ETUDE DES MOTS
LViifant sert d'exemple. Intervention de l'œil comme facteur de la mémoire. Augmentation progressive du bagage de mots. La clef du langage. L'article fait partie du substantif. Exercices pratiques en tous lieux. Des mots composés.
Lorsque toutes ces matières préliminaires auront été consciencieusement traitées, nous pourrons aborder la grammaire elle-même, étude qui devra marcher de pair avec celle d'un vocabulaire de plus en plus complet.
Yoici, d'après nous, le moyen le plus facile de meubler progressivement le cerveau d'un bagage de mots d'une importance grandissante et que nous n'aurons pas besoin, du reste, d'aller cbercber bien loin pour le trouver; il nous suffira pour cela de prendre nos exemples dans la vie de chaque jour.
Il ne faut pas, lorsqu'elle se présente, laisser échapper l'occasion — et elle est fréquente — d'étudier sur le vif la façon dont on s'y prend pour apprendre à parler à un enfant.
L'observateur un peu attentif aura vite fait de tirer profit du temps consacré à ses observations.
Tout objet que le bébé doit nommer lui est au préalable montré, puis désigné par le mot qui lui est particulier.
Par exemple, en lui mettant entre les mains une poupée, on lui dira : youpée; en lui présentant du lait ou du pain, on ajoutera : lait, pain. L'application de ce système
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eyige le concours simultané de donx sons : l'ouïe et la vue.
L'œil de l'enfant voit l'objet pendant (lue, parallèlement, son oreille perçoit les sons énoncés et destinés à le désigner plus particulièrement à son attention.
De la combinaison de ces deux sensations, transmises au cerveau en même temps, finit par résulter leur association durable dans l'esprit de l'enfant. Alors même qu'à l'aspect d'un objet il en aurait oublié le nom, son œil, accomplissant sa part de la besogne, se chargerait de rétablir les choses en faisant appel aux souvenirs de l'oreille. Celle-ci, en courant après le son qu'elle a l'habitude d'entendre énoncer au moment de l'exhibition de l'objet, arrivera à retrouver l'appellation perdue.
Inversement, chaque fois qu'un mot sera prononcé, Toreille, qui, en l'entendant a accompli sa part de la tâche, aura recours au concours assuré de l'œil, lequel no tardera pas à évoquer l'image de l'objet nommé.
Tout cela ne se produira pas toujours sans quelques tâtonnements préalables, sans plusieurs essais infructueux; mais la mémoire enfantine, dès qu'un peu plus exercée, deviendra rapidement apte à retenir les mots avec une grande facilité.
Ce que, enfant, on nous a fait faire pour apprendre les premiers rudiments de notre langue maternelle, pourquoi ne le referions-nous pas pour nous assimiler ceux d'un idiome étranger?
Ne sommes-nous pas redevenus enfants lorsqu'il s'agit de déchirer le voile de cet inconnu qu'est pour nous la langue d'un autre pays?
A cette différence près, pourtant, que si nous agissons comme un tout petit pour faire nos premiers pas dans un langage nouveau, nous savons à la fois raisonner comme un adulte dans notre langue propre.
En termes plus clairs et plus précis, nous devons être à la fois notre élève et notre professeur.
Mettons donc en pratique l'emploi simultané et constant de ces deux facteurs essentiels de la mémoire : la vue et Touïe.
Pour ce faire, il ne faudra jamais perdre son temps à apprendre machinalement des vocabulaires, des listes de mots, qui, ne reposant sur aucun fonds solide, sortiront de la tête, chassés par la leçon suivante.
Maigres seront les fruits récoltés par ce moyen. On doit, au contraire, s'arranger à ne jamais chercher à retenir un mot sans voir immédiatement l'être ou l'objet qu'il désigne, soit directement, soit au moyen de tableaux, d'atlas ou de gravures.
Yeut-on dire Tuaison en allemand, il faut effectivement regarder une maison ; chien, il faut voir cet animal; fleur, il faut en avoir une sous les yeux.
Comment devrons-nous réglementer, canaliser serait plus juste, cette étude de mots?
Il est bien entendu qu'à l'instar de ce qui se fait pour l'enfant, il ne peut être question, au début, que de substantifs concrets, les mots abstraits ne devant intervenir que plus tard.
