‹ De l'étude des languesChapitre 6 sur 19 · COMMENT ON APPREND LES LANGUES · texte numérisé non relu

COMMENT ON APPREND LES LANGUES

CIIAPITIŒ lY

rRÉPARATION A l'ÉTUDE d'uNE LANGUE

Affinités indo-européennes. Intervention de l'histoire. Histoire de la langue allemande.

IXous avons effleuré, dans les chapitres précédents, quelques-uns des côtés les plus intéressants de la linguistique et de tout ce qui s'y rattache.

Ce ne sera pas en vain, pensons-nous, que l'on aura abordé, si peu que ce soit, certains au moins des points de cette grande histoire de notre humanité.

Toute étude faite dans ce sens, même très écourtée, ne sera pas sans laisser son empreinte dans notre esprit, et, lorsque nous voudrons apprendre une langue étrangère, elle nous servira, à notre insu même, de mystérieux fil conducteur à travers l'apparent labyrinthe de choses nouvelles pour nous, de mots résonnant pour la première fois à notre oreille.

C'est alors, si nous étudions l'anglais, que nous retrouverons, dans mother, le Tnater latin avec notre mère français ; si nous apprenons l'italien ou l'espagnol, que le mot padre nous fera bien vite retrouver et le pater latin et le père français. S'il s'agit de l'allemand, ne reconnaissons-nous pas le même mot dans Vater (prononcez fatère), et qui pourrait nier la parenté qui existe entre

le f rater latin et les diûérents hrother, hruder, hratliar^ hrathair, anglais, allemand, gothique et celte?

En présence de tous ces sons nouveaux, en apparence si étrangers à nos oreilles, notre étonnement sera grand d'éprouver, d'instinct, la sensation, plus ou moins nette, au « déjà entendu », et celle du « déjà vu » dans nombre de procédés grammaticaux paraissant, au premier contact, différents des nôtres.

]S^e sommes-nous pas tous les fils de ces pasteurs émigrés jadis des plateaux de l'Asie centrale, patrie devenue trop petite pour eux, et que leurs enfants agrandirent successivement en s'étendant en d'immenses courants, dans des directions différentes, à travers l'Europe et en Asie même?

Si la langue parlée par ces lointains ancêtres est scindée aujourd'hui en tant de rameaux, nous le devons, nous l'avons déjà dit ailleurs, à l'influence du climat, à celle des races autochtones, absorbées lentement, mais dont l'idiome n'a pas été sans 'quelque action sur celui apporté du dehors ; aux besoins locaux aussi ; en un mot, à ces mille influences qui s'exercent, aujourd'hui comme alors, sur toutes les races humaines.

C'est donc, à ces divergences près, un même sang qui coule dans nos veines; c'est donc, à part de légères différences, un même- esprit qui nous anime ; c'est donc, sauf certains détails secondaires, une même intelligence qui nous éclaire.

La voilà bien la famille indo-européenne, dont les membres, par la diversité des langues, sont depuis si longtemps sans pouvoir s'entendre !

])e même que l'on doit avoir de la joie à retrouver un parent perdu ou oublié longtemps en des paj^s lointains, de même ne doit-on pas éprouver un plaisir infini à se lapprocher de ceux (jui comprennent comme nous, qui

— 7') — sentent comme nous, (jui vivent eoninie nous, (pii sont, en lin mot, de notre famille.

II n'est (lone pas inutile, superflu, de chercher à revivre un peu l'histoire générale de notre race, de reconstituer l'arbre généalogique de celle-ci ; l'intérêt ciue nous apporterons à toute étude de langues en sera plus vif et plus développé, le cœur aussi y aura sa part, et, récompense immédiate, nos progrés, par répercussion, en seront plus réels et plus rapides.

Entrant plus avant encore dans cet ordre d'idées, nous sommes de ceux qui pensent qu'il faut, avant d'apprendre la langue d'un pays, étudier l'histoire de ce pays et, plus particulièrement, l'histoire de cette langue.

Ces premières notions acquises seront la baguette nagique qui rendra l'accès de lieux inconnus plus facile. Elles nous indiqueront plus clairement la route à suivre et contribueront à en éclairer les sinuosités.

Dans le présent chapitre, nous nous occuperons, à l'appui de notre démonstration, plus spécialement de la larigue allemande qui nous est personnellement plus familière qu'aucune autre, mais il va de soi que tout ce que nous en dirons, et le plan de travail que nous en élaborerons, s'appliquera, parallèlement, à toute autre langue de la famille indo-européenne, les procédés d'étude préconisés ne variant pas.

L'allemand appartient à la grande branche germanique. Il remonte à la plus haute antiquité et a conservé de nombreux liens, fort reconnaissables encore, avec le sanscrit et ses sœurs, le persan, le grec et le latin.

Ce mot « germanique », qui paraît avoir été employé pour la première fois dans son vrai sens par Jules César (1), nous permet de doter d'un nom l'état le plus ancien de la langue allemande.

(1) De Bello gallico, libri VIII.

Répandu tle bonne heure dans l'Europe septentrionale et centrale, réparti sur de vastes' superficies séparées par des mers, des golfes, des montagnes et des marais, l'idiome des hommes aux yeux bleus et aux cheveux blonds décrits par Tacite (2) s'est rapidement ramifié en quatre branches principales, appelées communément gothique, nordique ou Scandinave, bas-allemand (frison et saxon) et haut-allemand ou tudesque.

Le plus ancien monument que nous possédions sur les langues d'origine germanique ne remonte pas au delà du IV® siècle. C'est la Bible gothique d'Ulfilas, dont nous avons déjà parlé (3).

Le langage gothique, dont il n'existe aucun autre vestige littéraire important, était en usage à l'ouest de la Yistule, de la Baltique aux Carpathes, plus tard même jusqu'au Danube et à la mer Noire. Il a complètement disparu au vu® siècle', cédant la place à d'autres successeurs : nous voulons parler du haut et du bas-allemand, deux autres membres de la famille germanique.

Cette division du vieil allemand correspond surtout à deux grands groupements de tous les dialectes parlés à l'époque, les uns au T^ord, les autres au sud de l'Allemagne.

Le bas-allemand, parlé, à l'origine, du Khin à l'Elbe, a été le père de deux dialectes principaux : le frison, que l'on retrouve encore chez les paysans de la frontière germano-hollandaise et dans les îles avoisinant ces parages ; le saxon, dérivé en anglo-saxon (anglais depuis le xvi®

(2) Germania.

(3) Encore ce document httéraire n'est-il pas de la première période de l'histoire des Goths. La Bible nioeso^gothique d'Ulfilas date de l'établissement de ce peuple dans le bas Danube et la mer Noire. Les palimpsestes Cparchemins regrattés) de Milan, de Rarvenne et de Rome, et le Codex Caroluius nous viennent de l'époque de l'invasion des Ostro goths.

Page 1