer à aucun travail d’aiguille; le soir, la lecture est impossible, et dans la journée, elle ne peut pas être continuée au delà de quelques minutes. L’ouïe a beaucoup perdu de sa finesse. La malade ne goûte chaque nuit que deux ou trois heures d’un sommeil agité, interrompu par des rêves.

314 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

des cauchemars, des hallucinations ; vers le matin, il se manifeste un mouvement fébrile, que termine une légère moiteur, et madame X... se relève plus fatiguée, plus faible qu’elle ne s’était couchée.

(( L’état intellectuel et moral est aussi fâcheux que possible. La moindre émotion pénible, la plus légère contrariété, provoque un véritable désespoir, qui se prolonge pendant toute une journée; la malade se représente alors tous les chagrrns qu’elle a éprouvés dans le cours de sa vie : elle se plonge, sans que rien puisse l’en distraire , dans un océan de souvenirs douloureux, de pensées tristes ; elle tombe dans un découragement profond, elle prend la vie en dégoût, et l’on observe alors un véritable accès de lypémanie.

((C’est dans un tel état de choses que madame X... commence le traitement hydrothérapique , le 7 juillet 1847.

(( 7 septembre. — Malgré tout le soin , toute la prudence qu’on y a mis, les premières applications d’eau froide (friction en drap mouillé, lotions rapides) ont été trèspénibles, et ont provoqué des palpitations, de la suffocation, et une sensation de froid qui ne disparaissait qu’avec peine sous l’influence d’une réaction très-incomplète. Il a fallu de grands efforts pour obtenir de madame X... de continuer le traitement. Au bout de quinze jours des douches générales très-courtes (douche en pluie et douche en jet promenée sur toute la surface du corps) sont prises sans répugnance et suivies d’une réaction satisfaisante. Huit jours après, je fais précéder la douche d’une sudation en étuve sèche; une amélioration notable ne tarde pas à se manifester ; la peau blanchit, devient unie et moins sèche, le teint se modifie, l’appétit renaît, et bientôt il est assez vif pour que la malade mange avec plaisir du poisson et des viandes blanches; la constipation s’amende, les nuits sont plus calmes, les cauchemars, les terreurs, les hallucinations

TRAITEMENT

ont disparu. Madame X... a quelques heures d’un sommeil tranquille et réparateur ; le mouvement fébrile ne se montre plus qu’à des intervalles assez éloignés ; les forces s’accroissent graduellement et permettent des promenades quotidieqnes ; l’état moral est meilleur.

« 7 décembre. — Un changement considérable s’est opéré dans l’état de la malade; l’appétit est vif, madame X... prend avec plaisir une alimentation abondante et substantielle (viandes noires rôties, gibier, vin de Bordeaux) ; la constipation a complètement disparu , une garde-robe spontanée a lieu chaque jour ; les nuits sont bonnes. Madame X... a fait de longues promenades en voiture^ à pied et à cheval ; elle fait de la musique régulièrement; la voix a repris toute sa force, son étendue et sa pureté; la vue, l’ouïe ont recouvré toute leur intégrité, enfin l’amaigrissement est beaucoup moins prononcé.

« 7 avril i848. — Des accès de névralgie faciale se sont fait sentir vers la mi-janvier, et ont beaucoup fait souffrir madame X... pendant cinq ou six semaines; cependant ils ont été infiniment moins longs et moins violents que ceux des années précédentes; l’hiver s’est assez bien passé, et madame X... a pu aller fréquemment dans le monde et au spectacle. Elle a supporté avec sang-froid et courage les craintes et les émotions qu"a fait naître la révolution de février.

(( 7 avril 1849. — Madame X... a continué le traitement jusqu’à ce jour avec régularité; l’biver s’est passé sans que la plus légère douleur névralgique se soit fait sentir, l’état général est satisfaisant. »

Obs. xlvii. — Nei'vosisme chronique. — Vertiges; tristesse; craintes chimériques. — Amélioration par Vhydrothérapie.