Le système le plus naturel, et c'est aussi le plus fréquemment employé, consiste à grouper les mots par catégories de choses : noms donnés aux différentes parties de l'habitation, du vêtement, du corps humain ; désignations d'aliments, de plantes, d'animaux, en un mot de tout ce qui sert dans la vie, et cela à condition d'opérer en suivant une classification rationnelle.
Il appartient à chacun de régler convenablement, selon son tempérament et ses moyens, la somme de travail à fournir.
Il faut, en général, commencer en n'apprenant que peu à la fois, et n'augmenter son vocabulaire que lente-
— i)7 — ment, ce qui est encore le ineilUnir moyen (Vayancer sûrement.
On devra soigneusement se garder de l'orée]' s* mémoire, mais l'entraîner progressivement par des exercices bien compris (1), par la prati(iue d'une sorte de gj-mnastique raisonnée de l'esprit.
Quand on veut s'entraîner à la marclie, on ne commence pas par une étape de cinquante kilomètres, et il n'y a aucune raison de procéder différemment suivant qu'il s'agit du cer\^eau ou des muscles.
Il est précieux de connaître sa force, ses aptitudes, son degré de résistance, pour savoir jusqu'où on peut aller sans risquer de détraquer la machine par de trop vifs à-coups.
Nous donnons ici un moj^en susceptible d'aider puissamment à l'acquisition d'un durable bagage de mots.
Il s'agit de savoir se poser, ou se faire poser, en allemand, au moment même où l'objet dont on veut savoir le nom est désigné, la question : « Qu'est cela? » {Was ist dasf), qu'il est bien facile de retenir, laquelle question attirera naturellement la réponse, apprise aussi par cœur : « C'est ceci... » {Dos ùt...).
Cette petite question représente, malgré son apparente simplicité, la clef de la langue nouvelle.
Supposons-nous un instant en présence d'un étranger dont nous ne connaissons pas la langue et qui ignore la nôtre. Il nous sera à peu près impossible d'obtenir de lui, dans son idiome maternel, le nom d'un objet quelconque. jS^ous aurons beau le lui désigner du doigt, il pourra supposer que nous voulons le lui vendre ou le lui acheter, ou que nous voulons lui dire que nous le trouvons beau ou
(1) Pour nos élèves de première année, nous n'aA^ons jamais exigé plus d'une dizaine de mots à la fois. Ce chiffre, moyen, puisqu'on peut osciller de cinq ou six à quinze ou vingt mots, a paru répondre à la force moyenne des élèves et a donné des résultats satisfaisants.
Etude des Langues. 7
laid, grand ou petit, bref, que nouo donnons ou demandons un avis à son sujet (2).
Or, ici ce n'est pas d'un échange d'impressions qu'il s'agit, mais d'un écliange de mots.
L'énigme n'aura de solution réelle que si nous savons, en désignant l'objet, accompagner notre geste de la plirase comprise par les deux parties : « Qu'est cela ? »
Alors, mais alors seulement, on nous répondra indubitablement : c'est ceci ou cela, au lieu de c'est comme ceci ou couime cela (3).
Indépendamment de l'importance que l'on peut attacher à ce moyen pratique de se doter d'un vocabulaire, nous pouvons ajouter que le procédé indiqué exerce en quelque sorte, en même temps, le cerveau à penser en allemand — ou dans la langue étudiée — car, au moment précis où celui-ci percevra une question posée dans ces conditions, il s'essaiera, de lui-même, à répondre
(2) A moins que le pur hasard ne fasse donner la réponse désirée.
(3) Ainsi on dira : C'est une poule, c^est du pain, de la viande, etc., au lieu de c'c.sf cher, cela coûte tant, c'est laid, etc.
Un explorateur français, bien/ connu, nous a conté l'anecdote suivante : Il se trouvait au Soudan dans un village dont les indip;ènes parlaient une langue absolument inconnue du personnel de la mission. Il avait beau désigner du doigt les objets qui l'entouraient, les nègres se contentaient de rirei et de gambader en discourant. Impossible de s'entendre, et pourtant il fallait absolument sortir de cette impasse.
Le voyageur eut une idée de génie. Tirant sa montre de sa poche, il la déposa devant lui sur le sol et attendit les événements. A l'aspect de cet objet absolument inconnu pour eux, les Africains s'approchèrent peu à peu, les enfants d'abord, puis, regardant le blanc et montrant la montre du doigt, dirent une petite phrase, toujours la même, qui, dans leur idiome soudanais, ne pouvait que signifier : » Qu'est ceci ? »
Notre explorateur La nota soigneusement pour s'en servir luimême, car il avait deviné juste. Dès lors, toutes les fois qu'il montrait un objet on prononçant la petite phrase, on lui répondait par un mot et non plus par un discours; la phrase signifiait bien : « Qu'est cela? » Il possédait enfin la clef de la langue et put, pour chaque objet désigné, noter le mot correspondant, so dotant ainsi d'un vocabulaire de plus en plus complet.
