CORPS ÉTRANGERS DANS LES HERNIES
rapporté des observations semblables. Dans le cas de Miiralto, il y avait plusieurs vers. Dans celui de Mercier, il y en avait Cinq de ces animaux, encore vivants, formaient un peloton assez volumineux qui ne put sortir par l’ouverture de la peau, et qui rendit le débridemeiit nécessaire.
D’autres fois ce sont des corps étrangers d’un volume peu considérable, qui s’accumulent eu grand nombre dans une hernie et y provoquent des accidents.
Farcy est appelé auprès d’un portefaix qui avait, depuis huit ans, une hernie réductible, mais non maintenue. Cette hernie, jusque-là peu volumineuse, était devenue tout à coup grosse comme le poing, douloureuse, dure et irréductible. Le malade vomissait sans cesse. On diagnostiqua un engouement. Pendant quatre jours il n’y eut pas une seule garderobe, mais au bout de ce temps les selles se rétablirent. Cependant la tumeur restait stationnaire ; c’est pourquoi, le quatorzième jour, Farcy pratiqua une incision. 11 ouvrit le sac, puis l’intestin, et fut fort étonné d’en retirer seize os de pied de mouton que le malade, dans sa gloutonnerie, avaient avalés la veille de son accident. Je passe sous silence quelques excentricités de l’observation. L’homme finit par guérir sans fistule stercorale (*).
J.-L. Petit a trouvé une autre fois plusieurs os de
(‘) Acad, des sciences, année 1723, Histoire, Observ. anal,, § 7, éd. in-1 2, p. 41 ,
KNGOUEMENT DES HERNIES.
pied do mouton dans une hernie (^). On a encore vu des accidents analogues déterminés par des noyaux de prune, de cerise, par des morceaux de pomme (^). De pareils faits, rendus évidents par l’inspection directe des parties, nous permettent d’accepter comme très probables les observations de J.-L, Petit (^) et de M. Igoimet (''*) , qui ont pu réduire des hernies engouées par des noyaux de cerise et faire ainsi cesser les accidents. Le malade de M. Igounet était un enfant de dix ans. Il vomissait déjà des matières fécales lorsque la réduction de la tumeur fut obtenue. Tout à coup il rejette par le vomissement vingt et un noyaux de cerise. Il en rend presque aussitôt seize autres par les selles, et les accidents se dissipent comme par enchantement.
Que conclurons-nous de ces observations? Les aecidents ne paraissent-ils pas dus à l’obstruction intestinale? Dans ce dernier cas surtout, la disparition brusque des symptômes, à partir du moment où les noyaux de cerise ont été rendus, n’indique-t-elle pas que le passage des matières était intercepté par l’engouement? Qu’on se garde de le croire, car rien n’est moins démontré. En attribuant les accidents à l’inflammation, on comprend tout aussi bien le soula-
(') J.-L. Petit, OEuvres, édit. Pigné, 1838, p. 648.
(^) Planque, Bibliolh. chois, deméd., t. V, p. 432. Paris, 1759, in-4, obs. de Muller.
(3) ,I.-L. Petit, loc. cH., p. 623.
Journal de chirurg. de Malgaigne. 1 8 44, t. II, p. 63.
CORl’S JÎTRANGliUS DANS J.liS lIERNlliS.
gemeiit qirépimiva le malade au moment où la cause de rinllammatioii fut enlevée, et où la hernie fut réduite. On verra |3lus loin que la réduction d’une hernie épiploïque, simplement enflammée, peut faire aussi tout cà coup disparaître les accidents. D’ailleurs, voyez l’observation de Farcy. Pendant quatre jours, vomissements, suppression des selles. On ne réduit pas la hernie, la tumeur persiste avec tons ses caractères, et cependant, malgré la présence d’un grand nombre d’os dans la hernie, les vomissements s’arrêtent et les selles se rétablissent. Comment expliquer de pareils phénomènes par la théorie de l’obstruction? Tout est fort clair, au contraire, si nous invoquons l’inflammation. Les corps étrangers enflamment la hernie, l’inflammation dure quatre jours, et, pendant ce temps, les symptômes dits d’engouement se déclarent. Puis l’inflammation tombe, et ces symptômes disparaissent. La démonstration devient complète si nous songeons à un fait qui sera mis plus loin en évidence, à savoir que l’inflammation des épiplocèles présente très souvent la même marche et les mêmes symptômes, sans que l’engouement intestinal y puisse prendre la moindre part.
Est-ce à dire que raccumulation d’un grand nombre de corps étrangers dans une hernie ne puisse exercer aucune influence sur la circulation des matières fécales? Telle n’est point ma pensée; je crois, au contraire, qu’un pareil état de choses est fort nuisible aux fonctions du tube digestif. Un malade, (pii présentait
ENGOUEMENT DES HERNIES
line hernie grosse comme une demi-bouteille, dépérissait depuis deux mois et finit par succomber à riiôpital de Poitiers dans un état complet d’étisie. M. Gaillard trouva dans sa hernie une grande partie du cæcum qui était très dilaté, et renfermait des os de pied de cochon et des noyaux de cerise, cimentés ensemble par une substance mollasse (‘). Voilà un engouement évident ; mais où étaient les symptômes de l’engouement ?
L’analyse précédente nous a montré : 1° que des matières solides peuvent s’accumuler dans les hernies; 2° qu’elles peuvent donner lieu aux symptômes dits d’engouement; 3" que ces symptômes éventuels sont dus à rinflammation provoquée par la présence des corps étrangers et non à l’obstruction intestinale. Nous pouvons maintenant aborder avec plus de facilité l’étude de l’obstruction par les matières fécales solides.
Rares , très rares sont les observations où cette obstruction a été constatée d’une manière positive dans les hernies. M. Malgaigne n’avait pu s’en procurer qu’une seule ; M. Gosselin, dans sa thèse, en a signalé une seconde; j’ai fini, non sans peine, par en rassembler trois autres, en tout cinq faits, proportion infime qu’on ne soupçonnerait guère si l’on s’en rapportait aux descriptions classiques.
Observation I. — Bermond, de Bordeaux, opère une hernie inguinale droite étranglée, ou présumée telle. U débride sur (*)
(*) Vidal, Palhol. externe. 2” édit., 1846, t. IV, p. 643.