ETUDE DE LA GKAMMAIKE
Choix d'un© méthode rationnelle. Règles principales et règles secondaires. Règle toujours séparée d'avec l'exception. Division en deux domaines : 1" celui de la mémoire (exceptions); 2° celui du raisonnement (règles). Règles de la déclinaison, de la conjugaison, de la construction. Conclusion.
Suivant en cela l'ordre dans lequel les mots se sont créés cliez les premiers hommes, nous adjoindrons graduellement aux noms connus quelques adjectifs n'exprimant d'abord que des qualités tout extérieures. Nous les emploierons de préférence comme attributs, en raison de leur invariabilité dans ce cas spécial (nous parlons toujours de la langue allemande, qui nous sert pour le moment de base de discussion).
Il nous suffira, pour cela, de savoir manier le présent de l'indicatif du verbe être, que nous recommandons d'apprendre dès les premières leçons (1).
Cela nous permettra de créer nous-mêmes de petitesphrases, rudimentaires encore il est vrai, mais enfin des phrases, et cela aidera toujours à donner quelque confiance en l'avenir.
jS^ous ferons ainsi insensiblement nos premiers pas dans la grammaire, cette grammaire dont on dit tant de mal, et que l'on présente comme pavée de difficultés.
(1) Comme, du reste, celui du verbe avoir. '
Il aura suffi d'avoir appris à s'orienter un peu sur ce terrain nouveau, pour voir s'aplanir les obstacles en apparence les plus insurmontables.
D-e loin, ks yeux aurojit cru percevoir une montagnu aux sentiers à pic, bordés d'aiVieux précipices; de près, les pieds iront fouler des chemins à i)ente douce, conduisant en toute sécurité aux sommets que l'on veut atteindre.
Une méthode de travail rationnelle bien adaptée, tout est là. Voilà le puissant levier qui nous permettra de soulever sans trop d'efforts, et surtout sans efforts superflus ou inefficaces, les poids les plus lourds.
Et, cette méthode, en quoi consiste-t-elle ? Tout simplement en celle qui doit être la directrice de n'importe quelle étude ; celle qui veut que l'on passe au simple d'abord, au composé ensuite.
Il faut étudier les règles les plus importantes, en négligeant les choses secondaires ; voir les grandes lignes, avant de passer aux ramifications de détail.
nien n'empêche de revenir, plus tard, à ce qui est provisoirement laissé de côté ; mais, en procédant différemment, on risque, presque toujours, de noyer l'essentiel dans l'accessoire et de se perdre clans un inextricable dédale.
Celui qui doit exécuter un dessin en jettera d'abord sur le papier les principaux éléments, sans s'attarder à en ombrer tout de suite telle ou telle partie ; un élève chargé de reproduire l'hydrographie de la France au tableau ne commencera pas par tracer la Seine avec tous ses affluents, mais esquissera, avant tout, le cours de tous les grands fleuves de notre pays, pour revenir ensuite aux rivières secondaires et, en dernier ressort, aux lieux ti averses.
Dans tout travail il y a une ossature, une charpente, de la bonne exécution desquelles dépend le résultat final
qui a les plus grandes chances d'être mauvais dès qu'on se soustrait aux règles, si logiques, voulues par la nature elle-même.
Puisque nous appliquons le procédé à l'étude de la grammaire, extrayons tout de suite de celle-ci ses principaux éléments, ceux qui servent de base à tout l'édifice, savoir : les règles de la déclinaison, de la conjugaison, de la construction.
Il en existe, bien entendu, d'autres encore qui ont plus ou moins d'importance, mais celles-ci sont de second plan pour le débutant et doivent provisoirement y rester (2).
oSTotre but, aussi bien, n'est pas de commenter ici la grammaire (3) en son entier, mais de n'en développer que les grandes lignes, afin de la faire juger comme elle doit l'être et sous son véritable jour.
Il est évident que ces règles — dites secondaires — ne sont pas pour cela quantité négligeable, loin de là, mais elles doivent s'effacer d'elles-mêmes devant les trois chapitres fondamentaux que nous venons de citer et qui absorbent, d'une façon effective, la plus grande partie de l'attention.
