C.VUSliS
J.-L. Petit i\ vu (les iiccidents analogues provot(U('s par un combat à coups de poing et à coups de bàttm, et attribués par le malade aux Idessures qu’il avait reçues ('). M. Velpeau a extrait d’une thèse soutenue à Strasbourg un fait plus curieux encore : une balle morte avait atteint le scrotum et violemment froissé une tumeur herniaire ('). A. Cooper a vu un coup de timon de voiture contondre une hernie scrotale, et donner lieu à un hématocèle du sac, puis à une inflammation (pii devint promptement mortelle (®). Un fait analogue et très instructif est rapporté dans la thèse de M. Chapsal ('‘) : Hernie ancienne, coup sur la tumeur, signes d’étranglement. On en vint à l’opération. M. Flaubert ne trouva que du sang dans le sac herniaire; il n’y avait ni intestin ni épiploon. L’inflammation traumatique du sac avait suffi pour simuler l’étranglement.
L’inflammation s’allume à plus forte raison si l’intestin tortement contus vient à se rompre dans le sac. On en connaît plusieurs exemples, entre autres celui de J.-L. Petit f®').
(')J.-L. Petit, OEuvres chirurg édition Pigné, 1838, in-8, p. 640.
(2) Velpeau, Médecine opératoire, 2» édit., 1839, t. IV, p. 56.
(^) A. Cooper, OEuvres chinirg Iracl. Chassaignac. Paris, 1837, in-8, p. 231, observ. 189.
(■*) L. Chapsal, De l étranglement dans les hernies. Paris, 1848 thèse inaugurale, p. 21. ’
(*) J.-L. Petit, OEuvres chirurg., édit. Pigné, 1838, in-8, p.628.
INFLAMMATION DES HERNIES
Mais les causes violentes sont excejitiorinelles. Une cause beaucouj} moins rare, c’est le Iroissement d’une tumeur herniaire par un bandage mal appliqué. I^ott a beaucoup insisté sur cette cause, et en a ra|> porté des exemples.
Obs. Vin. — Homme de quarante-trois ans. Hernie épiploïque ancienne et irréductible. Application d’un bandage serré; voyage à cheval aussitôt après. InHammation herniaire des mieux caractérisées; traitement antiphlogistique; guérison sans réduction (').
Obs, IX. — .leunehomme. Épiplocèle irréductible : application d’un bandage serré; inflammation violente, terminée par la gangrène de l’épiploon, du sac et du scrotum ; mort; autopsie. L’épiploon est gangrené jusque dans le ventre (^).
Obs. X. — Épiplocèle froissé par un bandage. Signes d’étranglement , opération. On trouve qu il n’existe aucun êtranqlement ^ que les anneaux sont libres, mais que l’épiploon, le sac et le dartos sont gangrenés par la violence derinflammation. Les accidents de l’étranglement persistent encore pendant cinqjours, puis le maladeguérit (*).
Voici encore un fait qui dépose dans le même sens.
Obs. XI . — Hernie datant de huit ans, course à cheval avec un bandage qui se rompt ; la hernie sort et est froissée; nausées, douleurs dans l’aine, puis tuméfaction énorme; opération. Scarpa trouve dans le sac plus de trois livres de séro-
(‘) P. Potl, Chirurgical [Vorks , edit. Earle, Lond., 1808, in-8, vol. Il, p. 146, case I.
(2) Loc. cil., p. 150, case II.
(^) Loc. cil., p. 152, case III.
CAUSES. 79
sité, et une anse intestinale ecchymosée qu’il réduit après débridement : guérison rapide (').
Je ne multiplierai pas dcjvantage les citations de ce genre. Il me paraît établi que les bandages insuffisants et mal appliqués sont une cause fréquente de l’inflammation herniaire.
Une autre cause, très manifeste aussi, ce sont les efforts. Les efforts, on le sait, suffisent pour provoquer certaines inflammations, celles de l’appareil testiculaire par exemple, et pour ma part j’en ai vu un un assez bon nombre de cas dans le service de Gerdy ("). Cela seul déjà nous permettrait de comprendre l’influence des efforts sur la production de rinflammatioii herniaire. Mais ce qui rend surtout cette influence considérable, ce sont les pressions violentes, les tiraillements, les distensions qui , pendant l’effort, se transmettent directement au sac herniaire ou aux parties qu’il renferme. Voici deux exemples que j’emprunte à la clinique de Desault, et dans lesquels l’étiologie précédente n’est pas contestable (•'’).
