CORPS ÉTRANGERS DANS LES HERNIES
cadavre d'une personne qui avait succombé aux accidents produits par une hernie ; il trouve dans le sac le Ccccum et une partie de l'iléon. Plusieurs os de poulet étaient arrêtés au-dessus de la valvule iléo-cœcale ('). De ces observations et de plusieurs autres, il résulte que les accidents dits d'engouement, ou d'étranglement par engouement, peuvent être la conséquence de l'arrêt d'un corps étranger dans une hernie. Mais faut-il les attribuer à l'action mécanique de ce corps étranger, à l'obstruction qu'il peut produire ? Certainement non. L'observation de Carbonneau prouve que la liberté et la contractilité de l'intestin ne sont pas compromises par la présence d'une épingle. Quelle est donc la cause des accidents dans les autres observations? Ce ne peut être que l'inflammation. Tout le monde sait combien est capricieuse la marche des corps étrangers. Tantôt ils traversent les tissus en silence, et tantôt ils y font éclater une inflammation violente. Une épingle s'arrête dans une hernie, s'engage dans l'épaisseur de l'intestin, perfore le sac, perfore la peau ; aucun accident ne se produit. Une autre, au contraire, s'accompagne d'inflammation, et aussitôt ou voit éclater les signes de ce qu'on appelle l'engouement.
J'ai commencé à dessein par parler des corps étrangers de petit volume. Si maintenant nous voyons des
(*) Bonnet, Medicina spptentrionalis, lib. m. secf. 15, cap. 7, in-fol. Genève, 16 .S 4.
accidents identiques provoqués par des corps étrangers plus volumineux, n'aurons-nous pas le droit d'en conclure que les accidents, dans ces deux cas, sont dus à la même cause, c'est-à-dire à l'inflammation ?
H y a quelques années, mon père fut appelé dans un village^^pigi^» demaville natale pour y donner des soins à un malade qui préseMait depuis plusieurs jours les signes , classiques de l'eiîgÇuement. Cet homme, atteint depuis quelques ^nnéefe d'une hernie crurale qu'il avah i^diaée, éprouva de vives douleurs dans le ventre, ctMareekây^^tt^n et des vomissements stercoraux. En même temps sa tumeur était devenue douloureuse, plus grosse et plus dure qu'auparavant. On avait appliqué de simples cataplasmes pour tout traitement. Lorsque mon père souleva le cataplasme pour examiner la tumeur, il ne fut pas peu surpris de trouver la peau ulcérée et inondée de matières fécales. Un gros ver lombric, encore vivant, sortait en partie à travers la plaie. On l'enleva et il s'en présenta un second d'une dimension peu commune. On continua les cataplasmes. Les accidents s'apaisèrent promptement, et la plaie se cicatrisa bientôt d'une manière complète.
Mercier (^), Murallo (-), (Tautres eucore (^) ont
('j Mercier, dans, Journal de Snlillol, an \, l. IH, [). r.)i. (2) Ephémé rides (lea curii'ux de la nalinr. Dec. 2, an 111, I().s4. obs. 141 . Nuroiiiber^^, 168.'), in-i, p. "IHi.
(•*) Journal de SèditUil, I II. p. I 7.'). Observ. de Kagos.
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rapporté des observations semblables. Dans le cas de Muralto, il y avait plusieurs vers. Dans celui de Mercier, il y en avait dix. Cinq de ces animaux, encore vivants, formaient un peloton assez volumineux qui ne put sortir par l'ouverture de la peau, et qui rendit le débridement nécessaire.
D'autres fois ce sont des corps étrangers d'un volume peu considérable, qui s'accumulent en grand nombre dans une hernie et y provoquent des accidents.
Farcy est appelé auprès d'un portefaix qui avait, depuis huit ans, une hernie réductible, mais non maintenue. Cette hernie, jusque-là peu volumineuse, était devenue tout à coup grosse comme le poing, douloureuse, dure et irréductible. Le malade vomissait sans cesse. On diagnostiqua un engouement. Pendant quatre jours il n'y eut pas une seule garderobe, mais au bout de ce temps les selles se rétablirent. Cependant la tumeur restait stationnaire ; c'est pourquoi, le quatorzième jour, Farcy pratiqua une incision. 11 ouvrit ie sac, puis l'intestin, et fut fort étonné d'en retirer seize os de pied de mouton que le malade, dans sa gloutonnerie, avaient avalés la veille de son accident. Je passe sous silence quelques excentricités de l'observation. L'homme finit par guérir sans fistule stercorale (^).
J.-L. Petit a trouvé une autre ibis plusieurs os de
(') Acad. des sciences, année 4 723, Histoire, Observ. anal,, ^ 7, éd. in-12, p. 41 .
pied de mouton dans une hernie ('). On a encore vu des accidents analogues déterminés par des noyaux de prune, de cerise, par des morceaux de pomme (-). De pareils faits, rendus évidents par l'inspection directe des parties, nous permettent d'accepter comme très probables les observations de J.-L. Petit (^) et de M. Tgounet C^) , qui ont pu réduire des hernies engouées par des noyaux de cerise et faire ainsi cesser les accidents. Le malade de M. Igounet était un enfant de dix ans. Il vomissait déjà des matières fécales lorsque la réduction de la tumeur fut obtenue. Tout à coup il rejette par le vomissement vingt et un noyaux de cerise. Il en rend presque aussitôt seize autres par les selles, et les accidents se dissipent comme par enchantement.
Que conclurons-nous de ces observations? Les accidents ne paraissent-ils pas dus à l'obstruction intestinale? Dans ce dernier cas surtout, la disparition brusque des symptômes, à partir du moment où les noyaux de cerise ont été rendus, n'indiipie-t-elle pas que le passage des matières était intercepté ])ar rengouement? Qu'^^n ^^^ garde de le croire, car rien n'est moins (l('Mii(»iitré. En altril)uanl les accidents ji liiitlammation. (m ('(Muprrnd tout aussi l)ien le soûlais) j.-l Petit, OEnvres, ôdit. Pigné, 1838, p. (US. (2) Phmqno, /iihlioth. choir,, dcmnl., L. V, j). 132. Paris, 1750, in-4, obs. (U\ Miillor.
(^) J.-L. PeLil, hx'. cil., p. (123.
[*) Journal tir rhininj . de, Mnl^^uiLnic. iHi'i, I. Il.p (i3.