Xous ne ferons plus autrement mention d'elles ici, renvoyant à la grammaire elle-même sur ce point spécial.
Un procédé de travail qui découle en grande partie de ce que nous venons de dire et auquel nous attachons la plus haute importance, consiste en la séparation comi;lète, absolue, de la règle d'avec l'exception.
Il y a d'ailleurs ici une deuxième raison, plus péremptoire encore que la première, et c'est la suivante : la
(2) Dans notre cours, nous enseignons d'abord tout ce qui a trait à la déclinaison, puis à la conjugaison, enfin à la construction.
(3) Il s'agit ici, nous le rappelons, plus particulièrement de la grammaire allemande, qui sort, à titre d'exemple, de base à notre discussion.
— 101) — règlo (\st (luestion ilo raisonnement, l'exception est affaiiv (le mémoire.
L'étude (le ces deux points exige forcement des moyens
différents.
D'un côté, il s'agit de l'application raisonnée de principes émis ; de l'autre, il faut savoir fouiller macliinalement dans ses souvenirs, pour, à point nommé, trouver, dans la « case du cerveau réservée aux exceptions», la règle particulière à appliquer à un mot donné.
Nous voyons, dans tout ceci, deux procédés de travail fondamentalement opposés : l'un qui ne veut que de la logique, l'autre qui n'exige que de la pratique.
Il faut savoir les séparer absolument.
Etudions les règles grammaticales avec soin, clierclions à bien les comprendre et à en pénétrer le sens ; le reste n'est plus que leur adaptation logique aux diverses parties du discours.
Ne nous occupons d'abord que d'elles, rien que d'elles, sans tolérer, en quoi que ce soit, l'intrusion de la moindre modification au texte général.
Si, au cours de notre travail, un cas particulier se présente, il n'y a aucun mal à l'ignorer.
Nous ferons bravement ujaie faute en lui appliquant la règle commune.
Lorsque nous saurons manier couramment celle-ci, c'est alors, mais alors seulement, que nous pourrons nous souvenir qu'il n'est pas de règle sans exception
Nous ne sommes aucunement partisan des listes d'exceptions apprises fidèlement à la suite de cbaque règle.
Le plus souvent l'élève retient les premières au grand détriment de ces dernières, qui pourtant s'appliquent à des cas infiniment plus nombreux.
L'inconvénient signalé est assez général ; on commet des confusions presque inévitables.
Les dernières impressions reçues par le cerveau restant ordinairement le plus longtemps, la nomenclature des exceptions venant après Texposé de la règle, laisse, plus longtemps aussi, son empreinte.
Laissons le soin à la seule pratique de nous inculquer ces encombrantes séries de mots s'écartant de la loi commune.
La pratique, c'est ici l'emploi fréquent, constant, du dictionnaire, ou, mieux encore, de répertoires, contenant toutes les exceptions connues.
Xous consulterons ceux-ci chaque fois que nous aurons à appliquer une règle à un mot nouveau. Si nous y rencontrons ce dernier, nous nous conformerons à ce qu'il y a lieu de faire spécialement pour lui; dans le cas contraire, il n'y a qu'à le soumettre à la loi ordinaire.
Quand nous cberchons une personne dans deux groupes différents, un grand et un petit, nous avons toujours avantage à commencer par le petit, c'est pourquoi nous engageons à comm.encer par les exceptions.
Leurs répertoires doivent figurer à la fin de chaque grammaire. Ils constituent une sorte de quartier spécial, renfermant tout ce qui ne se conforme pas à des prescriptions générales, et on doit pouvoir y faire facilement les recherches nécessaires en trouvant instantanément le renseignement dont on a besoin (4).
L'assidu recours qu'on aura à eux gravera mieux dans la tête les cas exceptionnels que la liste la mieux récitée. C'est encore ce système d'élimination qui réduira le plus les chances d'erreur.
Privés momentanément de ce guide, il nous arrivera parfois de faire une faute, nous la répéterons même à l'occasion, mais le mot-exception, souvent cherché et souvent trouvé, finira pourtant par se graver d'une façon
(4) Nos élèves s'en servent couramment.