Obs. XII. — Épiplocèle inguinal, irréductible depuis vingt an.s, sur un homme de soixante-six ans. Effort pour soulever un fardeau, accompagné d’une vive douleur dans l’aine et
(') Scarpa, Traité des hernies , irad. franç., par Cayol. Paris I 8'l 2, in-8, p. 198. ’
(^) Consulter sur ce sujet la Pathologie générale médico-chirurgicale de Gerdy. Paris. 1831, in-8, p. 302 et suiv.
(3) Bichat. OEuvres chirurg . de Desault, 1801, t. 2,p. 338 et 340. Obs. 3 et 4 du Mémoire sur les hernies étranglées.
INFLAMMATION DFS IIFU.MKS.
(l’un brmt comme de par tient qui ne déchirent. Accroiss(*inenl rapide de la tumeur, vomissements pendant la nuit, constipation. Desault emploie les bains, les cataplasmes, la position, les lavements. Le quatrième jour, les accidents se sont amendés. La tumeur a dinnnué; on tente le taxis pour la première t'ois; réduction; guérison.
[.a possibilité de réduire à la suite de l’accidenl une tumeur épiploïque irréductible depuis vingt ans, semble indiquer que l’effort avait déchiré certaines adhérences. Cette hypothèse est rendue proliable par la sensation de déchirure que le malade avait éprouvée.
Obs. Xlll. — Femme, quarante-deux ans. Hernie crurale datant de cinq ans. Effort pour soulever un fardeau, accompagné d’une vive douleur au sommet de la cuisse; accroissement de la tumeur. Nausées, vomissements pendant quatre jours de suite. La malade, après quelques imprudences, finit par entrer à l’Hôtel -Dieu ; même traitement ([ue dans le cas précédent, seulement on ne fait aucune tentative de taxis; la tumeur diminue d’elle-même et disparait presque complètement.
On voit que les causes mécanicpies de l’inflammalion herniaire sont nombreuses. F<mt-il ranger dans la même catégorie les indigestions, les repas trop copieux, les excès de toute sorte? 11 est certain que ces causes déterminent fréquemment des accidents dans les grosses hernies, et notamment dans les entérocèles. La XY” observation du mémoir(‘ de M. Mal-
sk;.vi;s.
guigne en ofire iifi exemple (^). L’inflammation très intense (ini suivit un écart de régime finit par devenir mortelle, et l’autopsie montra le sac plein de pus et de fausses membranes, sans le moindre étranglement et sans le moindre engouement, bien que le cæcum fût contenu dans la hernie.
Lu élément étiologique qui me paraît jouer uu grand rôle dans la production de rinflammation herniaire, surtout chez les vieillards atteints de hernie scrotale volumineuse, c’est la déclivité. M. Gerdy a mis eu lumière l’influence de la position déclive sur le développement de rintlammation. Si cette cause, à elle seule, n’est pas capable de faire surgir la maladie, à coup sûr, du moins, elle doit être considérée comme constituant une fâcheuse prédisposition.
Puis-, à côté de ces causes qu’il nous est permis d’apprécier, il en est d’autres qui nous échappent. Les changements de température, l’humidité semblent favoriser l’apparition de l’inflammation herniaire. Mais l’étiologie reste souvenf entourée d’une grande obscurité.
S IV. — Signe.?.
Les symptômes de riuflammatioii des hernies se présentent sous deux types bien différents, eu égard a la rapidité et ;i l’intensité de leur marchp.
(') Malgaigne. — Dans génér., 18il, série, t. XH, p. 305.
INFLAMMATION DES HERNIES
J’ai dit que je laisserais de côté tes sub-inflammalions, fort peu connues du reste, qui se terniinent par de simples adhérences, et qui n’ont rien à faire dans le diagnostic de la hernie étranglée. Mais je dois parler de certaines inflammations toutes locales, dont l’évolution assez lente dans les premiers temps, finit par aboutir à la suppuration et à la formation d’un abcès souvent diflicile à diagnostiquer.