<1ans le ni Orne idiome, ceci, bien entendu, dans la mesure du possible.
Et alors qu'arrivera-t-il? C'est (^ue le mot cLerclié viendra plus naturellement et plus facilement. Ce n'est pas autre cLose que la répétition, chez l'adulte, du travail cérébral qui se produit mécaniquement dans le cerveau encore en formation du bébé.
Nous avons eu mainte occasion de constater chez nos élèves que ceux-ci nous répondaient plus vite et plus exactement lorsque nous leur posions la question dans la langue enseignée.
A cette question des mots se rattache inévitablement celle des genres.
L'article doit nécessairement faire partie intégrante du substantif dont il sert à préciser le genre.
Il est aujourd'hui extrêmement difficile, sinon impossible, d'édicter des règles spéciales à cet égard.
Tout ce que l'on a essayé de faire dans ce sens, pour l'allemand par exemple, ne saurait, à notre avis, qu'encombrer la plupart du temps la mémoire, et cela sans résultat appréciable.
A chaque règle correspond un trop grand nombre d'exceptions, quelquefois même ces dernières sont plus nombreuses que les mots qui suivent la règle.
A l'origine, les vieilles langues indo-européennes se servaient de trois articles : les deux premiers exprimant la nature mâle ou femelle de l'être animé, le troisième faisant ressortir la nature inanimée de tout le reste.
Ces distinctions ont très promptement cessé d'être aussi bien tranchées, puisque déjà le sanscrit nous donne l'exemple de fréquents empiétements d'une loi sur l'autre.
Par le nioj-en de l'article, il anime parfois ce qui est inanimé, ou il ôte, ailleurs, le sexe à ce qui est vivant.
Les plus fréquentes incursions opérées sur d'autres
terrains sont celles du masculin et du féminin sur le neutre, à ce point, que dans la langue française, pour n'en citer qu'une, il n'existe même plus d'article pour exprimer ce dernier genre (4).
Ije hasard, la fantaisie, ont été, bien souvent, les seuls guides en la matière (5), aussi est-il actuellement impossible de doter, sans hésitation, d'un article un substantif de nouvelle création (6).
Pourquoi disons-nous la table, la chaise, le banc, le tableau, et les Allemands — dans leur langue — le table, le chaise, la banc, la tableau ? Mystère (T) î Pourquoi les genres de « la tête t>, a le nez », sont-ils opposés aux nôtres chez nos voisins ? C'e'st le secret des dieux !
Lorsqu'un mot nouveau s'est créé, doit être incorporé à une langue et doté d'un article qui le classe dans un genre, nous toucbons du doigt les hésitations que l'on met à prendre un parti, surtout chez les peuples qui n'ont plus le genre neutre.
I^ous n'en voulons pour exemple que les polémiques qui éclatèrent lorsqu'il s'agit de décider si le mot automobile serait, en français, masculin ou féminin (8).
(4) L'anglais n'en a même plus qu'un; excellent moyen pour trancher la difficulté !
(5) L'arrêté ministériel du 31 juillet I9OO, en vue de la simplification de l'enseignement de la langue française, invite à une grande tolérance à l'égard des genres de certains substantifs (aigle, amour,, délice, orgue, automne, enfant, hymne, œuvre, orge, période, etc.),
(6) Comme cela a été le cas pour aaitom>ohile, par exemple, mot pour le genre duquel des flots d'encre ont été versés,
(7) Au moins en ce qui concerne les limites de notre ouvrage, car on donne des raisons pour l'attribution de genres à beauco<up de mots. Il y a là toute une étude dont nous ne voulons pas nous occuper ici.
Chose curieuse à remarquer en passant : le peuple allemand est le seul qui mette au féminin le soleil, considéré pourtant dans l'antiquité comme l'être créateur, et au masculin la lune, déesse de la nuit (die Sonne, der Mond).
(8) Dans les langues qui possèdent l'article neutre, la question pourrait être facilement réglée en théorie, sinon on fait. Il suffirait do doter de l'article neutre tout mot nouveau servant à
Il en est de mOme pour les mots que nous entendons pour la première fois dans une langue nouvelle, encore peu familière.