(( Madame R..., petite, grêle, douée d’un tempérament

316 DE l’état nerveux ou nervosisme.

très-nerveux, mère de trois enfants, dont le dernier a neuf mois, a toujours été d’une santé parfeite.

c( Elle est entourée de tout ce qui fait le bonheur, et n’a rien à désirer. Depuis dix-huit mois, elle souffre de désordres nerveux, caractérisés par des tristesses non motivées, qu’elle ne pouvait vaincre. Elle avait le cœur gros sans pleurer, ni sans avoir d’accès de suffocation. — Tout lui causait des craintes sérieuses. Elle ne pouvait aller en voiture. Voulant triompher de ce malaise, elle s’installait résolûment dans un fiacre; mais à peine les chevaux avaientils fait quelques pas qu’elle était saisie d’une angoisse inexprimable, douloureuse, avec menace de syncope. — La santé de tous les siens l’occupe au delà de ce qui est raisonnable. Elle craint sans cesse de les voir tomber malades. — Sa tète n’est pas douloureuse, mais vacillante, agitée de vertiges; et ce malaise augmente à chaque époque menstruelle. — Le ventre ^est légèrement douloureux, et les digestions sont bonnes. — Elle est pâle, et d’une faiblesse extrême, sans fièvre.

« Au bout de trois mois d’hydrothérapie, chez le docteur Boullay, cette dame était à peu près rétablie. »

Obs. xlviii. — Nervosism£ chronique ; gastralgie; marasme nerveux. — Hydrothérapie. — Guérison.

«Un monsieur très-occupé d’affaires industrielles, et fréquemment accablé de graves soucis et de grands chagrins, vit sa constitution forte, pléthorique, et sa bonne santé, profondément modifiées par une maladie d’estomac et de larges émissions sanguines.

« Il avait la face très-rouge , et des congestions cérébrales fréquentes, à la suite de la moindre émotion ou contrariété. — Tout cela changea vite. Un accident lui fit perdre un œil, et nécessita d’abondantes saignées suivies de troubles nerveux insupportables.

« La mort d’un enfant le jeta dans un profond chagrin,

TRAITEMENT

suivi d’une maladie chronique de hestomac, caractérisée par un état de langueur, d’inappétence, d’amaigrissement cachectique, et par une teinte jaune très-prononcée du visage. Deux mois de bains de mer, à Trouville, le soulagèrent beaucoup.

« Au bout de deux ans de malaises variés, plus ou moins supportables, les souffrances devinrent plus vives.

« Des douleurs d’estomac, des chaleurs dans l’intestin, des douleurs entre les deux épaules, des étourdissements et des vertiges, de l’insomnie, un tressaillement général des membres à la moindre émotion, de la fatigue et une grande faiblesse des membres; le soir, des angoisses, un sentiment de froid dans les jambes, l’inaptitude au travail, et l’impossibilité de lire. — Ce malade reprenait des forces dès qu’il se mettait à un régime peu substantiel, et il était accablé, au contraire, lorsqu’il mangeait beaucoup. — Une chaleur intestinale, avec constipation et courbature, suivait tous ses écarts de régime.

« Plusieurs semaines d’hydrothérapie, chez M. Boullay, ont guéri ce malade. »

Obs. XLix. — Nervosisme chronique. — Hydrothérapie.

— Guérison.

«Madame G..., dont la constitution est bonne, et qui vit dans toutes les conditions désirables de bonheur et de fortune, est malade depuis huit ans, à la suite d’un second accouchement.

« Depuis cette époque, elle a des malaises dans le ventre, et une faiblesse telle dans les jambes, qu’elle peut à peine marcher. — Ses digestions sont imparfaites, et à chaque instant troublées par de la diarrhée.

« Le pouls est faible, sans bruit de souffle au cœur, ni dans les grosses artères. — Il existe aux membres inférieurs, même au milieu des grandes chaleurs, un conti-

318 DE l’état nerveux ou nervosisme.

nuel sentiment de froid qui rend nécessaire l’usage d’une chaufferette en plein été.

«Elle est fort agacée, très-irritable; la moindre chose l’inquiète, l’effraie; elle n’ose plus aller en chemin de fer ni en voiture. Elle craint de sortir à pied, dans l’éventualité d’un accident que rien ne peut faire prévoir. La nuit, elle a peur dans sa chambre, et son sommeil est agité. — Elle pleure très-facilement, sans motifs ni accès de suffocation. Femme d’une grande intelligence, elle se révolte contre sa faiblesse morale, et ne peut la vaincre, ce qui la rend on ne peut plus malheureuse.

