HISTORIQUE. ROUSSET
r étranglement, et attaché seulement à démontrer que r incision du péritoine n'est pas mortelle, il rapporta ces faits sans commentaires . ce qui leur donne pour nous une grande valeur. Le premier malade avait les intestins distendus par des vents et des excréments. Rien de pareil n'existait sur le second. Quant au troisième, son histoire est tellement écourtée qu'il n'est pas fait mention des intestins Gaspard Bauhin, qui traduisit en latin le livre de Rousset, en y ajoutant des observations qui lui étaient propres, cita encore une opération de hernie étranglée [intestina capta), dans laquelle les intestins furent trouvés distendus par des gaz (*). Il n'est pas sans intérêt de voir pour la première fois, dans ces observations, la maladie qui nous occupe désignée sous un nom spécial ; c'est dans la langue vulgaire que ce nom avait pris naissance, quos vulgo captivas aut iliacos vacant; de plus, les lithotomistes herniaires employaient une expression différente, quoique analogue, qiiod isti incarceratianem intestinalem vacant. Ainsi l'engouement était dans les livres, mais dans le langage des praticiens on voyait déjà poindre la première idée de l'étranglement. • Je n'ai pas parlé d'A. Paré. Son livre, en effet, n'introduisit pas de nouveaux éléments dans la question de l'engouement. Sa description des accidents
cesarien. Paris, 1 581 ,in-8, p. 60. — Édition latine de Paris, 1590, in-8. p. 206 et 19.
(*) Fr. Rosseti YaTcpoToporoxia, traduction latine de Bauhin, Bâle, 1592, in-8, p. 228 à 233.
des hernies est tracée de iiuiiii de maître et l'emporte de beaucoup en précision et en clarté sur celle de Franco. Mais pour la nature de la maladie, ce sont toujours des excréments i.'t tles ventosités accnmulées dans la hei'nie.
PiQ:rav va nous iournir un document nouveau et précieux (161 !2j. 11 parle de l'opération de la hernie, et la décrit à peu près comme Paré et Franco. Mais il ajoute que quelquetbis, Tarrèt des matières fécales vient de ce que «le boyau est t(Hirn('' » dans la hernie. H tant donc, après Tincision. « retourner le boyau en » son naturel; lequel, s'il estoit plein de vents et (|ue » cela enq)eschast l'opération, on le pourroit percer » auec une aiguille pour les faire sortir, sans aucun » péril ('l » Pigray reconnaît donc qu'il peut y avoir des gaz dans l'intestin, que la torsion de rans(î intestinale peut être la cause des accidents; et cependant, précisfMiicnt dans le même chapitre, en paiijint de Tétioldgie. il expose sans aucune restriction la théorie de rengouement avec une clarté et une assurance qui n'avaient p;is encore été égah'es. tant ('tait grande lï cette (''po(|ue la force de l'autorité. Ce passage mérite d'être lappoi't»' :
« 11 adiiiciit (|ni'l(jurtnis à ceux ipn ont porti' long- » Irnips une JKM'gne. ([u'il se lait nue telle dilatation n des pai'ties (pie le boyau tond)e pour bien j)eu (\\A~
(') Pifjjray, Epi tome des pvrccptcs de médecine elde chirunjir, ivAÔ. franr. Rouen 1038, iii-1 2, p. 289. fl.ii I -■•• nlit. I.ilino csldo I 612.)
IIISTORIOUK. — COLILI.ARI). 29
» fort auec portion de matière fécale, laquelle soiuieiit » s'endurcit et s'accroist de telle sorte qu'il ne j)eut » rentrer par l'orifice où il est passé. »
Il était démontré depuis Franc(^ qu'on peut trouver des gaz dans les hernies, et les anciens avaient annoncé qn'on y trouvait des matières fécales endnrcies. Joseph Conillard (1610) crut devoir témoigner à sa manière de son respect pour ces autorités : « Ce seroit, tontes fois. » vn excez de témérité et vn effet de peu de modestie » de taxer les décrets bien et meurement digérez » de ces grandes lumières, qu'il faut plustot admirer » que reprendre (^), » C'est pourquoi Conillard, afin d'admirer tout le monde, et de ne reprendre personne, décrivit isolément, comme deux maladies distinctes, Fengouement gazeux et rengouement solide : il établit entre ces deux affections une sorte de parallèle, donna les moyens de les diagnostiquer et indiqua le traitement qui convient à chacune d'elles (^).
