HISTORIQUE
Nous nous proposons, dans ce chapitre, d’examiner l’opinion des auteurs qui ont le plus étudié l'influence du mouvement sur la température du corps, aussi bien chez les gens sains que chez les gens malades de la poitrine. Mais nous verrons d’abord, brièvement, comment la plupart des médecins et physiologistes admettent qu’on doit prendre la température et quelles limites ils assignent à la température normale. Nous finirons en indiquant les nombreuses causes qui influent sur la température du corps, en dehors des infections, et particulièrement en dehors de la tuberculose pulmonaire commençante.
Comment faut-il prendre la température? Beaucoup de médecins ont recours à la température axillaire, et BREHMER, entre autres, la préconise dans son traité de thérapeutique de la tuberculose pulmonaire chronique. PETER avait déjà signalé que la température axillaire, en cas de tuberculose unilatérale, est plus élevée du côté malade que de Pautre : VocEz (de Davos), après de patientes recherches, vient de contrôler à nouveau ce fait, qu'il complète par d’autres constatations intéressantes ; en cas de tuberculose bilatérale, à évolution contemporaine, la température est la même dans les deux aisselles; au contraire, en cas d’évolution successive, la température s’élève plus du côté pris en second lieu. L’injection d’un demi-millionième de milligramme de tuberculine à un malade à lésion unilatérale tend à égaliser la température axillaire des deux côtés; puis, au bout de quelques jours, la température redevient
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plus élevée du côté malade. Une nouvelle injection à ce moment ramène l'égalité, alors qu’une injection trop forte, ou trop tôt faite après la première, accuse davantage la différence, au préjudice du côté malade.
Malgré ces raisons, Manroux, dans une revue générale, n'hésite pas à déclarer très mauvais l'emploi de la température axillaire, parce que ses résultats s’écartent souvent beaucoup de ceux de la température centrale, sont variables pour un même sujet et sont facilement viciés par la transpiration et la position défectueuse du thermomètre.
La température buccale est très employée, surtout dans les sanatoriums et très recommandée par les médecins de cure d’altitude, par exemple DETTWEILER, qui a décrit avec soin la position du réservoir du thermomètre sous la langue, et l’obligation pour le malade de tenir pendant un quart d’heure environ ses lèvres closes, donc de ne pas parler, ni respirer par la bouche durant ce laps de temps. La température buccale est par conséquent interdite aux sujets à insuffisance nasale. Elle est normalement inférieure à la température rectale, d’au moins 3 dixièmes, et AGNES BLuxM a montré récemment que le froid extérieur l’abaissait de 5 dixièmes environ.
Maxroux signale l'influence inverse d’un liquide chaud avalé immédiatement avant de mettre le thermomètre.
ENGLANDER et MAnNToux ont préconisé, pour l’homme, le procédé des températures urinaires, procédé qui ne paraît pas s'être répandu. En Amérique, on a étudié la température du ph inguinal et conclu qu’elle est comparable à la température rectale.
Le seul procédé absolument exact est la prise de la température rectale, dit Manroux. En fait, on y a recours dans la plupart des services hospitaliers parisiens ; nous la voyons recommandée par PENZOLDT et STINTZING, dans leur traité de thérapeutique, et son emploi est généralisé dans les pays scandinaves. SCHÜLE, pourtant, dans son étude sur les différences de la température rectale et de la température axillaire, tout en disant qu’il préfère la température
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rectale, met en garde contre les élévations thermiques, toutes locales et perceptibles uniquement dans l’anus, en cas d’inflammation pelvienne.
Quand la température doit-elle être prise? — On estime généralement que prendre la température deux fois par jour (au lever et entre trois heures et cinq heures, ou, à plus forte raison, au lever et au coucher) n’est pas assez, car on peut laisser passer les élévations survenant à des heures inaccoutumées.
CoRNET trouve que trois fois n’est pas encore suffisant et conseille quatre fois : au lever, à onze heures, à deux heures et à six heures.
Pour BREHMER, quand on veut se renseigner exactement sur les oscillations thermiques d’un sujet, il est nécessaire de prendre la température toutes les deux heures. BARBIER, se basant sur plusieurs observations d’ascension nocturne, conseille même de consulter le thermomètre la nuit.