Ces inflammations ont en général leur point de départ dans l’intestin même. Une ulcération de la muqueuse perfore peu à peu les tuniques intestinales. Lorsque la perforation est complète, lorsque l’inflammation gagne le sac, il survient du gonflement, delà douleur. Souvent, en pareil cas, il n’y a ni douleur abdominale, ni vomissements, ni constipation, ni troubles circulatoires. L’abcès stercoral s’accroît, la peau rougit, et il est parfois bien difficile de ne pas confondre cette affection avec un abcès simple, avec un abcès ganglionnaire, par exemple,! orsque la chose se passe dans la région de l’aine. Les plus habiles peuvent s’y laisser prendre, et l’erreur n’est rec-onnue que lorsque la tumeur ouverte laisse échapper des matières venues de l’intestin.
Parmi les observations que j’ai citées dans le chapitre précédent, en parlant des corps étrangers solides arrêtés dans les hernies , il en est plusieurs (|ui ont présenté ces caractères. Je rappellerai en Ijarüculier le fait de Taignon et celui de Davon (voyi'z ])lus haut, page b5\ Dans Ii' cas de Carbon-
SIGNES
neau (') et clans cMui d’A. Cooper (-) on vil de même un abcès se tonner dans l’aine et livrer passage à une épingle. Les tumeurs herniaires étaient devenues volumineuses, douloureuses, mais n’avaient présenté aucun des signes abdominaux cpi’on attribue à l’étrauglement. C'est de la même manière enfin que les vers lombrics, arrêtés dans les hernies, se frayent souvent un passage à travers la peau sans mettre la vie des malades en danger.
Des phénomènes analogues se produisent quelquefois sans cause appréciable. Sur un malade de Bourienne, un abcès stercoral spontanément développé dans une hernie produisit une tumeur volumineuse du scrotum qui fut incisée. Une diarrhée chronique s’étant manifestée au bout de dix jours, le malade succomba vingt jours après l’opération, et l’autopsie jeta si peu de jour sur la cause de la perforation intestinale, que Bourienne, après avoir épuisé les hypothèses, finit par dire : « Si la maladie avait été » connue dans les premiers temps, on aurait pu teu- » ter l’opération qu’on fait dans les hernies contre » l’étranglement. Ce n’est pas la première fois que » j’ai vu les intestins percés, le malade n’ayant pres- » que pas éprouvé de douleurs (^). »
{') Nouvelles de la République des teUre.s. Amsterdam 1786 p. 1257.
H A. Cooper, OEuvres chirurg., trad. franç., édit. Chassaignac. 1 837, p. 232, observ. 191 .
(■') Bourienne, Sur une maladie du scrotum (Jouni. de Roux, suite de Vandermonde, 1771, t. XXXVI, p. 464'. '
8/l INFI.AMMATION UKS IIERNIKS.
La marche de ces inflammations herniaires est en général assez lente. Dans nn cas cité par .1. Benoît, la hernie ne s’ouvrit que le dix-huitième jour pour livrer passage à un ver lombriC'. Les accidents n’avaient pas été graves malgré l’emploi de remèdes assez violents prescrits par un élève du trop célèbre Cagliostro ('). La durée peut être beaucoup plus longue : ainsi sur une malade de Muller, la tumeur, qui renfermait des noyaux de prunes, ne s’ouvrit qu’au bout d’un mois (‘^).
11 est digne de remarque qu’en pareil cas, l’abcès, après avoir laissé passer pendant quelque temps des matières fécales, finit presque toujours par se refermer spontanément. Le malade d’A. Cooper , toutefois, conserva une fistule stercorale, contre laquelle on dirigea des tentatives infructueuses.
J’ai dû consacrer quelques lignes à cette forme d’inflammation herniaire, parce qu’elle est de nature à expliquer beaucoup d’erreurs de diagnostic. Je n’y insisterai pas davantage pour le moment, et je passerai tout de suite cà l’inflammation proprement dite, à l’inflammation franche des hernies.
La péritonite herniaire s’annonce par une douleur locale assez vive et par un certain degré d’accroissement de la tumeur. Si la hernie est réductible, elle cesse aussitôt de l’être, et les tentatives de taxis re- (*)
(*) J.-M. Benoît, Tlièse de Paris, 1807, p. 31 et 32.
(^) Planque, /iibl. chois, de vtédec,, 1. V-, 4). 431, 1759, in-4.
SKIXKS.
doublent la douleiii-. A partir de ce moment, les phénomènes qui surviennent sont de deux ordres. Les uns sont généraux ou plutôt fonctionnels, et ont leur foyer principal dans la cavité abdominale ; les autres sont locaux et se passent dans la tumeur.