Voilà où en était la question au milieu du xvu' siècle. Erreurs, contradictions, distinctions subtiles, confusions regrettables, tout cela formait dans la science un véritable chaos. ^lais une révolution se préparait, la plus rapide et la plus complète qui ait jamais remué l'intelligence humaine. Descartes venait d'affranchir la pensée; le principe de l'autorité était abrogé.
(') Joseph Couillard, Le chirurgien opérateur. Lyon, 16i0, in-12,p. 435.
(2) Couillard. Inc. c/7.,p. 141-142.
L'esprit hiiniain, délivré de ses entraves, prit sou essor dans de nouvelles voies, et les sciences médicales, auxciuelles Descartes avait fait une si large part dans sa philosophie, furent les premières à ressentir rinfluence de la nouvelle doctrine.
La découverte de la circulation, celle des vaisseaux lymphatiques, venaient de donner la clef d'un grand nombre de phénomènes jusque-là mystérieux. Éblouis par les résultats inattendus que ces découvertes renfermaient, les médecins crurent pouvoir expliquer d'une manière mécanique tous les actes de la santé et delà maladie. La chémiatrie s'empara delà médecine ; la chirurgie devint la proie des iatro-mécaniciens. La partie était belle pour ces derniers. L'intervention incontestable des actions mécaniques dans la production d'un grand nombre d'affections chirurgicales permettait d'espérer que les lois de la physique rendraient compte de tous les phénomènes morbides. En peu (.rannées la pathologie externe fut reconstituée de fond en comble; et. pendant que Petit préparait son célèbre Traité des maladies des ox, la doctrine des hernies subissait de profondes modifications.
Mais il faut procéder par ordre, car les nouvelles idées sur les h(;rniesnc se d(''V(*l(q)pèreiit j)as hrusquement. Il s'écoula une trentaine (Tannées «'iitre le uioninil (i(3 leur pi'i.'iuiéiT', apparition et cclin de leur tnoijqihc délinitit'sur les idées anciennes.
(ialieii avîiil vaguement indiiiue la bii'urcalion du
HISTORIQUE. — RIOLAN. 31
tendon du muscle oblique externe de l'abdomen (*). Ce passage était oublié, lorsque Fallope (^) découvrit l'anneau inguinal externe, et le désigna sous le nom de foramen chordœ (^). Toutefois cette description ne fît pas fortune; car, en 1628, dans son Anthropographie^ Riolan crut devoir féliciter Yésale de n'avoir pas parlé de cette prétendue ouverture (^).
Mais Riolan revint plus tard de son erreur. En 1648, dans son Encheiridiumanatomicum^ il décrivit d'une manière assez précise l'ouverture du muscle grand oblique, et la désigna sous le nom de foramen^ en français anneau. îl ne s'arrêta même pas en si beau chemin, et il décrivit encore un anneau pour le petit oblique, et un troisième pour le transverse; en tout trois anneaux qui ne se correspondaient pas directement, circonstance propre à rendre plus difficile la production des hernies (^).
Cette description mêlée d'erreur et de vérité fructifia aussitôt. Les applications pratiques se présentèrent en foule à l'esprit de Riolan. Notez que Riolan
(^) Galien, Admin. anat., lib. 5, cap. 9, édit. Frobei*, Bâle, 1349, in-fol., t. I, col. 325.
^(') Fallopii opéra omnia. Francfort, 1 584, in-fol. , p. 433, 1. 47.
(^) Chorda est le nom sous lequel Fallope désigne l'arcade fémorale.
(^) Riolan , Anthropographia. (Dans Opéra anatomica.) Paris, 1649, in-fol., p. 83. La l'*^ édition de V Anthropographia est de
(^) Riolan, Encheiridium analomicum.Vans,, I658,in-12, p. 96, 167, 398.
o2 EXGOLEMENT DES HERNIES.