« Elle se soumet à l’hydrothérapie sous la direction de M. Boullay, et au bout de deux mois sa guérison est complète. »

Obs. l. — Nervosisme chronique, — Douleurs générales du

tronc et des membres, sans névralgie. — Hyd?^o thérapie.

— Guérison.

« Madame D..., soignée dans l’établissement hydrothérapique d’Auteuil, âgée de 34 ans, a toujours été d’une santé parfaite.

« Née à Paris, qu’elle a toujours habité, elle a été régulièrement réglée depuis l’âge de 14 ans. Mariée, elle est devenue mère de deux enfants sans que ses grossesses aient altéré sa santé.

« Il y a environ six ans, après de vives contrariétés de famille, elle éprouva des agitations intérieures impossibles à définir, des malaises généraux et de la courbature, des douleurs dans la tête, dans les bras, dans les jambes et dans la poitrine. Ces phénomènes d’abord continus puis intermittents durèrent plus d’un an.

« Quand elle commença l’hydrothérapie, elle avait, tous les jours ou tous les deux jours, une sensation de chaleur dans tout 1^ corps, sans frisson et une surexcitation insupportable. Le pouls est alors très-fréquent et la face co-

TRAITEMENT

lorée. Aucun organe de sensation n’est troublé, sauf les yeux où il se produit souvent une fatigue de nature à empêcher de lire.

« L’appétit est régulier et il n’y a aucun trouble de la digestion. L’embonpoint est conservé.

(( Un mois de traitement suffit pour guérir cette malade et lui donner un état de calme qu’elle ne connaissait pas depuis longtemps. »

Obs. li. — Nervosisme chronique. — Névralgies erratiques.

— Marasme nerveux. — Hydrothérapie . — Guérison.

«Madame B..., âgée de 46 ans, douée d’une constitution éminemment nerveuse augmentée par un exercice exagéré des facultés de l’intelligence, s’occupe de l’instruction secondaire.

« Régulièrement réglée depuis l’âge de 14 ans , d’une manière abondante, elle a cessé de voir ses époques à 45 ans.

c( Une perte abondante, à 24 ans, fut accompagnée de douleurs assez vives dans le ventre et dans les reins. — Mariée à 35 ans, les rapports conjugaux, localement douloureux, furent toujours suivis d’un affaiblissement nerveux considérable et de douleurs occipitales assez vives. 11 en était de môme après la masturbation pratiquée par son mari. Cette dame n’a jamais eu d’enfants.

« A 28 ans, sa santé fut sérieusement ébranlée par une affection grave de l’estomac et des intestins, déterminée par des préoccupations importantes. Une gastralgie accompagnée de vomissements répétés pendant deux ans lui donna une grande susceptibilité nerveuse. Pendant ce laps de temps, elle n’avait point d’appétit et les aliments introduits dans l’estomac étaient presque toujours vomis.

«Elle s’était àpeu près rétablie et, comme on l’a vu, s’était

320 DE l’état nerveux ou nervosisme.

mariée. Déjà très-nerveuse, le travail et les préoccupations aggravèrent son état et la jetèrent dans un état de véritable marasme.

« Au moment de son entrée à l’établissement du docteur Boullay, elle était dans l’état suivant :

(( Teint pâle, semblable à celui qui résulte d’une grande hémorrhagie; mais la malade dit que c’est là son teint habituel ; lèvres et gencives décolorées, yeux cernés, extrême sécheresse de la peau.

« Appétit modéré suffisant. Digestions régulières, selles ordinaires, rendues un peu douloureuses par la présence de tumeurs hémorrhoïdaires non fluentes.

(( Oppression; gêne précordiale ; nulle augmentation de volume du cœur, régularité des bruits sans addition de bruit anormal; très-faible souffle intermittent des carotides.

(( La malade est très-sensible au froid; ses pieds sont continuellement gelés; le plus faible courant d’air occasionne des douleurs assez vives de la poitrine, de la tête ou du dos.

(c Le foie n’est pas volumineux. La rate est légèrement hypertrophiée.

(( Rétroversion prononcée de Tutérus sans leucorrhée, ni douleurs de ventre. Urines fréquentes.