— lit ~
indélébile dans notre mémoire, et, grâce à cette piati(iue, nous saurons, en fin de compte, le reconnaître au passage.
Tout cela variera bien un peu suivant les mémoires, les intelligences, rentraînement au travail, les facilité? de chacun : il ne saurait y avoir de théories absolues à ce sujet ; mais des résultats probants parlent éloquemment en faveur des bons côtés du procédé indiqué.
Après avoir ainsi aiguillé dans ce sens notre manière de faire, nous entamerons le chapitre des déclinaisons.
Les règles qui régissent celles-ci paraissent à l'observateur superficiel extrêmement compliquées, à cause de la double flexion du nom et de l'article, avec trois distinctions de genres (5).
C'est alors qu'un fil d'Ariane bien disposé servira à retrouver le chemin.
En présence d'un mot à décliner, il faut d'abord en déterminer le rôle dans la proposition pour connaître son cas de déclinaison (sujet ou nominatif, complément direct ou accusatif, etc.), puis le genre, opération très simple si l'on connaît pratiquement son Tocabulaire (6).
Il ne reste plus qu'à le classer dans la sous-catégorie dépendant de son genre (7), et dans laquelle il doit mathématiquement se ranger, après avoir, au préalable, consulté le tableau des exceptions pour voir s'il n'y figure pas.
On applique, en fin de compte, la règle édictée.
(5) Au moins dans certaines langues ; par exemple en allemand, en grec, en sanscrit, etc.
(6) Pour la déclinaison des articles allemands, il suffit de se souvenir de leurs différentes terminaisons. Les retenir sous la formule rythmique : rsmn, erre, ssms, crnc. est se munir d'un cliché auquel on peut se reporter invariablement.
(7) S'il y a lieu, comme en allemand par exemple, oii on peut ranger les substantifs masculins et neutres en trois classes, les féminins en une seule.
Prenons des exemples :
Nous avons à traduire, en allemand, pied, dans la phrase : J^ai mal au pied.
Pied est ici régime circonstanciel de lieu, donc datif. Il est masculin et appartient à la sous-catégorie des monosyllabes masculins.
Il ne figure pas dans la liste des exceptions !
IS^ous lui appliquerons, en conséquence, la règle qui veut un e au datif singulier des monosyllabes masculins.
Dans le chant de V oiseau, oiseau est régime déterminatif, donc génitif.
Il est masculin {der Vogel) et appartient à la souscatégorie des mots masculins se terminant par el, en ou er. Il ne figure pas au tableau des exceptions.
La règle qui doit lui être appliquée veut 1'^ au génitif singulier.
Le raisonnement a comporté dans tout ceci deux opérations distinctes, mais intimement liées l'une à l'autre: la première qui correspond à l'établissement d'un diagnostic cliez le médecin, c'est-à-dire qui est la détermination du cas devant lequel on se trouve ; la seconde étant, comme chez le même praticien, l'indication du traitement à suivre; ici, l'application de la règle particulière du cas mis en question.
Les exceptions, lorsqu'il s'en présentera, se caseront d'elles-mêmes à la suite de chaque règle. Les plus usitées seront vite sues; la connaissance des autres demandera peut-être un peu plus de temps, mais, somme toute, cette partie mécanique du travail s'ajoutera aisément au reste.
Passant à la grande division suivante de la grammaire, nous parlerons un peu de la conjugaison.
Comparons celle des verbes français à celle des verbes allemands, puisque de la comparaison, aussi bien que de la discussion, jaillit la lumière.
La première de ces deux conjugaisons comporte quatre formes particulières, correspondant à quatre terminaisons diiï'érentes et ayant, bien entendu, cliacune sa strie d'exceptions ou de dérogations partielles à la Ici ccmmune.
Elle possède cinq temps simples à l'actif, ce qui est un signe de richesse, il est vrai, mais complique singulièrement l'étude de notre langue pour un étranger habitué à des procédés plus simples et qui a, par surcroît, quelque peine à s'assimiler nos règles de participes (8).
La conjugaison allemande n'a, elle, qu'une seule forme, avec une terminaison unique (c?i, rarement n) (9).