était médecin, et très médecin; car il fit une rude guerre aux chirurgiens en général, et aux chirurgiens de Saint-Cùme en particulier ('). Il est doncprohable qu'il n'avait guère étudie* les hernies. Mais à cette époque il était permis de parler de ce qu'on ne connaissait pas. Riolan donc, en parlant des trois anneaux des muscles de l'abdomen, indiqua qu'ils donnaient passage aux liernies et qu'ils pouvaient les étrangler. Tlœc foramina in herniis scrofi ejfringuntur^ lacerantiir aiit dilatantu)\ quœ dUigenter observanda in reductione intestini in inguine strangulati.
Voilà donc F étranglement herniaire indiqué pour la première fois sous le nom (pvil porte aujourd'hui. Riolan ajoute que, dans l'opération de la hernie, il faut débrider l'anneau inguinal externe : Istud foramen incisione dUatari débet ad reducendum intestin niun (^). Mais cela ne suffit pas. Il est possible qu'après ce débridem(Mit on réduise l'intestin entre les aponévroses des muscles de l'abdonu^Mi au lieu de le réduire dans le ventre. Pour éviter ce malheur, on d(nra di'bi'ider les trois amicaux, y conq)ris celui du nuiscle transverse : Diacindi débet foramen tendinis postremi ut intestimnii intra capacifalom abdominis repellatiir •"• .
A pailir de ce monuMiL on avail (MiIIm un mot pour
^') Uiolaii, Gigmitoinachit' pour rcpondrr à lu Giyantoslcolocjic, par un racholirr en médccinr. P.iris, 1(;i;{, in- S. C^) Hiolan, /i/<c/t. mml.. ôdiLcil., p. :\\)H . (3) L(>c. cit., [). 107.
HISTORIQI K. VEHOrC. 33
désigner l'état des malades atteints d'accidents produits par les hernies. Ce mot. c'était l'étranglement, et nous le trouvons dans le livre de Nicolas Lequin (*), qui parut en 1(365. Avant cette époque, il est vrai, il y avait des mots usités dans la langue vulgaire, entre autresle mot étrange de trousse-galandi^), mais aucune expression n'avait encore pris racine dans la science.
11 n'est personne depuis cette époque qui n'ait parlé de l'étranglement; toutefois l'engouement n'avait pas encore perdu tout droit de domicile. Blégny. après avoir parlé de l'étranglement, ajoute que le taxis peut encore être rendu difficile ou impossible par l'accumulation de matières fécales endurcies, ou par l'inflammation du contenu de la hernie (^). Ainsi l'engouement n'occupait plus la première place, il était relégué sur le second plan, c'est-à-dire qu'il était bien près de disparaître.
En effet, Yerduc, le premier et le plus pur représentant de la chirurgie cartésienne, ne parla plus de l'engouement. Il rapporta tout à l'étranglement ("^j. 11 ajouta, il est vrai, qu'il pouvait y avoir dans l'intestin des gaz et des excréments, mais il n'attacha presque aucune importance à cette complication.
(*) Nicolas Lequin, Traité des hernies ou descentes. Paris, 1665, in-12, p. 9.
(2) Nicolas Lequin, loc. c//., p. 3.
P) Blegny , L'arf de guérir les hernies. Paris, 1688, in-12, p. 107.
(*) J.-B. Yerduc, Pathologie de chirurgie. Paris, 1694 , in-8 , t. II, p. 912.
Depuis cette époque, et pendant plus d'un demisiècle, il n'est plus question en France de l'engouenient des hernies. Liltre, Méry, Saviard, Ledran, Arnaud, n'en font aucune mention. On en trouve eucore ([ueli[ues vestiges en Allemagne. Ainsi Mauchard 1(^ range parmi les sept causes de l'étranglement herniaire ('); mais il est clair que le règne de l'engou(Mnent est fini. On ne se contente pas de le passer sous silence, on invoque contre lui des arguments irrécusables. Sharp fait observer que les hernies sont presque toujours formées par Tintestin grêle, que les matières contenues dans cet intestin sont liquides et ne peuvent, par conséquent, former aucune obstruction (-).
