HERNIES MÉCONNUES. ^W
donc pas dans mon but de rappeler les erreurs nombreuses, quelquefois singulières, souvent excusables, qui ont été commises par les chirurgiens, même les plus éminents. Je ne veux pas davantage, à propos de chaque hernie en particulier, donner les moyens de la distinguer de toutes les affections voisines ou éloignées qui peuvent être confondues avec elle; ces notions se trouveront dans les traités classiques et dans les monographies intéressantes que la science possède.
Je me renfermerai donc dans les deux questions suivantes :
1° Les accidents locaux ou généraux ont-ils pour point de départ une hernie, ou sont-ils dus à une maladie d'une tout autre nature, qui en revêt la livrée symptomatologique ?
2® Lorsque la hernie est évidemment la cause des accidents, quelle est la nature de la lésion herniaire?
§ I, — lies accidents ont-ils pour point de départ une hernie?
La solution du premier problème paraît liien simple, et, il faut le dire, dans la majorité des cas, l'erreur serait peu excusable. Mais il faut avouer aussi qu'un concours de circonstances fortuites peut jeter la plus grande obscurité sur le sujet, et rendre compte des erreurs de diagnostic qui ont été conunises.
Attirer l'attention sur ces erreurs, c'est presque
enseigner à les éviter. Je vais donc en indiquer les principales causes.
A. Dans un premier groupe d'erreurs de diagnostic, se rangent les cas assez nombreux où l'on a méconnu l'existence de la tumeur herniaire et où l'on a rapporté les accidents à une péritonite, à un volvulus, à une entérite, etc., etc.
Les hernies étranglées ont été méconnues dans deux circonstances principales : tantôt parce que, les siennes locaux de la tumeur herniaire se dissimulant aux yeux du chirurgien, les accidents généraux seuls ont fixé l'attention, et ont fait croire à une maladie étrangère aux hernies ;
Tantôt parce que, au contraire, les accidents généraux étant insidieux ou paraissant caractéristiques d'une maladie interne, l'examen des régions herniaires a été négligé ou incomplètement pratiqué.
Les erreurs de diagnostic de ce premier groupe se rapportent presque toutes à des étranglements vrais. Le plus souvent elles n'ont été reconnues qu'il Tautopsie.
Les signes locaux de la tumeur herniain^ man(pient ou sont obscurs dans les cas suivants : lorsque la tumeur est trop profonde, quand elle est trop petite, l(M;s(|ue l(^ suj(5tes1 chargi' (rcnihonpdinl ; ciitiu, lorsqn'iMic tumeur élraiigèi'e il la lici'nie et placée au-devant d'i'lle la iiias(|U(^, et gène rexpioratiou.
Citons, H ra|)|)ui de ces propositions, (|uel(|ues exemples, saus nous atlach(*r néanmoins h Atre conq)l(.'t.
HERNIES MÉCONTNUES. 251
Paoli (*) diagnostique un étranglement interne chez un malade qui présentait tous les signes de l'étranglement intestinal, et qui n'avait aucune tumeur apparente. L'autopsie démontre une hernie étranglée dans la paroi postérieure du canal inguinal.
Hilton soupçonne un obstacle dans l'intestin grêle, à cause de la persistance des accidents généraux de l'étranglement. Il pratique la gastrotomie : on reconnaît qu'une anse de l'intestin grêle pénètre dans le trou obturateur ; on l'en dégage ; les parois intestinales ne sont pas profondément altérées, mais les suites de l'opération sont néanmoins funestes (^).
Voici donc deux exemples d'étranglements pris pour des iléus, parce que la tumeur herniaire était inaccessible au chirurgien. On sait que beaucoup de hernies obturatrices sont dans ce cas, et ont causé la mort sans que leur existence eût même été soupçonnée. MM. Bouvier (''^), Hewett (*), Tebay (^), et plusieurs autres ont signalé des faits de ce genre.
La hernie étranglée était encore obturatrice dans ce cas dont parle A. Bérard (^), et l'oùon avait cru,
(') Paoli, dans Gazette médicale, 1848, p. 108.
(2) Hilton, Archives générales, 4® série, t. XIX, p. 346.
(^) Bouvier, Bulletin de l'Acad. de méd. , 1840, t. V, p. 7.
(*) Hewett, Gazette médicale, 1848, p, 71.
(^) Tebay, dans Ranking Half-yearly Abstracts , 1852 , t. XYI, p. 184.
(^) Aug. Bérard, Thèse de concours, 1836, p. 229 ; — Journal des progrès, t. XVI, p. 256.
pendant huit jours, à l'existence d'une néphrite. Au bout de ce temps, l'apparition de vomissements stercoraux fît penser qu'il s'agissait d'une hernie, mais on n'en put préciser le siège, et l'autopsie seule fournit des lumières malheureusement trop tardives.
La petitesse de la hernie trompa A. Cooper dans un cas cité par Dupuytren. Il y avait des signes d'étranglement, mais on ne put découvrir la tumeur, et le malade mourut le sixième jour. A l'autopsie on trouva une hernie crurale grosse à peine comme une noix muscade. L'intestin était perforé, et les matières, en s'épanchant dans le ventre , avaient donné lieu à une péritonite générale.
Dans d'autres cas, l'embonpoint excessif, joint à la petitesse de la hernie, légitimait presque l'erreur.
M. Chomel a cité dans ses leçons l'histoire d'une femme excessivement grasse, ayant tous les signes de l'étranglement, mais ne présentant ni tumélaction, ni douleur dans le voisinage des ouvertures naturelles, ni h IcLU' )u"veau : on trouva une hernie crurale pi'es([ue imj)ercej)tibl(î.
Les luMiiies sont encore très facilement mécomuies l(»rs(iir('ll('s soiil petites et niasqué(s ]^ar d'autres iunieurs doiil l<;s ciiractèrcs |)liysi(|U('s cl surtout h.'s sviiiptoiues se l'apportent à ceux des hernies (''traiigh'es. (](»s tuineui's ont souvent dans ces cas ele incis<''es et les liei'nies placées (lerriei'e elles on! ('te iiivolonliurenienl ouv(,Mles. Os eiMiîUi's sont relalivenieni moins