Elle ne possède que deux temps simples à l'actif (10), pauvreté réelle au point de vue philologique (11), mais offrant de grandes facilités à l'étudiant (12).
Celui-ci peut composer tous les autres temps au moyen de verbes auxiliaires avec lesquels une petite étude préalable aura tôt fait de le familiariser.
En dehors des verbes réguliers, il y a, ne l'oublions pas, les verbes irréguliers, dont on parle si souvent comme d'une des plus grosses difficultés de la langue allemande.
Tues de près, celles-ci gagnent à être connues.
Un peu de méthode apportera beaucoup de clarté et aidera, sans trop de peine, à démêler les fils de l'écheveau.
(8) Simplifiées depuis la circulaire ministérielle du 31 juillet 1900.
(9) Encore Ve a-t-il existé (thu[e^n, seile]n).
(10) Le présent et le prétérit ; ce dernier sert à la fois de passé défini. Pour tous les autres temps, les Allemands emploient la forme périphrastique. Ainsi, le futur et le conditionnel sont des temps composés, formés au moyen de la combinaison de l'infinitif avec l'auxiliaire devenir {werden).
(11) Le slave, qui n'a que le présent, est plus pauvre encore.
(12) Augmentée encore par la répétition de certaines désinences de personnes, ce qui diminue le nombre à en retenir (les 1" et 3p personnes du pluriel, par exemple, sont identiques).
Elude (les Langues. 8
Puisque le verbe n'a que deux temps simples, dont dérivent directement les modes subjonctif et impératif, puisque les autres ne sont que des composés de l'auxiliaire avec l'infinitif ou le participe passé, il nous suffira de connaître (en dehors de l'infinitif) ces deux temps simples, auxquels nous ajouterons le participe passé, pour avoir en main tous les éléments nécessaires pour reconstituer tout entière la conjugaison irrégulière.
Le reste n'est qu'application de principes généraux (passage de l'imparfait de l'indicatif à l'imparfait du subjonctif, etc.).
Les changements apportés aux temps énumérés cidessus ne procèdent plus, comme pour les verbes réguliers, de modifications dans la terminaison, mais de la déûexion, ou changement de la voyelle radicale.
Chacune de ces modifications est commune à un nombre donné de verbes, ayant la même voyelle radicale, ce qui équivaut à dire que des irrégularités se reproduisent un nombre déterminé de fois, dans un nombre défini de cas.
Ainsi, par exemple, le verbe sohiagen, frapper, fait sclilug à l'imparfait et gcsclilagen au participe passé. JJa radical du présent s'est donc transformé en u au prétérit pour redevenir a au participe.
Le verbe tragen, porter, fait de même trug et getragen.
Nous en conclurons qu'un nombre X de verbes, ayant a au radical, prendront la déflexion u au prétérit pour revenir à Va du radical partout ailleurs.
Si nous poussons nos recherches un peu plus loin, nous verrons que d'autres verbes irréguliers en a auront au prétérit ie, mais reprendront toujours leur a ailleurs (fallen, ûel, gef alleu). A ces deux modifications, prétérit en u ou en ic, se borneront les changements essentiels
survenus dans la conjugaison des verbes irréguliers eu a.
L'élève qui réfléchira avant d'écrire ou de parler au liasard s'évitera ainsi, a priori, toute faute grossière, comme, par exemple, de changer Va radical d'un verbe irrégulier au participe passé, — et ce sera déjà un très Bfrand point.
Il se souviendra ailleurs que ce sont les verbes irréguliers au radical en i qui changent à l'imparfait et au participe passé, ou ceux à double voyelle radicale (ci, Ce, cvu, a, ô, il) qui veulent une même déflexion à ces ieux modes.
Toute la difficulté à vaincre réside dans un groupement judicieusement établi, basé sur les traits communs [^ui unissent les uns aux autres certains verbes irréguliers, et qui finira par avoir raison des mémoires les plus rebelles.
Le plus puissant auxiliaire de celles-ci est dans la simplification du procédé de recherches. Celui-ci doit être prompt et clair pour pouvoir être consulté avec fruit, sans hésitation aucune, pour devenir familier, aimé mêtne (13).