Les choses en étaient là, lorsque l'Académie de chirurf^ie commença ses travaux. Jaloux de se montrer dignes de la faveur qu'on leur accordait, et de prouver que les chiruigiens n'étaient pas à jamais voués à Fignorance, les membres de cette illustre assemblée reprirent la lecture des auteurs anciens, trop négligée depuis un siècle. Ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que la doctrine nouvelle de rétranglemenl s'accordait peu avec les descri|»tions classiques. 11 s'agissait de iixer la science iicet égard et de tout
('jDav. Maucliarl, Disserl. de Ilernid incarceratd. Tuh'inge, 1722, in- i, |). I 5.
(^) Sliiir|>, Traite dis oi)érations de chirunj., tr. fraïK.'. , parJault, Paris, 1741, m- 12, p. Iu2. Lal^édilion anglaise est du 1737.
HISTORIQUE. — (iOURSAUD. 55
concilier. Ce fut Goursaud t|ui se chargea de cette tâche.
Le mémoire de Goursaud parut eu 1768, mais il est dune date un peu antérieure (';. L'auteur établit deux catégories d'étranglements : Tune par inflammation, l'autre par engouement. Le mot engouement, à ma connaissance, n'avait pas encore été employé. L'engouement, c'est-à-dire l'accumulation de matières dans rintestin, détermine un gonflement à la suite duquel l'intestin s'étrangle dans l'anneau. Je n'exposerai pas ici les signes indiqués par l'auteur comme caractérisant cette forme d'étranglement; cette description correspond exactement à celle que je donnerai plus loin de l'inflammation des hernies. Mais j'insisterai davantage sur l'état anatomique des parties. Goursaud indique d'abord que l'engouement n'a lieu que « dans les hernies anciennes où les ouvertures » par lesquelles les parties s'échappent, ont acquis par » degrés une dilatation assez considérable (-). » Or. un pareil état des anneaux est-il de nature à empêcher la rentrée des excréments? Que les intestins soient dans un état d'atonie, on peut à la rigueur l'admettre, quoique la chose soit difficile à démontrer. Mais le taxis du moins devrait réussir, 11 n'en est rien, et les observations de Goursaud montrent que plusieurs fois
(^) Goursaud, Remarques sur la différence des causes de l'étranglement dans les hernies. [Mém, de l'Acad. de chirurg., 1768, t. IV p. 243.)
(2) Loc. cit., p. 247,
un se crut obligé (Ven venir à l'opération. Voyons donc dans quel état on trouva le contenu des hernies. Deux fois (obs. Y et YI) il est dit que Tintestin renfermait des matières; mais on n'ajoute pas que ces matières fussent dures, condition indispensable pour expliquer Tirréductibilité. Une autre fois (obs. IX) il n'y avait dansFintestin qu'un peu d'air et de matière ; c'était l'épiploon qui constituait la plus grande partie de la tumeur. Une autre fois, enfin, on trouva tout autre chose encore; et cette observation, qui ('tait propre à désillusionner un esprit non prévenu, mérite d'être commentée.
Une femme des Petites-Maisons avait une hernie étranglée par engouement. Goursaud réduisit une partie de la tumeur. Le reste fut irréductible ; les accidents persistèrent, et le tout se termina par une autopsie. La hernie, au dire de l'auteur, était primitivement une entéro-épiplocèle. L'intestin avait été réduit par le taxis, l'épiploon seul était resté dans le sac. Les intestins étaient ])artaitenient sains, mais répiploon de la hernie vUùienllfrmmé et dans une disposition gangreneuse (*). Ainsi on trouve l'intestin sain et r(''|)iplo(>n malade; on <mi conclut ipie la maladie a été un (.'ngoncnienl. Mais aloi's pouriinoi les accidents ont-ils contiiun' a s'aggraver après la r^Mlnction? Kst-c<' parce que Ti^pijdoon était malade? La mahulie n'elail donc |)as un engouement, à moins (jue ce ik^ fùl ini eniiouemenl de r(''|)iploon î
(') /.or. cil., p. V:ù'), obs. S.