(( La sensibilité n’est pas amoindrie, au contraire il y a souvent de vives douleurs erratiques dans la profondeur du corps, mais principalement à l’épigastre ou dans la région précordiale.

« Sommeil tranquille et réparateur. L’intelligence est entière et très-développée malgré la tendance à la mélancolie. Cependant le cerveau est très-fatigué, car tout travail intellectuel ou manuel, la pensée, la lecture, le travail d’aiguille ne peuvent se prolonger au delà de quelques minutes sans réveiller toutes les douleurs.

« Entrée à l’établis se ment, le 22 septembre 1857, la ma-

TRAITEMENT

lacle est sortie complètement guérie deux mois après, ie 22 novembre, très-lieureuse des effets de l’eau froide. »

Les voyages, principalement ceux qui conduisent aux eaux minérales, où l’on trouve une société nombreuse, avide de distractions, déplaisirs, et un grand nombre'de moyens d’amusement, peuvent être très-utiles.

Les eaux d’Ems, de Bade, de Spa, d'Evian, de Vichy, de Bussang, de Saint-Galmier , de Plomtiières (1) sont préférables à toutes les autres, car leur usage intérieur peut en même temps, être utile aux malades. C’est une étude à faire, lorsqu’il n’y a pas de trouble fonctionnel considérable des voies digestives, car, dans ce cas, il importe de savoir que l’usage des eaux est plus nuisibles qu’utile.

Parmi les médicaments indispensables et dont il faut faire usage pour aider aux effets du régime et de l’hygiène dont je viens de parler, je mentionnerai le fer, sous toutes les formes, Xe^manf/anèse, Y arsenic et enfin le sulfate de quinine, s’il y a, chez les malades, de la fièvre avec paroxysmes (juotidiens.

Dans les cas de nervosisme primitif, avec nosohémie chlorotique, ces médicaments sont indis-

(1) Pour une étude approfondie de ces diverses stations thermales, on consultera avec intérêt le Dictionnaire des eaux minérales de MM. Durand-Fardel, Le Bret et Lefort.

BOUCHUT.

DE l’État nerveux ou nervosisme.

pensables; ils réussissent généralement bien, et ne donnent lieu à aucun phénomène susceptible de faire suspendre leur emploi. Au contraire, chez les malades atteints de nervosisme secondaire , lorsque l’altération chlorotique du sang est peu évidente et la fièvre très-intense, s’il y a des alternatives de constipation et de diarrhée, les préparations ferrugineuses augmentent la fièvre et fatiguent les malades plus qu’elles ne les soulagent. On peut les essayer, mais il est rare qu’on ne soit pas obligé d’en suspendre l’usage.

La limaille de fer; le fer réduit par l’hydrogène, le sous-carbonate de fer doivent être donnés à la dose de 25 centigrammes à un gramme par jour; le vin Ghalybé ; la teinture de mars ; les pastilles de lactate ou d’iodure de fer ; l’eau ferrée en mangeant; les eaux de Passy, de Pyrmont, de Spa, de Boulogne-sur-Mer, en même temps que les bains de mer peuvent être conseillés indifféremment. Dans ces cas, il faut avoir soin de faire suspendre de temps à autre , environ pendant quinze jours, pour laisser reposer les organes digestifs. Pendant ce repos, il est utile de faire prendre des toniques amers. Si les préparations martiales, qu’il convient d’essayer fune après l’autre, ne sont pas supportées et occasionnent de la diarrhée, il faut, à l’exemple de Sydenham, donner tous les soirs aux malades quelques gouttes de lau-

TRAITEMEIVT.

daniim ou deux milligrammes d’opium. Enfui, si malgré ces précautions le fer n’est pas supporté, il faut cesser de la prescrire.

Concurremment avec le fer, ou après lui, le su/fate de quinine et le quinquina doivent être conseillés, l’un en cas de fièvre intermittente irrégulière, l’autre comme tonique général, surtout chez les individus atteints de nervosisme clironique. Si l’on a recours au quinquina, il faut le donner en décoction, en infusion à froid sur de la poudre , sous forme de vin ou de teinture. Quelques malades le supporient avec peine et sont pris de diarrhée après son emploi, il faut alors l’associer à la canelle et au cachou, ou le suspendre pour toujours.