Il faut être mis à même de trouver vite pour ne pas se lasser de chercher souvent. . .
Le nombre des verbes irréguliers, évalué à environ deux cents, peut aussi être considérablement réduit si l'on considère que beaucoup d'entre eux sont très peu usités en Allemagne, que certains, d'un emploi suranné, ne sont plus que des souvenirs d'un autre âge.
Quelques autres sont à la fois réguliers, et, pour
(13) Les recherches longues et laborieuses peuvent être évitées par la disposition pratique des verbes irréguliers en une série de tableaux ayant pour point de départ la voyelle radicale, et aboutissant aux analogies dans la déflexion au prétérit et au participe. La voyelle radicale permet de trouver immédiatement le groupe d'infinitifs auxquels appartient celui à conjuguer.
— IKÎ —
l'usage courant, on peut les ignorer comme verbes irréguliers.
Toute cette partie n'est, somme toute, que bonne à figurer sous la rubrique « pour mémoire », où le cberebeur saura bien se reconnaître (14).
En revanche, celui qui voudra avant tout pouvoir communiquer dans la langue, sans s'encombrer de ce qi;: n'est pas rigoureusement nécessaire, trouvera sa tâche considérablement diminuée, puisque près d'une centaine de verbes irréguliers pourront ne pas être connus. Résumons-nous. La conjugaison allemande a un cliché unique pour la grande majorité des verbes, les réguliers. Il faut y ajouter la connaissance d'un nombre» variant de 100 à 200, de verbes irréguHiers, rebelles à la règle générale. Il est clair que ce nombre dépend, en grande partie, du but à atteindre ou du genre de travail poursuivi ; l'essentiel est que les verbes d'un usage courant puissent se graver rapidement dans la grande majorité des mémoires.
Ainsi se trouvera battue l'opinion qui veut faire un épouvantail de cette question des verbes.
Il nous reste, pour compléter cette sorte de vue à vol d'oiseau de la grammaire, à dire quelques mots de la construction.
La construction allemande, qui n'a pas la rigidité, la fixité de la nôtre, passe, bien à tort selon nous, pour être compliquée, ardue, difficile à comprendre.
Et, pourtant, c'est plus que jamais le cas de dire ici que si, de loin, c'est quelque chose, de près ce n'est rien, ou presque rien.
Les règles qui la régissent présentent le très apprécia-
(14) On les trouvera, à titre d'indication, dans les tableaux complets des verbes irréguliers. Nous les avons éliminés dans ceux destinés à l'usage journalier, insérés dans le corps même de notre petit cours pratique.
hk aviintap^ d'êti^c n'eltcmcnt établies, (rolïii]- un solide l)oint d'appui à qui v<nit ot sait s'en s-crvir.
Elles se résument à un petit nombre de formules, trois, qui sont : la proposition normale, l'inversion, le rejet.
Toutes les trois sont à peu près rigoureusement employées dans des cas déterminés, à Tétude desquels nous allons nous livrer rapidement.
Considérons d'abord — à tout seigneur, tout honneur — la proposition logique, normale, telle qu'elle a été peu à, peu élaborée dans le creuset du cerveau humain, celle qui rappelle le mieux l'ordre primitif dans lequel les mots ont été placés.
Nous trouvons, en tête, le sujet, c'est-à-dire celui qui agit, qui ressent ou qui subit ; puis, le verbe, moyen d'expression de l'action active ou passive (ou de la sensation), agent de liaison entre les parties; enfin, le complément direct ou l'attribut qui en complète le sens.
Cette disposition, résultante de la saine logique des choses, n'a aucune raison d'être modifiée dans n'importe quelle langue; aussi les Allemands ont-ils, exactement comme nous, leur construction directe.
Une petite différence à signaler en passant est dans le renvoi à la fin de la proposition de l'infinitif ou du participe des temps composés.
C'est l'auxiliaire alors qui remplit à lui seul la place du verbe.
N'est-il pas le nerf du temps composé, l'âme qui le fait vivre et sans laquelle le participe passerait bien vite à l'état d'adjectif?