HISTORIQUE. lUlASDOR. '61
On voit combien étaient fragiles les bases snr lesquelles reposait le travail de Goursaud. Comment se fait-il donc que la doctrine qui y est exposée ait été acceptée avec une si grande favein^ et soit devenue aussitôt classique? C'est parce que Goursaud venait pour la première fois de diviser bien nettement en deux ordres les accidents des hernies, et qu'il venait de combler une lacune réelle. Il avait montré d'une manière irrécusable que les accidents marchent tantôt avec une rapidité effrayante et tantôt avec une assez grande lenteur; il venait d'établir cette grande division qui est bien réelle, et qui a donné lieu plus tard aux mots étranglement aigu, étranglement chronique. îl disait, au lieu de cela, étranglement par inflammation, étranglement par engouement. La théorie était fausse, mais le fait était vrai. Certes, cette distinction avait déjà été entrevue, mais elle n'avait pas encore été formulée d'une manière aussi évidente. Surtout on n'en avait pas encore déduit avec précision des conséquences thérapeutiques. Goursaud avait fait faire un progrès à la science. Qu'importe, après tout, une théorie de plus? Aujourd'hui la théorie chancelle, mais le progrès est resté.
Le xvnf siècle s'écoula sans réclamation. Une voix s'éleva au commencement du xix% mais elle ne fut pas entendue. Brasdor fils communiqua, le 27 thermidor an IX, à la Société de médecine de Paris, une observation de hernie étranglée par engouement, et il y ajouta quelques remarques sur la nature de cet
accident (^). Pour lui. Tétat d'engouement n'est qiv une abslraciion thcorique. ([u' une supposition. L'engouement n'existe jamais sans inflammation; si l'étrangiement en est la conséquence, c'est à l'inflammation qu'il est dû et non point à l'engouement; Brasdor termine en disant « qu'il est très difficile » d'établir une doctrine fixe sur ce point extrème- » ment variable de l'art. »
Ces remarques passèrent inaperçues ; la doctrine de l'enoouement continua à réunir les suffra2:es. et Boyer l'exposa avec sa lucidité habituelle dans son livre éminemment classique : « Les matières fécales » s'amassent d'autant plus facilement dans l'anse in- » testinale déplacée, qu'elle n'est point soumise àl'acw tion alternative des muscles abdominaux et du dia- » phragme. Les excréments ne trouvent pas autant » de résistance pour y pénétrer que pour en sortir. » Aussi remarque-t-on habituellement dans les her- » nies anciennes qu'il y a toujours accunmlation d'ex- » cr(hnents dans la hernie (-). » Ainsi la doctrine était régularisée ; l'explication physiologiijue était trouvée, et certes il était difficile, à priori, de ne pas se rendre à ces arguments. Aussi retrouvons-nous l'engouenKMit dans tons les traiti's modernes, plus inatlai[uable. plus iiicontestc' ipie jamais.
C'est ce qui e\pli(|ue sans(lout(^ ])ourqu()i M.O'Beirne
[^) Journal de Sédilli)!, l. XII, p. 19 et 50. (2) Boyor. Mulnd. chirurij., pruiiiicro édit.,!. 8, |). 76 el 77. Paris, 1822, in-8.
HISTORIOUK. o'iiElRNJi. 39
ne souleva aiiciiiie réclamation lorsqu'il ressuscita une idée déjà ancienne, et lorsqu'il théorisa l'étranglement herniaire \mv engouement gazeux (*}. Voici de quelle manière M. Gosselin a exposé cette théorie dans sa thèse de concours (-) : « Au moment où une anse intestinale se déplace pour venir dans une hernie, le diaphragme et les muscles abdominau?v poussent avec violence un courant de gaz dans sa cavité; l'intestin se dilate rapidement, se trouve poussé contre les bords résistants de l'anneau qui fait obstacle, et il ne peut plus repasser dans l'abdomen. En même temps l'action des grands muscles expulseurs maii]tient un courant de gaz dans les bouts supérieur et inférieur, et produit ainsi un nouvel empêchement à la réduction, empêchement que ne peut vaincre l'anse intestinale privée delà ressource des muscles abdominaux et du diaphragme. »
J'ajouterai que M. O'Beirne a cru donner une sanction pratique à cette théorie, en invoquant d'assez méchantes expériences faites avec l'intestin d'un cadavre, une carte trouée et un soufflet. Et laissant de côté ce dernier détail, il v a dans son travail des matériaux dont on peut tirer parti pour exphquer certains phénomènes qui accompagnent la première apparition de l'étranglement. Mais au point de vue de
(*) O'Beirne, ddiUS Dublin Journal of Médical Sciences. Septembre 1838, p. 92.