X^e'è» amers , tels que le houblon, la gentiane, la petite centaurée, le lichen d'Islande, les glands torréfiés, l’écorce d’oranges, le quassiaamara, l’angusture, le Colombo, le simarouha, etc., peuvent aussi être conseillés. Mais il n’y a pas lieu de compter beaucoup sur une action énergique favorable de leur part.

Les antispasmodiques^ et parmi eux \ oxyde de zinc en poudre à petites doses, souvent répétées dans les vingt-quatre heures; \ éther sulfurique ou acétique; le castor éum ; le musc; le camphre ; Vassa fœtida; la valériane el\ opium jouissent d’une réputation mieux établie; ils ont été fort souvent employés contrôles maladies nerveuses, et j’ai souvent

324 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

conseillé leur usage dans ces circonstances. Parmi ces médicaments il en est trois qui me paraissent mériter une mention toute particulière : Vassa fœtida^ très-van té par R. Wliytt, que l’on donne à haute dose, en pilules ou dans de l’eau distillée, à moins qu’il n’y ait de la fièvre ; la valériane seule ou associée à l’ammoniaque et au zinc ; V opium enfin, ce roi des contre-stimulants si prôné par Rasori. Ce dernier médicament peut être donné dans l’état fébrile et même à cause de lui. Il s’administre à doses faibles, progressivement plus considérables, depuis cinq centigrammes jusqu’à un gramme; et comme on a pu le voir, dans les observations que j’ai rapportées d’après le célèbre médecin italien, son emploi a été suivi de très-beaux succès. Il s’agissait de maladies réputées inflammatoires, traitées comme telles par la diète, par d’abondantes évacuations sanguines et accompagnées de troubles nerveux graves, caractérisant le nervosisme chronique. Ce médicament avait déjà été employé avec succès par R. Wbytt dans un cas grave que je reproduirai ici :

Obs. lu. — Neiwosisme chronique ; suite du mal de mer ; névralgies temporales avec fièvre ; insomnie^ dyspnée, surexcitabilité nerveuse, constipation, pertes séminales. — Traitement par Vopium. — Guérison (1).

(( Un homme, âgé de 28 ans, qui était d’une forte contt) Rob. WiniT, Traité des maladies nerveuses, t. Il, p. 187.

TRAITEMENT

stilution et d’une bonne santé, ayant feit sur mer un voyage de trois mois, durant lequel il avait presque toujours eu mal à l’estomac sans avoir jamais éprouvé de vomissements, fut ensuite très-exposé au froid dans un voyage qu’il fit par terre; et ce fut là le commencement de ses maux; il se trouva attaqué d’une douleur fixe au front, qui augmenta par degré, et occupa enfin toute la tète. Je vis ce malade pour la première fois, environ deux ans après que son mal de tête avait commencé. Il se plaignait alors d’un mal de tète continu, et d’une espèce de pesanteur dans cette partie ; en outre, il sentait des douleurs aiguës et passagères à différents endroits de la tète, comme si on y eût enfoncé un clou. Dans certains temps le mal de tète augmentait considérablement et était accompagné de fréquence dans le pouls. Souvent cet homme rendait une grande quantité d’urine pâle, principalement pendant les violents accès de douleurs de tête. Son sommeil était troublé par des rêves effrayants; et il se réveillait souvent avec une grande oppression et tout épouvanté. 11 était en général dans le découragement et l’abattement, inquiet, défiant et de mauvaise humeur; cependant il paraissait, dans quelques occasions, extraordinairement gai. La plus petite contradiction qu’il éprouvait lui occasionnait un accès de mélancolie. Il sentait de , la tension aux environs des yeux, principalement lorsqu’il souffrait beaucoup de la tête. A peine se faisait-il quelquesécrétion à la mucosité du nez. Il avait dans le genre nerveux tant de mobilité et de sensibilité, que quand il se retenait d’uriner pendant un peu de temps ou qu’il se blessait le nez, quoique très-légèrement, en faisant des efforts pour tirer des narines la mucosité que son épaississemeni empêchait de sortir facilement, la douleur de tête ne manquait jamais d’augmenter. Il était sujet aux maux d’estomac, et il vomissait souvent une humeur aqueuse, claire, sans goût, comme sans odeur. Pour l’ordinaire il