Il restera donc seul le trait d'union entre sujet et compléments, rejetant loin de lui la fraction moins vivante d'un tout à la composition duquel il contribue.
Le résultat, voulu ou non, d'un pareil dispositif, sera
(le forcer ainsi l'interlocuteur à écouter les phrases jusqu'au bout. Et c'est bien quelque chose !
L'Allemand qui nous dira, par exemple : « J'ai aujourd'hui à mon ami ce livre donné » devra, pour que nous puissions savoir de quoi il s'agit, être entendu jusqu'au dernier mot, ici le participe « donné » du temps composé « j'ai donné ».
La même proposition en français : « J'ai donné aujourd'hui ce livre à un ami », peut parfaitement être interrompue à n'importe quel endroit sans, pour cela, devenir incompréhensible.
Ce sera toujours clair, mais pas toujours complet, et les risques d'erreur seront plus grands. En n'écoutant pas jusqu'au bout, on aura toujours saisi une partie du discours, mais les détails seront plus sobres, ce qui peut nuire à l'ensemble.
La règle de préséance des divers compléments est également basée sur une méthode rationnelle.
De deux ou plusieurs régimes directs, indirects, circonstanciels, c'est toujours le plus court qui doit être mis avant les autres. Là encore, il y a une question de logique. Quand on a à dire plusieurs choses, il y a toujours avantage à commencer par la plus courte. Par ce moyen, l'attention qui doit se porter au même titre sur les autres n'est pas émoussée et ne se ralentit pas.
Le cas est exactement le même lorsqu'il s'agit des différents membres d'une proposition.
En mettant ce qui est plus court avant ce qui est plus long, on fait attendre moins longtemps chaque élément suivant lequel constitue une des parties nécessaires pour faire comprendre l'ensemble du discours.
A longueur égale, on peut suivre l'ordre dans lequel est énoncée la déclinaison elle-même.
La construction normale ne paraît donc pas offrir i^lu^ de difficultés chez lés Allemands que chez nous.
— llî) —
Rappelons encore ici que le principal écueil auquel se liourto l'élève est de s'obstim^r — quand même — • Il s'écarter, en traduisant, de la disposition française. Dans un immense noniLi-e de cas, il n'y a aucune raison de le faire, pas le moindre motif de modifier en quoi que ce soit l'ordre de choses établi.
On ne doit s'écarter du texte original que si l'on y est formellement obligé !
A vouloir faire trop allemand, on finit véritablement à ne produire que du cliarabia.
Passons à la seconde formule, qui est celle de l'inversion.
Celle-ci, employée cliez nous dans la proposition interrogative ou intercalée, l'est aussi, sans règles bien définies, pour donner un tour plus artistique à la conversation, pour poétiser, en quelque sorte, la banale prose habituelle.
En Allemagne, elle est soumise à des règles plus invariables et dont on ne saurait s'écarter.
Toujours en usage, comme chez nous, dans les interrogations et les phrases intercalées, elle sert aussi lorsque la proposition commence par un autre mot que le sujet (15), c'est-à-dire lorsque l'ordre logique a été troublé.
Elle n'a, du reste, que strictement lieu entre le sujet et son verbe, sans toucher, en quoi que ce soit, à l'un quelconque des autres membres de la proposition.
Le rejet est le troisième mode de construction allemande. Il consiste à rejeter le verbe à la fin de la phrase, sans changer, d'ailleurs, l'ordre établi pour tout I3 reste.
Pour son emploi, pas de doute possible, puisqu'il
(15) On dirait, par exemple : demain, allons-nous à Pans, pour : demain, nous allons à Paris.
n'est usité que dans la proposition subordonnée ou incidente (16).
Tous les principes énoncés ci-dessus peuvent se résumer en trois formules, qui sont :
SYH, construction directe ;
TSE/, construction inversée;
SET, rejet.
(S, sujet; Y, verbe; E, régime, complément.)
Si Y est à temps composé, soit Y'^ V^ (auxiliaire et participe ou infinitif), nous aurons :
SV^RYP;
\^ S R Yf ;
(E signifie non seulement le régime direct, mais encore les régimes indirects et circonstanciels.)