('-) Gosselin, De l'étranglement dans les hernies. Thèse du concours de l'agrégation, 1844, p. 25.
rengouement, c'est la théorie de Boyer appliquée aux idées de Goursaud. avec riiypotlièse de Franco sur les flatuositez et autres choses venteuses.
Cela se passait eu 1839 : la doctriue de Teugouemeut était arrivée à 1" apogée de sa gloire ; mais une réaction se préparait, qui devait en fiiire pâlir l'éclat.
En 18i0. M. Malgaigne lut ii l'Académie de médecine sou Examen des doctrines sur r étranglement des hernies ('). Ce mémoire, entièrement historique et critique, porta un rude coup à la doctrine de l'engouement. Montrer d'où venait cette doctrine, et comment aux diverses époques , depuis Praxagoras jusqu'à nos jours, on l'avait pliée aux exigences de l'école, c'était déjà l'ébranler dans sa base. Mais cela ne pouvait suffire pour la renverser. Ce n'est pas, disait-on, en remuant la poussière des bibliothè([ues, qu'on peut éclairei' des questions purement cliniques. M. Malgaigne répondit en publiant son Mémoire sur le pseudo-étranglement (-). Cette fois Tauteur, laissant de côté l'histoire, n'invoquait ([ue l'observation des malades.
Est-il vrai, se demand(^ d'aboi'd M. Malgaigne, ([ue la circulation des matières fécales se fasse avec dif-
(') Malgiii^^nc, Examen des doctrines rerues jusi/u'à ce jour sio- VétnuKjlcmenl des hernies. Acad. de niéd., 13 jiiillel 1840, Dans Gaz. med , ISlO, p. 577, G()9 el 640.
(^) Malf^aigne, Du pseudoélranylemeniou de l'iiillduniiation simple. dans les hernies f Arch. qèn. deméd., IHil, 3* série, t. XII. p. 195 81289).
HISTOKIQI E. MALGAIGNE. /|1
fîciilté dans les hernies non étranglées? L'expérience répond que non. Examinez sur le vivant, cherchez sur le cadavre, et jamais, dans les hernies les plus volumineuses, vous ne trouverez plus de matières que dans les anses voisines. Mais du moins, les excréments solides que renferme le gros intestin ne pourront-ils pas s'accumuler dans cet organe hernie plus aisément que les fèces liquides qui occupent Tintestin grêle ? Non encore ; et Fauteur cite entre autres l'observation d'un homme atteint d'une hernie volumineuse. A l'autopsie, on trouva dans le sac une anse de l'S iliaque, longue de 20 centimètres, et ne renfermant qu'un seul crottin, tandis qu'il y en avait beaucoup dans le reste de l'ifitestin. Ainsi les arguments théoriques de Boyer ne résistent pas à l'examen des faits. Ceci n'est qu'une partie de la question. Il est possible que l'explication soit mauvaise et que le fait soit réel. Ce sont les opérations pratiquées sur des hernies étranglées, qui fourniront des preuves décisives jDOur ou contre l'engouement. Or, que trouve-t-on en pareil cas dans Tintestin ? Dans l'intestin grêle, quelques gaz, quelque peu de matières fécales tout à fait liquides, rien en un mot qui puisse expliquer les accidents. Lorsque la hernie est formée par le gros intestin, elle est encore presque toujours vide; et M. Malgaigne. après avoir beaucoup cherché, n'a pu trouver dans la science qu'une seule observation, celle de M. Goyrand, d'Aix, dans laquelle une hernie du côlon , engouée depuis huit jours , renfermait une
grande quantité de matières stercorales très consisîanles. Mais un fait aussi exceptionnel ne peut rendre compte de la fréquence des engouements herniaires.