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avait le ventre resserré, son pouls était bon, excepté pendant le temps que subsistaient les violents accès de mal de tête ; et rien n’était plus propre à faire naître ses douleurs, que les profondes méditations, ou l’application trop longue de l’esprit. Involuntaria pénis erectione cum seminis plerumqiœ emissione, tam die quam noctu, sœpe tentatus fuit .

c( Depuis le temps où j’ai vu ce malade dans l’état que je viens d’exposer, il a éprouvé les mômes symptômes pendant trois ans, pendant lesquels il a été traité en Italie par des médecins de réputation, qui lui ayant fait prendre sans succès divers médicaments, l’abandonnèrent en le jugeant attaqué d’un mal incurable.

(( Ce fut alors que je lui parlai d’un remède dont il n’avait pas encore essayé, en lui faisant espérer qu’il pourrait lui être utile : c’était l’opium. Il y consentit ; je lui en fis commencer l’usage par un demi-grain qu’il prenait tous les soirs à l’heure du coucher; en outre, on lui frottait légèrement celles des parties de la tête où il ressentait le plus de douleurs, avec une dissolution d’un demi-gros d’opium dans quatre onces d’esprit-de-vin.

(( La dose interne de ce médicament fut augmentée par degré jusqu’à un grain et demi; quelquefois on en a donné un grain deux fois par jour. Il n’y avait pas encore un mois que le malade faisait usage de l’opium, lorsqu’il se trouva sensiblement mieux, et en huit ou dix mois de ce traitement il fut guéri de tous les maux qui le faisaient le plus souffrir : alors il commença à diminuer la dose du remède et n’en prit qu’une fois en deux jours , quelquefois même , il mettait un plus long intervalle entre les prises. Mais quand il se sentait menacé d’avoir un accès de mal de tête, occasionné par quelque peine d’esprit ou par toute autre cause, il faisait aussitôt usage d’une plus forte dose d’opium. Je lui conseillai de prendre tous les jours de l’exercice et de s’entretenir l’esprit aussi libre et aussi gai qu’il serait possible. Dans le

TRAITEMENT

commencement de ce traitement il buvait quelques verres de vin à ses repas ; mais, après qu’il eut pris de l’opium pendant quelque temps, il s’aperçut qu’un seul verre de vin l’échaullait, et rendait son mal de tète plus fort, ce qui le détermina à ne boire que de l’eau. La troisième année à compter du temps où cet bomme avait commencé à faire usage d’opium, il se 'trouva tellement guéri de tous ses maux que durant l’espace de douze mois il ne fut pas forcé d’en prendre plus de trois mois.

« Il n’est pas inutile d’observer que ce malade était si sensible à tous les changements de température, que, par un senliment général de faiblesse, par une espèce d’indolence ou de difficulté d’agir, et par les douleurs qu’il avait aux articulations, il aurait pu dire le matin, avant de sortir du lit, s’il faisait un temps humide et pluvieux, ou si le vent était à l’est ou au midi.

« A moins d’appeler hypocondrie tous les troubles du système nerveux de l’homme, quelles qu’en soient les causes, il me paraît évident que ce malade affecté, de gastralgie nautique prolongée, est tombé dans un état nerveux grave, caractérisé par des névralgies multiples, de la dyspnée, de la constipation et des pertes séminales consécutives. Il n’exagérait point ses souffrances et n’en inventait aucune. Quelques semaines de traitement par l’opium suffirent pour le ramener à la santé. »

Obs. lui. — Nervosisme chronique, suite d’impressions morales. — Céphalalgie.^ névralgies dentaires, tremblement musculaire, dyspepsie flatulente. — Traitement par Vopium. — Guérison (I).

(( Une fille, âgée de 30 ans, ayant eu de grandes peines d’esprit, devint progressivement très-souffrante, par suite de troubles nerveux graves. Elle fit usage de divers niédi-

(t) RoB. WilYTT, t. II, p. 192.