En principe, de deux ou plusieurs régimes, le plus court sera placé le premier, en continuant ainsi de manière que le plus long vienne à la fin.
Le régime déterminatif garde, bien entendu, sa place près du substantif, puisqu'il n'a rien à voir avec le verbe.
Si
RI < Ri^ (Rï régime indirect, R^^ régime direct),
nous aurons :
[S YRiRD; Temps simples ... . Y S RiRt>;
(sRiRi>Y.
.S YARi Royi'; Temps composés. . V-^ S Ri Ri> V^ ; .
( S RI Rï^ Vi^ YA .
(16) Exemple : Il était imrti, lorsque nous chc?: lui allâmes.
(17) Le rejet a donc ici touché au véritable verbe, qui est l'auxiliaire, laissant intact le reste de la proposition.
Si
11*' < U' < II'* (W- iT^nine circonslanciel), nous aurons :
SVRCHi 1(1);
Etc..
A égalité, R' = R'\ on suit Tordre de la déclinaison, le plus généralement au moins.
Toutes les formules que nous venons d'indic^uer représentent l'ensemble de la construction allemande et sont applicables dans la presque totalité des cas que nous pouvons rencontrer (18).
Nous ne pousserons pas plus loin cette étude analytique de la grammaire. Tout ce que nous pourrions en dire de plus nous ferait sortir du cadre que nous nous sommes tracé.
Ce que nous avons voulu, c'est de monti^r, par une revue de ses principaux éléments, que cette grammaire allemande, qui passe pour une des plus compliquées qu'il soit, ne pré&ente en aucune partie de difficultés sérieuses, à aucun moment d'impossibilité absolue de faire de sensibles progrès dans son étude.
Ce qui est donc vrai pour elle le serait, a fortiori, plus encore pour la grammaire de n'importe quel autre idiome indo-européen.
Pourquoi, hommes faits, ne pourrions-nous pas nous assimiler des langues que d'autres ont en quelque sorte sucées avec le lait maternel?
Leur étude ne représente rien de disproportionné à nos moyens. Nous avons quelque cbose de plus, il nous semble, que l'enfant qui bégaie vaguement ce qu'il entend, corrigeant d'instinct, à la longue et à force d'habitude, les défectuosités inhérentes aux premiers essais de prononciation.
(18) En employant le système des formules, ne se sert-on pas en quelque sorte du procédé des « images » que nous préconisions ailleurs pour apprendre les mots ?
Nous avons quelque chose de plus, aussi, que le collégien qui, sur les bancs du lycée, au milieu de mille autres matières importantes et absorbantes au même degré, essaie de consacrer quelques lieures aux langues vivantes et qui, entre une composition d'histoire ou de géographie et un problème de géométrie ou un thème latin, essaye de jeter sur le papier quelques phrases d'un idiome nouveau à ses oreilles, et d-e la possession duquel il ne saisit que très imparfaitement toute la haute valeur pour l'avenir.
IS^ous avons pour nous, avec le raisonnement de l'homme fait, le sentiment de la responsabilité qui nous incombe. Nous connaissons toute l'importance qu'offre l'étude des langues étrangères, nous devons donc avoir la volonté d'agir, d'acquérir pour aboutir. Ce sera une garantie de réussite, là oii de moins instruits échoueront dans la vie I
Ce que nous avons essayé de faire dans les lignes qui forment ce chapitre, c'est de faire naître, par une courte esquisse historique, l'intérêt qui s'attache à l'étude d'un idiome, c'est d'en faire ressortir la simplicité par un rapide aperçu philologique.
Celui qui saura diriger avec méthode ses études dans un sens pratique, aura à moitié gagné la bataille.
Nous n'avons nullement la prétention d'avoir inventé quoi que ce soit, d'avoir composé la panacée universelle, capable de parer à toutes les éventualités, nous n'avons pas la moindre qualité pour cela.
Chacun a ses procédés et ses moyens à lui et aucun cliché ne saurait s'adapter entièrement à la diversité des mémoires et des moyens de travail.
Montrer comment nous avons fait, dans l'espoir d'inspirer à d'autres l'envie de faire mieux, nous n'avons pas désiré autre chose.