SCHNEIDER, dans une étude sur « la température au début de la tuberculose pulmonaire dans le mouvement et le repos », donne les indications suivantes, qui nous paraissent résumer la question : «Il faut prendre, ditl, la température aussitôt le sommeil fini, avant de quitter le lit, car la toilette fait monter la température de plusieurs dixièmes. Cette température du réveil est, en général très uniforme, et à peu de chose près toujours la même, plusieurs jours de suite. Ensuite, on notera la température à onze heures du matin, entre trois et cinq heures de l’après-midi et le soir à neuf ou dix heures. En effet, à ces heures, une poussée de fièvre devient parfois utile à déceler pour combattre lPinsomnie qui peut en résulter. Dans ce dernier cas, il faudra même renouveler cette recherche la nuit. » Quand on ne fait pas prendre par un tiers la température du malade, ajoute cet auteur, on arrive vite à créer chez lui une véritable angoisse, messmanie (Schneider), manie de la mesure thermométrique. Aussi faut-il diminuer le plus possible les prises de température, et même, si l’apyrexie est atteinte depuis longtemps, ne plus observer que
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les températures du réveil et du coucher, qu’on pourra même mettre à des heures différentes.
Quelles sont Les limites de la tempéräture normale, au repos ? — La plupart des vieux auteurs, avec WÜNDERLICH, CONsidèrent comme normales les températures axillaires oscillant entre 360,25 et 370,5. Le plus grand nombre des observateurs modernes s'arrêtent à des limites plus basses : ainsi Marx donne 36 à 370, température axillaire ; SCHNEIper et Denys (de Louvain) donnent 36 à 370, température buccale; PemBrEy et Nicoz donnent comme température moyenne 360,8.
Franck va si loin qu'il considère déjà comme température fébrile 370,4 rectal.
RicHEer accepte comme limites 360,5 et 379,4 rectal (Voir à la page suivante la courbe 1);
JüRGENSEN accepte comme limites 360,5 ou 360,7 et 37°,5 ou 370,7 (Voir à la page suivante la courbe 2).
SAUGMANN, après des centaines d’observations portant sur des gens sains et sur des tuberculeux, estime comme normales les variations de température suivantes (la température étant prise dans le rectum, chez des sujets restant au lit):
Detmatin fdersuite apres tlenreyeil tete er 2 360,3 à 360,8
ÉLÉS TOPIC te 360,9 à 370,0 Alain ee at ATINÉR RER ee crc cree 310,0 à 370,3 Entre stheures re toINOURES RER RER RE PE et 319,3 à 31°, Entre 6neUTCS TEL IEMOURE ER ee en Le 310,0 à 370,3 A minuit ou seulement à 2 heures du malin........ 360,2 à 369,5
Il admet que, si le principal repas est pris à midi, la température passe par deux maxima, l’un à deux heures, l’autre vers cinq heures de l’après-midi. Avec Cornet, il décrit des types de température normale très différents : tantôt presque monothermie, tout le jour entre 370,4 et 379,5; tantôt température constamment inférieure à 379,0.
Il estime qu'il faut connaître ces détails pour juger sainement si la température d’un sujet donné est pathologique
ou non. Et encore, ajoute-tl, la limite inférieure qu’on fixe à l’hyperthermie, 370,7 en général, est fixée arbitrairement, car des süjets sains arrivent à ce chiffre sans être du tout fiévreux, à plus forte raison un malade. Enfin il met en garde contre les chiffres donnés sans explication
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Courbes d'après Ricaer et JÜRGENSEN, température de repos.
suffisante, car, parmi les observateurs, les uns emploient la température axillaire, les autres la température buccale, les troisièmes la température rectale ; les uns donnent uniquement des températures de repos, les autres des températures de mouvement ; les uns font aller leurs mesures seulement de huit heures du matin à huit heures du soir, les autres opèrent sur vingt-quatre heures; souvent aussi le sexe du sujet n’est pas indiqué : pourtant la femme,même