328 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

caments pendant huit ans, mais ce fut sans beaucoup de succès. Elle avait une douleur continuelle et violente par toute la tête, mais principalement à la partie postérieure; de la tension dans les muscles du cou , de vives douleurs de dents, de rébrarilement de ces os; un sommeil troublé, des rêves eflrayants; du découragement, de rabattement; des tressaillements et des tremblements de tout le corps, des alternatives de chaud et de froid, des rougeurs ou des feux qui lui* montaient au visage, des vents, du gonflement de l’estomac, des rots ou rapports fréquents, de l’indolence ou difficulté de faire quelques mouvements, manque absolu d’appétit, des douleurs vagues et passagères par tout le corps, enfin l’impuissance de donner beaucoup d’attention à quelque chose de sérieux. Pendant l’été de 1759, la malade commença à prendre de l’opium.

c( Au bout de trois semaines elle se sentit un peu soulagée ; et il n’y avait encore que six semaines que le traitement durait, lorsqu’elle se trouva mieux à tous égards. Le mal de tête était presque entièrement dissipé; les dents ne lui faisaient plus mal, et étaient raffermies ; son sommeil était moins inquiet , moins troublé; et elle ne ressentait presque plus de tressaillements de tout le corps, ni de feux au visage. Environ deux semaines après que cette fille eut commencé l’usage de l’opium, clic eut à souffrir de coliques ou tranchées, qui cependant se dissipèrent lorsqu’elle eut pris ce médicament plus longtemps. On lui appliquait fréquemment sur la tête et sur le cou une dissolution d’opium faite avec l’esprit-de-vin, et ce remède externe lui a toujours procuré du soulagement. »

11 est de toute évidence que les troubles du système nerveux éprouvés par cette fille n’ont rien offert qui ressemble à ce qu’on appelle hystérie ou hymcondrie. Nul spasme, nulle convulsion ne se

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sont montrés. Des névralgies variées, des viscéralgies et la dyspepsie tlatulente, une grande faiblesse musculaire avec insomnie, al)attement et incapacité intellectuelle ont caractérisé cette névrose que l’usage de l’opium a parfaitement bien guérie.

3° Combattre les troubles locaux par des MOYENS APPROPRIÉS. — 11 Serait difficile d’indiquer d’une manière complète les médicaments auxquels 011 est obligé de recourir pour combattre les désordres multipliés du nervosisme aigu et cbronique. Je me bornerai à une simple énumération.

Tous ces troubles fonctionnels, différents dans leur nature en raison même de la texture des organes affectés, ne sauraient être traités de la même manière. Les douleurs , les spasmes , les paralysies, les troubles sécrétoires réclament l’emploi de moyens différents et variables pour chaque cas en particulier.

Malgré cet embarras, je vais exposer en quelques mots ce qu’il convient de faire contre les principales manifestations du nervosisme.

A. Constipation. — Les évacuants, tels que le bouillon de veau, la tisane de casse et de pruneaux ; les lavements purgatifs ; l’aloès en pilules, l’huile de ricin, la rhuliarbe, la magnésie, et les purgatifs salins ; le vin doux et l’usage de raisin bien mûr sont très-utiles chez les malades, qui ont l’intestin très-paresseux et que gêne la constipation.

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Des pilules quotidiennes, de un ou deux centigrammes de belladone, des suppositoires belladonées, des mèches belladonées, et aux repas, des choux pilés, de la chicorée, des épinards et des légumes herbacés en abondance peuvent utilement remédier à cette complication.

B. Diarrhée. — En cas de diarrhée nerveuse, une purgation saline suspend très-souvent les évacuations, mais, dans ces cas, ce qui réussit le mieux c’est la graine de moutarde blanche. Le sous-nitrate de bismuth à deux, quatre, six et dix grammes par jour, est également très-utile. A ces moyens, il faut joindre la décoction blanche de Sydenham, le diascordium, le ratanhia, la monésia, l’acétate de plomb, etc.