Dès les premiers instants, ai-je dit, la hernie, devenue irréductible, est simplement douloureuse. Son volume s’accroît assez rapidement. Sa consistance varie avec la nature de son contenu. L’épiploon, par exemple, est plus ferme ([ue l’intestin. En tout cas, cette consistance est moins considérable que dans rétranglement vrai. La percussion démontre tantôt une matité complète, tantôt de la sonorité, tantôt enfin on trouve dans la tumeur des points mats et des points sonores qui correspondent aux gaz contenus dans l’intestin. M. Malgaigne a noté plusieurs fois cette particularité (').
Les tentatives de taxis éveillent une assez vive douleur et provoquent quelquefois des vomissements. La peau ([ui recouvre la tumeur garde longtemps son intégrité. Elle reste souple et flexible et ne présente pas cet empâtement œdémateux qui survient assez promptement dans l’étranglement proprement dit. Toutefois, le taxis, appli([ué sans modération, finit par irriter la peau, et dès lors ce signe distinctif n’existe plus.
( ) Malgaigne, -A ouw//es observa lions sur les pseudo-élranglemcnts [Journ. dochir., 1843, 1. 1, p, -|30, observ. 1).
INFLAMMATION I3ES HERNIES
Un canidère iinportaiit. sur lequel M. Malgaigne insiste beaucoup, se tire de l’inspection des anneaux. 1.0 doigt peut le plus souvent trouver ranneaii herniaire, y pénétrer et constater qu’il n’est pas exactement appliqué sur le pédicule de la hernie. Cela se comprend très liien si l’on réfléchit ({uc l’inflammation herniaire est propre aux hernies non contenues, et qii’alors les ouvertures fibreuses sont nécessairement élargies. On reconnaît ainsi qu’il ne s’agit pas d’un étranglement par l’anneau. Quant au collet du sac, il est clair encore c[u’il ne peut pas être considéré comme un agent constricteur, puisque la hernie est dans la catégorie de celles qui n’ont pas de collet.
A proprement parler, la tumeur est réductible à toutes les époques; mais, à partir du deuxième jour, la réduction est beaucoup plus difficile que dans les premiers instants qui suivent l’accident. A un moment qui varie, vers le cinquième, le sixième jour, rarement plus tôt, souvent beaucoup plus tard, la tumeur peut redevenir réductible, et ce retour de la réductibilité coïncide avec la diminution de la tension et de la douleur ; c’est-à-dire que la réduction redevient possible à mesure que l’inflammation s’éteint. Quelquefois, lorsque cette période est arrivée, la tumeur rentre spontanément et graduellement dans le ventre; mais cela n’a lieu, bien entendu, que sur les tumeurs qui étaient réductibles avant l’accident. Plus souvent la hernie reste en place, et, si le taxis n’intervient pas, l’irréductibilité devient définitive. A ce
SIGNES
propos, je rappellerai ce qui eut lieu sur un malade de Desault, dont j’ai plus haut rapporté l’histoire abrégée. Un épiplocèle irréductible depuis vingt ans put être réduit par le taxis après six jours d’inflammation. Les accidents avaient été produits par un effort, et il est probable que certaines adhérences avaient pu être déchirées, (Voy. plus haut, p. 79, obs. xii.)
La marche de la tumeur n’est pas toujours aussi bénigne. Quelquefois il se produit dans le sac une accumulation de sérosité ou une véritable suppuration ; j’en citerai plus loin des exemples. Enfin, la terminaison la plus fâcheuse, c’est l’inflammation phlegmoneuse de la hernie et de ses enveloppes, inflammation qui peut aboutir à la suppuration et à la gangrène.
Telle est la tumeur. Voyons maintenant les symptômes fonctionnels.
Ces symptômes sont sujets à de grandes variations. Chez certains malades ils manquent presque complètement. Ces cas sont malheureusement assez rares.
D’autres fois les accidents se réduisent à peu de chose : quelques hoquets, des éructations, des nausées, de petites coliques qui ont leur point de départ dans la tumeur ; fièvre nulle ou légère.
Mais souvent, il faut le dire, il s’y joint des vomissements plus ou moins opiniâtres, une constipation difficile à vaincre. Les coliques sont violentes et générales. L’abdomen est dur, tendu, très douloureux à la pression. Le pouls est fréquent et dur, la soif vive, et chaque gorgée de boisson provoque de
INFLAMMATION OFS IIFKMFS.
