‹ De l'étranglement dans les hernies abdominales et des affections qui peuvent le simulerChapitre 4 sur 24 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

droit fie m’en altribuei* le mérite ; j’en dois remercier uniquement le hasard qui m’a singulièrement favorisé en me forçant à écrire sur des questions qu’il est difficile d’étudier ailleurs.

On trouvera peut-être que j’aurais dû retoucher mou œuvre, et en faire disparaître au moins les défauts les plus saillants. Les conditions au milieu desquelles elle a été écrite ont pu me servir d’excuse une première fois, mais aujourd’hui, après trois ans de réflexion, je n’ai plus droit à la même indulgence. Cette considération m’a longtemps arrêté, car il y a un an déjà que la première édition est épuisée. J’avais formé le projet de corriger et de compléter les descriptions, de combler les lacunes, de châtier le style. Toutefois, au moment d’entreprendre cette tâche, je me suis aperçu qu’il aurait fallu remanier entièrement mon travail et même en recommencer la rédaction. Le temps m’a manqué pour cela et finalement, après une année d’attente, désespérant de trouver les loisirs nécessaires, je me décide à présenter de nou-

PRliFACE.

veau cette thèse au public, telle qu’elle a été composée pour le concours. J’y ai pourtant fait une correction, relative à un détail historique sur lequel j’ai été à bon droit attaqué dans l’argumentation. J’avais dit alors, et je maintiens encore, que Franco avait entrevu la distinction des deux accidents que nous appelons aujourd’hui l’étranglement et l’inflammation des hernies; la lecture des écrits du chirurgien provençal m’avait laissé cette impression, qui était exacte, ainsi qu’on le verra dans le chapitre III de la présente édition. Mais, par malheur, au lieu de reproduire le passage le plus concluant, j’avais cité une phrase dont l’interprétation était fort contestable. Mon honorable ami et compétiteur, M. Cusco, m’argumenta sur ce point; c’est un service qu’il m’a rendu, et, si je ne l’en ai pas remercié sur le moment, je suis heureux du moins de pouvoir le faire aujourd’hui.

Paris, le 1" août 1856.

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INTRODUCTION

Quand la raison nous faut, nous y employons l’expérience,

(Montaigne.)

La question que le sort m’a imposée est F une des plus vastes, Fune des plus épineuses de la chirurgie. L’histoire complète des étranglements herniaires et de toutes les affections avec lesquelles on peut les confondre exigerait d’immenses recherches et dépasserait les limites d’un travail comme celui-ci. Je commencerai donc par circonscrire mon sujet en m’efforçant de le restreindre, sans m’écarter toutefois des termes de la question.

Les affeclions qui peuvent simuler V étranglement des hernies abdominales se divisent naturellement en deux groupes. Tantôt les accidents que le malade éprouve ont réellement leur point de départ dans une hernie.

INTRODUCTION

tantôt, au contraire, ils reconnaissent des causes entièrement différentes, dont l’énnniération trouvera .sa place ailleurs.

Dans le premier cas, le chirurgien concentre à juste titre son attention sur la tumeur herniaire qui est la cause des accidents. Le siège du mal est connu, il ne s’agit plus que d’en déterminer la nature. Or, cette détermination domine précisément rih.stoire des hernies étranglées. La science est loin d’avoir dit à cet égard son dernier mot. Malgré l’importance des travaux modernes, plus d’une question reste encore ' en litige ; la doctrine classique de l’engouement herniaire et celle de l’étranglement par les anneaux fibreux naturels ont résisté sur plus d’un point au choc des idées nouvelles et ont trouvé parmi nus maîtres de rudes adversaires et d’habiles défenseurs. Ce que les uns considèrent comme un étranglement véritable, n’est pour les autres qu’un pseudo-étranglement, c’est-à-dire une affection qui simule l’étranglement. Ce n’est pas là une simple question de diagnostic, c’est une grande question' de pathologie chirurgicale, pleine d’intérêt et d’actualité, mais pleine de périls aussi pour celui qui la traite. 11 me paraît donc nécessaire d’étudier successivement, d’une manière dogmatique, les diverses affections qui ont leur siège dans les hernies et (jui constituent ou simulent l’étranglement.

Mais l’étranglement peut être simulé par des affections dont le point de départ n’est pas dans une hernie

INTRODUCTION

et qui ne présentent en général avec l’éti*anglement herniaire qu’une ressemblance éloignée. Pour que cette ressemblance devienne plus grande, pour que la maladie simule un étranglement, il faut des coïncidences exceptionnelles. Qu’il survienne un volvulus , ou seulement une péritonite par perforation sur un individu atteint de hernie irréductible, et le chirurgien pourra être conduit à rapporter les accidents à la hernie qu’il voit, au lieu de les attribuer à une lésion profonde qu’il ne voit pas. Ce sera une erreur de diagnostic plus ou moins justifiable ; mais il ne viendra à l’idée de personne de confondre pour cela le volvulus avec la hernie étranglée. Ce que je dis du volvulus s’applique également à un grand nombre d’autres affections analogues, qui n’ont aucune parenté avec l’étranglement herniaire, et qui cependant, dans certains cas fournis par le hasard, ont pu simuler cet étranglement. Je ne puis croire que le jury m’ait demandé l’histoire dogmatique de toutes ces affections disparates qui ne sont ni des étranglements ni des pseudo-étranglements. J’en parlerai à l’occasion du diagnostic; je citerai les erreurs auxquelles elles ont donné lieu; j’indiquerai les précautions qu’il faut prendre pour éviter la confusion ; mais je ne crois pas devoir consacrer à chacune d’elles un chapitre de mon travail.