G. Vomissements. — Les vomissements des nervosiques, composés de matières glaireuses, neutres ou acides, quelquefois de matières alimentaires, constituent pour quelques-uns d’entre eux une manifestation redoutable, qui seule peut être la cause de leur mort. Il faut alors que les vomissements, devenus incoercibles et entraînant tous les aliments introduits dans l’estomac, déterminent l’inanition. Cela se voit chez quelques convalescents et dans le cours de la grossesse. Le suc de citron, la limonade gazeuse, la potion de Rivière, la potion de Dehaen, la bière de gingembre, le sous-nitrate de bismuth, etc., peuvent être utiles. — Aux vomis-

TRAITEMENT

sements acides les préparations alcalines, particnlièreinentrean de chaux et les poudres alcalines ; aux Yomissements modérés ropiuni, et pour commencer le traitement on fera bien d’administrer un xomitif qui débarrasse quelquefois très-complètement les malades. Vomitusvomitii curatiir. L’ipécacuanha est alors la préparation la plus utile à employer ; quand ce moyen échoue, il faut avoir recours h la teinture d’iode conseillée par Eulemberg et donnée à la dose de quelques gouttes dans les vingt-quatre heures. Si les vomissements tiennent à un état de grossesse et que, malgré tous les efforts de la thérapeutique, la vie soit sérieusement compromise, il y a lien de se demander s’il ne faut pas déterminer l’avortement. C’est quelquefois le seul et dernier moyen de salut pour les malades.

D. Pneumatose gastro-intestinale . — Les éructations gazeuses, les flatuosités et les vents qui se montrent dans une forme particulière de nervosisme, incommodent tellement les malades qu’il y a lieu de s’en occuper d’une manière spéciale. — Les amers, l’eau de chaux, la magnésie calcinée à petites doses. Lassa fœtida, l’anisette dans de l’eau sucrée, l’infusion de coriandre, etc., sont les meilleurs moyens à mettre en usage.

E. Entozoaires des voies digestives. — Cette cause ou cette complication du nervosisme est rare, mais elle se rencontre quelquefois. Dans ces cas, on a

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toujours affaire à des ascarides ou à un ténia. Il importe de savoir que le calomel, le semen-contra, la santoline, la décoction d’écorce de grenadier, la décoction de kousso, etc. , sont parmi les substances médicamenteuses, celles que leurs propriétés vermicides recommandent le plus dans cette circonstance.

F. Spasmes. — L’éther sulfurique et acétique; l’opium, la morphine et la codéine; la valériane et son association avec le zinc et l’ammoniaque ; le musc, le castoréum. Tassa fœtida; la jusquiame, la belladone, l’atropine; l’oxyde de zinc; l’exercice au grand air, la dissipation et la distraction doivent être recommandés aux malades.

G. Contracture . — Les bains prolongés ; les anlispasmodiques; et comme je Tai vu à Thôtel-Dieu, d’après M. Burcq, les applications métalliques de laiton ou d’acier sur les membres triomphent assez bien de cet accident. En mettant sur les parties contracturées des plaques ou des bracelets de cuivre ou d’acier, la douleur et la tension des muscles cessent par degrés au bout d’un temps assez court, et les membres reprennent leur souplesse naturelle. C’est un moyen que j’ai employé déjà bien des fois avec le plus grand avantage, et je ne saurais trop en recommander l’emploi, bien qu’il ne réussisse pas toujours. Je Tai également mis en usage dans la chorée, et il a produit sous mes yeux de remarqua-

TRAITERAIENT

blés succès publiés dans le Journal de médecine et de chirurgie pratiques.

H. Tremblements \ convulsions. — L’opium et la morphine; la teinture de haschisch; la jusquiame; la belladone ; les inhalations de chloroforme et d’éther; le musc; le castoréiim ; Lassa fœtida ; la valériane; le valérianate de zinc on d’ammonia(|ue, le camphre, etc., etc., penvent être employés contre ces accidents, d’abord à la dose ordinaire et jniis à doses progressivement plus fortes d’après l’intensité des phénomènes présentés par les malades.

I. Toux convulsive; hoquet. — La glace en pelits morceaux à l’intérieur, les affusions froides, et, mieux que tout, la morphine par la méthode endermique font rapidement disparaître ces accidents. Ils cessent également chez quelques malades sous rinfluence des armures de laiton ou d’acier autour du cou ou de limaille de fer et de cuivre à l’intérieur.

K. Asthme nerveux; palpitations . — Contre les étouffements et les palpitations incommodes qui gênent les malades, les préparations de digitale et la digitaline; l’opium et la morphine ; la belladone, le datura stramonium en fumigations; les fumigations de papier nitré. Lassa fœtida par la bouche ou en lavements sont ce qu’il y a de mieux à mettre en usage.

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