DouYeaiix YoinissoniL'Mts. Enfin lorsque cel état dure plusieurs jours de suite, les forces s’épuisent, le pouls faiblit, les yeux se caYcnt, le faciès se décompose, et ia mort ])cut survenir au milieu de ce coiié|^e de symptômes ((u’on attribue tantôt à rengouemenl, tantôt à l’étranglement, et qui sont l’indice d’une péritonite plus ou moins intense.
l.’ordre suivant lequel ces symptômes parais.sent, la rapidité de leur développement, leur intensité, leur gravité varient singulièrement , et, sous ce rapport, il y a une certaine différence entre les épiplocèles d’une part, et d’autre part les entérocèles et les entéro-épiplocèles (^).
a. Epiplocèle. — Les accidents de l’épiplocèle sont en général moins prompts et moins fâcheux. La douleur locale, la tuméfaction et l’irréductibilité sont les premiers et quelquefois même les seuls symptômes ; mais souvent aussi des phénomènes plus graves viennent s’y joindre, surtout si la tumeur est maniée sans ménagement et pétrie pour ainsi dire par des tentatives immodérées de taxis.
La douleur ne gagne l’abdomen qu’au bout d’un, deux, trois jours ou môme davantage, et souvent, avant cette époque, on voit paraître les vomissements.
Quelle est la cause des vomissements dans la hei*-
(') Je passe à dessein sous silence certaines hernies comme celles de la vessie, de l’ovaire, etc., parce qu’elles ne sont pas susceptibles de se jn-êter à des généralités.
SIGMiS.
nie épiploïque enllaimiiée? Souvent, il faut le ri ire, eette cause est dans la péritonite, rintlamniation s’étant propagée du sac à la séreuse abdominale; mais quelquefois aussi les vomissements se montrent avant que la pression de l’abdomen soit devenue douloureuse, et il est difficile alors de les rapporter uniquement à la péritonite. Il n’est pas aisé de donner de ce tïiit une explication satisfaisante ; on peut se demander si les connexions de l’épiploon avec l’estomac n’y sont pas pour quelque chose, et si l’irritation ne gagne pas directement le bord convexe de l’estomac sans se propager encore au reste du péritoine. Au surplus, ceci est de peu d’importance et ne doit pas nous arrêter.
Il est plus intéressant d’étudier la nature des vomissements. Ils ne diffèrent d’abord en rien des vomissements ordinaires. Ce sont les matières stomacales qui sont rendues. Plus tard, les matières deviennent verdâtres ou jaunâtres, puis vertes, et quelquefois d’un vert foncé. La présence de la bile y est évidente. L’inflammation d’un épiplocèle peut-elle aller plus loin ? peut-elle donner lieu à des vomissements de matières fétides provenant de l’iléon ? C’est là une question qu’il importerait beaucoup de résoudre pour le diagnostic. Malheureusement, je n’ai pas trouvé dans les observations de détails sur ce point. J’ai parcouru plus de cinquante histoires d’épiplocèles étranglés ou enflammés, ce qui importe peu pour le moment; on trouve presque partout des descriptions
INFl.AMMATION DES HERNIES.
à peu près analogues à celle-(;i : Le malade présente tous les symptômes de l’étranglement ; l’irréductibilité, la douleur et tous les autres signes, dit J.-L. Petit; rétranglement était des plus manifestes, et l’opération ne pouvait être différée, dit Scarpa. Dans l’intention louable d’épargner les moments du lecteur, on abrège les observations, et l’on passe sous silence des symptômes cju’il serait pourtant utile de faire connaître. Une autre cause embrouille cette question de la nature des vomissements : plusieurs auteurs, entre autres A. Cooper et Key, ne considèrent comme matières fécales que celles qui viennent du gros intestin, et dès lors, pour eux, les vomissements qui accompagnent l’étranglement ne sont réellement stercoraux que lorsque le côlon ou le cæcum sont dans la hernie, et lorsque la valvule iléo-cæcale a été forcée (^). De telle sorte que la nature des vomissements est rarement annoncée, et que, plus rarement encore, elle est précisée. Je ne puis dire, par conséquent, si l’inflammation des épiplocèles peut finir par produire des vomissements stercoraux. Je trouve toutefois une observation de M. Munaret, qui prouve, sinon la réalité, du moins la possibilité de ces vomissements dans le cas d’épiplocèle. Un charbonnier de vingt-six ans avait, depuis dix-huit ans, une hernie inguinale qui s’enflamma probablement par suite d’une indigestion. (*)
(*) A. Cooper, Œuvres chir., Paris, 1837, trad. Chassaignac, in-8, p. 235. — Voyez aussi la note de Ashton Key.