Puisque la logiciue a clé bannie en cette circonstance, ?a seule règle que nous puissions suivre est de toujours apprendre le substantif avec son article, de considérer les deux mots comme indissolublement liés l'un à l'autre. Ce procédé d'association nous paraît être le seul capable de donner des résultats effectifs ; il constitue le vrai moyen de prévenir toute erreur.
En dehors de la loi qui veut que l'article masculin ou féminin précède tout être du sexe correspondant (9), il n'y a que complications, indications incomplètes ou imprécises, et le temps que l'on peut consacrer à l'étude de cet encombrant bagage peut être beaucoup plus utilement employé autrement !
Le travail que nous donnera l'étude de vocabulaires compris de la manière que nous venons d'indiquer ne sera guère plus long, et les résultats se montreront, en tous cas, plus brillants.
Habituer l'oreille aux sons de la langue étudiée constitue un exercice excellent que nous ne saurions trop recommander.
Notre organe auditif, une fois fait à la prononciation des mots étrangers, aidera à les apprendre beaucoup plus vite.
désigner autre chose qu'un être animé; cela couperait court à toute discussion oiseuse.
C'est ainsi que les choses se passent le plus souvent; mais on ne suit pas de règle définie à ce sujet. Le mieux serait encore d'imiter les Anglais, qui n'ont qu'un seul article.
(9) Quand il s'agit d'une espèce d'êtres, sans distinction de sexe, les Allemands emploient le neutre. Exemples : Venfant (garçon ou fille), Vanimal (mâle ou femelle), Vagneau, Je veau (dont la formation est incomplète), et-c. Dans ces conditions, les diminutifs se rangent d'eux-mêmes dans cette catégorie; ne sont-ils pas un peu considérés comme des choses à développement incomplet, à sexe insuffisamment accusé dans cet état diminué ?
Ici le contact avec des gens connaissant couramment lin idiome rend de précieux services. Ceux qui ont la bonne fortune d'être dans ce cas auront entre les mains une merveilleuse occasion de faire des progrès rapides.
En possession de quelques mots, ils sauront, peu à peu, les discerner au milieu d'une conversation.
Qu'importe si, au début, ils ne comprennent goutte à ce qu'on débite devant eux ; l'oreille aura pris l'habitude de courir après les sons. C'est une gymnastique comme une autre, et c'est peut-être en elle que réside tout le secret, tout l'art, d'acquérir le ton général d'une langue étrangère.
On se fait, en un mot, la langue, comme dans un métier on s€ fait la main !
Cela vient de ce que, au lieu de voir d'abord l'orthograplie d'un mot, ce qui fait tendre inconsciemment à le prononcer d'une manière souvent fausse, on l'entend énoncer sans savoir exactement comment il s'écrit ; plus tard, on finira par l'écrire d'après la prononciation retenue (10).
L'accent tonique, dont nous avons déjà souligné toute l'importance autre part, sera, par ces seuls exercices, mis tout naturellement à sa vraie place, et cela bien mieux que par l'exposé le plus parfait des règles qui en régissent le "placement.
]N"ous nous sommes toujours inspiré de ces principes, et nous nous en sommes fort bien trouvé. Toutes les petites phrases d'un emploi si fréquent au cours des leçons, telles que : levez-vous, asseyez-vous, allez au tableau, retournez à votre place, continuez, lisez, etc., n'ont, pour
(10) Il faut s'arranger pour faire toujours prononcer les mots par les élèves avant de leur en faire connaître rorthographe. C'est la prononciation qui doit servir de guide à l'orthographe, et non l'opposite. 11 est presque impossible de mal prononcer un mot qu'on n'a jamais vu écrit.
ainsi dire, jamais été dites autrement que dans la langue enseignée. Incomprises, bien entendu, lors des premières leçons, ces petites demandes ne tardèrent pas à être traduites et retenues.
Il nous suffisait pour cela de compléter notre pensée à l'aide du geste plutôt que de recourir à la traduction en français. Cet appel à l'intervention de la vue, qui complétait ainsi le travail demandé à l'oreille, rendait celuici de beaucoup plus facile, puisque les mêmes signes coïncidaient régulièrement aux mêmes sons (11).