Que conclure de là ? La maladie désignée sous le nom (Ymgoueîiient. et dont les symptômes ont été si bien décrits par^Goursaud. n'existe-t-elle donc pas? Oui. certes, elle existe, et elle est même, suivant M. Malgaigne, plus commune que Fétranglement véritable. Seulement elle n'est pas due à l'engouement; et la preuve, c'est qu'elle se présente aussi bien dans les épiplocèles que dans les autres espèces de hernies. Je ne reproduirai pas les observations sur lesquelles l'auteur fait reposer cette dernière assertion ; ces observations demandent à être lue§ en entier, et perdraient à être résumées ici. Il n'y a en effet que l'exposition minutieuse des symptômes qui puisse* prouver que les accidents produits pai* ces épiplocèles étaient bien ceux dont l'ensemble constitue l'état dit d'engouement. Je ne rappellerai ici ipie roliservalionV. 11 s'agit d'une opération pratitpiée pour une hernie datant de dix jours. eX étranglée par engouement. Le malade mourut; à l'autopsie, on ti'nuva ({U(^ Tintestin «'tait éti'anger à la hernie, (pie la tumeur ('tait foruK'e par l'épiploon, et ([ue cet épiploon était simplement enllainnii', sans aucun étranglenienl.
De celte observation, (^t de (piatoiv.e autres qui racc()mpaii:nenl , >L Malgaigne conehil (jue Tengonenieiit des henn'es, ou |ilnlôl (|ne relranglenient par engouement, est un être de raison, et (|ue les sym-
ptômes qu'on lui attribue doivent être rapportés à l'inflammation des hernies.
J'adopte pleinement cette dernière conclusion ; je reconnais que. dans l'immense majorité des cas, ce qu'on appelle engouement n'est pas de l'engouement; mais peut-être M. Malgaigne a-t-il été un peu trop absolu dans ses dénégations.
La question, à mon avis, doit être divisée pour être résolue.
1° Les matières fécales liquides et les gaz intestinaux peuvent -ils s'arrêter dans une hernie et y provoquer des accidents ?
2" Les matières solides peuvent-elles s'arrêter dans une hernie et y provoquer des accidents ?
L A la première question, je répondrai formellement par la négative ; la seconde, au contraire, demandera quelques restrictions.
Il n'est pas rare de trouver dans une hernie plus ou moins étranglée une distension considérable de l'intestin par des matières liquides ou gazeuses. Ce phénomène se trouve constaté dans les observations les plus anciennes. Ainsi, dans le cas de Bauhin, il est dit expressément que les intestins étaient distendus par des gaz, à tel point que cela gêna beaucoup l'opération, et rendit la réduction très difficile ('). De même, dans une observation rapportée par Nuck, l'anse intestinale
(') Roussel, Y(7T£poTo,uoTox<a, trad . lat. de Bauhin. Bâle, 1592, in-8, p. 228 à 233.
renferniait une énorme quaniitéde matièresliqnides. Il s'agissait d'une femme de quarante ans qui avait succoml)é auliout de([uatre jours à desaccidents provoqués par une hernie inguinale. A Tautopsie on disséqua la hernie, et Ton ouvrit Tintestin par mégarde. Un jet de matières stercoralestrès li(juides s'échappa aussitôt par cette ouverture, et rejaillit sur les halùts des assistants. Fada itaque cutis leviori incisione, slatim, quasi cum itnpetu^ cxcremenla prorupere^ vesiimenla adsianlium conspurantia [^). Je n'ai pas besoin d'accumuler les citations, car. je le répète, ces faits ne sont pas rares; mais il s'agit de les interpréter. L'engouement liquide ou gazeux de la hernie est-il. en pareil cas, la cause ou l'effet des accidents? Je n'hésite pas ii dire qu'il en est l'effet. Dans la péritonite, on trouve aussi les anses intestinales distendues à un haut degré par des gaz, par des liquides; dans rétranglement herniaire, on constate encore le même résultat sur le bout supél'ieur de Tiiitestin, c'est-à-dire que l'intlaunnation intestinale a pour conséquence de pervertir et d'exagérer les sécrétions de lamend)rane nuKiueuse. N'estil pas naturel ([u'un pareil phénomène se produise aussi dans inie hernie (^nflammée ou éti'anglée? Dans ce dei-nirr cas. dans le cas (retraiiglenieiit. il arrive soiivciil (|ii(' la circiilalinii veineuse est plus c(»nq)i'(>inisc (jiic la ciiculation arlcriellc. cl (|iic des exhalaliniis piissivi.'sen sonl la conséquence.