SlfiNlîS.
Signes d’étranglement. Tous les moyens ayant échoué on en vint à l’opération. On ne trouva dans le sac que" de l’épiploon vivement enflammé. Ne pouvant réduire on enleva la masse épiploïque. L’opération ne soulagea pas le malade, et, les jours suivants, les vomissements jusqu’alors bilieux devinrent stercoraux (^). Ainsi, une péritonite en partie herniaire, en partie traumatique, a pu donner lieu à des vomissements de matières fécales. Ce symptôme peut donc se produire sans que l’intestin soit compris dans la hernie, et dès lors il est admissible qu’il puisse être la conséquence de l’inflammation pure et simple des épiplocèles.
Toutefois, s’il en est ainsi, j’ose dire que c’est seulement par exception. Rien de semblable n’a eu lieu dans les quelques observations complètes que j’ai pu me procurer. Ainsi, dans un cas douteux, l’apparition des vomissements stercoraux serait une forte présomption pour croire que la hernie renferme une anse intestinale.
La constipation se montre en général dans les épiplocèles en même temps que les vomissements. Mais cette constipation n’est pas aussi absolue que lorsque la hernie renferme des intestins. Je lis par exemple dans une observation de Blandin, qu’un épiplocèle enflammé, « présentant tous les symptômes » de rétranglement herniaire que nous ne mention- » lierons pas, » tut traité d’abord par les antiphlogis-
C) Gaz. médic., 1837, p. 441.
INFLAMMATION UF:S lllillNlFS.
tiques ; qu’il y eut une évacuation abondante de matières fécales, suivie d’un peu de soulagement, mais que les accidents redoublèrent, et que finalement on en vint à l’opération (^).
Quoi qu’il en soit, la constipation est un phénomène ordinaire, et les vomissements manquent moins souvent encore. Or, comme il s’agit ici de hernies épiploïques , ces deux symptômes ne peuvent être mis sur le compte de l’obstruction intestinale ni de tout autre obstacle mécanique gênant la circulation des matières dans le tube digestif. Ils doivent donc être attribués principalement à la péritonite. Ils se prodnisent on ils ne se produisent pas, suivant que l’inflammation se propage ou ne se propage pas à la séreuse péritonéale. Cette remarque ne doit pas être perdue. En commençant par le cas d’épiplocèle, où il n’y a tpi’un seul élément, l’inflammation , j’ai voulu établir des jalons qui me serviront tout à l’heure, lorsque j’aurai à m’occuper des cas plus compliqués où l’intestin est contenu dans la hernie. J’ai suivi en cela l’exemple de M. Malgaigne. Si les anciens, si les auteurs du xvm“ siècle eussent procédé ainsi, ils auraient sans doute été conduits à attacher moins d’importance aux phénomènes mécaniques auxquels ils ont fait jouer un rôle exagéré dans leurs théories des accidents herniaires.
b. Entérocèles et Enùéro-épiplocèles . — J’arrive à (*)
(*) Gaz. dos hopü., 1840, p. 446.
riniliiinmalion des hernies qui reiitermeiit une ou plusieurs anses intestinales. Les accidents en pareil cas suivent ordinairement une marche plus rapide et acquièrent plus d’intensité.
Les vomissements paraissent en général très vite, quelquefois une heure, deux heures seulement après le début de rinflammation. Dans les cas où l’accident reconnaît une cause traumatique, ces vomissements prompts ont été plusieurs fois notés. Ils surviennent aussi très souvent dans les autres cas. J’ai trouvé un assez bon nombre d’observations où les choses se sont passées à peu près de la manière suivante : Une hernie non contenue devient promptement douloureuse ; ou encore une hernie mal contenue glisse sous le bandage et ne peut rentrer. Des vomissements se manifestent presque aussitôt ; cela dure quelques heures, puis on réussit à réduire la hernie et le calme se rétablit. Il y a des malades chez lesquels cet accident se reproduit souvent sous l’influence d’une température humide et d’un écart de régime. Goursaud parle d’un homme chez (pii pareille chose avait eu lieu plus de cent fois (*).