.l’étudierai donc seulement les accidents aigus qui ont leur point de départ dans les hernies et qui peuvent réclamer l’intervention delà chirurgie. Cesacci-

INTRODUCTION

(lents, au dire des auteurs classi(}ues, sont au nomlire de trois : rcngouement, T inflammation et lY*tranglement proprement dit. Longtemps confondus dans une description unique, mais sous des noms différents, ils furent peu à peu distingués les uns des autres, à mesure que les découvertes plus ou moins réelles de l’anatomie normale introduisirent dans la question de nouveaux éléments. Les contradictions, les erreurs se multiplièrent. La thérapeutique en reçut de fâcheuses atteintes, et le doute pénétrait dans tous les esprits, lorsque l’Académie de chirurgie émit au milieu du xviii^ siècle une doctrine conciliatrice, qui fut accueillie avec empressement, parce qu’elle semblait mettre tout le monde d’accord.

Cette doctrine ne rejetait pas les idées des anciens; elle acceptait sans arrière-pensée l’engouement et l’inflammation des hernies : les partisans de l’autorité y trouvaient leur compte. Quant à l’étranglement, il dominait toute la question, à la grande satisfaction des cartésiens. L’engouement conduisait à l’étranglement, et celui-ci à l’inflammation. Tout s’enchaînait d’une manière séduisante, et la théorie des hernies, jusque-là si obscure, était devenue aussi claire, aussi limpide que la théorie des plaies de tète, cette autre création de l’Académie de chirurgie.

11 ne manquait plus qu’une seule sanction à cette doctrine : la sanction des làits. L’anatomie pathologique n’avait pas encore été interrogée ; .ses premières réponses ne furent pas favorables: on ne s’en inquiéta

INTRODUCnOX. .

guère. Mais le xix'= siècle ouvrit euliii une ère nouvelle.; les belles recherches de Scarpa sur l’anatomie des hernies montrèrent qu’il y avait la une mine féconde cà exploiter. A. Cooper, M. ,T. Cloquet, Dupuytren et une foule d’autres étudièrent, sous des points de vue divers, les anneaux et le sac herniaire; les faits s’accumulèrent ; la doctrine classique fut ébranlée, mais non renversée.

Les choses en étaient là lorsque M. Malgaigne entra dans la lice. De nombreuses dissections, des observations plus nombreuses encore, lui avaient permis d’élever des doutes sur l’exactitude de la doctrine régnante. Trouvant les théories en contradiction avec les faits, il voulut remonter à la source de ces théories. 11 chercha dans les annales de la science l’origine des idées généralement admises, tâche longue et difficile dans laquelle il n’avait pas eu de devanciers, et il finit par prouver que les bases sur lesquelles reposait l’édifice classique avaient été fournies par le raisonnement et non point par l’observation.

Le travail deM. Malgaigne émut vivement le monde chirurgical. Des réclamations s’élevèrent de toutes parts. Une polémique ardente s’en.snivit. On publia avec empressement toutes les observations qui paraissaient de nature à corroborer ou à renverser les doctrines du dernier siècle; les thèses, les mémoires originaux se succédèrent avec rapidité ; la science s’enrichit d’un grand nombre de faits nouveaux, mais toutes les démonstrations ne furent pas poussées jus-

INTRODUCTION

qu’à l’éviclence, et finalcineiil beaucoup de points restèrent douteux.

Spectateur impartial de ces dernières luttes, je n’ai négligé, pendant ces dernières années, aucune occasion de m’instruire sur ce point. J’ai disséqué un assez bon nombre de hei'nies étranglées. J’ai pu, sans idée préconçue, me faire une conviction sur le siège et la nature de la plupart des étranglements. Mais , sur beaucoup de questions, je dois avouer quç j’ai été moins heureux, et que, parti d’un état voisin de la certitude, j’ai fini par arriver au doute.

Mon travail se composera de trois parties. J’étudierai successivement l’engouement, l’inflammation et l’étranglement des hernies.

J’aurais voulu présenter, en commençant, le résumé des notions que nous possédons sur l’anatomie du sac et des anneaux dans les hernies non étranglées. Cette étude aurait sans doute jeté le plus grand jour sur l’histoire des accidents herniaires, mais j’ai dû renoncer à ce projet qui m’aurait entraîné trop loin, et qui m’aurait en quelque sorte obligé à passer en revue toute la pathologie des hernies.

lîNGOURMENT DES HERNIES.

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