Il ne suffit pas de se pourvoir, une fois pour toutes, d'un vocabulaire étendant peu à peu ses ramifications dans tous les groupes de mots. Il faut fréquemment revoir ce que l'on sait, procéder à une revision très minutieuse du bagage déjà acquis. Il existe pour cela maints moyens pratiques. Parmi ceux-ci, il en est un que nous pouvons employer à tous moments, en tous lieux et en toutes circonstances : c'est de tâcber de toujours mettre un nom sur les êtres ou objets qui se présentent à notre vue (12). C'est, en quelque sorte, un petit examen que nous nous faisons passer à nous-mêmes.
Quand nous nous trouvons dans la rue, essayons de nommer, en allemand si l'on veut, tout ce que nous ren-
(11) Par exemple, le signe levez-vous, fait en ramenant l'avantbras de bas en haut, coïncide toujours au groupe de sons sté-hhenn si a-ouf! Le signe asseyez-vous, fait en ramenant l' avant-bras de haut en bas, correspond au groupe de sons sett-tscnn si sich! Et-c. (Cours de langue allemande.)
(12) Nous nous sentons dans notre cours d'une série de tableaux que nous avons fait dresser spécialement pour ce genre d'exercices. Ceux-ci représentent la chambre, l'habitation, la cité, la campagne, le règne animal, les ustensiles les plus divers, la vie militaire. On peut les varier et les augmenter à son gré. Les cartes murales qui existent dans toutes les salles d'école rendent également beaucoup de services. On peut aussi travailler utilement sur les belles affiches-réclame des compagnies de chemins de fer. Les élèves peuvent ainsi être familiarisés de très bonne heure avec un très grand nombre de substantifs.
controns : chevaux, voitures, maisons, édifices, ponts, rivières, etc.; à la campagne, clierclions à nous rendre compte si nous sommes capable de désigner par leur nom étranger les champs, les arbres, les bêtes, les ruisseaux. Sans sortir de notre chambre, assurons-nous que nous sommes en état de traduire les noms de tous les objets usuels à notre portée.
Tout, eu un mot, doit concourir à cette sorte de répétition générale, aussi fréquente que possible, de notre savoir.
La langue allemande nous offre une belle occasion d'augmenter rapidement et à peu de frais (l'expression nous paraît juste, quoique peu technique) notre vocabulaire.
Nous voulons parler de la facilité qui nous est offerte de composer des mots nouveaux avec ceux déjà connus.
C'est le fameux procédé de l'amalgame dont il est fait un si copieux usage chez nos voisins. Ils accolent très naturellement, les uns aux autres, les mots les plus divers, ce qui donne parfois, il est vrai, les gi^oupements les plus inattendus (13).
En attendant, ce système est simple et pratique.
Là où nous disons « la clef de la maison », les Allemands disent la « maison-clef » ; quand nous mettons en cinq mots a la porte principale de la ville », ils traduisent par un seul : Hauptstiadthor; d' « union postale universelle », ils font W eltppstverein.
Dans tout mot ainsi composé, il y a une idée générale et une idée spéciale. Le mot exprimant cette dernière joue vis-à-vis du ou des autres le rôle du qualificatif ou du régime déterminatif près d'un substantif.
(13) Comme, par exemple, dans VierwaldstàdtcrseesalondampfscJiiffahrt^rjesellschaft, qui veut dire (c compagnie de navigation à vapeur de bateaux-salons sur le lao des Quatre-Cantons ! )> La rubrique n'existe probablement pas, mais, grammaticalement, elle est juste et pourrait être créée.
Ainsi, dans a maison-clef », il est avant tout question (l'une clef (idée générale), laquelle, en la circonstance, est celle de la maison (idée spéciale). Ce n'est donc pas celle du jardin, de la cave, du grenier, etc.
Dans le mot ivindmaJilc, notre a moulin à vent », soit vcnt-mouUn, il s'agit d'abord d'un moulin, lequel, dans le cas particulier, est à vent et non à eau ou à vapeur.
L'idée spéciale, gardant en cela la véritable place de tout qualificatif, est toujours placée avant l'autre.
Ce que nous venons de dire est encore confirmé par le fait que, lorsque des substantifs de genres différents sont accolés les uns aux autres, c'est toujours le genre du dernier, c'est-à-dire de celui exprimant l'idée principale, qui prédomine.
Dans «vent-moulin», vent est masculin, moulin féminin (en allemand s'entend) : le mot sera féminin. Dans oc maison-clef», maison est neutre, clef est masculin : le mot sera masculin.
Tout cela n'est guère compliqué, on le voit.