Quelle est la cause de ces vomissements ? On ne peut supposer en pareil cas que l’inflammation ait pu se propager si promptement au péritoine abdominal ; et d’ailleurs, que serait-ce qu’une péritonite capable de dis])araître brusquement par un simple taxis ? On
(‘) Goiirsand, Mdm. Académ-. dccliir., t.lV,p. 2130, obs. 2,in-4,
INFLAMMATION DES IIEUNIKS,
lie peut supposer non plus que la cause des vomissements soit une occlusion mécanique de l’intestin trop serré au niveau des anneaux, car ces anneaux, il y a peu d’instants encore, étaient assez larges pour laisser circuler librement les matières fécales. Et d’ailleurs, la dilatabilité bien connue de l’intestin permettrait aux matières de s’accumuler quelijue temps avant de rebrousser chemin. Quelle cause invoquerons-nous donc? Nous n’en invoquerons aucune. Nous dirons simplement que l’irritation que subit l’anse intestinale herniée a pour conséquence de déterminer le mouvement antipéristaltique de l’intestin, c’est-à-dire que nous constaterons le fait sans avoir la prétention de l’expliquer en aucune manière. Mais nous aurons puisé dans cette étude un renseignement qui ne sera pas perdu. Lorsque nous verrons des vomissements rapides se manifester dans un cas d’étranglement véritable, sans méconnaître l’importance énorme de l’obstruction qui résulte d’un pareil état de choses, nous attribuerons surtout les premiers accidents à l’irritation intestinale.
Du reste, les vomissements précoces ne sont pas constants dans l’inflammation des entérocèles. Parfois ce symptôme ne se déclare que trois ou quatre jours après l’irréductibilité et l’endolorissement de la hernie. Parfois même, mais cela est rare, il manque complètement, et alors, en général, il y a au moins des nausées.
Les vomissements présentent des rémissions et des
SIGNES
recrudescences très variées. Quelquefois on les voit reparaître après un intervalle de plusieurs heures, ou même d’une journée passée dans une tranquillité presque complète. Pendant ce temps, les coliques, les hoquets ont disparu comme les vomissements ; puis, tout à coup, le malade éprouve un tressaillement dans le ventre, une douleur d’entrailles dont le point de départ est souvent, mais non toujours, dans la tumeur herniaire, et tous les symptômes reparaissent. Richter a surtout appelé l’attention sur ces intermittences, et s’en est servi pour établir l’existence de ce qu’il appelle Y étranglement spasmodique (^). Tout dépendrait, suivant lui, d’un spasme des muscles abdominaux et d’un resserrement des anneaux, coïncidant avec chaque contraction musculaire, de manière à produire chaque fois une recrudescence des accidents. Mais cette hypothèse tombe devant l’observation de la péritonite spontanée qui présente, comme on le sait, des intermittences semblables.
Les vomissements, d’abord simples, puis bilieux, deviennent assez souvent stercoraux. Mais, d’une part, ce dernier caractère n’est pas constant, et, d’autre part, il ne se produit en général que d’une manière tardive. J’ai trouvé un assez bon nombre d’observations où l’inflammation des entérocèles a été suivie de Aomissements stercoraux. Je citerai entre autres
(j Richlei, Traité des /lemies, trad. Rougeaionl. Bonn , 1788 in-4, p. 50. ’
INFLAMMATÏON DliS IIKRNIKS.
l6S observations 1 et 111 dn Mémoire de Goiirsand ('). 11 s’agissait bien manitestement, dans ces deux cas, d inflammation herniaire et non point d’étranglement, puisque la réduction fut obtenue au bout de dix et de quinze jours et suivie de guérison. Dans l’étranglement véritable, la réduction ne s’obtient pas à une pareille époque, et d’ailleurs l’intestin est depuis longtemps gangrené ou perforé. Goursaud, du reste, nous donne ces faits comme des cas d’engouement, c’est-à-dire qn’il ne les confond pas avec l’étranglement véritable.
Les hoquets, les coliques c[ui accompagnent l’inflammation des entérocèles, ne présentent aucun caractère spécial. La constipation est ordinaire, mais n’est pas constante. Lorsque la guérison approche, on voit souvent la diarrhée succédera cette constipation.