(') Nuck, Ademujnijiliid rnrinsa d ulcri [œiiiinei (tualunw ttova. Leydo, 1722, in-1 2, p. 137 a 138. La inTiniiMccdilion est de 1692.
KNGOUEMENT SOLIDE. 45
Que ces matières s'accumulent clans l'anse herniée, cela n'a pas lieu de surprendre, car indépendamment des obstacles qui peuvent exister à l'entrée de la hernie, on sait que l'inflammation diminue singulièrement la contractilité intestinale. Mais ce qui serait vraiment surprenant, ce qui ne pourrait être admis que sur des preuves multipliées, ce serait l'irréductibilité d'ue hernie, résultant primitivement et exclusivement d'un engouement gazeux ou liquide ; ce serait la distension considérable et permanente d'une anse intestinale qui communique encore librement avec la cavité abdominale, et qui renferme seulement des matières fluides.
En d'autres termes, l'engouement gazeux ou Kquide peut être la conséquence de l'inflammation ou de l'étranglement d'une hernie, mais dans l'état actuel des choses il ne saurait être considéré comme en étant la cause. J'admets donc l'engouement par suite d'étranglement ou d'inflammation, mais je rejette entièrement l'étranglement ou l'inflammation par suite d'engouement liquide ou gazeux.
J'arrive donc à la seconde question : Les matières solides peuvent-elles s'arrêter dans une hernie et provoquer des accidents?
Les matières solides qui peuvent se rencontrer dans l'intestin sont très diverses. Les unes viennent du dehors : ce sont des corps étrangers introduits avec les aliments. Les autres se forment dans T intérieur du corps, et parmi ces dernières je citerai tout particuliè-
rement les fécès endurcies du gros intestin, et les helminthes du tube digestif.
Pour que ces matières solides s'arrêtent quelque part dans Fintestin, pour qu'elles y provoquent des accidents, pas n'est besoin de Texistence d'une hernie. Je n'ai pas à fournir ici les preuves de cette assertion. Les tumeurs stercorales de la fosse ihaque gauche et les symptômes qu'elles développent sont aujourd'hui bien connus, et les observations de corps étrangers arrêtés dans un point quelconque de l'intestin sont trop nombreuses aussi pour qu'il soit nécessaire de les rappeler. Les vers lombrics eux-mêmes, surtout chez les jeunes enfants, peuvent former dans l'intestin grêle des pelotons capables d'intercepter presque complètement la circulation des fécès, et de déterminer des accidents mortels ('). M. de Castelnau. a bien voulu me communiquer plusieurs observations de ce genre, qu'il a recueillies sur des enfants âgés de quelques mois pendant son internat à 1* hôpital de Lourcine, dans le service de M. Nélaton.
Eh bien, ce qui est possible dans l'intestin normal l'est à plus forte raison dans l'intestin que renferme une hernie. L'anse herniée décrit une courbe rapide qui se prête (hllicilement à la progression des corps étrangers d'un certain volume, et de |)ius, (j[uelque larges (pie soient l'ouverluie du sac et celle des amicaux, il est clair qu'il ce niveau l'inleslin ne se
(') Voyez dos cas do co genre dans lo Mutiileur des hôpitaux j numéro du 14 juin 1856. (Aoft; d« lu 2'- édilivn.)